28/02/2017

Jørgensen et la belle Isis (4, à suivre)

Hank Vogel, Jørgensen et la belle Isis.jpg- Alors cherchez-les ou on fout votre appart en l’air.

- Allez-y, vous adorez ça et je ferai appel à un sans-papiers pour le remettre en ordre.

- Justement.

- Justement quoi?

- Vous auriez tendance à flirter avec le terrorisme.

- Je ne comprends pas.

- Plus clairement, vous avez engagé des sans-papiers dont quelques uns auraient participé à des attentats.

- C’est possible.

- Vous reconnaissez les faits?

- Je ne reconnais rien du tout. J’ai dit c’est possible. Quand j’engage occasionnellement un individu, je n’ai ni le temps ni l’intérêt de lui demander d’où il vient, ce qu' il a l’intention de fabriquer à l'avenir... si... s’il est chrétien, juif, musulman, végane ou djihadiste. Tout ce je lui demande, c’est ce qu’il sait faire.

- C’est grave Monsieur.

- Pourquoi donc?

- Vous faites trop confiance aux inconnus.

- Est-ce un crime?

- Non, mais ça pourrait le devenir vue la situation actuelle.

- Et l’intuition dans tout ça?

- Plaît-il?

- J’ai le nez fin, vous savez.

- En tant que cuistot, je n’en doute pas...

- Je suis restaurateur et non cuisinier...

- Nous le savons, pour nous c’est du pareil au même...

- Puisque vous le savez, alors pourquoi voulez-vous voir mes papiers?

- C’est la règle... Où sont-ils?

- Où sont-ils, où sont-ils! Ça fait un bout de temps que je n’ai pas quitté la capitale... Ils sont sûrement quelque part...

- Cherchez-les!...

- Ici ou ailleurs.

- Ailleurs? Où ça?

- Où ça, ou ça! Au resto peut-être...

- François! Tu ne vois pas qu’il est en train de se foutre de ta gueule? demande la poularde à son chef.

- Tu as raison, Julie, lui répond l’inspecteur... Embarquons-le, ce fils de pute!...

11:12 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

27/02/2017

Jørgensen et la belle Isis (3, à suivre)

Hank Vogel, Jørgensen et la belle Isis.jpgChut! On frappe à la porte.

J’ouvre: trois personnes sont là. Deux hommes et une femme. Le visage blafard et crispé.

On dirait qu’ils sortent tout droit d’un interrogatoire de police, raté mais du bon côté de la table. De mauvais flics certainement, me dis-je par instinct d’ancien soldat de la paix.

Le plus mal habillé d’entre eux, me tend une carte barrée d’une bande tricolore et me déclare hautainement d’une voix rauque:

- Sécurité nationale, contrôle d’identité!

Je souris, fier d’avoir encore du flair. Bien qu’un poulet sans uniforme, même à poil, ce n’est dur à détecter lorsqu’on le sens de l’observation. Car c’est le métier le plus déformant de la planète. Les gestes et le regard, surtout, en prennent un sacré coup. La méfiance, par exemple, a tendance à s’évaporer par les oreilles.

Ils entrent sans gène en me bousculant.

- Et la courtoisie française, c’est de l’histoire ancienne? dis-je, offusqué.

Le mal fringué se présente aussitôt:

- François Pays-Bas, inspecteur à la brigade franco-suisse. Vos papiers...

- Qu’est-ce la Suisse vient foutre ici? je lui demande, tout étonné... Vraiment, ils ne savent plus comment gaspiller leur fric, ces cons-là...

- Un peu de respect encore un pays ami!

- Quand ça vous arrange.

- Passeport ou carte d’identité!

- Je ne sais plus où ils sont.

- Alors cherchez-les ou on fout votre appart en l’air.

- Allez-y, vous adorez ça et je ferai appel à un sans-papiers pour le remettre en ordre.

- Justement.

- Justement quoi?...

10:06 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer |  Facebook | | | |

26/02/2017

Jørgensen et la belle Isis (2, à suivre)

Hank Vogel, Jørgensen et la belle Isis.jpgMais?

D’après mon compatriote, compagnon de bataillon, voisin de palier, associé et beau-frère de vieille date, Hans Føgel, je serais accro à cette conjonction de coordination qui, d’après lui encore, pue l’opposition et l’objection.

Et, pour ma santé mentale, d’après lui toujours, dès que cette adversative me vient à l’esprit, il faudrait que je la commute immédiatement, que je la substitue par la copulative. En de termes plus simples: dès que je pense mais, je devrais aussitôt m’apprêter à dire et.

Car il déteste quand quelqu’un lui dit, surtout le vendredi soir avant d’aller au bordel:

- Oui bien sûr, mon cher Monsieur, c’est bien joli tout ça mais... vous comprenez?

Un mais suivi d’un silence suivi ou pas d’une interrogation, c’est hors de question pour lui. Totalement inadmissible.

Que voulez-vous, c’est un enfant de Thor. Toujours le marteau à la main, prêt à enfoncer le moindre clou. Il a horreur de tout ce qui est vacillant, instable et flou. A l’inverse de moi.

Les seules choses que nous avons en commun et qui nous tiennent vraiment à cœur, pour ne pas être trop méchant, aussi bien à lui qu’à moi, ce sont le o barré obliquement dans notre nom de famille, preuve irréfutable que nous sommes norvégiens, danois, féringiens ou camerounais, nos ex épouses, des jumelles, des parigotes, que nous avons connues dans un café bourré de touristes, de soldats et de prostituées, à la place des Canons à Beyrouth, quand nous étions casques bleus, et qui nous ont presque forcés à nous installer en France, une fois enceintes, de nous probablement, et notre petit restaurant parisien «Den Isfjell». Traduction: «L’Iceberg».

C’est pourquoi, contrairement à certains surexcités de la planète, je dis souvent à mes clients.

- Paris, c’est Pampeluche avec toutes ses peluches et ses paluches.

Et, j’ajoute à contre-cœur quand les populistes sont là:

- Malheureusement, elle commence à ressembler de plus en plus à Beyrouth.

C’est-à-dire: le nombre de musulmans ne cesse d’augmenter et le nombre de chrétiens ne cesse de diminuer.

Et les Juifs?...

Chut! On frappe à la porte.

11:44 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer |  Facebook | | | |

25/02/2017

Jørgensen et la belle Isis (1, à suivre)

Hank Vogel, Jørgensen et la belle Isis.jpgRumeurs et préjugés! Ainsi naissent les légendes.

Chacun tire la couverture de son côté. Non pas pour que l’autre ait moins chaud en été mais pour que lui soit à l’abri du froid en hiver. Ainsi naissent également les légendes.

De nos jours, on parle beaucoup de mondialisation, philosophiquement parlant. Mais cette banalisation des goûts et coutumes a commencé depuis de belles lurettes. Pour simplifier les choses, je dirais: depuis que Marco Polo a ramené de Chine les raviolis et les spaghettis, les nouilles plus exactement, et que les Italiens ont en fait leurs spécialités culinaires nationales. Avec la pizza piquée aux Turco-mongols. Mais ça c’est une autre histoire.

On parle beaucoup aussi de réchauffement climatique et de pollution. Mais cette détérioration des saisons, des airs et des eaux, si face à Dieu j’ai le droit de qualifier et présumer cela ainsi, a déjà débuté au premier printemps de l’an de grâce zéro moins quelques millénaires, lorsque les mammouths ont attrapé la première grippe intestinale de la préhistoire et qu’ ils se sont mis à déféquer et à péter à tire larigot, plus haut que leur cul. Merci Pagnol! Marcel pour les intimes.

Non, soyons sérieux! Je m’appelle Jørgen Jørgensen. C’est-à-dire en français: Georges fils de Georges. Je suis Norvégien. De mère islandaise. Fier d’être scandinave et fils de pêcheur. Mais!

Mais?...

08:28 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (6) |  Imprimer |  Facebook | | | |

24/02/2017

L'avaleuse de livres (86, fin)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgSamedi! Comme promis, on me fête. Quelle sensation de joie et de timidité à la fois! Par manque d’expérience sans doute. Que voulez-vous, mes anniversaires n’ont jamais fait l’objet d’une quelconque manifestation. Car ma date de naissance inscrite sur mon passeport n’est que pure fantaisie, administrative. Pour ceux qui m’ont ramassé dans la rue ou retiré d’une poubelle, je suis né un certain jour d’une certaine semaine d’un certain mois d’une certaine année un peu mois incertaine. Mais je suis né tout de même! Et ça, c’est l’essentiel pour moi. Surtout quand j’entends battre mon cœur. Et en ce moment, il bat très fort.

Tous mes collègues de travail et tous mes amis sont là. Soit: Irina Guennadievna, les cinq Tatiana, les trois Natacha, les deux Elena, les deux Svetlana, les maris, les éventuels amants, les marmots, les marmottes, Monsieur et Madame Hofmann. Et Lilit, forcément. Toute ma famille en quelque sorte. Vue du ciel, bien entendu.

Il y a à boire et à manger. Au sens propre comme au figuré, selon les goûts et les coutumes. Pour un bataillon de soldats affamés, à mon avis.

C’est-à-dire: de la vodka de Sibérie, du cognac d’Arménie, du vin de Géorgie, le saperavi, du morse pour les mioches et les abstinents, des cornichons et des tomates salés, du pain noir, des tartines au saumon fumé, des blinis au caviar rouge, des goloubiettes (feuilles de chou farcies), des dolmas, des pelmini, des vareniki, des salades et des fruits.

On mange, on boit, on parle de tout et de rien. Les assiettes bien fournies et les verres aussitôt vides aussitôt pleins.

Vers vingt-trois heures, plus ou moins, Madame Smirnova, légèrement saoule, lève son godet personnel, rempli d’une mixture de plusieurs alcools, et déclare à haute voix:

- Bienvenu parmi nous, très cher camarade Ivan Korkunov. Tu es des nôtres maintenant... J’espère que tu nous oublieras pas quand tu deviendra un grand écrivain. Bonne chance à toi et à toute la Russie!

Et tout le monde répète après elle, en gesticulant dans tous les sens:

- Bonne chance à toi et à toute la Russie.

C’est comme ça que j’aime mon pays, me dis-je. Dans l’allégresse, l’abondance et le partage!

*

Épilogue. Dix ans plus tard. Le temps passe, le vent souffle mais ne détruit que rarement tout.

Je suis marié et père de deux enfants. Un garçon et une fille. Un blond, pareil à moi, et une rousse, pareille à sa mère.

Comme ma femme et moi, nous sommes fascinés par la vie des écrivains et qu’elle ne peut pas s’empêcher de lire et moi d’écrire, nous avons acheté un logement de deux étages à Saint-Pétersbourg, non loin de la maison-musée de Fiodor Dostoïevski. Au premier, il y a notre appartement, privé. Et au rez-de-chaussée, notre librairie, publique. Que nous avons baptisée: «L’avaleuse de livres».

16:01 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

23/02/2017

L'avaleuse de livres (85, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgElle me fixe pendant une dizaine de minutes, avec une extrême concentration, puis, toute décontractée, elle me dit:

- Les analphabètes ont bien réussi leur coup. Ils t’ont moulu à leur image, à la perfection. Même plus que parfait. Au point de croire qu’ils t’ont presque transformé en mollusque.

Analphabète, moulu, mollusque? Pourquoi cherche-t-elle à m’insulter? A me rabaisser?

Mais l’arrivée de la serveuse, avec tout son bastringue, m’empêche de contre-attaquer. A la place, je propose donc, gaillardement:

- Mangeons et buvons en silence comme un vieux couple et crachons-nous au visage comme des malfrats à la fin de cet honorable dîner.

A la fin du repas, entre le cognac et le thé, après avoir déballé nos plus ridicules et risibles secrets, Lilit m’avoue avec beaucoup de sérieux:

- Je ne suis pas Denisa mais je suis bel et bien Lilit. Orpheline également. Ta petite copine est morte d’un cancer, il y a une année à peu près. Aux États-Unis. À New York exactement. J’ai lu ça sur un site américain... Elle rêvait de devenir un écrivain et de vivre de sa plume. Avant de mourir, elle a tout de même réussi à publier un petit bouquin, que j’ai télécharger sur Internet... un ouvrage poignant où elle raconte son enfance, sa maladie et ses nombreux combats... En particulier celui, chargé d’entraves, qui consistait à retrouver celui qu’elle avait surnommé Chocolat Blond, mon frère et mon poète...

Mes yeux se mettent à couler comme des fontaines.

- C’est moi, je murmure en sanglotant.

Lilit se met à pleurer également.

- Je te demande pardon, me dit-elle... Je n’aurais jamais dû m’identifier à elle.

- En plus de mentir, tu as volé ses rêves, je lui reproche.

- Je te demande pardon, répète-t-elle... C’était plus fort que moi. La lecture est envoûtante, terrifiante parfois. La lecture et le hasard aussi. Grâce aux livres, j’ai survécu au pire. A cause d’eux, vais-je perdre maintenant l’essentiel?... Je t’aime, Ivan.

- Je t’aime aussi, Lilit... Pourquoi ai-je atterri ici, à Guelendjik?

- Et moi donc?

- Est-ce par pure coïncidence? Ou sommes-nous pareilles à deux saumons, de retour de l’océan, coincés dans la même rivière?

- Les orphelins ne le saurons jamais mais peuvent toujours essayer de pondre des œufs.

Et, par nervosité ou pour échapper à un éventuelle explosion relationnelle, nous éclatons de rire.

Un mariage sans rires ni larmes n’est qu'un respectable et vulgaire contrat entre deux boutiquiers, me vient alors à l’esprit à cet instant...

13:28 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer |  Facebook | | | |

22/02/2017

L'avaleuse de livres (84, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgDès que le réveil sonne, encore à moitié endormi, le caféinomane se jette sur sa machine à café, le fumeur sur son paquet de cigarettes et le téléphomane sur son portable ou sa tablette.

Et forcément, Litit, pareille à ces gens-là, recommande, en ma présence, sa fameuse fondue aux herbes et son vin blanc préféré.

- Dois-je languir encore longtemps avant d’entendre ce conte de fée? je lui demande... À moins que ce n’était d’une simple ruse afin que je me décide à effacer mon ardoise... la dette que j’ai envers toi?...

- Quelle ardoise? Quelle dette? Nous ne sommes plus à l’orphelinat et pas encore au palais de justice, me répond-t-elle d’un air amusé... Quand j’offre, je ne n’attends rien en retour.

- Mais... mais...

- Mais quoi?

- Non, rien.

- Si! Vas au bout de ta pensée!

- C’est une question de fierté masculine.

Elle me fixe pendant une dizaine de minutes, avec une extrême concentration, puis, toute décontractée, elle me dit:

14:51 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (6) |  Imprimer |  Facebook | | | |

21/02/2017

L'avaleuse de livres (83, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgSurprise! Je m’y attendais pourtant.

Chaque individu a ses propres gestes, ses petites ou grosses manies, son comportement bien à lui. Réglé une fois pour toutes au contact du premier rayon de soleil, on dirait.

Malheureusement, conditionnées par des principes et des préjugés bien à elles, la famille, avec sa ou ses traditions astreignantes, l’école, avec ses illusions et démarches obligatoires, et la société, avec ses règles et ses lois, souvent aberrantes, contradictoires et changeantes, forgent sans cesse cette armature sacrée qui nous été destinée. En bien ou en mal. La fortifient ou la faiblissent. La rendent surhumaine, inhumaine, bestiale ou l’anéantissent à jamais quand elles agissent avec insistance et violence. Mais, que cela heurte ou non la sensibilité d’un végane, un lion restera toujours un lion et il bouffera toujours de la chair fraîche.

Surprise donc! A la fin de ma journée de travail. Lilit est là, à la sortie du magasin. Le visage souriant et illuminé par une mystérieuse lueur. Je fantasme probablement.

Je m’approche d’elle lentement, craintivement.

Ma gestuelle me semble multiple et désordonnée. Maladroite, diraient les simplistes.

Je me penche sur d’elle dans l’intention de l’embrasser. Sur la bouche ou sur la joue. La confusion m’a envahi.

Elle recule aussitôt d’un pas, lève la main droite et me dit pathétiquement:

- Si tes lèvres tremblent et transpirent de sincérité, je suis prête à te suivre jusqu’aux enfers. Car j’ai hâte d’en finir avec les mensonges.

- T’ai-je menti par mégarde? je lui demande, fort étonné.

- Non, c’est moi la coupable dans cette histoire.

- Quelle histoire?

- Allons au Santa Fee, je te raconterai tout là-bas...

14:31 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

20/02/2017

L'avaleuse de livres (82, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpg- Quelle différence avec le communisme qui n’était autre qu’un système confié, sans l’avis du peuple, à un monarque prolétaire mis au pouvoir par une bande de camarades fanatisés, soi-disant dépourvus de tout vice bourgeois ou capitaliste...

- Au fait, comment c’était à cette époque?

- Il y avait du bon et du mauvais comme de tout temps.

- Quoi de bon par exemple?

- La chance semblait nous sourire d’avantage.

- C’est-à-dire?

- Vous seriez peut-être maintenant en train d'écrire vos propres fabulations au lieu de vendre celles des autres.

- A condition de suivre la ligne du parti, unique... Mais pourquoi peut-être?

- Je ne suis pas une devineresse.

- J’ai le sentiment que la notion de peut-être pèse encore lourd sur votre conscience.

- Que voulez-vous dire exactement?

- Que son antonyme sûrement était rarissime voire au-delà de toute espérance pour la masse, pour les non adhérents.

- Vous commencez sérieusement à m’inquiéter, Ivan. Vous vous exprimez comme un prof d’université incapable de transmettre ses idées...

- Vous avez très bien compris le fond de ma pensée, je crois... Quelle triste avenir pour les gens simples et honnêtes!

- Ainsi va le monde, les privilèges ont toujours existé et existeront encore longtemps. Bref! L’histoire a encore de nombreux pages à remplir.

- Des pages sous contrôle.

- Vous êtes plus méfiant que la méfiance, me juge-t-elle en souriant.

Et elle m’annonce:

- La fiesta en votre honneur, c’est pour samedi soir après le boulot. Vos amis sont les bienvenus, pourvu qu’ils ne viennent pas les mains vides, les souliers crottés et trop nombreux...

13:46 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

19/02/2017

L'avaleuse de livres (81, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgDans une société composée d’une majorité de chiens et d’une minorités de chats, le plus stupide des barzoïs a plus de chance d’être élu président de la république que le plus intelligent des matous. Mais avec plus de sincérité, je vous dirais que ce dernier n’en a aucune. La démocratie, n’est en somme d’une bouteille jetée à la mer...

- C’est au moins instructif? me demande Irina Guennadieva Smirnova en me faisant sursauter.

Par exprès ou par inadvertance. Car tout est possible et rien n’est certain, avec elle.

- Aucune lecture ne m’a été défavorable à ce jour, je lui réponds en lui montrant la couverture du livre que je tiens dans les mains.

Elle lit à haute voix:

- La politique et ses leurres.

Elle commente avec mépris:

- Encore un qui n’a pas su ou pas pu coucher avec la malice... La politique est un art réservé aux obstinés, aux convaincus, aux fanatiques. Et pour arriver à le maîtriser à merveille, il faut commencer tôt, très tôt...

- Presque au berceau, je poursuis ironiquement.

- Oui, pourquoi pas?

- Mais alors... seriez-vous pour le retour de la monarchie?

- Quelle différence avec le communisme qui n’était autre qu’un système confié, sans l’avis du peuple, à un monarque prolétaire mis au pouvoir par une bande de camarades fanatisés, soi-disant dépourvus de tout vice bourgeois ou capitaliste...

- Au fait, comment c’était à cette époque?...

10:05 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

18/02/2017

L'avaleuse de livres (80, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgLa nuit porte conseil, dit-on. Mais faut-il aussi pour cela avoir le sommeil profond. Afin de pouvoir accéder au saint des saints de notre âme. Là où tous les secrets de l’humanité sont gravés à jamais depuis le début des temps. Là où réside l’unique eau sacrée qui étanche soifs et blessures.

Malheureusement, je dors très mal. Au point de croire que je ne fais que de somnoler comme une sentinelle, consciencieuse mais abominablement épuisée.

Dans l’obscurité la peur résonne doublement dans nos entrailles. Tel un vampire à deux têtes.

J’ai peur que l’on me vole et que l’on me viole. Que l’on souille davantage ma chair et mon esprit. Que l’on me transforme totalement en ruine humaine... Dieu, Satan ou destin! Cesse donc de t’acharner sur moi! Pourquoi n’ai-je pas droit à la quiétude, aux petits bonheurs quotidiens ou aux beaux jours inoubliables comme n’importe qui? Ne suis-je après tout le fruit d’une graine, sauvagement semée certes, mais qui a vu le jour?...

10:26 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer |  Facebook | | | |

17/02/2017

L'avaleuse de livres (79, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgPuis soudainement, comme piqué par une guêpe africaine en furie, en pleine période de sécheresse, l’Autrichien, le Français, l’Italien ou le Suisse à la l’allure de tout le monde quand on est saoul ou presque, me révèle avec beaucoup d’enthousiasme:

- Eh bien merde! À tout âge, on apprend quelque chose. Das gibt en Donnerwetter! A l’avenir, fini les préjugés hâtifs! Une thèse suivie d’une autre, plus jeune, au goût de la jeunesse, la vieille se métamorphose aussitôt en prothèse.

- Je ne comprends rien à tes salades, je lui fais remarquer.

Il s’explique alors:

- La théorie du psychiatre zoroastrien vivant au pays de Heidi et Peter est incomplète voire erronée. Car il a omis, par manque de profondes et sérieuses observations sans doute ou de véritables contacts humains, d’inscrire sur sa fameuse liste la plus problématique des créations de Dieu: l’avaleuse.

- L’avaleuse?

- Oui, l’avaleuse.

- De quoi?

- De livres, d’histoires ou d’identité, au singulier comme au pluriel.

Et il souligne pour me rassurer:

- Mais rien n’est irrécupérable lorsque l’amour est là... Pour l’orphelin et l’orpheline, l’autre c’est toute une famille. Tu dois donc l’aider! Comme un père, une mère, un frère, une sœur et un compagnon à la fois...

08:36 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (7) |  Imprimer |  Facebook | | | |

16/02/2017

L'avaleuse de livres (78, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgLe binational croise les mains, lève la tête au plafond et implore:

- Blancheur des blancheur, nudité des nudités, simplicité des simplicités vient en aide à celui qui adore dans la confusion deux déesses à la fois. La fourbe et l’innocente. Ô maître de toute conscience! Lilit et Denisa ont grand besoin de savoir...

- Cesse ce jeu stupide! je crie... Denisa et Lilit, c’est la même personne.

- Alors qui donc des deux a avalé l’autre?

- Bonne question!... Mais ainsi tu viens de remplacer mon épine du pied par une grosse écharde.

- Belle expression! Ça vient de toi ou de la majorette du KGB ou du FSB?

- C’est qui encore celle-là?

- Celle que tu aimerais te farcir entre deux rangements de bouquins.

- C’est qui?

- C’est qui, c’est qui! Demande ça à ton kiki rikiki!...

09:08 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer |  Facebook | | | |

15/02/2017

L'avaleuse de livres (77, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgMonsieur Hofmann se gratte la tête, me sourit malicieusement et me demande:

- La femme, les femmes ou ma femme?

Puis il accroît sa curiosité digne d’un juge impénétrable mais affreusement perspicace:

- Et ta dulcinée dans quelle catégorie figure-t-elle?

Je me mouche et me remouche.

- La ruse pourrait être bonne si je n’étais pas tenace, dit-il... Non?

- ...

- Bon! Alors j’attendrai cette nuit pour le savoir.

- Comment ça?

- Tu parles dans ton sommeil, camarade Ivan. A haute et intelligible voix.

- Tu plaisantes?...

- On ne te l’a jamais signalé?

- Jamais... Et qu’est-ce que je baragouine en dormant?

- Tu ne baragouine pas, tu t’exprimes clairement... inextricablement, tu déballe tout.

- C’est-à-dire?

- Jusqu’à dévoiler tes secrets les plus intimes.

- Quels secrets?

- Les tiens forcément! Pas ceux de ma grand-mère... Veux-tu un aperçu de ce que j’ai souvent entendu?

- Si j’ai bien compris, tu écoutes aux portes et tu adores ça?

- C’est tout le contraire. Mais ta gorge résonne telle la voûte d'une cathédrale que même un sourd total n'en reste pas indifférent.

- Alors pourquoi ne m'en as-tu pas parlé plus tôt?

- Parce que quand tu pars le matin, tu es toujours pressé comme un lavement. Et quand tu rentres le soir, tu plonges aussitôt dans les bras de Morphée.

- Alibi intéressant!... Alors?

- Alors quoi?

- Déballe ce que j’ai déballé.

Le binational croise les mains, lève la tête au plafond et implore:

08:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

14/02/2017

L'avaleuse de livres (76, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpg- Oui, trois!... Les castratrices, les aspiratrices et les admiratrices.

- Argumente!...

- Mille excuses, j’ai oublié les hors compétition... les lesbiennes et les nonnes.

- Argumente!

- Tu n’aurais pas un verbe plus adéquat à me cracher sans cesse à la figure? Parce que cette thèse n’est pas mienne...

- Alors ergote! Si cela ne t’irrite pas trop...

- Pour éclairer ta rudimentaire lanterne de boy-scout des cavernes: la castratrice anéantit le mâle, l’aspiratrice l’épuise à mort, l’admiratrice le fait jubiler et les autres l’excitent.

- Et toi comment vois-tu la femme ou les femmes?

Monsieur Hofmann se gratte la tête, me sourit malicieusement et me demande:

- La femme, les femmes ou ma femme?...

08:42 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

13/02/2017

L'avaleuse de livres (75, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpg- Mais qu’est-ce que tu racontes?

- Je rumine sur les femmes. Ça t’intéresse?

- Toutes les idées m’intéressent surtout lorsqu’elles proviennent d’un érudit comme toi qui a énormément voyagé et qui s’est marié plusieurs fois...

- Deux fois seulement!

- Pour moi, deux fois c’est beaucoup voire trop.

- Et trois?

- C’est pathologique... Un premier mariage raté, je comprends mais à partir d’un deuxième ou d’un troisième... c’est comme prendre plaisir à trébucher.

- Je constate que tu es terriblement jeune et que tu ignores tout de la psychologie féminine... Combien de types de femmes y-a-t-il d’après toi, beau puceau fana de l'onanisme?

- Comment le saurais-je avec une si nulle expérience selon toi?

- Eh bien, d’après un autre branleur de ton espèce, un psychiatre zoroastrien vivant au pays de Heidi et Peter, il y en aurait trois.

- Trois?

- Oui, trois!... Les castratrices, les aspiratrices et les admiratrices.

- Argumente!...

10:03 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

12/02/2017

L'avaleuse de livres (74, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgPuis il me regarde drôlement et m’avoue:

- Désolé! Fâcheusement, nous ne pourrons pas nous pavaner sur le même podium lors de la prochaine révolution. Moi, je suis incapable de me rappeler le moindre discours que j’ai rédigé, la moindre ligne que j’ai allongée sur le papier. Et pourtant dans ma jeunesse, j’ ai pondu des centaines et des centaines de poèmes. Surtout quand j’étais amoureux. Comme toi aujourd’hui.

- Comment tu vois ça? je lui demande naïvement.

- Tu marches comme une épave. Ou plutôt comme un chien perdu sans collier.

- Le chien perdu sans collier, je le suis depuis mon enfance.

- Désolé de nouveau, je te demande pardon.

- Pardon accordé.

- Merci vodka!... Les unes ont des ailes, les autres des fourches. Néanmoins, comme nous les adeptes inconditionnels de l’effarouchement et de la balourdise, elles passeront toutes, de toute façon, la porte de leur chapelle les pieds en avant et le cul flétri...

- Mais qu’est-ce que tu racontes?...

10:43 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (5) |  Imprimer |  Facebook | | | |

11/02/2017

L'avaleuse de livres (73, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgEt me voici embarqué pour une surprise-partie à deux, spiritueuse forcément mais non démunie de toute spiritualité, si vous permettez cette expression.

Après le premier cul sec, mon hôte lâche:

- Pas cons, ces Tatares!

Après le deuxième:

- Ils sont musulmans et pourtant ils fabriquent et boivent de la gnôle.

Et après le troisième:

- Ce qui prouve que le fanatisme est synonyme d’intolérance... Tu as déjà eu l’occasion de feuilleter les Rubaïyat d’...

- Omar Khayam?

- Eh bien!

- N’oublie pas que je suis libraire!

Et je précise:

- Il est Perse.

- Tu me prends pour un ignare?

- Non bien sûr, mais quel rapport avec les Tatares?

- La même méfiance, la même distance avec l’islam orthodoxe.

Je récite alors:

- Allah est grand!... Ce cri du muezzin ressemble à une immense plainte. Cinq fois par jour, est-ce la terre qui gémit vers son créateur indifférent?... Signé: Omar la terreur, pour les mollahs.

- Eh bien, eh bien! répète-t-il... Tu as appris tous ses quatrains par cœur?

- Tu es fou! Quelques-uns seulement... C’est le métier qui l’exige.

- C’est déjà trop pour moi.

Puis il me regarde drôlement et m’avoue:

09:35 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer |  Facebook | | | |

10/02/2017

L'avaleuse de livres (72, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpg- Enfin de retour! s’exclame Monsieur Hofmann.

- Mais je ne suis jamais parti, je rétorque.

- Alors quelle discrétion!

- Pas du tout, c’est une simple question d’horaires.

- Tu m’épates tout de même...

- Les matinaux et les vespéraux ont parfois du mal à se croiser...

- Êtes-vous amoureux, Ivan?

- Je croyais que l’on se tutoyait.

- Vraiment?

- Il me semble.

- Alors la vodka a dû opérer dans le bon sens. Justement, j’en ai une hors du commun. On dirait qu’elle a été créée spécialement pour moi.

- Ah bon?

- La Khanskaya! La bibine à Hans! Mais d’excellente qualité. Vous... tu connais?

- Je ne suis pas expert en la matière.

- Ça viendra en vieillissant... Viens! Allons à cuisine, il faut absolument que tu goûtes ça...

11:16 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (5) |  Imprimer |  Facebook | | | |

09/02/2017

L'avaleuse de livres (71, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpg- Les Arméniens ou les Juifs ne se marient qu’entre eux, dit-on, pourquoi pas les orphelins? Mêmes racines et aucune racine apparente, c’est presque le même bidule, non?

Pas d’objection. Pas d’affirmation. Rien.

Lilit ouvre un bouquin qui se trouve sur une chaise près d’elle, se penche et lit à voix basse:

- Pour comprendre certaines choses, il faut revenir sur les lieux du passé et ainsi on se rend compte que nous ne sommes pas grand-chose et que nos idées, nos projets, toutes ces images qui passent par notre petite cervelle, n'ont véritablement aucun sens devant les beautés du présent... J'ai tué Lola, mes préjugés l’ont tuée?... Sais tu pourquoi je n’ai jamais voulu épouser Lola? Fred: parce que tu ne l’aimais pas. Edwin, avec violence: non, mon ami, à cause de mes préjugés...

- Je m’en vais, dis-je.

C’est l’indifférence dans toute sa gloire! A mon égard, bien entendu. Elle est totalement absorbée par les dialogues du récit. Comme si l’écrit avait vaincu à jamais le verbal.

Addio malata del libro! J’espère que les anges de la simplicité viennent rapidement alléger tes nombreux poids...

10:14 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |