• Flash-back (16, à suivre)

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    Flash-back, Hank Vogel.jpg- Pour ne pas me perdre et naviguer dans tous les sens, je numérote le squelette de mon récit filmique.

    - Le squelette?

    Je me frotte les mains et j’attaque:

    - Exemple... Un: Paul, allongé sur son lit, contemple le plafond. Deux: flash-back, Julie et Paul s’embrassent, jardin public. Fondu enchaîné entre un et deux, éventuellement. Trois: Paul tourne en rond dans sa chambre. Quatre: re flash-back, Julie et Paul se disputent. Paul décroche le bigophone, compose un numéro. Cinq: Julie décroche. Puis six. Puis sept. Puis huit. Jusqu’à vingt-trois, trente-quatre, quarante-cinq ou l’infini si tu es incapable de trouver une conclusion. Non, soyons sérieux!... Tu exposes, du développes et tu dénoues. Ou bien! Scolairement parlant! Premier acte: exposition. Deuxième acte: développement, soit obstacle, clé de voûte et climax. Troisième acte: dénouement. Tu as compris?

    - Halv, murmure-t-elle.

    - Pardon?

    - A moitié.

    - A mon avis, la théorie est toujours plus compliquée que la pratique... Et puis, merde! Si tout ça te complique la vie, fais comme bon te semble. De toute façon, si le message que tu souhaites mettre en images raisonne comme un tambour au fond de ton cœur ou tourmente sans cesse ton esprit, c’est lui qui te montrera les chemins à prendre...

    Schéma scénario, Hank Vogel.jpg

    Schéma d'un film de 7 séquences (exemple)

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  • Flash-back (15, à suivre)

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    Flash-back, Hank Vogel.jpgDeuxième leçon:...

    Après avoir suçoté divinement mon premier ristretto de la journée et avalé deux croissants bien chauds, j’explique à Conchita, qui me regarde la bouche ouverte:

    - Le septième art est universel à condition qu’il soit muet. C’est-à-dire: qu’il ferme sa grande gueule d’intello.

    Subitement ses lèvres se mettent à trembler.

    Mais je poursuis avec plus d’assurance:

    - Pas maintenant!... Les sages et longs discours comme les mots savants ne servent strictement à rien. Ou plutôt, ils donnent sommeil aux spectateurs ou ils leur donnent l’impression de vouloir freiner le déroulement de l’histoire. Seul le plus vite fait sur le gaz est vraiment apprécié. Car, dans ce milieu hors du temps, une vie toute entière ne dure que rarement plus que deux heures... Donc: presto, prestissimo, à toute biture, tambour battant, ne t’éternise jamais sur une scène, une séquence, passe rapidement de l’amour à la haine, de la vengeance au pardon, des larmes aux rires, de la nuit au jour. Le cinéma est l’art des émotions, des intrigues et du mensonge. La vérité, tu ne dois la livrer qu’à la fin. Sur un plateau d’argent, si possible.

    Conchita se gratte la tête et me demande:

    - Peux-tu me montrer un de tes scenarii?

    - Scénarios, je corrige. Scenarii, c’est pour les littéraires...

    - Au tournage, personne n’en possède un. Ni la scripte, ni les acteurs, ni toi. On dirait que tout se résume sur un bout de papier que tu sors de temps en temps de la poche de ta chemise.

    - Tu as parfaitement raison.

    - Tu improvises alors?

    - Non, je réalise comme lorsque j’écris. J’invente au fur et à mesure. Pourquoi faire deux fois le même boulot? Pondre quelque chose pour le pondre à nouveau, en images, est de loin très artistique. Selon moi, bien entendu. Caresser et façonner l’objet m’intéresse davantage que de l’admirer une fois terminé et jubiler face au public... Mais... mais...

    - Comme il y a toujours un mais!

    - Merci de me le rappeler et de me devancer...

    - Pas de quoi!

    - Pour ne pas me perdre et naviguer dans tous les sens, je numérote le squelette de mon récit filmique.

    - Le squelette?...

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  • Flash-back (14, à suivre)

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    Flash-back, Hank Vogel.jpgCe crachat mental n’est autre qu’un assemblage de flash-back, me dis-je. A l’avenir, la Latino-scandinave n’aura pas besoin de faire appel à un scénariste pour fabriquer ses films, elle n’aura qu’à puiser dans son passé, dans ses propres souvenirs bien à elle, si prometteur en embrouilles.

    Mais soyons plus terre-à-terre!

    Qui a en horreur les déjeuners sur l’herbe et les parties de jambes en l’air?

    En tout cas pas moi!

    Ne soyez donc pas hypocrites comme je le suis parfois ou souvent quand je philosophe!

    Les plaisirs du sexe, mutuellement consentis, même absurdes, nous libèrent momentanément du poids de toutes nos chaines, nos attachements et nos croyances. Et durant ces messes sauvages, l’homme et la femme se comportent comme des animaux.

    Avec des plumes dans le dos pour certains et je suis polie, ajourerait ma concierge lors d’un face-à-face télévisé.

    Alors tous à poil pour le plaisir et pour le bien de l’humanité!

    Tous? Non! Elle et moi pour le moment...

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  • Flash-back (13, à suivre)

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    Flash-back, Hank Vogel.jpgLa chair est faible! Mais quand il s’agit de chaire et d’esprit tout est hors circuit. Le maître a tous les droits, jusqu’au bout de l’enfer. Rien n’est proscrit.

    Ce raisonnement est digne de l’infâme prétentieux qui se permet de franchir les limites du raisonnable pour arriver à ses fins.

    Mais voilà je suis double! Une montagne de contradictions. Un roc en papier-mâché. Tantôt le fils du Bon Dieu, tantôt le rejeton du diable.

    - Eh! Ho! Reviens sur terre! me lance Conchita. J’ai l’impression que tu planes souvent au-dessus des nuages. Je ne suis pas un ange, tu sais...

    - Tu as raison, je confirme. Je cherche souvent midi à quatorze heures pour rien. Mais avant de passer...

    - Chut! Pas la peine de mendier une fois de plus.

    Et elle me dévoile tout, ou presque, ce que j’ai envie d’entendre, soit:

    - Comme tu sais et tu ne sais pas, je m’appelle Conception Melzinha Kirsten Sørensen. Je porte le nom de famille de ma mère car mes parents qui se déclarent souvent divorcés ne se sont jamais mariés. Mon paternel est un individu local d’origine italo-espagnole bourré de préjugés bourgeois, d’où sa passion pour les armes à feu et son engagement dans la police. Il croit dur comme fer que le Pape est un cadeau du ciel et fait totalement confiance à la justice des hommes. De qui la faute? La faute à quoi? A cause de sa maudite éducation, stricte et pro-fasciste. Probablement mais rien n’est certain. Malgré cela, j’adore mon gros Papa. Quant à chère mère, c’est tout le contraire... c’est une athée convaincue qui se méfie même de ses soeurs. Elles sont trois les pauvres, bien qu’elles nagent dans la richesse, à subir ses violentes critiques. Tante Helle et Tante Inge habitent à Copenhague et Tante Pia, la plus sympa à Stockholm. Et...

    - Et?

    - J’ai la moitié de ton âge, si mes calculs sont bons... Suis-je bonne pour la casserole maintenant?...

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  • Flash-back (12, à suivre)

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    Flash-back, Hank Vogel.jpgLa belle aux origines douteuses, étant donné que je la connais à peine, m’embrasse gentiment sur la joue en signe de remerciement et me dit:

    - Je prends note mais rien ne m’oblige à suivre le même chemin que toi. Philosophiquement parlant. Apprends-moi à avoir et non pas à être. Car ce que je suis est déjà un foutoir chargé de multiples contradictions. Oui, apprends-moi la technique, seulement elle et rien d’autre... Je ne suis pas aussi pure que toi pour m’engager dans une telle aventure les mains dernière le dos mais plutôt derrière la tête. Voir plus.
    Je suis donc prête à tout, au pire comme au meilleur. Compris, beau gosse?

    Et, avant même que je ne m’apprête à lui répondre, elle se colle subitement à moi et me dévore de baisers.

    Puis sans la moindre pudeur, elle m’ordonne:

    - Ouvre ta braguette et montre-moi de quoi tu es capable.

    - OK... mais avant tout... déballe toute... ta vraie identité, je bafouille.

    - Elle est bien bonne! réagit-elle, toute étonnée. On ne l’a jamais faite celle-là. Serais-tu du genre papa-gendarme comme mon vieux? Bien que lui...

    - Pas du tout. Mais je ne couche jamais avec une inconnue.

    - Depuis quand suis-je une inconnue pour toi?

    - J’aimerais en savoir plus sur ton passé.

    - Pourquoi? Ça te permettrais de fantasmer davantage? De mieux bander?

    - Peut-être, qui sait!

    - Je vois.

    - Non, impossible, tu ne peux pas voir. Tu peux seulement imaginer.

    - Quelle mémoire!...

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  • Flash-back (11, à suivre)

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    Flash-back, Hank Vogel.jpgA vingt-deux ans, on a tendance à avoir les flics au cul. A trente-trois, on est prêt à se sacrifier pour l’humanité toute entière. Finalement, ce n’est qu’après quarante-deux printemps d’existence que l’on commence à être vraiment bien dans ses baskets surtout si l’on chausse du 42 fillette.

    Je suis donc en parfaite position de force pour donner des leçons.

    Première leçon ou la leçon des leçons:...

    Attention! Soyons attentifs! Moi y compris.

    Je m’adresse à Conchita:

    - L’aventure artistique est un voyage sans fin et le cinéma, cet art si complexe et si compliqué, en fait partie. Si tu décides de t’y lancer dans le but, principal ou pas, de devenir riche ou célèbre, je te conseille sans la moindre hésitation de te diriger illico presto vers l’univers des séries télévisées, des réclames publicitaires et des cartes postales. La masse courante raffole éperdument de ces choses-là. Et c’est parmi elle et grâce à elle que tu trouveras peut-être ton bonheur. Car c’est elle qui fait fonctionner le marché. Ou au pire vers celui de la finance et de ses prodigieux escrocs. Mais! Comme il y a toujours un mais qui défraye la chronique, nécessaire à toute réflexion un peu trop rassurante voire douteuse, si tu te persuades que le jeu ne vaudra jamais la chandelle, alors tu découvriras au fil du temps l’autre toi-même, rien n’est certain, cet être éclairé capable de réaliser bien plus qu’un film. Adieu gloires et défaites! Une œuvre cinématographique n’est que l’aboutissement d’une longue méditation. Et elle seule, réussie ou ratée, projetée ou rejetée, vaut de l’or...

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  • Flash-back (10, à suivre)

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    Flash-back, Hank Vogel.jpgDécouvrant sur son visage quelques rides de tristesse dues à de nombreuses déceptions certainement, je propose à la belle ingénue parfois un peu vulgaire:

    - Si tu acceptes de fonctionner comme ma chose, mon objet à tout faire et à tout subir, tu as une forte chance de trouver une place au chaud au fond de mon cœur et de mon esprit... Pour éviter toute ambiguïté, mon objet à tout faire et à tout subir veut dire: être à la fois mon toutou, mon chien de garde et de chasse, ma complice, ma confidente, mon souffre-douleur, ma sœur, ma mère, ma conjointe et ma pute. Es-tu prête et capable de subir une telle soumission?

    -...

    - Au risque même de te faire détester de tous? C’est-à-dire: des tiens et des autres.

    Conchita hoche timidement la tête.

    - Est-ce un oui ou un non? je grogne.

    - C’est oui, bordel! me répond-t-elle en criant.

    Marché conclu! Le maître a trouvé son élève idéale. Le professeur, son assistante parfaite. Le chasseur et le prêtre, leur proie facile.

    Maintenant que le contrat est signé, entre Conchita et moi, émotionnellement si je puis employer ce terme, j’ai la lourde tâche d’aller au bout de toutes mes pensées, de me dire la vérité, rien que la vérité... et de lui dévoiler ainsi tous mes secrets...

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