31/01/2019

Flash-back (9, à suivre)

Flash-back, Hank Vogel.jpgTous les chemins mènent à Rome. Mais tous les langoureux baisers, debout ou confortablement assis sur un canapé, ne mènent pas inéluctablement au lit.

Après ce sublime épisode prometteur, je conseille pourtant à la belle Conception, d’un ton presque fraternel:

- Sois du tonnerre et non point la foudre.

- Que veux-tu insinuer? me demande-t-elle en fronçant les sourcils. Tes phrases me font souvent penser aux messages des tamtameurs africains...

- Je n’ai pas besoin de récompense pour t’offrir mon savoir.

- Alors pourquoi m’as-tu invitée à ton tournage.

- Mais... c’est-toi qui m’a supplié de pouvoir y assister...

-Supplié! Supplié? Tu exagères un peu...

- C’est vrai ou non?

- C’est vrai... Car... car j’aimerais...

- Il y a de la confusion dans l’air, je crois.

- Sans doute... Tu es déconcertant, ma parole!

- Tu aimerais faire partie de mon équipe, n’est-ce pas? Comme assistante?

- Non, être ton assistante personnelle.

- Tu veux dire la première assistante du film?

- Oui, entre autres...

- Impossible!

- Pour quelle raison?

- Il y en a deux.

- Lesquelles.

- La première: c’est que j’improvise beaucoup et que mon scénario n’est qu’un indéchiffrable assemblage de notes. Un vrai casse-tête donc pour un collaborateur de ce type. Il perdrait vite les pédales si j’en avait un.

- Et la seconde?

- Tu réaliserais le ou mon film à ma place... Comme cela arrive régulièrement dans de nombreuses productions quand le réalisateur est un vrai trou de balle... et...

- Et?

- Et que le premier assistant le remplace souvent à bien des étapes et fasse en sorte que l’œuvre en gestation ne parte pas en couille.

- Tu... tu...

- Oui, ma chère, les palmes et les oscars ne sont pas toujours attribués à justice titre aux bonnes personnes.

- Tu exagères!...

- Le néophyte n’y voit que du feu, l’expert... non, le parfait connaisseur remarque tous les défauts, toutes les failles.

- Alors?

- Alors quoi?

- C’est foutu pour moi?

Découvrant sur son visage quelques rides de tristesse dues à de nombreuses déceptions certainement, je propose à la belle ingénue parfois un peu vulgaire:...

07:59 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (16) |  Imprimer |  Facebook | | | |

28/01/2019

Flash-back (8, à suivre)

Flash-back, Hank Vogel.jpgDieu qu’elle est cinglée cette adepte du scooter!

Après quelques zigzags à une vitesse folle, effleurant l’asphalte à chaque virage, à travers la ville, heureusement déserte vu l’heure tardive, Conchitta freine brusquement et me dit:

- J’adore rouler comme une dingue quand je sais que les flics sont au chaud.

- Au... au ch... chaud? je bégaye, forcément suite à ces acrobaties inattendues.

- Au quartier chaud.

- Je vois.

- Non, impossible, tu ne peux pas voir. Tu peux seulement imaginer. Bref! Tu montes ou tu préfères faire le reste à pied?

- Tu habites ici?

Pratique n’est-ce pas? Ce n’est pas loin de chez toi, me souffle un petit démon de passage.

- Non, je n’habite pas ici, j’y viens seulement quand j’ai envie de me faire sauter par un type sympa et que mon paternel est de service, me déclare-t-elle sans vergogne... On monte ou merde?

- On monte, on monte!

- Alors ôte ton cul osseux de mon cheval!

La femme est bicéphale voire multicéphale, l’homme tout juste monocéphale.

La joliment confectionnée, par une divinité calme, artiste et savante, est capable de tricoter et de compter les mailles de son tricot tout en faisant l’amour.

Quant au premier jet de la création humaine, sorti trop tôt de l’esprit d’un dieu pressé, n’est bon qu’à se vanter de sa plus belle victoire ou de désavouer sa dernière défaite.

Une chose à la fois. Deux choses en même temps serait trop lui demander. Contre-productif pour son avenir, selon lui bien entendu.

A force d’observer, de regarder attentivement sans parti pris devient-on sévère envers soi-même et juste entre les autres?

Ô caméra! Pourquoi cherches-tu sans cesse à m’accompagner?

Conchita me tire par la main.Visite rapide de son logement secondaire. Je comprends aussitôt que son père, divorcé de sa mère forcément, travaille dans la police et qu’il est très désordonné. Menottes par-ci et pistolets par-là. N’importe où comme les jouets d’un enfant très mal éduqué.

Pourvu qu’il n’est pas chargé, me dis-je en caressant du bout des doigts un SIG-Sauer SP 2022.

- Il est collectionneur ton vieux? je demande à ma future probable concubine.

- Superflue question pour un cinéaste, me répond-t-elle en se collant à moi.

Et nous nous embrassons...

06:10 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (5) |  Imprimer |  Facebook | | | |

24/01/2019

Flash-back (7, à suivre)

Flash-back, Hank Vogel.jpgAu bout d’un certain temps, par irritation ou par nervosité ou les deux à la fois, difficile de jouer au fin psychologue face à une telle situation, je lance à Conchita:

- J’ai de belles mains mais de vilains pieds, qui sentent l’époisses de Bourgogne par-dessus le marché. Une tentative de nuit de noces, ça te dirait quand même?

- Tu n’auras qu’à garder tes souliers, me répond-t-elle en souriant.

- OK!... OK?

- OK.

Que recherche-t-elle auprès de moi? Souhait-t-elle vraiment subir avec moi quelques heures torrides pour ensuite m’arracher du cerveau quelques-uns de mes secrets cinématographiques, si peut-on les nommer ainsi? Ou tout simplement passer un agréable moment ensemble, plein de douceur et de tendres sensations, sous un drap immaculé, l’esprit libéré de tout?

L’autre est toujours une source pour apaiser notre soif de quelque chose. Non?

M’épouserait-elle uniquement pour mes beaux yeux ou plus cruellement pour satisfaire son horloge biologique?

Que de questions en moins de dix secondes!

- Ça va? Tu as l’air ailleurs, me dit-elle.

- Je pensais aux horaires du bus, je mens.

- J’ai une vespa.

- Oui, c’est vrai, j’avais oublié.

Et hop, nous voilà en marche mollement sous les regards chargés d’interrogations des copains...

08:28 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (10) |  Imprimer |  Facebook | | | |

19/01/2019

Flash-back (6, à suivre)

Flash-back, Hank Vogel.jpgLe café du commerce!

- Dans chaque cité magique, il en existe un, dirait Conchitta.

Où les artistes se mélangent aux ivrognes. Où les idées les plus farfelues naissent et meurent quasi instantanément. Où la bière et la piquette coulent à flots.

Nous nous asseyons tous autour d’une table en bois. Actrices, acteurs, techniciens et techniciennes, unis comme des frères et sœurs de la même famille ou presque.

Les conversations se multiplient comme des petits pains et finissent toutes en queue de poisson.

Prudemment appuyée contre l’épaule d’André, l’ingénieur du son, Ursula, la scripte, fait semblant de mettre au net ses notes. Mais, malheureusement pour elle, le jeune homme à l’oreille fine a un faible pour les Asiatiques.

Jules, l’assistant du caméraman, dévisage régulièrement Paulette, la maquilleuse, et Germaine, l’habilleuse. Tantôt l’une, tantôt l’autre. Malgré qu’il soit marié et que les deux ingénues partagent souvent le même lit.

Et Conchita ne cesse pas de me faire du pied.

Dans quel jardin de la perdition ai-je atterri? je me questionne... La nuit sera-t-elle fabuleuse? Bonne ou mauvaise conseillère?

Mon esprit se dilate dans tous les sens.

Un film ou un roman de plus dans mon palmarès, probablement, me dis-je. Toute expérience, aussi indigne soit-elle, mérite de voir le jour. Ou plus cruellement: mérite une belle mise à mort.

La liberté d'expression? Penser par soi-même et oser dire par n'importe quel moyen!

10:50 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (17) |  Imprimer |  Facebook | | | |

17/01/2019

Flash-back (5, à suivre)

Flash-back, Hank Vogel.jpg- Tu t’excites trop pendant les tournages. On dirait que tu prends ton pied dès que le clapman annonce la scène.

J’en ai trop dit ou pas assez. L’homme de l’éclairage et des images en mouvement se fige à mes yeux tel un arrêt sur image, un laps de temps. C’est un individu à part qui se contente d’admirer les autres, surtout les acteurs en en pleine action, pour jouir, seul dans son coin, à l’abri de toute lumière.

- Allons au bistrot! C’est moi qui raque, voulez-vous? je propose à haute voix.

Tout le monde est forcément d’accord!

La production est pauvre mais le réalisateur est très généreux. Voire parfois trop. Il vide ses poches et promet un avenir certain.

Ainsi fonctionne le cinéma d’auteur. On est prêt à vendre son âme au diable pour quelques heures de gloire dans un ciné-club. Universitaire si possible, où l’intelligence semble être encore fraîche et riche en pardons.

Les vieux cons, eux, préfèrent s’endormir devant leur téléviseur. Après avoir avalé en bavant quelques spots publicitaires.

D’où la jeunesse d’un côté et la vieillesse de l’autre. La rupture entre générations commence-t-elle à vingt ans et à la maison?...

Quand Christian s'exprimait!

09:35 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

14/01/2019

Flash-back (4, à suivre)

Flash-back, Hank Vogel.jpg- C’est sans doute son parfum qui a déclenché en moi le goût de l’aventure. Miraculeusement...

- Quel parfum?

Je me frotte les yeux et je lui réponds:

- Les odeurs des choses et... l’odeur due au moment, aux instants. Un amalgame d’étranges émanations. Chimiques et organiques à la fois. Révélateur, fixateur, bain d’arrêt, transpiration...

Christian, mon directeur de la photographie, ou chef photo pour les sbires de la télé, réagit:

- A quoi tu joues, Hanzouli? Nous ne sommes pas là pour entendre tes âneries mais pour tourner, bon Dieu!

- On ne fait que de répéter, je l’informe gentiment. On filme à blanc.

- A blanc?

- La caméra n’est pas chargée.

- C’est impossible! C’est moi qui l’ai chargée hier soir, avant de partir...

- C’est bon! Coupez! je hurle. On arrête tout pour aujourd’hui.

- Vous avez osé tourner sans moi? me demande Christian, tout déçu. En secret, en cachette, après que je sois parti?...

- Tu aurais dû t’en rendre compte, je lui fais remarquer

- Comment ça?

- Tu sais bien que qu'une arriflex chargée ne ronronne pas de la même façon qu’une arri non chargée, non?

- En effet! Où avais-je la tête?

- Tu t’excites trop pendant les tournages. On dirait que tu prends ton pied dès que le clapman annonce la scène...

Christian Gloeckler et son arri 35mm.jpg

Christian Gloeckler et son arriflex 35mm

11:41 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (11) |  Imprimer |  Facebook | | | |

06/01/2019

Flash-back (3, à suivre)

Flash-back, Hank Vogel.jpgConception éclate de rire. Conchita pour les intimes, entre parenthèses.

- Pourquoi ris-tu comme une bécasse? je lui demande.

Pas de réponse. Bonne réponse! Voire plus?

Je souris alors.

Alors, alors, alors! Elle rumine, elle mâche, elle remâche, elle repense, elle revient sur elle, elle médite...

Elle n’a pas fait d’études pour ouvrir sa grande gueule, pour contre-attaquer. Moi si mais à contre-courant. Je profite donc de lui balancer:

- Les experts du cinoche ne valent pas un clou... J’attendais au moins ça de toi. Mais voilà! La péloche ce n’est pas ton domaine.

- La pé... loche? elle murmure.

- La pellicule, je lui explique. C’est elle qui a engendré le cinéma et non le contraire comme le croiront un jour les enfants d’une plus subtile technologie. Dans un film, il y en a trois. Trois films! La trinité cinématographique! L’œuvre écrite ou pensée, l’œuvre tournée et l’œuvre montée. Scénario, réalisation et montage. Mais...

- Mais?

- C’est sans doute son parfum qui a déclenché en moi le goût de l’aventure. Miraculeusement...

- Quel parfum?...

09:23 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (18) |  Imprimer |  Facebook | | | |

01/01/2019

Bonne année 2019 !

On s'éclate à Saint-Pète! Bonne année 2019 à tous! La vie est un feu d'artifice quasi invisible!...

08:59 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer |  Facebook | | | |