• La Nubienne (7, à suivre)

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    La Nubienne, Hank Vogel.jpg- C’est qui?

    - Quelqu’un.

    - Un ou une?

    - ...

    - Mâle ou femelle?

    - Surprise! Tu verras bien si tu veuilles bien patienter.

    Retour au capharnaüm des âmes bouillantes.

    Harriet court dans tous les sens pour servir cette jeunesse en totale frénésie, prête à se prostituer au moindre tendre sourire.

    Quant moi, pendant ce temps-là, collé au bar, je patiente forcément, j’attends un verre à la main, offert celui-ci par ma future bienfaitrice et complice, peut-être...

    Oui, j’attends, je stagne, quasi immobile, branlant par moment la tête, le regard hagard, perdu entre le rêve et la réalité, en me répétant sans cesse comme un idiot:

    Quelle est donc ce mystérieux personnage que je dois rencontrer? Est-ce une jeune fille ou un jeune homme?

    L’idée du voyage est toujours plus envoûtante que le voyage lui-même. Et la pensée de la conquête plus glorieuse que la victoire.

    Tic tac, tic tac! Glouglou, glouglou! Tic tac, tic tac! Glouglou, glouglou!

    On tue l’impatience à coups de gorgée. Malgré le feu ardent et sacré qui brûle dans nos veines.

    Jamais de ma vie, je n’ai senti une soif de vivre aussi grande. Bizarre!...

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  • La Nubienne (6, à suivre)

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    La Nubienne, Hank Vogel.jpgJe m’apprête à partir, elle me retient, par le bras.

    - Votre société me fatigue, tout est compliqué ici, je me lamente... Je rentre chez moi avant que le dernier bus me passe sous le nez.


    - Il y a des taxis à gogo dans le coin.

    - Trop chers pour moi.

    - Je demanderai à un copain de te ramener.

    J’hésite.

    - Non, reste, reste jusqu’à la fermeture, s’il te plait, me supplie-t-elle... J’ai quelqu’un à te présenter.

    - Quand ça ou ça?

    - Dans un quart d’heure tout au plus, ici-même si tu acceptes... D'accordo?

    - Okay!

    Illico presto, elle dégaine son portable, de son étui accroché à sa ceinture, l’allume et toute excitée se met à taper tout un discours.

    Ces armes de communication me font peur parfois, me dis-je en fixant du regard son iPhone ou smartphone. Vite fait sur le gaz, on annonce, on dénonce et on accuse. A juste et à mauvais titre. On jubile au moindre évènement. Souvent avec des mots élidés, mal orthographiés, vulgaires, vides de sens ou mal appropriés. J’ai la fâcheuse impression que la vérité et le mensonge se sont pacsés ou mariés au temple sacré du mariage pour tous! Que les journalistes ont moins accès... ou plutôt s’adressent de moins en moins aux bonnes sources de renseignements! Et que dans les salles de rédaction des journaux, des radios et des télévisions, on y passe plus de temps à plaisanter et à baisouiller qu’à se préoccuper sérieusement de l’actualité.

    - C’est fait, c’est parfait, elle arrive dans une vingtaine de minutes, me confirme-t-elle toute souriante.

    Je clignote des yeux...

     

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  • La Nubienne (5, à suivre)

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    La Nubienne, Hank Vogel.jpgJe me gratte la tête.

    - Bien sûr, toi tu n’as pas besoin d’étudier, tu sais tout et ta vie est assurée jusqu’à la fin de tes jours, me dit Harriet. N’est-ce pas, fils à papa et à chère maman?

    Vexé, j’ai une envie folle de la traiter de tous les noms.

    Mais, heureusement, par miracle, une phrase de mon père me vient subitement à l’esprit et sort aussitôt de ma bouche:

    - A Babylone, quoi que tu fasses, tu seras toujours un étranger!

    Et j’ajoute:

    - Il est donc temps que tu quittes cette tour infernale, brebis égarée!

    Probablement, étonnée de ma réaction, la sociologue ou la politologue en herbe tempère:

    - C’était nullement pour te faire du mal... C’était pour mieux te connaître.

    - En me crachant dessus des vérités purement imaginaires et blessantes?...

    - Je suis désolée.

    - Tu te désoles comme tu respires, on dirait.

    Et je lui avoue pour mettre un terme à ses supputations obsédantes:

    - Mes parents vivent actuellement au pays des zèbres et des gazelles là je suis né. Ils sont hors circuit. Mon père est archéologue, à la retraite forcément, mais comme l’archéologie est un vaste empire sans fin, il continue de travailler dans la poussière sous un soleil de plomb. Ma mère est médecin de brousse spécialisée dans les maladies tropicales. Mais vu son âme de bonne sœur défroquée, elle soigne encore gracieusement tous ceux qui ont sérieusement besoin de ses services. Mais... Mais!... Comme notre existence est plus chargée de mais que de mois de mai, sa plus grande passion, c’est seconder son cher et tendre mari dans ses recherches. Quant à moi, élevé entre les chèvres, les momies, les estropiés et les cadavres, je suis venu ici, dans ma soi-disant patrie, dans le but d’acquérir un master en je ne sais quoi. Dans la même casbah que la tienne puisqu’il n’y en a qu’une dans cette ville ou village de pécheurs.

    Harriet tombe des nues.

    - Néfertiti, murmure-t-elle...

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  • La Nubienne (4, à suivre)

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    La Nubienne, Hank Vogel.jpgPas de réponse. Elle me toise un bref instant. Puis brusquement, quasi avec rage, elle sort de la poche arrière de son short en jeans une boîte métallique dorée, l’ouvre et me la tend en me proposant:

    - Un petit cubain?

    Je secoue la tête en signe de refus.

    Elle s’allume un cigarillo et m’explique:

    - Tout est là... dans la façon d’être, de se comporter. La société dans laquelle nous avons pris racine a eu une grande influence sur nos faits et gestes. Elle nous a conditionné malgré nous et ce...

    Je lui coupe la parole:

    - Que fais-tu dans la vie, à part bosser dans cette boîte à culs?

    Elle me sourit et me corrige:

    - Pas ça mais une souricière pour les naïfs de ton genre.

    - C’est-à-dire?

    - As-tu trouvé chaussure à ton pied?

    - Tu parles des filles?

    - Non, des gouines.

    - Des quoi?

    - Des bottines, des inverties, des lianes, des saphiques, des tribades, des visiteuses, des lesbiennes, des homosexuelles... si tu préfères...

    - Non?

    - Si.

    - Pourtant...

    - Nos tendances sexuelles ne figurent pas sur notre front.

    - Où ça alors?

    - Tout bon observateur trouve.

    - Donc, selon toi, je me suis planté...

    - Carrément!

    - Alors?

    - Alors quoi?

    - Tu fais quoi d’autre dans la vie?

    - Je suis étudiante à l’université.

    - Quelle faculté?

    - Sciences sociales et politiques.

    Je me gratte la tête...

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  • Micha, un flic qui crève de soif

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    En attendant que la belle Nubienne décide de faire son apparition, voici un mini-reportage que j'ai réalisé hier (Vendredi saint 2019) avec mon deuxième stylo (caméra):

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  • La Nubienne (extra, à suivre)

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    Tous les personnages, existants et à venir, de La Nubienne ainsi que l'auteur vous souhaitent de joyeuses fêtes de Pâques.

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  • La Nubienne (3, à suivre)

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    La Nubienne, Hank Vogel.jpgPlus la musique est débile, plus on s’éclate, disent souvent les copains du coin.

    Ils n’ont rien à foutre des belles paroles, romantiques ou bien pensées.

    C’est pour les vieux, les ringards, ajouteraient-ils à leurs lamentables discours.

    Heureusement, je ne fais pas partie de cette race d’individus accros aux arts superficiels du marché. Oui, heureusement!

    Pourtant, je suis là avec eux. En plein dans leurs délires. Suis-je un explorateur aux abîmes de ma génération, malgré moi? Quel métier suis-je en train de me forger?

    - Viens, on sort, j’ai besoin d’une pause, m’ordonne gentiment Harriet après mon troisième ballon.

    J’obéis, forcément.

    Au pays des bouseux et des montagnards, seul l’air n’est pas vicié, me dis-je dehors.

    Je respire donc profondément par le nez et expire par la bouche. Je répète cet exercice trois fois.

    - A ce point-là? me demande la rescapée des Vikings, en souriant.

    - Je ne comprends pas, précise! je lui réponds.

    - Tu adores à ce point-là l’odeur de la merde? reformule-t-elle.

    - La merde! Quelle merde?

    - Je viens de péter.

    - Je n’ai rien senti.

    - C’est que tu commences à m’aimer.

    - A t’apprécier peut-être...

    - Mais non! Je plaisantais... Chez moi, on ne fait jamais ça entre amis. Comme le font gens d’ici, pour soi-disant amuser la galerie.

    - Mais je ne suis pas d’ici.

    - Je sais.

    - Comment le sais-tu?...

    Pub!

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  • La Nubienne (2, à suivre)

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    La Nubienne, Hank Vogel.jpgA cinq mille kilomètres de mon lieu de naissance, là où les Négroïdes ont en apparence totalement blanchi au fil des millénaires, j’entre dans un bar bondé et commande en hurlant, vu le bruit:

    - Une boisson! Pourvu qu’elle soit alcoolisée! Très alcoolisée!

    La barmaid, une belle fille du type scandinave, coiffée d’une perruque rose et vêtue d’une chemisette quasi transparente s’approche de moi en se dandinant et me demande:

    - Pourquoi, tu cherches à noyer ton chagrin, beau gosse?

    - Quel chagrin? Non, j’ai l’intention de tirer un coup sans moralité.

    - Alors un verre de piquette, c’est largement suffisant.

     - Va alors pour le rouge!

    On bois, on fume, on se drogue, on danse, on gesticule plutôt, on s’embrasse, on se caresse, on se pelote, les fesses surtout, on frime sous les flashs et les projecteurs multicolores... c’est déprimant tout ça parfois mais c’est ma jeunesse et j’aime ça, bordel.

    - Encore un autre? me crie la barmaid... Tu as fait ton choix?

    Je ne réponds pas.

    Elle se faufile dans la foule déchaînée, si vous permettez cette expression, en zigzaguant et se dirige vers moi.

    - Quelle folie! je lui dis... Tu es toute seule pour servir?

    Elle esquisse un sourire douteux.

    Puis elle m’explique:

    - Nous sommes deux d’habitude mais ma copine est malade.

    - Personne ne la remplace?

    - Personne... Le patron ne le souhaite pas. Trop compliqué administrativement... Les temps sont durs pour tout le monde.

    - On se croirait au Moyen Âge.

    - Tout le contraire... Il y aurait au moins quatre belles pucelles autour de chaque chevalier vaillant.

    - Mais c’est ce qui se passe ici...

    - Sans aucun doute mais ces gamines n’ont pas connu la moindre ceinture de chasteté.

    - Heureusement!

    - Pour qui?

    - Serais-tu du genre...

    Elle me coupe la parole:

    - Je m’appelle Harriet Anderson et toi?

    - Comme la fameuse actrice suédoise des films de Bergman?

    - Presque... mais mon patronyme s’écrit avec un seul s... Et toi?

    - Ramy.

    - Ramy comment?

    - Officiellement, c’est Ramsès... Toucourt.

    - Ramsès tout simplement?

    - Non... Toucourt, c’est mon nom de famille.

    La belle Harriet reste trois secondes bouche bée puis elle éclate de rire.

    J’assume, je suis de marbre. Tel la plus sublime des statues égyptiennes du Musée du Caire.

    Surprenante pensée!

    Pas autant que ça pour le fils d’un archéologue, finalement.

    - Pardon, je suis vraiment désolée, c’était plus fort que moi, s’excuse la miss en essuyant ses larmes...

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  • La Nubienne (1, à suivre)

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    La Nubienne, Hank Vogel.jpgCertains scientifiques prétendent que l’Afrique est le berceau de l’humanité. Je veux bien. Peut-être, probablement, certainement...

    Alors, j’ajouterai que la Nubie est celui de la civilisation. La vraie!

    Je tâcherai donc de vous expliquer le pourquoi.

    Je suis un Africain blanc. C’est-à-dire un individu de race blanche né sur le continent africain.

    Pour plus de détailles, mes cheveux sont blonds et lisses comme le sable du désert et mes yeux bleus comme le ciel. Un ciel bleu ciel, bien entendu.

    Une chance et une malchance à la fois!

    Aussi, je tâcherai de vous expliquer le pourquoi.

    Que de pourquoi et que de parce que durant toute notre vie!

    Malheureusement, nos questions sont plus nombreuses que nos réponses. Car nous laissons souvent aux autres la possibilité de conclure à notre place. Par manque de persévérance ou de concentration.

    Bref, passons plutôt à mon épopée sauvage...

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  • Flash-back (28, fin)

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    Flash-back, Hank Vogel.jpgJ’ai menti, elle a menti, nous avons menti...

    Du jour au lendemain, je me retrouve au chômage. La crise! Selon mon patron... pardon, mon ex exploiteur. Il fallait bien qu’il trouve une excuse, le pauvre bougre.

    Je suis donc obligé de cesser toute activité cinématographique. Car le cinéma, c’est avant tout de l’argent. Bien ou mal acquis. Surtout mal acquis par ceux qui flirtent comme des femmes indignes avec les donateurs gouvernementaux, patriotes aux idées bien établies.

    Je tire finalement un trait sur un art qui aurait pu être celui de liberté.

    Hélas, hélas! Il a choisi, on a choisi... celui de la facilité, de la conclusion.

    Mais heureusement tout est remplaçable en ce triste et bas monde. Patrie, épouse, époux, métier, passion et art.

    Je dégaine alors mon stylo et j’entre dans le saloon de la littérature où...

    Où?

    Vérités et mensonges se côtoient comme des poissons rouges dans un minuscule bocal. Ils s’embrassent souvent faute d’espace. L’océan, ce n’est pas pour demain.

    Alors! Forcément!

    Nous nous inventons des histoires pour expier nos péchés, nous rassurer... Peut-être pour nous faire pardonner par un dieu invisible plein de miséricorde.

    Et nous fabriquons des récits, en mots ou en images pour ceux qui le peuvent, afin que le public nous accorde son pardon à son tour.

    Je vous demande donc pardon, cher lecteur, chère lectrice.

    ±

    Dix ans plus tard, je lis par hasard dans une revue de cinéma:

    Flash-back, un film réalisé par la talentueuse Conchita...

    L’élève a réussi là où le maître a échoué, me dis-je en souriant.

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  • Flash-back (27, à suivre)

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    Flash-back, Hank Vogel.jpgDans la rue, je croise Arne, un cinéaste suédois que j’avais rencontré dans un festival aux heures glorieuses de mon existence.

    Glorieuses, c’est trop bien dire. Mais quand on rêve de succès, de célébrité ou simplement de reconnaissance, le moindre applaudissement dans une salle obscur vous propulse à cent mille lieues de la réalité. On lâche des vents à faire rougir le Vésuve, dirait Marcello, le cousin de Pagnol. Et on s’y croit déjà! Où ça? Difficile de le savoir.

    - Ça va?

    - Ça va. Et toi, ça va?

    - Couci-couça.

    - Couci-couça? Tu as des problèmes?

    L’ami se gratte la tête, le nez, la joie droite... puis il m’explique, profondément inquiet:

    - Notre cinéma va bientôt disparaître.

    - Notre cinéma? je lui demande tout étonné. Le mien n’est pas encore né.

    - Je parle techniquement.

    - Comment ça?

    - Il n’y aura plus de pellicule. Sa mort est proche, très proche.

    - Tu plaisantes?

    - Non, c’est la vérité. Qui vivra, verra!... Et à part ça, quoi de neuf?

    - Rien de particulier. Et toi?

    - J’ai engagé une jeune assistante qui semble avoir de bonnes connaissances sur le métier...

    - Conchita... ?

    - Oui, pourquoi, tu la connais?

    - Vaguement. Elle a postulé chez moi... mais comme tu sais, je suis fauché comme un clou.

    - Bon, à bientôt!

    - Bonne chance!

    Futée la petite, me dis-je en pensant à Conchita. Pour se faire embaucher, elle a dû déballer tout je lui ai enseigné... Avec malice et beaucoup de charme, certainement. Elle ira loin la salope...

    Extrait Désert

    (mon dernier film en 35mm, pellicule)

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