30/05/2017

Brouillard (18, à suivre)

Hank Vogel, Brouillard.jpg- Tu as gagné le gros lot à ta naissance et tu estimes que ce n’est pas grand-chose?

- Oui! Non! Mais c’est tout de même un lourd fardeau à porter. L’ignorance m’aurait convenu davantage.

- Tu te fous de moi ou quoi?

- Pas du tout. Mais je comprends ta réaction, Le gendarme! Sais-tu pourquoi?

Je ne réponds pas.

- Parce que j’ai la faculté de me mettre dans la peau de quelqu’un d’autre. Et en particulier dans celle de mon voisin jaloux, m’explique Simon.

- En somme, tu es à la fois un thermomètre, un hygromètre et un baromètre, lui dis-je ironiquement.

- Et un altimètre, ajoute-t-il en souriant.

Et nous nous esclaffons de rire.

Mais!...

16:57 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer |  Facebook | | | |

29/05/2017

Brouillard (17, à suivre)

Hank Vogel, Brouillard.jpg- Je n’ai pas besoin de plonger au fond de ton âme pour découvrir ton vécu. L’homme est un volcan qui crache sans cesse des fragments de ses blessures.

- Tu es trop sûr de toi.

- Camarade, mais je suis ton miroir!

Puis, en sanglotant, il poursuit:

- Malheureusement, je ne reflète pas toujours la réalité avec exactitude. J’ai tendance à embellir ou à assombrir l’actualité selon...

- Selon quoi?

- Je ne sais pas, j’ai un blanc...

- Selon l’humour ou l’empathie du moment?

- Non, c’est beaucoup plus subtil que ça... C’est à cause ou grâce... Cela dépend des événements à venir qui se précipitent au portillon.

- Tu prédis l’avenir?

- Absolument pas, je le vois arriver au galop.

- Quelle chance tu as de posséder un tel don!

- Bah!

- Tu as gagné le gros lot à ta naissance et tu estimes que ce n’est pas grand chose?

- Oui! Non! Mais c’est tout de même un lourd fardeau à porter. L’ignorance m’aurait convenu davantage.

- Tu te fous de moi ou quoi?

- Pas du tout. Mais je comprends ta réaction, Le gendarme! Sais-tu pourquoi?...

07:01 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (8) |  Imprimer |  Facebook | | | |

28/05/2017

Brouillard (16, à suivre)

Hank Vogel, Brouillard.jpg- ... A propos, ne souhaites-tu pas savoir pourquoi j’ai jugé arrogantes les intentions de ta princesse?

- ...

- Non?... Oui?...

- Voulait-elle m’ouvrir la porte pour m’enfermer ensuite dans le cagibi?

- Tu es moins naïf que je le supposais, Le flic... En effet, les marchands de croyances, ces dealers autorisés par l’ignorance étatique, sont d’une malice extrême. Pour t’attirer vers eux, ils te disent timidement que toutes les religions sont bonnes puis, une fois que tu es séduit par leur diabolique sincérité et forcément coincé dans leurs filets, ils te déclare haut et fort que la leur est la meilleure.

- Pas tous.

- Si tous... J’adhère donc je suis convaincu!

- Pas tous!

- Les moins convaincus sont plus préoccupés par leur tourisme intellectuel qu’à te persuader à quoi que ce soit... Tu as failli tomber dans le panneau, n’est-ce pas?

- Aucune femme au monde ne fera de moi une couille mole.

- Donc tu n’as jamais été très amoureux.

- Qu’en sais-tu?... Que décryptes-tu aux confins de ma mémoire?

- Je n’ai pas besoin de plonger au fond de ton âme pour découvrir ton vécu. L’homme est un volcan qui crache sans cesse des fragments de ses blessures.

- Tu es trop sûr de toi.

- Camarade, mais je suis ton miroir!...

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

27/05/2017

Brouillard (15, à suivre)

Hank Vogel, Brouillard.jpg- Cette fois-ci, c’ était bien réel, non? Tu as bien entendu ce que j’ai entendu? je demande à Simon.

- Vaguement, me répond-t-il.

- Pourtant tu as sursauté.

- C’est à cause d’elle.

- Elle qui?

- Suite à son arrogance. Ensuite...

- Mais elle qui?

- Ta diablesse, ta druidesse, ta pythie... la belle, roussie déjà par les flammes de l’enfer, qui t’a soufflé un pater noster version protestante...

- Ce n’était donc pas une blague, tu lis dans mes pensées.

- Enfin tu me crois!

- C’est incroyable! Tu devrais travailler pour les services d’espionnage...

- Afin que les chefs déforment tous mes renseignements? Non, merci. Je déteste ces gens-là. Ce sont les plus grands falsificateurs de l’histoire... Dans ce drôle de métier, on commence toujours comme cafard et l’on termine souvent comme taupe. Tout le monde se méfie de tout le monde. L’ennemi est omniprésent. A force de se retourner à la moindre flatulence, certains finissent également totalement désorientés ou sujets aux torticolis.

- Comme toi en somme.

- Me concernant, c’est à cause des imbéciles comme toi qui ont tendance à s’égarer... A propos, ne souhaites-tu pas savoir pourquoi j’ai jugé arrogants les intentions de ta princesse?

- ...

- Non?... Oui?...

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

25/05/2017

Brouillard (14, à suivre)

JHank Vogel, Brouillard.jpge devine... je perçois... je distingue... je reconnais... je saisis:

- Notre Père qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel, donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour, pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés et ne nous soumets pas à la tentation mais délivre-nous du mal. Car c’est à toi qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire, pour les siècles des siècles, amen!

Puis, bizarrement, des phonèmes, des lexèmes isolés se succédèrent sans auteur apparent:

- Gloire... puissance... règne... mal... tentation... offense... pardon... pain... ciel... terre... père...

Comme si la prière prononcée par la merveilleuse rouquine avait fait marche arrière sans elle.

Je murmurai alors de toutes mes forces:

- Les textes, les phrases sont en train de s’effacer.

- Courage! m’ordonna la vestale, d’un ton sévère mais terriblement innocent... Ayez espérance en Dieu! Quelle que soit votre religion.

- Je suis libre penseur, lui dis-je. Mais si j’étais forcé d’en choisir une, je choisirais le bouddhisme. C’est celle qui a fait le moins de dégâts jusqu’à maintenant...

- Stop! Pause! crie Simon, à ce moment Simon... Tu vas réveiller toute la faune avec tes histoires à la gomme.

La désobéissance serait un luxe dans de pareilles circonstances.

Et trois secondes plus tard: ça pète de partout.

On se croirait dans les Ardennes à l’époque quand le fumant Patton s’entraînait au tire-pipe.

Puis silence.

- Cette fois-ci, c’était bien réel, non? Tu as bien entendu ce que j’ai entendu? je demande à Simon...

17:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

24/05/2017

Brouillard (13, à suivre)

Hank Vogel, Brouillard.jpgJe me souviens maintenant: j’étais allongé sur mon lit. Non, sur un lit... d’hôpital.

Oui, d’hôpital. Car les draps étaient blancs. Chez moi, ils sont soit bleu ciel, soit roses, soit jaunes, soit gris. Et ça sentait la naphtaline, le chloroforme ou la teinture d’iode.

Je grelottais de froid, me semble-t-il.

Une jeune femme aux cheveux roux me prit la main gauche et me la réchauffa dans les siennes.

Comme était belle!

Ses yeux brillaient. Ils étaient bleu turquoise. Ou plutôt émeraude. Difficile de préciser. J’étais un peu subjugué par sa beauté. Un peu? Peut-être davantage.

La beauté attire et paralyse à la fois...

Déjà blessé, malade ou mourant, il fallait en plus que je me batte contre ce phénomène.

A l’avenir, je conseillerai à ceux qui sont chargés de l’engagement du personnel hospitalier de n’embaucher que des soignantes moches au sourire effacé.

Mais qui était-elle? Une infirmière? Une doctoresse? Ou un aumônière?

Une pasteure, certainement. Les autres n’ont rien à foutre d’un moribond. Pour elles, c’est la vie qui compte pas la mort, cette grande salope qui pète en fauchant, à faire vomir même les rats.

Tire-toi de là, mère des pourritures! L’heure est encore au combat.

Place à la présumée prêtresse des temps libérés!

Mais que me chuchotait-elle?

Je devine... je perçois... je distingue... je reconnais... je saisis:...

15:26 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

23/05/2017

Brouillard (12, à suivre)

Hank Vogel, Brouillard.jpg- Il raisonne décidément comme un épicier universitaire, murmure-t-il en regardant le ciel.

Et, comme si de rien n’était, nous continuons à déambuler à travers la taïga.

Après avoir parcouru paisiblement deux ou trois centaines de mètres, trépignant de temps en temps un magnifique et souple tapis d’épines de sapin et caressant par ci par là de belles fougères dont raffolent particulièrement les Sibériens, je me demande:

A quand cette surprise annoncée par ce singe travesti en saint?

Pas de réponse, forcément. Trop quémander engendre le mensonge.

A quand la raison de ma présence ici, déguisé en épouvantail?

Heureusement, ce lieu me paraît hostile aux oiseaux. Le ciel semble si lointain. Si dur à atteindre. Et les arbres trop chargés de branches.

Où étais-je avant de m’endormir hier soir?

Hier soir ou un autre jour. Car, en plus de n’avoir ni chaud, ni froid, ni peur, ni faim, ni soif, ni envie de pisser, ni quoi que ce soit d’autre, j’ai l’impression de jouer à cache-cache avec le temps et l’espace.

Je me souviens maintenant: j’étais allongé sur mon lit. Non, sur un lit...

10:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

22/05/2017

Brouillard (11, à suivre)

Hank Vogel, Brouillard.jpg- C’est vrai que ton oripeau n’est pas très à la mode par ici. Moi, à sa place, j’aurais plutôt choisi le bikini.

- A la place de qui?

Simon se gratte la tête puis, après une très longue hésitation, il me répond:

- J’aimerais bien soulager ta morbide curiosité mais j’ai juré fidélité au silence ou, en d’autres termes, j’ ai promis de me taire.

- A qui? Nom de Dieu sacrée merde! je hurle de colère.

- Ne blasphème pas!

- Plaît-il?

- Par pitié, pas de tel juron!

- Donc, il existe! Et tu m’as menti. Toi aussi... Toi aussi, tu flirtes avec l’incertain et le démentiel.

- Comment ça?

- Tout à l’heure tu m’as dit: tout a été exploré et rien n’a été trouvé. Et maintenant, tu sous-entends le contraire.

- Vérités et mensonges vont de pair comme tous ces jeunes couples continuellement en dispute mais terriblement attirés l’un vers l’autre...

- Tu dérapes, camarade! Ou, par malice, tu cherches à diverger pour ne pas passer pour un menteur vis-à-vis de moi et... et...

- Et?

- Aux yeux invisibles de notre Grand bienfaiteur dictateur.

- Encore un blasphème!

- Et encore une preuve que tu m’as menti!

Je me frotte les mains et je lui dis:

- Ainsi, je suis heureux de mieux te connaître. Ou, plus modestement, de pouvoir mieux cibler mes discours à l’avenir. Afin d’éviter tout argumentation ou épilogue inutile.

- Il raisonne décidément comme un épicier universitaire, murmure-t-il en regardant le ciel...

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (5) |  Imprimer |  Facebook | | | |

21/05/2017

Brouillard (10, à suivre)

Hank Vogel, Brouillard.jpg- Je ne suis le discipline de personne.

- Et ton kesa alors?

- Interroge le coupable!

- A Dieu selon toi?

- Non, à sa sœur. Il en a peut-être une, qui sait! Non?

- Comment peux-tu garder ton sérieux en colportant de telles inepties?

- Je ne colporte rien, je suis l’auteur à part entière de mes idées...

- Oh que si! Oh que si! Tu n’es qu’un perroquet, pareil à ces bouffons qui cherchent à distraire le public en se moquant des uns pour leurs faiblesses et des autres pour leurs maladresses.

- Qu’ as-tu contre les humoristes?

- Rien.

- Vraiment rien?

- A la longue, ils me les cassent... Car, malgré eux, en banalisant les drames et en dramatisant les banalités, ils propulsent ceux qui les écoutent et les regardent dans une dimension hors pair mais dépourvue de critère et forcément de compassion.

- Eh bien! Quelle performance philosophique! Religieuse même! Je comprends maintenant pourquoi ton grand copain t’a baptisé Pierre.

- Je constate là que Michelangelo Merisi da Caravaggio a parfaitement réussi son coup. Je suis content pour lui...

- Qui es-tu, Simon? Et pourquoi m’a-t-on parachuté dans cette broussaille pendant je dormais, mal fringué comme un bhikkhu?

- C’est vrai que ton oripeau n’est pas très à la mode par ici. Moi, à sa place, j’aurais plutôt choisi le bikini.

- A la place de qui?...

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (6) |  Imprimer |  Facebook | | | |

20/05/2017

Brouillard (9, à suivre)

Hank Vogel, Brouillard.jpgSimon se frotte longuement les yeux. Puis avec beaucoup de grisaille dans son regard, il m’avise:

- Si tu persistes à mentir et à te mentir... et surtout à te comporter comme tu te comportes maintenant, tu finiras dans les flammes de l’enfer illico presto, avant même d’être jugé.

Je fronce le nez.

- Un être sans peur est un être amoral, capable de commettre les pires atrocités, m’explique-t-il. Le peureux n’attaque jamais, il s’échappe. Seul le dépravé agresse, ose bondir...

- Et que fais-tu du héros? je lui demande pour le charrier.

- Le véritable héros se pisse dessus avant d’agir.

- En es-tu certain?

- Par expérience, je peux te l’affirmer.

- Quand on t’a cloué sur la croix? A l’envers!... Il paraît que boire sa propre urine, c’est bon pour la santé. Donc par rapport à ton chef, ils t’ont fait une fleur, ces connards de Romains, non?

- N’importe quoi!... Vivement que tu aies faim et soif!... J’ai l’impression que tes trop nombreuses lectures t’ont légèrement dérangé l’esprit. Parce que je suis poli. En tant de disciple de Bouddha, tu aurais dû songer au juste milieu.

- Je ne suis le discipline de personne.

- Et ton kesa alors?...

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

19/05/2017

Brouillard (8, à suivre)

Hank Vogel, Brouillard.jpg- A poil? Pourquoi faire?

- Comme la tenue de combat donne des ailes à la recrue et la soutane coupe les moyens au novice, la nudité te permettra peut-être d’être toi-même.

- Tu penses vraiment que notre habit pèse lourd sur notre conscience?

- A fois sabre et bouclier, il nous protège et nous expose à la fois... à la méfiance, à la stupeur, à la jalousie, à la moquerie, au viole même...

- Quelle différence avec le corps?

- La capote triche, la chair jamais.

- Dois-je comprendre cela au premier ou au second degré?

- Comme bon te semble, Le gendarme! La liberté d’expression et la liberté d’interprétation sont les deux mamelles de la délivrance pour les uns et de l’ignorance pour les autres.

- Quel charabia!...

- Mais tout compte fait, ne te débarrasse pas d’un fil! Car le brouillard risque de se lever...

- Pourquoi? Sommes-nous en avril.

- Non, entre Ossinniki et Stalinsk.

- En Sibérie?

- Je croyais que tu ignorais totalement ces deux bleds.

- Je t’ai menti.

- Quelle mentalité!

- Ça t’étonne?

- Pas le moins du monde.

- Warum?...

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

18/05/2017

Brouillard (7, à suivre)

Hank Vogel, Brouillard.jpg- Condamné à mort? Pourquoi le serais-je?

- Nous le serons tous un jour ou l’autre. Sans le savoir ou en le sachant. Mais ta deuxième réaction me prouve bien que tu es encore sous la tutelle d’une éducation basée sur l’ordre et le pouvoir... As-tu faim ou soif?

- Serais-tu un spécialiste de la langue de bois?

- As-tu fait faim ou soif? Bon sang!

- Je n’ai ni chaud, ni froid, ni peur, ni faim, ni soif, ni envie de pisser, ni quoi que ce soit d’autre.

- Tu te répètes, Le flic!

- Comment ça?

- Tes pensées sont parfois si fortes, si amplifiées que même un sourd est capable de les entendre.

- Entendre une pensée, comment est-possible?

- Les scientifiques ont encore pas mal de pain sur la planche... Et, à part tes ni ceci ni cela, n’aurais-tu pas envie, par moment, de forniquer ou, vu ton gabarit et ta santé mentale, de tirer de justesse un petit coup?

- En tout cas pas avec toi.

- Ce qui signifie que tous tes désirs charnels pétillent normalement.

- Tu te trompes carrément, l’ami. Je n’ai plus envie de rien.

- Alors fous-toi à poil!

- A poil? Pourquoi faire?...

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

17/05/2017

Brouillard (6, à suivre)

Hank Vogel, Brouillard.jpg- Pour l’amour du ciel, ne me rappelle pas ma triste adolescence!

- Laquelle?

Je souris.

- Ta réaction est tout à fait naturelle, me dit Simon. Puisque tu ne crois pas à la réincarnation. Du moins pas avec une profonde et sincère conviction. Alors pourquoi portes-tu une robe de moine bouddhiste?

- Je ne sais pas, je lui réponds sèchement.

- Ça t’emmerde autant que ça?

- Le terme est un peu grossier.

- Tu aurais préféré que j'eusse mis des gants en utilisant le verbe agacer, agiter, émouvoir, ennuyer, épouvanter, harceler, préoccuper, tourmenter, tracasser ou troubler?

- J’aurais dû te rencontrer aux heures sombres de ma vie de scoliaste et d’exégète et t’engager comme secrétaire particulier ou correcteur.

- Afin?

- Afin de parfaire mes propres écrits.

- Nous y voilà!

- Nous y voilà?

- Les regrets! Le temps perdu! Consacré aux autres, au travail alimentaire, aux corvées domestiques, aux cérémonies religieuses et autres, à la religion, à la philosophie, aux nombreux casse-têtes et casse-pieds... Un long fleuve agité coule sous ta tunique pourpre de condamné à mort.

- Condamné à mort? Pourquoi le serais-je?...

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (6) |  Imprimer |  Facebook | | | |

16/05/2017

Brouillard (5, à suivre)

Hank Vogel, Brouillard.jpgAprès une incalculable heure de marche, difficile de la définir autrement faute de montre sur moi et d’horloge dans les parages, tantôt Simon devant et forcément moi derrière, tantôt l’inverse, nous nous arrêtons brusquement. Quasi simultanément. Quasi aussi comme deux robots reliés à la même télécommande.

Je demande alors à mon compagnon d' infortune, non sans une pointe d’hésitation:

- Crois-tu que Dieu s’amuse avec nous.

- De quel dieu s’agit-il? me répond-il, tout énervé. Tout a été exploré et rien n’a été trouvé. N’es-tu pas fatigué de te poser continuellement des questions sans queue ni tête?... Sens la vie! Comme tu humes une bonne pomme, une belle rose ou une grosse merde. De vache, de préférence. Laisse venir les choses! Cesse de creuser le fond de ta caverne! La lumière n’apparaîtra jamais au bout du tunnel. Car la galerie est interminable.

- En somme, tu me conseilles de me comporter comme un parfait petit branleur de drapeau.

- Mais tu ne penses qu’à ça!

-  A ça? C’est quoi ce ça?

- La branlette, pardi! Tête de nœud!...

- J’ai dit branleur de drapeau et non pas branleur tout court. Il y a tout de même une sacrée différence entre une quéquette et le passage, entre autres, de la papamobile, par analogie. Non? Et puis, qu’est-ce que tu as contre la masturbation? Serais-tu toi aussi un adepte, soi-disant inconditionnel, du refoulement tous azimuts?

- Pourquoi toi aussi?

- Parce que, dans ma vie, j’ai eu affaire à un tas de prétentieux bonhommes qui, aux yeux de tout le monde, semblaient prôner l’égalité, la fraternité, la liberté, l’amour du prochain et tout le tralala... mais en réalité, dans leur privée, se comportaient comme de vrais salauds. De patentés goujats... sadiques... autocrates... potentats... tyrans... despotes... esclavagistes... führer...

- Ça va, ça va! J’ai compris... Donc, selon toi, je serais un parfait hypocrite. Es is nicht war?

- Pour l’amour du ciel, ne me rappelle pas ma triste adolescence!

- Laquelle?

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

15/05/2017

Brouillard (4, à suivre)

Hank Vogel, Brouillard.jpgSoudain, j’entends un lointain coup de feu.

- On chasse par ici? je demande à Simon.

- Pourquoi cherches-tu à réveiller en moi mes instincts de primate? me répond-t-il.

- Tu n’as rien entendu?

- J’aurais dû?

- J’ai cru entendre une détonation.

- C’est certainement à cause de ton imagination trop fertile... Et si c’était le cas, aurais-tu peur?

- Nullement... Peur de quoi?

- Qu’ une balle perdue vienne s'écraser contre ton crâne, par exemple.

- Parle pas de malheur, s’il te plaît!

- Donc, tu as peur.

- C’est faux! Je n’ai plus peur de rien.

- Illusion, mon cher ami! Ce démon qui a les couilles d’un ange a été créé par le Grand Farceur avant l’animal et le végétal...

- Baliverne! Celui qui a éradiqué la crainte de la mort de son esprit, plane comme une hirondelle au-dessus du bien et du mal.

- Peut-être mais je n’en suis pas si sûr. Car cette émotion est trop intelligente pour qu’elle se mette en avant inutilement. Pareille pour sa sœurette, la timidité.

- Nous parlons, nous parlons mais en vérité nous n’en savons rien. Que dalle!

- Il faut bien tuer le temps avant que l’ennui ne nous étripe à jamais.

- Belles paroles, belles pensées! Mais elles ne nous apportent pas grand chose... On fait quoi maintenant? On continue à se la branler comme deux intellos face à un panneau publicitaire ou on se bouge les fesses pour de bon?

- Marchons dans la même direction! Je sens qu’une surprise nous attend...

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

13/05/2017

Brouillard (3, à suivre)

Hank Vogel, Brouillard.jpgSimon se masse de nouveau la nuque puis il me dit:

- D’après la végétation et l’odeur de l’air, nous devons être quelque part entre Ossinniki et Stalinsk. Tu vois où c’est?

- Pas du tout, je lui réponds en me palpant le cou.

- Toi aussi tu as été forcé de poser pour les barbouilleurs des beaux arts? me demande-t-il avec inquiétude.

- Pas du tout. C’est par pur réflexe de compassion.

- Réflexe de compassion?

- D’apitoiement, d’attendrissement, de commisération ou de partage, si tu préfères.

- Je ne comprends toujours pas.

- C’est pourtant très simple. Exemples: tu clignes de l’œil, je me frotte les yeux; tu te mouches, je me gratte le nez; tu chantes, je siffle; tu pleurniches, je couine...

- Et ça va jusqu’où cette plaisanterie?...

- Tu hurles de douleur, je crie aux secours! Te faut-il plus d’exemples de réactions compassionnelles?

- Non merci, ça va comme ça. Trop de modèles finissent par détruire le modèle lui-même.

- Si l’on veut!

- Entre nous soit dit, avec l’habit que tu portes, te serais-tu échappé d’un asile psychiatrique par hasard?

- Désolé de devoir te contredire doublement, camarade Pétrus perdu au royaume des cumulus! Premièrement, le hasard est le pire ennemi de toute décision, surtout d’évasion. Deuxième: une robe de moine n’est nullement une camisole de force. Bien que... bien que...

- Continue! Ça m’intéresse.

- Plus tard! Je n’ai pas la tête à ça maintenant. Préoccupons-nous plutôt de notre situation géographique... Stalinsk, c’est en hommage à ce grand salopard de Joseph?

- Chut! Les arbres nous observent.

- Toi aussi, tu crois à ses conneries?

- Pas toi?

- Si. Mais je doute constamment.

- Bienvenu au club des paumés!...

10:17 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

12/05/2017

Brouillard (2, à suivre)

Hank Vogel, Brouillard.jpgEt que vois-je à ma plus grande stupéfaction: un gaillard qui ressemble comme deux gouttes d’eau au Saint Pierre de Michelangelo Merisi da Caravaggio.

- Désolé de m’être échappé du tableau de Caravage, me dit l’homme en souriant.

- Vous lisez dans mes pensées? je lui demande tout étonné.

- Le visage est la vitrine de l’âme surtout en ce lieu, me répond-t-il en se massant la nuque.

- Cela ne m’étonne pas.

- Plaît-il?

- De la façon qu’il vous a peint, même les visiteurs de l’église Santa Maria del Popolo attrapent le torticolis.

- Pas ceux qu’ y prient?

- Non, car ils sont aveuglés par leurs péchés.

- Bravo!

- Blague à part, à qui ai-je l’honneur? Et que faites-vous là?

- Appelle-moi comme bon de semble.

- Pourquoi? Seriez-vous recherché par la police?

- Quelle police? Ici, nous sommes tous sur le même pied d’égalité, le crime n’est d’aucune utilité. Ce genre d’institution ferait sourire les vers de terre, ce qui ne serait pas bon du tout pour notre prochain avenir.

- Je ne comprends rien à vos salades.

- Alors cesse de poser des questions stupides qui ne font qu’alourdir ta mémoire... Mon nom n’a aucune importance, aucun sens. Avant, pour mes collègues, mes amis, mes ennemis, ma famille et mes proches, il en avait un, peut-être, mais plus maintenant. Il servais... à vrai dire, je ne sais pas du tout à quoi il servait vraiment.

- Donc, tu refuses de me révéler ton identité, n’est-ce pas?

- Dans un autre vie, certainement, tu as dû pratiquer l’obsessionnel métier de gendarme. Je ne suis pas loin d’en être persuadé.

- Qu’est-ce qui t’a poussé à dire ça?

- Ton obstination.

- ...

- Soit! Pour satisfaire ta vie d’homme hyper-organisé, je te permets de choisir entre Pierre et Simon. Ça te va?

- Pourquoi pas entre Paul et Jean ou Thomas, pendant que nous y sommes?

- Ma parole, tu portes encore les séquelles de ton ancienne existence de flic! J’en suis convaincu maintenant... Et... Arrête donc de me vouvoyer! C’est contraire aux bonnes habitudes de la flicaille.

- Je constate que ton imagination frise la folie autant que la mienne.

- Si cela te rassure, j’accepte avec joie ce compliment. Car comme le crime, l’insulte n’impressionne plus personne dans ce trou perdu.

- Parfait, parfait, parfait! Alors tu seras tantôt Simon, tantôt Pierre pour moi, en souvenir de ma première impression et de la peinture de Caravage, et je serai tantôt Le gendarme, tantôt Le flic pour toi... D’accord?

- D’accord. C’est ainsi que fonctionnent nos neurones pour nous éviter toute collision superflue...

- Mais au fait, où sommes-nous?...

09:23 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

11/05/2017

Brouillard (1, à suivre)

Hank Vogel, Brouillard.jpgSubitement, je me retrouve en plein milieu d’un bois, vêtu d’une robe de moine bouddhiste de couleur bordeaux et chaussé de sandalettes comme quand j’avais deux ou trois ans.

Qu’est-ce que je fous là dans un pareil accoutrement? me dis-je... Bizarre! Je n’ai ni chaud, ni froid, ni peur, ni faim, ni soif, ni envie de pisser, ni quoi que ce soit d’autre. Je pourrais même crier haut et fort que je me sens bien et con à la fois.

Mais voilà, j’ai l’impression que les arbres m’observent. Dieu sait ce qu’ils doivent penser de moi. Encore un guignol qui croit aux vertus et à la magie de la forêt! Certainement.

- Cesse de trop imaginer et avance! me chuchote une voix à l’oreille.

Que faire d’autre que d’obéir comme un soldat, un chien ou un mouton face à l’incroyable et à l’incertain.

Je marche, je marche en évitant d’écraser toute plante à peine naissante par respect de la nature.

Ma conscience me semble encore raisonnable. Quasi identique à celle d’un collégien studieux sortant tout droit d’un cours de botanique.

Paradoxalement, je me souviens de l’herbier de mon père et de ses collections de timbres et de papillons.

- Quel massacre inutile au nom de l’éducation! je murmure en grimaçant haineusement.

A cet instant même, je sens le poids d’une lourde main sur mon épaule gauche. Je me retourne donc aussitôt.

Et que vois-je à ma plus grande stupéfaction:...

07:28 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (8) |  Imprimer |  Facebook | | | |

09/05/2017

Jørgensen et la belle Isis (61, fin)

Hank Vogel, Jørgensen et la belle Isis.jpg- Et si on passait à autre chose! je lance bêtement pour adoucir l’atmosphère.

Et le visage de la belle se met à rayonner d’une joie sereine. Le temps d’une très brève réflexion.

A-t-elle deviné ce que j’attends d’elle?

Isis croise ses mains et m’avoue avec une profonde désolation:

- Je regrette d’avoir participé à cette mascarade insensée.

Puis elle change brusquement de tactique:

- Mais sans elle que serais-je maintenant?... Ton comportement et ta sincérité à la norvégienne m’ont fondu le cœur. Vous autres Norvégiens, à part Hans Føgel qui est devenu pire que le plus minables des Français, vous êtes le flambeau de l’humanité de demain. Vous avez le sens de l’écoute, du partage et du pardon. C’est pourquoi j’aimerais que tu m’épouses...

- Et...

- La mascarade? J’y viens. J’y suis presque... Il n’y a pas plus pire ennemi qu’un proche lorsqu’il est terriblement jaloux ou méprisant... Entre les peuples et leurs dirigeants, c’est cheval blanc et blanc cheval. En utilisant des combines inspirées des saloperies étatiques, ton compatriote, compagnon de bataillon, voisin de palier, associé et beau-frère de vieille date, cherche à te déstabiliser, à te rendre la vie impossible.

- Dans quel but?

- Afin que tu te décides à foutre le camp de Paris et, par la même occasion, à lui céder ta part du restaurant.

- Le salaud!... Donc François Pays-Bas, le Watusi, la Genevoise, Mahmoud et tous les autres...

- Et moi en partie...

- C’était du bidon?

- Non, des comédiens au chômage.

- Merde alors! Ce n’est pas vrai?

Alors Isis sort de son sac à main un petit cahier d’écolier, l’ouvre à la troisième page et me dit en me montrant un dessin chargé de notes:

- C’est la vérité, la preuve!... La déesse Isis, c’est moi. Et toi, c’est le capitaine sur son bateau... Toutes mes actions y figurent...

- Sauf celles d’aujourd’hui, corrige Charlotte.

Je dévisage la soi-disant terroriste copte et lui demande le sourire aux lèvres:

- On fait quoi maintenant? Je cours chez Hans et je le balance par la fenêtre? Ainsi que sa télé, son ordinateur et son portable? Ou on fonce tout droit à la mairie?

- C’est toi le capitaine! me répond-elle toute rassurée, enfin presque.

- Soit! Toutes voiles au vent et changeons de cap! Il finira bien par comprendre en regardant «L’arroseur arrosé».

12:54 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

08/05/2017

Jørgensen et la belle Isis (60, à suivre)

Hank Vogel, Jørgensen et la belle Isis.jpgEt après m’être promené sauvagement au jardin d’éden bras dessus bras dessous avec Isis et une Ève née du pied bot d’Adam et, surtout, après avoir gouté presque à tous les fruits défendus, avec et sans pépins, je confesse:

- J’ai failli réclamer davantage... Heureusement le raisonnable était là pour me retenir... Mais maintenant ça put... ça put...

Un double quoi sort de la bouche des deux concubines.

J’hésite encore puis je lâche:

- Ça sent les rognons et la langue de bœuf avant la cuisson.

Elles éclatent de rire. Un bon moment.

Puis Charlotte m’explique diplomatiquement, pour effacer certainement mon air niais:

- Plus on est nombreux, plus les émanations sont fortes. Les sueurs succèdent inévitablement aux tremblements. Il y va de soi...

- Cessez de philosopher sur les odeurs d’une partouze! réplique Isis, toute énervée. La mouscaille ne mérite pas une médaille, tout de même!

- Tu es fâchée ma toute belle? miaule sa photocopie.

- Et si on passait à autre chose! je lance bêtement pour adoucir l’atmosphère...

12:51 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (5) |  Imprimer |  Facebook | | | |