El Pirata (4, à suivre)

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El Pirata, Hank Vogel.jpgDieu sois loué! Encore un pédé camouflé dans un uniforme officiel?

- S... seriez-vous... de... de la... non rien, je bégaye.

- Si, si, vous pouvez tout me demander à moi, me dit-il d’un air joyeux et rassurant... Ma mère m’a enseigné l’art de l’écoute et mon père, souvent absent, trop souvent, celui de la réprimande. Pan pan cucul et l’équilibre est rétabli.

Merde! C’en est un, c’en est une!

Il se dévoile, en partie:

- J’aime l’ordre et la propreté. Un tantinet maniaque, dirait Maman. Mais guère agressif. Jamais! Jamais de ma vie, je n’ai tué une mouche, une souris ou un cafard. D’Afrique, d’Asie ou d’ici. Et je ne porte ni arme ni menottes en dehors du commissariat. L’avez-vous constaté?

Je le toise, presque. Il s’avance vers moi. Je recule aussitôt d’un pas. Il éclate de rire et se met à gesticuler comme une marionnette.

Puis dans le calme et la sérénité, il m’avoue et se dévoile entièrement:

- Je ne suis pas un homo, un pédéraste, une pédale, une tante, une tantouse ou une tapette. Je suis à l’opposé de ces gens-là. Totalement à l’opposé. A des centaines années-lumière... Je m’appelle Adolf Hiller. Caporal de gendarmerie fraîchement gradé, responsable de l’informatique de mon poste. J’ai trente-deux ans. Marié et père de trois enfants. Deux filles avec ma première épouse et un garçon avec ma deuxième. La vie ne nous laisse pas toujours le choix...

- Deuxième, je répète la tête dans les nuages et rassuré pour ma virginité dans cet univers inconnu à mes sens.

- Quelque chose vous tracasse?

- Non, rien. Tracasser n’est pas le terme exact.

- Alors?

- Une deuxième laisse forcément le champ libre à une troisième, ne croyez-vous pas?

- Je ne vous suis pas.

- En principe, celui qui n’a nullement l’intention de se remarier à nouveau songe à sa seconde, bourgeoise, et non pas à sa deuxième, post-maîtresse. Le français est une langue très capricieuse mais beaucoup plus précise que l’anglais. Un accent mis à la place d’un autre et voilà que l’on passe illico presto de la rivière au bûcher. Ou vice versa.

- Comme?

- Pêcher et pécher.

- Et?

- Et si on allait boire un verre dans un bistro? Vous n’avez pas mal aux jambes, vous?

- Si, non, je ne peux pas...

- Vous n’avez pas soif?

- Si, terriblement.

- Alors, allons-y!

- Impossible! Un gendarme n’est pas autorisé à trinquer avec un civil dans un lieu public. Je risquerais un blâme dur à supporter. D’ailleurs, il faut je vous laisse maintenant, mon chef doit fortement s’inquiéter.

Et il se met à galoper en zigzaguant, tel un zèbre fuyant un guépard affamé, en direction de l’endroit d’où il s’est pointé...

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