23/02/2018

Mes voisines concubines (9, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpgN’en déplaise à certains, quand on est jeune et en bonne santé, on n’a rien à foutre des spécialistes du corps et encore moins de ceux de la psyché. Car on est prêt à mourir pour une bonne cause. Mais faut-il encore la trouver...

Pourris jusqu’à l’os! Politiciens, élus, avocats, juges, magistrats, fonctionnaires, banquiers, patrons, directeurs, chefs, contre-maîtres, ils sont tous corrompus dans cette cité.

Corruption, débauche, dépravation, perversion, dérèglement, décomposition, putréfaction, pourriture...

Je ne me battrai jamais pour les riches et les trop bien installés mais toujours pour les pauvres et les misérables.

Mais comment faire? Je me sens tellement impuissant face cette injustice sociale. Et je n’ai qu’un solex et sept stylos pour lutter. Bien qu’un tantinet conformistes.

Un Cross, un Montblanc, un Shaeffer, un Parker, un Waterman et deux Pelikan. Tous des cadeaux d’anniversaire.

Mais faciles et pratiques pour mes géniteurs depuis qu’ils savent que leur rejeton ne pense qu’à écrire. Entre autres. Comme la drague ou la baise. Mais là c’est zone interdite pour eux et secret défense pour moi.

Comme vive les Belges et les Suisses pour le chocolat, vive l’encre noire, la bleue, la verte, la rouge, la bordeaux et la violette pour l’écriture!

20:52 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer |  Facebook | | | |

22/02/2018

Mes voisines concubines (8, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpgMais comme tout mal ne vient pas forcément pour nuire, je saute sur mon plus beau stylo et j’écris sur le dos vierge d’un papillon publicitaire:

Passe l'animal avec son général

On s'agite
On agite
Les autres
On met en branle
Ses cordes vocales
Et tout s'ébranle
Surtout les autres
Et on a peur
Très, très peur
Car arrive le général
Sur son animal
Ou sur son vélo
Ou sur son pédalo
On s'agite
On s'agite
Intérieurement
Comme dans un enterrement
On veut rire
On veut sourire
Au mort qui sourit
Comme une souris
Mais on n'ose pas
On est tous au même pas
Pas à la même enseigne
Puisque le général est là
Et tous ceux qui nous enseignent
Tout le tralala
On s'agite
On s'agite
Comme des sardines
En conserve
Immobiles dans l'huile
C'est triste une sardine
En conserve
Immobile dans l'huile
Ça ne bouge pas
Le général passe
Pas au pas
Lui, il a tous les droits
Attention, il repasse
Il regarde sans regarder
Et on ne le regarde pas
Comme il est petit
Sans son cheval
Il a l'air d'un petit animal
Qui a mangé ses petits
Quel animal!
Ce général!
Il mange tout le monde
Même ses ennemis

Soyons sérieux! Trop plaisanter finit par donner le vertige, répétait souvent Sœur Graziella, la cousine de ma mère. Quand j’étais gamin et qu’elle était encore vivante, la sainte femme, je ne savais jamais comment l’appeler. C’est pourquoi, je me contentais de lui sauter au cou chaque fois qu’elle venait rendre visite à mes parents.

Ach, mes parents! L’eau et le vin. La lumière et l’obscurité. Le calme et la tempête. Le ciel et l’enfer. Le mâle adouci et la femelle endurcie.

Que de caresses par mon père! Que de gifles par ma mère! Heureusement, l’inverse n’aurait conduit vers les hommes. Paroles d’un expert en psychologie comportementale et, peut-être, cognitive...

21:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (7) |  Imprimer |  Facebook | | | |

21/02/2018

Mes voisines concubines (7, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpgDring, dring, dring!...

Je décroche et, par plaisanterie ou par prudence imprévue, je décide de prendre l’accent d’une vieille Anglaise:

- Oui, allô! C’est qui? C’est toi mon petit fiston?

Et une voix au bout du fil me répond:

- Non, c’est Annette, l’assistante du commissaire Sturm...

- Mes hommages, Madame.

- Idem.

- Plaît-il?

- J’ai dit pareil.

- Parlez plus fort, je suis à moitié sourde de cette oreille.

- Alors écoutez par l’autre.

- L’autre ne fonctionne plus du tout.

- Je suis désolée...

- Êtes-vous en train de faire un sondage sur les durs de la feuille?

- Non, j’aimerais parler à votre fils ou petit-fils.

- Il n’est pas là, il est allé faire du cheval avec le général.

- Quel général?

- Le général Guisan, pardi!

- Mais ça fait plus de sept ans qu’il est mort.

- Qui ça?

- Le général, bon Dieu!

- Pourquoi, quelqu’un l’a assassiné? Encore un coup des communistes sûrement...

- Personne n’a assassiné personne, nous cherchons un trousseau de clés.

- Un trousseau de quoi?

- De clés.

- Elles sont là, bien au chaud...

- Dieu soit loué!

- Venez donc les chercher.

- C’est que nous sommes très débordés...

- A cause des Ritals et des Tapas?

- R...

- Alors envoyez-moi le couillon qui a eu hâte de s’en débarrasser.

- S...

- Bon! Dans ce cas, je dirai à Charly de vous rappeler.

Et je raccroche. Sans attendre le moindre remerciement. Il faudrait être fou pour l’espérer.

Mais comme tout mal ne vient pas forcément pour nuire, je saute sur mon plus beau stylo et j’écris sur le dos vierge d’un papillon publicitaire:...

20:09 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

20/02/2018

Mes voisines concubines (6, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpgJe guigne par la fenêtre. Rideau!

Je n’ai donc rien perdu jusqu’à maintenant, je me rassure.

Le savoir engendre la curiosité, l’ignorance l’incompétence. Ou la tranquillité.

Elles m’ont mis la puce à l’oreille, ces drôles de voisines. Moi qui a tendance à m’endormir au moindre soupçon. Non pas par indifférence mais par négligence. Je m’en fous de tout.

Vraiment?

L’amour est la cause de tous mes échecs et la source de toutes mes réussites, m’a déclaré un soir un vieux clochard. Il était assis par terre agrippant une bouteille de pinard.

Pour le moment, je ne peux qu’additionner mes dégringolades. Mais les paroles de ce vieillard me donnent parfois espoir.

Sans espoir, la vie n’est qu’un pissoir! Autre rengaine de ce vétéran des trottoirs.

Je pense à Denise. A la fois ma prochaine conquête et mon ex petite amie. Les relations humaines, c’est parfois terriblement compliqué. Surtout quand le père de la fille en question est un bourgeois jaloux. Du type sicilien à la puissance x.

- Mais je l’aime! je hurle.

Bien sûr! Mais il ne m’entend pas. Et il ne m’entendra jamais. Tu nais bourge et con, tu meurs con et bourge.

Je me m’éloigne de la fenêtre, range le trousseau de clés dans un tiroir, je plonge sur mon lit et je ferme les yeux.

Dring, dring, dring!...

19:55 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer |  Facebook | | | |

19/02/2018

Mes voisines concubines (5, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpgActe manqué! Acte manqué? Qui suis-je, où vais-je? Nul ne le sait sauf les prétentieux. Et les inspecteurs des impôts! Qui sont moins bobets que ceux de la police car eux, ils savent au moins compter. Je suis vraiment un révolté!

- Mais pourquoi donc ai-je accepté ce foutu trousseau de clés? je murmure.

Oui, je l’ai accepté. Acceptation, acquisition, marché conclu, marché noir, vol, voleur, condamnation, prison...

- Le fait seul de l’avoir mis dans la poche sans trop protester prouve bien qu’une petite crapule se cache en toi, me dirait le commissaire Sturm.

Rien à voir avec la famille du remarquable Charles Sturm devenu suisse quand Genève entra dans la Confédération helvétique.

- Mieux vaut tard que jamais! soulignerait Lolita, ma concierge espagnole qui a étudié l’histoire de France à la Sorbonne. C’est pour cela que Rousseau est toujours Jean-Jacques pour les Frouzes. En plus clair: français.

Mais revenons à Madame Tussauds... pardon, à mon trousseau!

J’examine les clés. Quatre au total. Plates. Des Yale. Ou des paracentriques pour cylindre à goupille, préciserait le collectionneur de serrures. Sur l’une d’elle, il est gravé en petit caractère, quasi microscopique: solex.

- Quel con! Je comprends maintenant! je crie de joie.

Le raisonnement de Sturm est digne d’un fonctionnaire pistonné par son parti. Très libéral ou top insouciant à tous les points de vue.

Le sieur a simplement tiré un trait d’union entre mon arrestation nocturne suite à un zigzag en pleine rue avec mon vélomoteur et les soi-disant passe-partout dont l’un d’eux porte la même marque que ce dernier. Objets trouvés sur le lieu de l’incident et ramenés aux commissariat quelques instants plus tard par un passant qui croit encore dur comme fer au sérieux de la police, je n'en doute pas une seconde.

Analogie, affinité, lien, complicité, culpabilité...

Mon ciel s’assombrit tout-à-coup.

Vite, vite une banane ou une tête-de-nègre pour me remonter le moral! Vite avant que les associations anti-racistes ne viennent semer leur crème là où il n’est nullement nécessaire.

Je me contente d’une barre de chocolat blanc qui m’a été offerte par un mon ami Robert, un extrémiste de droite qui a perdu toutes ses dents lors d’une manif.

On ne choisit ses amis, ce sont eux qui nous choisissent. Pour ne pas sombrer dans le désespoir. Ou pour justifier leurs sottises.

Dieu a le même problème que moi, paraît-il. Ils sont nombreux à vouloir lui lécher les bottes. Lui, qui adore se promener pieds nus. Ils l’obligent ainsi à se comporter comme quelqu’un d'autre.

Prières par-ci, prières par là! On n’arrête pas de le saouler. Il va finir par disparaître pour de bon.

Que c’est succulent le chocolat! Vive les Belges! Vive les Suisses! Déjà pour cela...

21:20 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (8) |  Imprimer |  Facebook | | | |

18/02/2018

Mes voisines concubines (4, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpg- Je me prénomme Rosetta, poursuit-elle. Et elle, elle s’appelle Pierrette.

- Mais entre nous, c’est Pierre, précise la blonde... On se tutoie?

- On se tutoie...

- Et toi, quel est ton nom?

- Charles-Antoine pour les officielles et Charly pour les intimes... Puis-je vous poser une question un peu particulière?

Les paupières des filles se mettent à trembler.

- Mais je vous rassure... je vous rassure...

Elles clignotent maintenant à fond.

- Pas du tout indiscrète.

Elles s’immobilisent d’un seul coup.

Quel synchronisme! me dis-je. Elles sont vraiment faites l’une pour l’autre ces deux-là, malgré leurs différences.

J’ose finalement:

- Est-ce que vos parents professent ou professaient l’archéologie? Ou vous vous êtes rencontrées en Égypte?

Des sourires et des grimaces s’entrecroisent sur leur visage.

- K... co... k’ment... le... sais-tu? bégaie la blonde.

- Comment je le sais?

- Oui, comment le sais-tu? intervient la rousse. Personne n’est au courant de notre passé...

- Ni de notre enfance, ni de notre adolescence. Elle a retrouvé ses esprits, la grande.

- Malheureusement, permettez-moi d’être grossier, il nous colle au cul qu’on le veuille ou pas.

- Comment ça?

- Rien qui fut décidé n’est anodin à notre destin. Pour preuve, vos prénoms, ils m’ont aussitôt fait penser à la pierre de Rosette. Surtout le tien, Rosetta. D’où j’ai imaginé tout le reste. A moins que...

- Que quoi? en duo, évidemment.

- Que j’arrive à décrypter sur les visages des gens les traces que leur vécu.

- C’est monstrueux!

- Alors c’est vrai? J’ai vu juste?

- Oui, c’est vrai, me certifie la grande blonde. Mais il y a tout de même un léger bémol.

- Un bémol?

- Concernant notre rencontre, tu es tombé pile. Mais concernant nos parents, tu n’as que partiellement deviné...

- Cela nécessite forcément une longue discussion.

- Sans aucun doute... Passe donc ce soir boire un verre à la maison.

Elle s’adresse à sa copine:

- N’est-ce pas, Rosetta? Et grignoter aussi quelque chose à l’heure du souper, pourquoi pas?

La petite rousse hoche deux fois la tête en signe d’affirmation...

Les origines probables de ce récit...

12:04 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (5) |  Imprimer |  Facebook | | | |

16/02/2018

Mes voisines concubines (3, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpgAprès avoir récupéré mon cyclomoteur à la fourrière, je me rends illico presto chez mon garagiste.

- Tu as encore voilé ta bécane! me lance Monsieur Sergio Ussario.

- Ça se voit autant que ça? je lui demande tout surpris.

- Tu sais bien que je vois tout, devine tout, même quand le moteur est éteint.

J’aime beaucoup cet Italien. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce qu’il me rappelle mon grand-père quand il me chantait:

- Garibaldi è andato in guerra, è caduto il culo per terra... *

Allez savoir!

Il suffit parfois d’une poussière d’étoile, d’une coquecigrue, d’une bagatelle, d’un rien pour que des liens de sympathie se tissent entre deux individus forts différents et opposés à bien des sujets.

Lui, il adore les voitures, le foot et les grosses. Moi, les voyages, la lecture et les maigrelettes. Lui, il prend plaisir à se tuer au boulot. Moi, moins je travaille mieux je me porte. Lui, le dimanche il va à la messe. Moi, je ronfle jusqu’à midi. Lui, il sait se taire quand il le faut. Moi, je la ramène constamment.

La seule chose que nous avons en commun... Niet, niet! Oublions ça! La fraternité ne réclame aucune garantie.

- Je t’arrange ça pour demain, me dit-il. Va bene?

- Molto bene.

- Chi va piano va sano e lontano.

Et sur ces belles paroles, je m’éloigne de mon réparateur.

En montant la Grand’Rue, à une minute du bercail, deux jeunes filles, un grande blonde et une petite rousse, d’à peu près mon âge, m’accostent et me récitent, quasi simultanément en souriant:

- Ah! te voilà toi, ça faisait longtemps que nous attendions ce moment-là...

- Plaî... t-il? je bafouille.

- Nous sommes vos voisines, c’est là que nous habitons, m’explique la blonde en me montrant du bras la fenêtre de leur studio.

- Et là, c’est vous? me dit la rousse en pointant du doigt celle du mien.

C’est-à-dire, pour être clair et tans pis pour la redondance: la fenêtre de mon chez-moi qui se trouve en face de la fenêtre de leur chez-elles...

*Pour ceux qui aimeraenit entendre la mélodie...

21:46 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (14) |  Imprimer |  Facebook | | | |

15/02/2018

Mes voisines concubines (2, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpgLes flics sont de sacrés péteux. S’ ils ne l’étaient pas, ils ne se baladeraient pas toute la journée avec leur pétard à la ceinture. Comme à l’époque des cowboys et des Indiens. Dans cette petite ville calviniste où les trois quarts des portes d’entrée ne sont pas munies d’une serrure.

Je vis dans un paradis sur terre. Presque! Où, pourtant, l’on a interdit aux enfants de jouer au gendarme et au voleur, à saute-mouton et à la bague d’or.

- Belle princesse, avez-vous la bague d'or? Si oui, avec un doux baiser vous l'aurez. Si non, prenez ma place et j'irai la chercher...

Silence! Verboten!

L’unique métal qui essaie d’imiter le soleil, tant convoité par les pharaons, est maudit dans ce pays. Seul l’argent mérite considération. Spécialement en papier.

C’est con un calviniste. Ça se couche et ça se lève tôt en récitant toujours la même prière. Comme si le Bon Dieu était sourd ou dur à la comprenette. Aucun respect envers son vrai supérieur. Pire qu’une grenouille de bénitier, un crapaud déguisé!

Cendrillon ne repassera jamais par là, c’est certain.

Après avoir récupéré mon cyclomoteur à la fourrière, je vais directement chez mon garagiste...

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14/02/2018

Mes voisines concubines (1, à suivre)

Mes voisines concubines, Hank Vogel.jpgBref avertissement:

L’érotisme, comme le sport, mieux vaut le vivre que de se contenter de le regarder à la télévision.

Ou, pour les abandonnées de tous, les surexcités et les accros, mieux vaut s’en abstenir que de le consumer en visionnant des vidéos.

Oui, consumer et non pas consommer, préciserait ma psychiatre catholique.

Le chapitre est clos!

Je m’appelle Charly. J’ai vingt-deux ans. L’âge de tous les rêves, de toutes les chances mais aussi de tous les dangers. Et je vous parle en connaissance de cause. Pour preuve, je viens de sortir de cellule pour avoir roulé en état d’ivresse, en... excusez-moi, le commissaire de police a encore besoin de moi.

- Tiens... et sois sobre la prochaine fois! me dit-il en me lançant un trousseau de clés.

- C’est quoi ça? je lui demande tout étonné.

- Les sésames de ta bagnole.

- Ma voiture? Mais je n’ai pas de voiture!

- Apparemment si.

- Et je ne sais pas conduire.

- Ce n’est pas mon problème.

- J’ai un solex moi! Un vieux solex qui...

- Fiche le camp d’ici! L'affaire est classée...

21:05 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

13/02/2018

Au pied de mon père (13, fin)

Hank Vogel, Au pied de mon père.jpgMiraculeusement, je me retrouve mentalement couché sur le ventre, au pied de mon père, en train de jouer avec mes soldats de plomb. Sur la lune, mars ou sur une autre planète.

Le vieil homme est confortablement installé dans son éternel fauteuil. Contraste oblige! dirait ma concierge.

Le bon patriarche me relève gentiment et me souffle d’une voix poétique:

- Mon petit roi, sache que rien n’est anodin chez l’humain, tout est malin. A moins qu’il ne soit un saint. Et ceux qui sont au gouvernail, se comportent souvent comme des canailles. As-tu retenu la leçon, mon garçon?

Et je lui réponds:

- Oui Papa, je prends mon envol vers un monde meilleur mais le voyage sera long.

- Sois prudent, fiston! La rivière n’a pas creusé son lit en une seule nuit.

De retour sur terre, je constate que l’horreur s’est amplifiée. Les larmes et le sang coulent à flots.

La souffrance ne devrait pas exister. Dieu a décidément dû marchander son pouvoir lors de son premier grand ouvrage.

Et, entre pleures et gémissements, j’entends murmurer de-ci delà:

- Elles n’étaient prêtes, les filles... En jupe ou en pantalon, c’est du pareil au même... La révolution, c’est surtout bon pour les révolutionnaires... On nous autorise ceci mais on interdit cela... Trop vite, trop tard... On colle, on décolle et on recolle... Les flics, toujours aussi cons...

Juliette et la serveuse, chacune de leur côté, se préoccupent enfin des autres. Elles lavent, elles désinfectent, elles pansent, elles soulagent avec des mots tendres et réfléchis.

- Face au pire, c’est fou comme l’on peut devenir meilleur, je marmonne.

Jo s’approche de moi et me dit:

- Tu avais raison. Tu as vu juste. Est-ce par hasard ou es-tu un espion?

- Un argent très secret au service d’un état très désintéressé, je plaisante... Au fait, c’est quoi cette histoire de partage entre ton ex et toi.

Elle sourit et m’avoue:

- Elle voulait que l’on fasse l’amour ensemble.

- ?

- Elle, toi et moi. Mais vu les circonstances, elle a changé d’avis.

- Zut! Merde! Scheisse! A deux doigts de gagner le gros lot, il faut toujours qu’une catastrophe viennent piper les dés.

Alors Juliette, profondément déçue de mon libéralisme intellectuel ou de mon progressisme charnel, me balance un magistral coup de pied au cul.

Je me réveille séance tenante.

- Dors, le réveille n’a pas sonné, ronchonne ma nouvelle petite amie à moité endormie, en remuant sa jambe droite.

- C’était toi? je lui demande.

- Moi quoi?

- Le coup de pied.

- Quel pied... et arrête de jouer avec mes fesses.

- Ce n’était donc pas toi?

- Tu rêves encore, Legov?

- Je m’appelle Vogel.

- Alors cesse de parler en dormant.

- C’est vrai... je parle en rêvant?

- C’est très agaçant... Surtout quand... tu renverses et inverses... presque tout.

- Je suis vraiment désolé.

- Je te pardonne.

- Taisons-nous maintenant!

- C’est qui cette Juliette?

- Dors! Je te raconterai tout ça demain. Si je n’aurai pas tout oublié.

- Tu as de la chance que j’ai terriblement sommeil... Bonne nuit, Raoul!

- Bonne nuit, Jo!

Souvent, les rêves trahissent les traitres mais anticipent la réalité.

21:50 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer |  Facebook | | | |

12/02/2018

Au pied de mon père (12, à suivre)

Hank Vogel, Au pied de mon père.jpg- Rien n’a vraiment changé en somme, dis-je avec un petit sourire au bout des lèvres. Une poule a pris la place du coq mais le poulailler est resté intact. Et forcément avec de nombreux artifices tout fonctionne. Mais comme rien n’est constant, le retour ou le repassage aux sources est fort probable. Ainsi va le monde. Une bizarroïde sinusoïde des événements et des comportements que le Grand Barbu a dessinée sur son tableau noir. Une nébuleuse, un brouillon, une esquisse que même lui n’est plus en mesure d’effacer...

- Mais tu dénigres notre Seigneur! réagit Juliette avec violence.

- Tu vois! Même là vous avez échoué.

- Mais de qui parles-tu?

- De toi et de toutes celles qui ont lutté pour la même cause.

- Où exactement avons-nous échoué?

- Presque partout mais principalement dans l’univers de la liberté. Car sans liberté, il ne peut y avoir de véritable nouveauté. Votre révolution n’a été, comme toutes les révolutions d’ailleurs, qu’une simple prise de pouvoir après que vous ayez longuement comploté. Un parfait copier-coller de l’histoire!... Ils coupèrent des têtes, vous coupâtes des couilles. Moralement ou physiquement, c’est le même crime.

- Pour vous messieurs, pas pour nous.

- Des mots, rien que des mots!

- Nous avons transformé la société.

- Foutaise! Mensonge! Illusion!

- Explique!

- Les fabriques d’armements sont toujours là. Les camps de réfugiés sont toujours là. Les prisons sont toujours là. Les écoles sont toujours là. Les temples et les églises sont toujours. Les chômeurs qui font la queue derrière les guichets de l’office de l’emploie sont toujours là. Les misérables qui mendient dans la rue et les passants bourrés aux as qui les regardent de haut sont toujours là. Les mauvais médecins et les charlatans sont toujours là. Les infirmières proches du diable sont toujours là. Les mal soignés, les maltraités, les mal-aimés, les violés et les volés sont toujours là...

- Il y en a de moins en moins, d’après les statistiques.

- Elles ont toujours été truquées.

- C’est faux! Tout va dans le bon sens...

- Alors pourquoi cette manif?

- Quelle manif?

- Là où tu m’as peloté les fesses.

- Ce n’était pas moi et ce n’était pas une manif.

- C’était quoi alors?

- Une manifestation pacifique.

- Tu joues avec les mots.

- Pacifique, je répète.

- Cet adjectif est un ajout ridicule. Il ne sert qu’ à berner soit le public soit les autorités.

- Tu sais tout toi, évidemment!

- Je n’ai jamais prétendu cela.

- Pourtant, c’est ce que tu cherches à me faire croire, perroquet égarée!

- Qu’est-ce qui t’incite à me traiter ainsi?

- Ton assurance sur tant de connaissances dont tu ignores tout d’elles.

- Je ne comprends rien à ton charabia.

- Alors, explique-moi, comment un type qui a atterri, il y a à peine quelques heures, dans un zoo et qui a failli...

- Là aussi, vous avez échoué! Les zoos, les animaux...

- ... se faire bouffer par les crocodiles, puisse s’estimer capable d’analyser notre situation politique et oser nous en délivrer un aperçu. As-tu une explication à cela?

- Oui, les bouses.

- Le caca des vaches?

- Entre autres.

- Tu déconnes?

Mais, heureusement, à cet instant précis, mon ange gardien secoue l’arbre de tous les dangers et me chuchote à l’oreille:

- Pas un mot! La réponse, elle l’aura dans...

Et ni un, ni deux, ni trois, la porte du bar vole en éclats et une foule, composée de bras cassés, de têtes brûlées, de casseurs, de prostituées, de pépés, de mémés, de journalistes, de secouristes, d’enfants de cœur et Dieu sait quoi encore, tous ensanglantés, envahit l’établissement...

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11/02/2018

Au pied de mon père (11, à suivre)

Hank Vogel, Au pied de mon père.jpg- Où?

- Où la vengeance collective des femmes a eu lieu, finalement et heureusement.

La serveuse apparaît subitement au fond de la salle. Elle se dirige lentement vers nous en brandissant un mouchoir blanc.

- Pas de trêve après un divorce! proteste Juliette.

- Mais au fait, qui est-elle pour toi? je lui demande.

- Mon ex femme, me répond-t-elle en grimaçant.

- Ton ex... ton ex-épouse?

- Non, un des mes anciens boulets et une de mes imprévisibles boulettes!

- Comment ça?

- Je me suis mariée trois fois. J’ai donc dû supporter deux fainéants à moité alcooliques et cette enquiquineuse.

- C’est le ou la dernière.

- L’avant-dernière.

- Mais quel âge as-tu?

Notre conversation est interrompue par la présence de la barmaid qui se tortille telle une chatte en chaleur.

- Il faut absolument que l’on partage, miaule-t-elle.

- Je ne suis plus d’accord, lui explique Jo. Je t’ai avertie dès que nous sous sommes installés.

- Mais l’autre jour...

- L’autre jour, c’était un autre jour. C’était comme un cadeau d’adieu.

- C’était si bon, si merveilleux...

- Je ne te le fais pas dire!

- Alors?

- Pas question.

- Peut-être que monsieur est un cas à part...

- Fiche le camp d’ici avant que je t’étrangle!

La serveuse s’éclipse sur le champ...

21:51 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer |  Facebook | | | |

10/02/2018

Au pied de mon père (10, à suivre)

Hank Vogel, Au pied de mon père.jpgVa-t-elle tomber dans les pommes? Quelle misère pour ma poire!

A ton tour de jouer au soldat de l’armée du salut, je me somme. Sans grade ni uniforme, bien entendu.

D’un seul coup, je la serre fortement contre moi et pose mes lèvres sur les siennes.

Par manque d’oxygène sans doute, elle me repousse légèrement, ouvre sa bouche toute grande, la referme en cul de poule et lâche un pet vocal.

Puis elle éclate de rire.

Je suis tout stupéfait.

Le romantisme est-il mort? je m’inquiète. Le féminisme à fortes doses l’a-t-il anéanti à jamais?

Ébranlée par ma stupeur, Juliette, telle une poupée à piles à moitié esquintée, clignote de l’œil droit, et me déclare solennellement:

- Les hommes de la préhistoire partaient régulièrement à la chasse abandonnant femmes et enfants sous prétexte qu’ils étaient les seuls à pouvoir vraiment affronter et tuer le mammouth, l’ours ou le sanglier. Et que ramenaient-ils la plupart du temps après leurs très longues et douteuses balades? Des taupes, des lézards ou des escargots... Ils se sont bien moqués de leurs femelles, ces mâles des cavernes avec leur soi-disant courage et leurs biceps tout juste bons à servir d’oreillers... Et ce cirque dura, sous d’autres formes, jusqu’au jour où...

- Où?...

22:28 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer |  Facebook | | | |

09/02/2018

Au pied de mon père (9, à suivre)

Hank Vogel, Au pied de mon père.jpg- Quel est ton prénom, tête de nœud? C’est un ordre!

- Ça suffit maintenant! crie la serveuse... A ce tarif, nous allons finir par nous retrouver toutes en taule.

Elle me fixe dans les yeux et corrige:

- Pardon, tous... Et, d’après ma mère, le système carcéral repensé et réorganisé par nos sœurs n’est guère plus merveilleux... Pour l’amour du ciel, faites donc ce qu’elle vous demande.

- Tout de suite? je murmure.

- Oui, tout de suite.

- Devant vous aussi? C’est que... c’est que... Et si quelqu’un se pointe?

Juliette vient à mon secours, en quelque sorte.

- Il ne s’agit pas de ton petit zizi mais du sobriquet que tes zinzins t’ont attribué, m’explique-t-elle.

- Ah bon!

Elle s’adresse à la serveuse:

- Verstehst du jetzt pourquoi, sans la spécification des êtres et des objets, les mecs ont tendance à fantasmer et perdent souvent les pédales?

A moi:

- Ce n’est pas un nom d’origine biblique, j’espère?

Merde! Comment le saurais-je? Je n’ai jamais ouvert ce bouquin-là...

- Tu as besoin de ton ordi pour ça?

On dirait qu’elle devine tout cette salope.

Et si... et si... je décidais enfin de mentir? Il n’est jamais trop tard de changer son fusil d’épaule.

Au royaume de la femme, cachotteries et mensonges ne sont-elles monnaies courantes? Le camouflage de l’âge est quasi un exercice quotidien.

- Roméo! je crache presque du fin fond de mes entrailles.

- Roméo? s’interroge Juliette, à voix basse. Dommage! Ça ne m’évoque rien.

A haute voix, à la serveuse:

- Maintenant que tu as rempli ton rôle de bonne samaritaine, tu peux retourner derrière le comptoir, au lieu de rester là plantée comme une girafe effarée.

Vexée, la jeune femme se retire illico presto et disparaît de notre vue.

Zut! De nouveau seuls. Comme sur une île déserte. Les chaises et les tables à la place des cactus et des cocotiers.

Trop longtemps éloigné des gens de la ville et des médias, j’ai perdu le sens du combat et de la confrontation.

Face à une femme provocante, j’ai l’impression de me trouver dans les arènes de Rome, à l’époque des vrais césars. Sans bouclier ni épée. Sans filet ni trident. Totalement désarmé, à la merci d’une tigresse affamée de chair et de sexe.

Cool Raoul! Relax max! Retire ton nez du trou du robinet, gros dadais! La fontaine ne risque pas de déborder. Juliette, comme la lune, a certainement un côté caché mais pas forcément mal éclairé ou mal intentionné.

Alors, inspiré par une force inconnue mais géniale, avec l’aide de ma gestuelle, je lui dis:

- Si tu veux mon bras, voici ma main. Si tu veux ma jambe, voici mon pied. Si tu veux, mon corps, voici ma tête. Si tu veux mon âme, voici mes yeux. Si tu veux briller comme un soleil, permets-moi de tourner autour de toi comme une planète. Celui qui veut est déjà entré dans le sillage de Dieu.

Juliette tombe des nus.

Va-t-elle tomber dans les pommes? Quelle misère pour ma poire!...

15:55 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

08/02/2018

Au pied de mon père (8, à suivre)

Hank Vogel, Au pied de mon père.jpgJuliette se penche vers moi et me demande, toute souriante:

- Au fait, quel est ton nom, mon poussin?... L’anonymat est une très mauvaise affaire. Spécialement quand on n’a jamais été comme cul et chemise. Le sais-tu?

- Tul... con... déjà, je balbutie.

- Ne parle pas comme un abruti de moine!

- Legov, pour la deuxième fois...

- Ton prénom, bon sang! Celui de ta dynastie, je n’en ai rien à cirer. Au fait, pour ta gouverne de vieux bouc, sache que le patriarcat a passé à la trappe chez nous, depuis au moins une décennie. Fini le temps où le masculin l'emportait sur le féminin à tous les point de vue! Fini la suprématie du machisme! Enfin nous avons droit à tous les podiums!

- ...

- Alors, ça vient ou quoi?

- Ou quoi?

- Je t'expédie sous les jupes de ton papa.

- Mon père n’est pas écossais.

- Je croyais. C’est sans doute à cause de ta tronche de cake.

- Merci!

- Pardon, je voulais dire de pain d’épices.

- Pourtant, je ne suis pas roux.

- Presque.

- Je poserai plainte pour injure, calomnie et diffamation.

- Alors dépêche-toi de te teindre les cheveux!

- Et toi d’apprendre à distinguer le vrai du faux comme la blondeur de la rousseur...

- Quel est ton prénom, tête de nœud? C’est un ordre!

- Ça suffit maintenant! crie la serveuse... A ce tarif, nous allons finir par nous retrouver toutes en taule.

Elle me fixe dans les yeux et corrige:

- Pardon, tous... Et, d’après ma mère, le système carcéral repensé et réorganisé par nos sœurs n’est guère plus merveilleux... Pour l’amour du ciel, faites donc ce qu’elle vous demande...

10:16 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer |  Facebook | | | |

06/02/2018

Au pied de mon père (7, à suivre)

Hank Vogel, Au pied de mon père.jpg- Eh, oui! Tout fout le camp! Même le masculin et le féminin au profit du genre unique, cela ne tardera pas... Si j’avais su!

- Su quoi?

Je ne réponds pas. Je contemple son visage. Je le trouve splendide et irréel à la fois.

C’est un paysage idyllique, d’un autre monde où le soleil ne se couche jamais, me dis-je bizarrement. Est-ce cela le paradis sur terre, explorateur égaré que je suis?

- Su quoi? répète Juliette.

- Je serais resté là où j’étais, je stipule. Loin de tout et tous. Comme un sauvage, diraient certains. Mais quand on est seul, le primitif et le civilisé ne font plus qu’un. L’homme se retrouve face à lui-même. Pas de comparaisons, de contradictions, d’oppositions, de discussions possibles, il n’y a plus que le silence de l’âme et ses gargouillis.

- Mais ce n’est pas un vie!

- Tu as raison mais en même temps tu as tort.

Brusquement, Juliette me foudroie du regard, se déplace rapidement, s’assied à côté de moi et m’ordonne:

- Ouvre tout de suite ta braguette, il faut absolument que je fasse joujou avec ton robinet.

- Mais c’est une tentative de viol! je m’exclame.

La serveuse accourt aussitôt et, toute fébrile, dit à Juliette:

- La justice, bien que dans les mains de tes copines, finira un jour par ne plus être de ton côté. Et encore moins du nôtre ou du mien. Tu abuses trop ne nos acquis.

- Acquis, acquis, oui mon kiki! Malheureusement rien n’est véritablement acquis, ironise-t-elle... Je n’ai commis aucun acte illégal, ma chérie.

Vingt secondes de silence, inattendu celui-ci. Semblable à une éternité d’interrogations multi-directionnelles. Dieu est un farceur parfois, accidentellement forcément.

Juliette se penche vers moi et me demande, toute souriante:

- Au fait, quel est ton nom, mon poussin?... L’anonymat est une très mauvaise affaire. Spécialement quand on n’a jamais été comme cul et chemise. Le sais-tu?...

17:01 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (8) |  Imprimer |  Facebook | | | |

05/02/2018

Au pied de mon père (6, à suivre)

Hank Vogel, Au pied de mon père.jpgAprès avoir avalé son hamburger et léché ses doigts, la blonde, Juliette ou Jo désormais, me dit:

- Nous sommes tous de sacrés hypocrites... Tu déclares haut et fort que tu défends la cause animale et que fais-tu pour ça, tu te grilles des saucisses à la moindre occasion.

- Toi mais pas moi? je conteste.

- Comment ça pas toi?

- C’est toi qui as déclaré haut et fort au fond de ta conscience ceci et cela. Moi, je n’ai jamais rien déclaré. Comme un gamin ou un vieux con, j’ai simplement englouti le petit pain rondelet fourré de je-ne-sais-quoi que tu as commandé.

- C’était de la viande!

- Maintenant, je le sais.

- Mais d’où tu sors toi? De prison ou de... de...

- Ne cherche pas plus loin, tu te répètes pour des prunes, ma jolie. Mais pour dissiper tes inquiétudes, sache j’ai atterri cette nuit en parachute, à un quart d’heure d’ici. Ou à un dix-sept minutes à pied, pour être plus précis, verstanden? Avec une petite valise que j’ai perdue en chemin à cause d’une bouse de vache, de bison ou d’éléphant...

- Dans le jardin zoologique, certainement...

- Merci! Cela m’explique enfin pourquoi j’ai cru entendre des ricanements, des hurlements, des barrissements, des beuglements...

- Mais pourquoi en parachute?

- Pour des raisons économiques et écologiques.

- Tu plaisantes?

- Ai-je l’air? La vérité se lit sur mon visage, paraît-il...

- Ont-elles osé aller jusque là?

- Qui ça et où ça?

- Nos élues, nos politiciennes. Au-delà du sommet.

- Je ne comprends rien à tes salades.

- Tu n’es au courant des évènements? De notre situation politique?

- Comment le serais-je, je viens à peine de débarquer...

- Les femmes ont pris le pouvoir depuis quelque temps.

- Et?... Ça va bien?

- Beaucoup mieux qu’avant. Mille fois mieux. En tout cas, pour les femmes. Pour les hommes, c’est le retour de manivelle. Mais c’est de leur faute! Ils nous ont trop chauffé les oreilles avec leurs sales histoires de harcèlement et de viol à répétition. Avec leurs mensonges absurdes, à nous faire mourir de rire! Avec leurs juges partiaux et leurs avocats corrompus! Ou l’inverse... Dieu a enfin écouté les siens.

- Les siennes!

- Oui, tu as raison, les siennes... je parle encore comme à l’époque des machos.

- Eh, oui! Tout fout le camp! Même le masculin et le féminin au profit du genre unique, cela ne tardera pas... Si j’avais su!

- Su quoi?...

11:58 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

04/02/2018

Au pied de mon père (5, à suivre)

Hank Vogel, Au pied de mon père.jpgLa blonde et la serveuse s’échangent quelques petits sourires pleins de malice.

Selon moi encore et toujours! Éternel observateur obsessionnel!

J’aurais dû être flic ou espion. Au service d’une Majesté. Pure des oreilles aux orteils. Hélas introuvable sur le marché!

La belle s’attaque à sa Mort Subite. Car, après chaque gorgée, elle grimace puis elle rote. Quelle classe! On se croirait dans un Grand Palace après trois heures du matin.

- Qu’est-ce tu as à me regarder ainsi? Tu n’as jamais vu une nana en train de se relaxer? me crache-t-elle tout à coup à la figure, après avoir pour de bon craché par terre.

- Double face, double jeu! je contre-attaque.

- C’est trop tôt ou trop intello pour moi. Cause comme un mec normal ou un mac et non pas comme un linguiste qui s’agrippe sans cesse à la jupette de son Latino...

- Comment tu t’appelles?

- Tu veux vraiment connaître mon pedigree? De A à Z?

- Le Z me suffirait.

- T’es moins con que je le pensais.

- Et tu n’as pas encore rien vu ni entendu.

- Mon prénom, c’est Juliette mais on m’appelle souvent Jo. Surtout ici.

- Ici ici?

- Non, ici là-bas!... Pourquoi, qu’est-ce tu as contre les éplucheuses de lentilles?

- Tu veux dire les gougnottes?

- En tant que lexicologue, tu ne dois pas être un érudit. D’un côté, je te comprends, le bourrage de crâne n’a jamais engendré des génies...

- Je ne suis pas tout ça. Mais...

- Mais?

- Il m’arrive d’écrire de temps en temps.

- Donc, je n’étais pas très loin de la vérité. Je suis fière de moi...

- Et c’est quoi qui t’a permis de deviner? Mes mots, mes phrases ou ma façon de m’exprimer?

- Tes belles mains?

- Mes mains?

- Oui, tes mains de gynécologue ou de pianiste.

- Quel rapport avec la littérature?

- Tout et rien. Ou plutôt, rien et tout.
- Sois plus explicite!

- Explicite, explicite! Tu commences à me faire chier avec ton explicite. Bouffons d’abord notre burger!

Nous mangeons sans dire un mot. Dans le silence le plus total. Ou presque. On se croirait à la messe lors de la distribution et de l’engloutissement des hosties...

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer |  Facebook | | | |

02/02/2018

Au pied de mon père (4, à suivre)

Hank Vogel, Au pied de mon père.jpg- Tu te la joues au philosophe qui rumine maintenant?

- Non, je hume l’odeur de ton âme.

- Mouche-toi d’abord!

Après avoir bousculé une centaine de personnes voire plus, des hommes aux cheveux longs et des femmes à la chevelure courte et au visage bourré de piercing, nous entrons dans un bar-resto dont le nom, bien qu'interminable, ne suscite aucune ambigüité, selon moi. Soit: A Lesbos, jamais on te forceras à tourner le dos.

Nous nous nous installons dans un coin tranquille, à l’abri de tout regard indiscret. Bien qu’il n’y ait aucune chatte à l’horizon à part le personnel. Salaire oblige! Tout le monde est à la manif. Solidarité inflige!

- Comme d’habitude, ma jolie? demande la serveuse à la blonde, d’un air quelque peu complice.

- Également un ham et une Mort Subite pour mon jeune ami, répond-t-elle, sèchement. Mais cette fois-ci, je ne partagerai pas.

- Okay, okay! On verra tout ça.

- Excuse-moi, je n’ai pas bien entendu, je suis sourd d’une oreille suite à explosion, dis-je, une fois la barmaid partie. Tu t’appelles Marjolie ou Jolie comme Angelina Jolie?

- Qui c’est celle-ci? Une de tes concubines?

- Si seulement! Non, c’est une actrice américaine qui a réalisé quelques films engagés...

- Quand ça?

- Dans les années dix.

- Tu nages en plein dans l’antiquité, mon gars! Sois dans le présent, bordel! Les vieilles princesses ne m’ont jamais fait jouir.

- Mais dans quel siècle sommes-nous?

- Celui du consentement et de l’oubli.

- En deux mots?

- C’est en deux mots.

- Je voulais dire plus explicitement.

- Ma parole, tu n’es pas d’ici toi! D’où tu viens? D’ Arabie ou de la lune? Tu n’es pas un roi mage par hasard?...

On apporte les bières et les burgers. Sans verre ni assiette. Le tout sur un plateau rose...

15:13 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (5) |  Imprimer |  Facebook | | | |

01/02/2018

Au pied de mon père (3, à suivre)

Hank Vogel, Au pied de mon père.jpg- Cessez de vous chamailler, les amoureux! crie sa voisine, une rousse... Vous avancez à grands pas là où l’on piétine. C’est injuste.

- Pourquoi, tu es jalouse, ma grosse? lui lance ma blonde.

Ma blonde? A moi tout seul? Pas encore ou jamais. A moins que nous n’ayons baisoté ensemble un soir d’été, il y a fort longtemps. A l’époque où je buvais comme un trou. Trou de mémoire ou mémoire trouée! Hélas!

- Grosse toi-même! Pour qui tu te prends, pouffiasse? rétorque la rousse.

La blonde me tire alors par le bras et me dit:

- Viens, allons vapoter du cannabis à la périphérie de la manif! Il est plus facile de reculer que d’avancer dans ce merdier.

- Comme dans tous les merdiers, je murmure.

- Je n’ai pas compris, tu n’aimes pas ça?

- Pas spécialement.

- Dans ce cas-là, allons bouffer un hamburger, je crève de faim. Ça te dit?

Elle fume, elle bouffe du fast-food, ce n’est certainement pas une hypocondriaque. Excepté si elle est en train de délirer. Non? Ou? Excepté aussi si la féminité a basculé dans la masculinité? Oui? A force que vouloir à tout prix changer l’ordre des choses, on va droit vers défenestration.

- Oh! Ça te dit ou niet?

- ...

- Tu te la joues au philosophe qui rumine maintenant?...

22:08 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (6) |  Imprimer |  Facebook | | | |