31/10/2017

Ils se sont tant aimés (4, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpgL’homme aux quatre petites étoiles et aux multiples grosses médailles fixa intensément Guennadi dans les yeux puis il lui dit:

- Cela n’a vraiment aucune importance. Ton père et moi, nous étions unis comme deux frères, nous nous voyions presque tous les jours mais le destin en a décidé autrement... Tu crois en Dieu, toi?

Le jeune homme hésita longtemps avant de répondre:

- La vie est trop complexe et problématique pour que je me contente d’un simple oui ou d’un commode non.

- Voilà qui n’est pas mal raisonné pour un fils de charpentier... Tu as fait des études?

- J’ai commencé à travailler dès l’âge de seize ans, dans une mine. L’argent ne tombe pas du ciel et les bouches à nourrir étaient nombreuses. Mais tu dois savoir tout ça, camarade. Non?

- Je vois où tu veux en venir.

- Grand-papa est persuadé que tu travailles pour le MGB. Qu’ils t’ont sauvé et récupéré ainsi...

- A ton avis, a-t-il tort ou raison?

- Si Dieu est une source de mystères pour moi, l’être humain ne l’est pas moins.

- Tu aurais dû te faire prêtre.

- Pour être fusillé, non merci!

- Plus maintenant. L’âme russe est profondément chrétienne.

- Je suis communiste.

- Es-tu inscrit au parti?

- Pas encore.

- Alors tu l’es pas.

- Cela ne prouve strictement rien.

- Que veux-tu insinuer?

- Que les vrais et faux sont partout.

- Alors c’est le moment ou jamais de t’y inscrire pour l’améliorer.

- Tout seul, je n’y arriverai jamais...

- Tu fumes?

- De temps à autre.

- Des américaines ou des papirosa?

- Tu veux rire? Je n’abuse pas plus de cinq Belomarkanal par jour.

- Je constate que tu es quelqu’un de très prudent.

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29/10/2017

Ils se sont tant aimés (3, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpg- Mon vrai nom c’est Ivan Ivanovich Ivanov. Ça te dit quelque chose maintenant?

Le visage de Guennadi se mit à rayonner de joie. Ou presque. Disons plutôt bizarrement.

- Ça te dit quelque chose maintenant? répéta le militaire quinquagénaire.

- Oui, ça me revient, affirma-t-il. Ton nom seulement. Il est si particulier, si inoubliable...

- A part ça, aucun autre souvenir?

- Aucun.

- Même pas celui de ma si belle moustache que l’on m’a forcé de raser?

- J’étais trop petit quand tu nous a quitté.

- Alors comment se fait-il que tu te souviennes encore de mon ancien nom?

- Mes parents n’ont beaucoup parlé de toi.

- En bien ou en mal?

- Toute la famille est persuadée que tu es mort...

- Cela ne m’étonne pas du tout car officiellement je le suis... Les moutons ne croient que ce que les bergers leur demandent de croire, non?...

- Mais Père et Grand-Père pensent différemment.

- C’est-à-dire?

- Ils doutent.

- De quoi?

- De ta culpabilité, de ton crime, de ta fusillade ou pendaison, de toute cette histoire mal ficelée...

- Et bien sûr, d’après toi, qui doute trop a forcément raison.

- Je n’ai jamais dit ça.

- Mais tu ne songes nullement à me contredire, n’est-ce pas?

- Je ne te suis pas...

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Guennadi, assis au centre, avec ses meilleurs camarades.

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28/10/2017

Ils se sont tant aimés (2, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpg- Repos, repos, Guenna Antonovich, lui répondit son supérieur, avec un sourire au bout des lèvres... Sais-tu pourquoi je t’ai fait venir?

- Je l’ignore totalement, camarade capitaine.

- Es-tu certain?

- Très certain, camarade capitaine.

- Tu ne doutes de rien?

- Pourquoi, le devrais-je, camarade capitaine? Ai-je commis un crime malgré moi?...

- Nous avons tous avons tous commis des crimes sans le savoir depuis la guerre. C’était ça ou crever.

- Les temps changent, camarade capitaine.

- Pas autant que ça.

- Certainement, camarade capitaine.

- Cesse de me répéter ce que je suis et non pas qui je suis réellement, camarade troufion de mes deux! Car ça commence à faire trop bourgeois, ta politesse à la... à la... Compris?

- Dix sur dix!...

- Et... ferme la porte, prends une chaise qui tient encore debout et assieds-toi en face de moi! Et surtout enlève ton affreux bonnet! Compris aussi?

- Vingt sur vingt!

Guennadi exécuta rapidement ces ordres inhabituels avec beaucoup de froideur.

Mais au fond de lui un volcan chargé d’interrogations contradictoires bouillonnait.

- Tel père, tel fils! s’exclama le commandant, une fois son sous-fifre installé.

- Pardon? fit le jeune homme tout étonné.

- Mon vrai nom c’est Ivan Ivonovich Ivanov. Ça te dit quelque chose maintenant?...

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27/10/2017

Ils se sont tant aimés (1, à suivre)

Hank Vogel, Ils se sont tant aimés.jpgLe 5 mars 1953, la radio de Moscou annonça, par une voix rauque, la mort de Iosif Vissarionovich Dzhugashvili alias Joseph Staline.

A Stalinsk, Novokouznetsk de nos jours, en Sibérie, Zoia, une jeune fille de dix-huit ans pleura à chaudes larmes et tomba dans les pommes en apprenant la nouvelle dans la rue. Elle a même failli se faire écraser par un camion militaire en délire. Certainement, elle ne fut pas la seule à mériter un tel sort ce jour-là.

Au même moment, à Potsdam, Guennadi, une recrue de l’armée soviétique stationnée en Allemagne, entra dans le bureau des officiers.

- Soldat Nekhorochev! Je suis à vos ordres, camarade capitaine! cria-t-il en se mettant au garde-à-vous.

- Repos, repos, Guenna Antonovich, lui répondit son supérieur, avec un sourire au bout des lèvres... Sais-tu pourquoi je t’ai fait venir?

- Je l’ignore totalement, camarade capitaine.

- Es-tu certain?...

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25/10/2017

Maneki-neko adore le porto (51, fin)

Maneki-neko adore le porto, Hank Vogel.jpg- Serais-tu... ou aurais-tu aussi un penchant pour la gent féminine?

Elle remue ses sourcils et me révèle avec fierté:

- Comme m’a si bien décrite mon oncle Adolf, je suis un saltimbanque des temps modernes qui saute sur tout ce qui bouge. Depuis que j’ai réalisé mon vœux le plus cher, j’en suis conscient... Pardon, consciente! Mais ça c’est mon secret... L’autre, qu’il soit sexué, resexué ou asexué, poilu ou imberbe, blanc, jaune, rouge ou noir, cela n’a aucune importance. Vraiment aucun importance. L’important, c’est qu’il puisse me faire rêver l’espace d’une conversation, d’une étreinte, d’un baiser ou d’un sourire. Et ma copine, occasionnelle forcément vu que je suis maquée, qui m’a piqué mon nom et mon copain de l’ambassade des États-Unis, avec mon accord...

- Nick Byrd? je glisse.

- Attends, je n’ai pas fini... C’est le miracle des eaux troubles.

- C’est-à-dire?

- Victor Hugo a écrit: Dieu créa l’eau, l’homme le vin. Et moi, j’ai noté dans mon bloc-notes: Dieu est un farceur, l’homme l’est doublement.

- De quoi, de qui veux-tu parler?

- De ma copine. C’était un homme avant... Au fait d’où tu connaît Nick?

- J’ai vaguement fait sa connaissance, dans un bar. Il était avec une fille... une Laotienne, je crois. Je mens évidemment.

- Swen, certainement.

- Ta copine?

- La mienne, la sienne! Cela dépend des jours et quand elle n’a rien à se mettre sous la dent...

- Tu n’aurais pas une photo d’elle?

- Quand on est du type très amoureux, on se trimbale toujours un truc qui nous rappelle notre dernière conquête.

- Pas nécessairement.

- Pourquoi, tu aurais envie de te la payer?

- Qui sait! Non, c’est par simple curiosité.

Elle fouille dans son sac de nana et y retire un mini-album.

Je le lui arrache presque des mains et le feuillette.

- Merde alors! je m’exclame en découvrant un portrait de Maneki-neko numéro un exhibant ses seins.

- Elle t’excite à ce point-là? me demande l’Allemande, fière d’avoir été ou d’être encore son amante. Elle est magnifique, non?...

- C’était vraiment un homme avant? Ce n’est une blague?

- Pourquoi m’amuserais-je à te me mentir?

- Quelle perfection! Si c’est vrai...

- Un miracle chirurgicale!

- C’est inquiétant.

- Même Saint Pierre n’y verra que du feu au paradis.

- Ça me rassure.

- Ça te rassure? Pourquoi?

- Pour rien... je disais ça comme ça.

Pensez donc! Pas pour rien. Jamais de la vie, je ne me suis senti aussi désorienté.

Durant le reste de mon séjour en Thaïlande, je n’ai pas cessé de me répéter:

« Les apparences sont vraiment trompeuses! A l’avenir, sois très prudent, archi méfiant, camarade! »

Mais le comble de l’histoire!

 Trois mois plus tard, tôt le matin, chez moi en Suisse, le téléphone sonne.

Je décroche et une voix à peine audible me chante à l’oreille:

- C’est moi.

- Moi qui?

- Maneki-neko.

- La Laotienne qui adore le porto?

- Tu veux toujours m’épouser?

- Qui t’a filé mon numéro?

- Un copain de la CIA.

- Tu plaisantes?

- Jamais quand j’utilise leurs appareils.

- Je te crois, Sven.

- Sven?... Qui t’a parlé de Sven?

- Ta copine. Ta copine allemande.

- Mais c’est elle qui s’appelle ou plutôt qui s’appelait ainsi lorsqu’elle était encore un mec... D’où tu la connais?

- En tout cas pas du catéchisme...

- Tu n’as pas fait l’amour avec ce montre, j’espère?

- Pour qui me prends-tu? Pourquoi?...

- Tu veux toujours m’épouser?

- Plus que jamais.

- Merci, l’espoir fait vivre... Il faut que je te laisse maintenant, les Américains sont radins quand ça ne rapporte pas. A plus!

- A plus!

Et, aussitôt le bigophone raccroché, je hurle de toutes mes forces:

- Allez tous vous faire foutre!... La vie est une gigantesque farce.

16:40 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

23/10/2017

Maneki-neko adore le porto (50, à suivre)

Maneki-neko adore le porto, Hank Vogel.jpg- Ouf, ouf... et ouf! souffle-t-elle en se levant soudainement. Ça me donne soif tout ça... Tu veux un verre de porto?

- Pourquoi de porto? je lui demande d’un air confondu, en pensant à Maneki-neko numéro un.

- Parce que j’adore cette boisson...

- Toi aussi?...

- Und weil... j’adore également partager ce que j’adore avec les personnes que j’apprécie.

- En somme tout est adoration chez toi...

Elle disparaît, réapparaît avec deux verres à liqueur dans les mains, remplis à ras bord de ce délicieux vin, m’en tend un et m’avoue en plaisantant:

- Pour ne rien te cacher, celui-ci m’a été offert par ma copine qui commence, elle aussi, à l’adorer.

Et nous trinquons.

Cul sec! A la santé de tout et de rien, de tous et de personne! Comme deux zouaves après un terrible combat.

Après avoir accompli cette action désaltérant, gustative et symbolique, débordante d’une très douteuse compassion pour ma part, je demande timidement à l’ héroïne de ma dernière émulation:

- Serais-tu... ou aurais-tu aussi un penchant pour la gent féminine?

Elle remue ses sourcils et me révèle avec fierté:...

16:04 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (10) |  Imprimer |  Facebook | | | |

22/10/2017

Maneki-neko adore le porto (49, à suivre)

Maneki-neko adore le porto, Hank Vogel.jpgLa tête dans les étoiles et les yeux dans la graisse de bines, j’entre dans un jardin d’Éden identique à celui de la création. Sans barrières ni pancartes. Où les pensées hypocrites, les crises de jalousie et toutes les morales de la terre sont absentes.

Et je fonce sans la moindre hésitation vers l’autre. Cet autre qui est à la fois identique et différent de moi. Tel un papillon aspiré par la flamme d’une bougie.

Le je se transforme en nous. Je suis tantôt elle et elle est tantôt moi. Nous formons presque un seul être. Presque! Car, par instant, l’autre redevient lui-même en réclamant encore, encore et... encore de baisers, de caresses, d’étreintes envoûtantes...

Quel sublime spectacle! Même à moitié saoul.

Lorsque les acteurs sont consentants, bien entendu. Moralité divine oblige!

Malheurs donc au violeurs! Ces poseurs de mines qui paralysent pendant longtemps ou à jamais les âmes innocentes, leurs champs de bataille.

- Ouf, ouf... et ouf! souffle-t-elle en se levant soudainement. Ça me donne soif tout ça... Tu veux un verre de porto?...

17:50 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

21/10/2017

Maneki-neko adore le porto (48, à suivre)

Maneki-neko adore le porto, Hank Vogel.jpgMais au moment précis où ses lèvres décident enfin d’entrer en contact avec les miennes, je la repousse violemment et lui dis:

- Désolé, je n’aime pas les trans.

- Scheiße! Bist du verrückt oder was? réagit-elle.

- Les transsexuels ou les transgenres, pour être plus précis.

- Mais qu’est-ce que tu me racontes-là?

- Tu n’es pas une vraie femme.

- Tu m’as pourtant vue toute nue. C’est une plaisanterie ou quoi?...

- Beau travail, en effet. Mais je ne suis pas dupe.

- Dupe? Dupe de quoi? Serais-tu en train de délirer?

- La vérité est dans le verbe.

- Le verbe?

- La parole... les mots... leur sens... direct ou indirect... pur ou de semi substitution...

- On dirait un professeur d’université qui cherche à impressionner son auditoire. Tu es vraiment minable!

D’un geste brusque, elle déchire sa robe et m’ordonne avec colère:

- Touche, palpe, contrôle à fond!... Mon sexe, mes seins, mon cou et mes cordes vocales sont d’origine, ils n’ont subi aucune opération. Si tu découvre une cicatrice quelque part, c’est que tu as beaucoup d’imagination.

Merde! Je suis dans le pétrin.

Je me gratte le front.

- Pas la peine de trouver une excuse, me dit-elle. J’en conviens, les apparences sont souvent trompeuses mais elles le sont davantage quand on s’écoute trop... Tu n’as pas envie de me tripoter? Je te fais peur à ce point-là?

Et narquoisement, elle me balance:

- Approche puceau! Je vais te faire voir ce que c’est qu' une femme dans toute sa féminité.

- ...

- Approche mon Adam! Ne crains rien, mon serpent est à sonnette...

22:50 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer |  Facebook | | | |

20/10/2017

Maneki-neko adore le porto (47, à suivre)

Maneki-neko adore le porto, Hank Vogel.jpgLa belle Européenne se frotte les mains. Ce qui confirme mes soupçons, ces petits soldats du doute et de la morale qui ont du mal à sortir de leur tranchée.

Elle s’approche lentement vers moi. Millimètre après millimètre.

Quelle diabolique stratégie!

Je m’imagine déjà sa langue de dragon en train d’enflammer la mienne.

Et je me remémore à grande vitesse ses dires, qui m’ont semblé secrètement insolites, suivants:

« Sache que je suis un vieux de la vieille malgré mon apparence de minette désinvolte. »

« Celui qui m’a dévirginisé pour la seconde fois était vietnamien. »

« Tu ne trouves pas que je suis aussi féminine qu’elles? »

Je ne laisse rien à la merci du vent, je ramasse, je récolte, je distille... tel un inspecteur de police instruit, intelligent, capable de déceler la culpabilité ou l'innocence d’un prévenu grâce l’analyse sémiologique de ses déclarations.

Pourquoi n’essayerais-je pas de franchir le seuil de mes limites, pour une fois? je me questionne. Après tout, je ne risque pas la mort.

Mais au moment précis où ses lèvres décident enfin d’entrer en contact avec les miennes, je la repousse violemment et lui dis:...

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18/10/2017

Maneki-neko adore le porto (46, à suivre)

Maneki-neko adore le porto, Hank Vogel.jpg- Nous venons tout juste de faire connaissance... et à un des vestibules de l’enfer, par-dessus le marché. Comment pourrais-je... pourrais-je...

- Tu n’as pas envie de coucher avec moi?

- Quelle stupide question! J’en crève d’envie, bordel! Pourtant...

- Pourtant?

- Il y a chez toi quelque chose qui me chagrine.

- Quoi?

- Difficile à déterminer.

Elle esquisse une inquiétante grimace.

- Pardon, l’alcool a une très mauvaise influence sur moi, j’allège, du moins j’essaye... Me pousse souvent à renverser les rôles. Pire! Le metteur-en-scène, par mécontentement, panique ou folie, éjecte l’acteur principal et se met à jouer à sa place, malheureusement comme un pied. Tu t’imagines, la scène, le spectacle?

- Arrête ton cinéma! crie-t-elle... Nous ne sommes pas dans un ciné-club mais la chambre d’une putain conçue entre un doryaki et un kashiwa-mochi...

- Entre quoi?

- Entre deux pâtisseries japonaises mais le problème n’est pas là...

- Quel problème?

- Arrête ton cinéma, pour la seconde fois! Crache ce que tu as au fond de ta conscience! Au lieu de tourner autour du chandelier comme une vieille bigote.

- Intéressante expression...

- Crache, bon Dieu!

- Et si on jouait à touche-pipi avant?...

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16/10/2017

Maneki-neko adore le porto (45, à suivre)

Maneki-neko adore le porto, Hank Vogel.jpgChez elle, nous mangeons comme promis et buvons comme des trous.

Et, bien entendu, nous parlons de tout et de rien. Superficiellement. Sans le moindre signe d’une quelconque préoccupation. Pareillement à deux individus bien embourgeoisés et heureux de l’être, à moitié engagés dans les sphères irréversibles du nirvana.

Mais, à un moment donné, quand la queue du diable s’apprête à frémir, peut-être, la somptueuse «Deutschland über alles» me demande:

- Tu ne trouves pas que je suis aussi féminine qu’elles?

- Elles qui? je lui réponds en baillant.

- Tu as sommeil ou tu es saoul?

- Bientôt les deux.

- Finalement, tu ne t’intéresses pas à moi. Ni à mon corps, ni à mon âme. N’est-ce pas?

- Nous venons tout juste de faire connaissance... et à un des vestibules de l’enfer, par-dessus le marché. Comment pourrais-je... pourrais-je...

- Tu n’as pas envie de coucher avec moi?

- Quelle stupide question! J’en crève d’envie, bordel! Pourtant...

- Pourtant?...

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14/10/2017

Maneki-neko adore le porto (44, à suivre)

Maneki-neko adore le porto, Hank Vogel.jpgDans la rue, je fais les cent pas. Ma cervelle bouillonne comme une vieille marmite prête à se fondre en deux. Le mal reproche au bien de jouer à la sainte-nitouche et vice versa ou presque. Tout est tantôt noir, tantôt blanc. Pas de zones grises. C’est la guerre des vieux neurones saturés.

Pourquoi faut-il que je pense instantanément à la baise quand une gonzesse me propose d’aller manger un morceau et que je culpabilise trois secondes plus tard? me dis-je. Suis-je la réincarnation d’un rescapé de Sodome et Gomorrhe, une sale crapule qui aurait mourir dans les flammes? Ou celle d'un moine malin qui aa failli défroquer des centaines de fois?

Après ce laps d’éternité, perdu dans ma sombre caverne intellectuelle, Maneki-neko bis, élégamment habillée d’une robe de soie bleue, se pointe tel un flambeau, me prend par le bras et me suggère:

- Et si on allait chez moi? Ça te dirait un bon steak-frites-salade fabrication maison, made in Germany?...

16:37 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (6) |  Imprimer |  Facebook | | | |

12/10/2017

Maneki-neko adore le porto (43, à suivre)

Maneki-neko adore le porto, Hank Vogel.jpg

- Pourquoi, tu n’est pas heureuse?

Pas un mot, pas un geste mais un long silence. Permettant ainsi, contre toute attente, à mon ventre de gronder.

- Si c’est un horrible gaz qui désire s’échapper, libère-le tout de suite avant qu’il ne te plie en deux, j’ai les narines bouchées, me conseille-t-elle en souriant... Mais si c’est un gargouillement du tonnerre de Dieu, alors invite-moi au restaurant.

- Ce n’est pas... c’est une bonne idée, je bafouille.

- File-moi mille bahts et attends-moi dehors. Il faut que je règle ma sortie...

16:34 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (6) |  Imprimer |  Facebook | | | |

11/10/2017

Maneki-neko adore le porto (42, à suivre)

Maneki-neko adore le porto, Hank Vogel.jpgEt j’éclate de rire.

Elle est toute interloquée.

- Je suis Allemande... née au Japon de parents diplomates mais malheureusement fumeurs d’opium, m’explique-t-elle. J’ai choisi ce nom d’artiste, nullement risible pour moi, pour une raison bien précise, très précise...

- Laquelle?...

- Au fait pour deux raisons...

- Lesquelles?

- Zuerst: en souvenir de mon pays natal. Dan: parce que celui qui m’a dévirginisé pour la seconde fois était vietnamien.

- Je ne saisis pas.

- Il y a deux, c’était l’année du lièvre selon l’horoscope chinois...

- Quel rapport avec Maneki-neko?...

- Le lièvre, c’est le chat pour les Vietnamiens.

- Je comprends maintenant pourquoi les habitants d'Hanoï préfèrent bouffer du chien. C’est moins problématique... En somme, tu es une romantique.

- Comme la plupart des filles dans ce paradis perdu.

- Pourquoi, tu n’est pas heureuse?...

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09/10/2017

Maneki-neko adore le porto (41, à suivre)

Maneki-neko adore le porto, Hank Vogel.jpgBizarrement, sortie de je ne sais où, une blonde de race blanche en habit d’Ève se colle à moi et me miaule à l’oreille:

- Miaou... Serais-tu mon gros matou pour la nuit?

- Vous... ici... dans... cet... endroit? dis-je en toussant et en essayant de chasser le chat que j’ai au fond de la gorge.

- Cela t’irrite autant? Sache que je suis un vieux de la vieille malgré mon apparence de minette désinvolte, riposte-t-elle en me foudroyant du regard.

- Ce n’était pas un reproche mais une constatation... Une belle lactée parmi les safranées, c’est unique.

- Alors d’accord!

- D’accord quoi?

- Tu peux touchez mon cul ou ma chatte, si ça te tente.

- Devant tout le monde?

- Personnellement, je ne vois personne. Autrement, je me serais chichement vêtue. Les clients de ce commerce bavent tellement qu’ils n’arrêtent de surveiller leur braguette...

- Je t’offre un verre?

- Pas tout de suite. J’ai envie d’emmerder le patron.

- C’est ton mac.

- Pas lui, son frère.

- Je comprends.

- Tu ne peux pas comprendre.

- Alors explique-moi!

- Non merci, ça t’exciterait trop.

- Comment t’appelles-tu?

- Maneki-neko.

- Non, ce n’est pas vrai!

Et j’éclate de rire...

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07/10/2017

Maneki-neko adore le porto (40, à suivre)

Maneki-neko adore le porto, Hank Vogel.jpgJe n’assiste pas à la suite de cette évènement. Je m’éclipse de ce lieu maudit et j’entre dans un bar.

C’est plutôt un dancing. Où personne ne danse. Mais au milieu duquel se trouve un podium où des filles entièrement nues se dandinent nonchalamment au rythme d’une musique débile et assourdissante, en s’accrochant ou en se frottant contre une barre métallique. Chacune la sienne ou une perche pour deux pour les lesbiennes.

Que voulez-vous, elles ne savent pas danser, les pauvrettes, elles viennent toutes du grenier de la Thaïlande et de la campagne des pays voisins. Le professionnalisme dans ce genre d’exercice provient principalement des grandes ville où le superflu et le vice sont monnaie courante.

La nudité n’est pas forcément source d’excitation, je pense. Une Asiatique à poil me fait moins bander qu’une Européenne vulgairement habillée.

Je commande un mékong-coke, un mélange de coca et de whisky thaï, et je m’installe à une sorte de table-pupitre face au pseudo spectacle. Inévitablement.

Aussitôt assis, aussitôt convoité!

Bizarrement, sortie de je ne sais où, une blonde de race blanche en habit d’Ève se colle à moi et me miaule à l’oreille:

- Miaou... Serais-tu mon gros matou pour la nuit?...

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06/10/2017

Maneki-neko adore le porto (39, à suivre)

Maneki-neko adore le porto, Hank Vogel.jpgBangkok est la cité de tous les dieux et de tous les péchés. Où le ciel et la terre ne cessent pas de se contredire, de s’affronter sans pour autant se déchirer violemment.

La tête dans les étoiles et les pieds dans ses pantoufles, l’homme de la rue attend jour et nuit que la déesse de la fortune vienne à son secours.

Pourtant!

- Mais bosse comme moi, fainéant, au lieu d’espérer! crie un jeune homme aux cheveux teintés à un monsieur distingué, prosterné face à une statue dorée.

Un problème entre un père top croyant et un fils rationaliste mais dénué de compassion, manifestement.

Le monde va de travers, me dis-je. Le pouvoir est aux mains des petits voyous maintenant. A ces enfants gâtés qui ont été chouchoutés comme des princes. L’ingratitude est en pleine gloire!

- Mais pour qui se prend-t-il, cette raclure? je murmure. Et le respect de l’âge et des croyances, ce n’est plus que pour les chiens?

Merde alors! J’aurais tout vu dans ma vie.

Je n’assiste pas à la suite de cette évènement. Je m’éclipse de ce lieu maudit et j’entre dans un bar...

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04/10/2017

Maneki-neko adore le porto (38, à suivre)

Maneki-neko adore le porto, Hank Vogel.jpgDonc! Donc? Donc:

Il faut que je cesse de déconner à plein tube, de passer constamment d’un champ de bataille à un champ de mine, d’une croyance à une autre, dans l’espoir de trouver la paix, le salut.

Mais quelle paix, quel salut?

Mon éducation religieuse a fait de moi un être hésitant, refoulant régulièrement mes instincts les plus primitifs. Sans jugement. Sans discernement.

Diktat après diktat, blabla après blabla, les religieux frustrés ont essayé de me transformer mentalement en un parfait et sympathique eunuque. Mais ils n’ont pas totalement réussi. Ils ont fait de moi peut-être une couille molle mais point une paire de couilles perdues.

Dieu, le vrai, celui qui n’attend de l’homme ni prières ni remerciements mais qu’il se comporte envers ses semblables comme il se comporte envers lui-même, voire parfois mieux, m’a préservé de l’ignorance totalitaire, de la pensée unique, du copier-coller collectif en secouant de temps en temps mon organe de satisfaction et de reproduction. Par le biais des rencontres hasardeuses et des repas pimentés.

Adieu fantasmes et pensées nébuleuses! Adieu misère mentale! Je suis avant tout un chasseur et la chasse est ouverte...

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03/10/2017

Maneki-neko adore le porto (37, à suivre)

Maneki-neko adore le porto, Hank Vogel.jpgPar charité chrétienne ou par fantasme?

Un mot en rappelle un autre. Une femme en cache une autre.

Je songe aussitôt à l’épouse du pasteur de mon école du dimanche. À cette hypocrite, cette menteuse, cette voleuse qui m’a pourtant donné goût au récit en me déballant fabuleusement, ainsi qu’à petits copains, des centaines d’histoires bibliques.

- Pensez aux pauvres! insistait-elle en branlant sa tirelire africaine après chacune de ses histoires soigneusement censurées...

Puis, avec nos sincères et enfantines offrandes, elle courait vite au magasin d’en face acheter des bombons mous pour ses filles grosses comme des patates.

Ah, la tirelire africaine! Typiquement africaine ou plutôt coloniale?

Un nègre, vêtu d’un drap blanc, accroupi, les mains jointes, hochait la tête en signe de remerciement chaque fois que l’on introduisait une pièce de monnaie dans son ventre.

Comme on adorait ça!

Je souriais, je riais, je jubilais... jusqu’au jour où je me suis rendu compte de la supercherie.

Donc! Donc? Donc:...

15:50 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (5) |  Imprimer |  Facebook | | | |

02/10/2017

Maneki-neko adore le porto (36, à suivre)

Maneki-neko adore le porto, Hank Vogel.jpgPas de nouvelle d’une pute, trop mauvaise nouvelle, me dis-je. Maneki-neki n’a certainement pas envie de retrouver le droit chemin. Soit la voie de l’amour à deux et qu’à deux, des repas réguliers et des soirées tranquilles devant la télé...

Mais que lui faut-il d’autre de moins stressant, bon sang?

Celle qui a pris goût à l’argent grâce à son sexe, peut-elle se contenter d’une simple robe blanche et d’un petit buffet froid le jour du mariage?

Je ne possède rien. Strictement rien. Et je ne posséderai jamais rien. Moi qui rêvait tant d’un chalet à Zermatt, face au Cervin, et d’une villa à Cannes, tout au bord de la mer.

Pourquoi donc lui ai-je proposé de l’épouser?

Par charité chrétienne ou par fantasme?...

17:25 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (7) |  Imprimer |  Facebook | | | |