24/02/2017

L'avaleuse de livres (86, fin)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgSamedi! Comme promis, on me fête. Quelle sensation de joie et de timidité à la fois! Par manque d’expérience sans doute. Que voulez-vous, mes anniversaires n’ont jamais fait l’objet d’une quelconque manifestation. Car ma date de naissance inscrite sur mon passeport n’est que pure fantaisie, administrative. Pour ceux qui m’ont ramassé dans la rue ou retiré d’une poubelle, je suis né un certain jour d’une certaine semaine d’un certain mois d’une certaine année un peu mois incertaine. Mais je suis né tout de même! Et ça, c’est l’essentiel pour moi. Surtout quand j’entends battre mon cœur. Et en ce moment, il bat très fort.

Tous mes collègues de travail et tous mes amis sont là. Soit: Irina Guennadievna, les cinq Tatiana, les trois Natacha, les deux Elena, les deux Svetlana, les maris, les éventuels amants, les marmots, les marmottes, Monsieur et Madame Hofmann. Et Lilit, forcément. Toute ma famille en quelque sorte. Vue du ciel, bien entendu.

Il y a à boire et à manger. Au sens propre comme au figuré, selon les goûts et les coutumes. Pour un bataillon de soldats affamés, à mon avis.

C’est-à-dire: de la vodka de Sibérie, du cognac d’Arménie, du vin de Géorgie, le saperavi, du morse pour les mioches et les abstinents, des cornichons et des tomates salés, du pain noir, des tartines au saumon fumé, des blinis au caviar rouge, des goloubiettes (feuilles de chou farcies), des dolmas, des pelmini, des vareniki, des salades et des fruits.

On mange, on boit, on parle de tout et de rien. Les assiettes bien fournies et les verres aussitôt vides aussitôt pleins.

Vers vingt-trois heures, plus ou moins, Madame Smirnova, légèrement saoule, lève son godet personnel, rempli d’une mixture de plusieurs alcools, et déclare à haute voix:

- Bienvenu parmi nous, très cher camarade Ivan Korkunov. Tu es des nôtres maintenant... J’espère que tu nous oublieras pas quand tu deviendra un grand écrivain. Bonne chance à toi et à toute la Russie!

Et tout le monde répète après elle, en gesticulant dans tous les sens:

- Bonne chance à toi et à toute la Russie.

C’est comme ça que j’aime mon pays, me dis-je. Dans l’allégresse, l’abondance et le partage!

*

Épilogue. Dix ans plus tard. Le temps passe, le vent souffle mais ne détruit que rarement tout.

Je suis marié et père de deux enfants. Un garçon et une fille. Un blond, pareil à moi, et une rousse, pareille à sa mère.

Comme ma femme et moi, nous sommes fascinés par la vie des écrivains et qu’elle ne peut pas s’empêcher de lire et moi d’écrire, nous avons acheté un logement de deux étages à Saint-Pétersbourg, non loin de la maison-musée de Fiodor Dostoïevski. Au premier, il y a notre appartement, privé. Et au rez-de-chaussée, notre librairie, publique. Que nous avons baptisée: «L’avaleuse de livres».

16:01 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

Commentaires

Bien le bonjour Cher Monsieur Vogel c'est qu'en vous lisant on en aurait presque l'eau à la bouche ¨!!!!
Ah ces repas entourés d'amis ou de sa famille ,qu'il est loin ce temps béni du Dieu Bacchus
En ce moment c'est plutôt le Grand Barbu qui convie les gens pour boire un dernier verre à la santé de tous ceux ayant rempli sa charrette
Une vraie hécatombe depuis janvier ,90 ans ,50 ans .40 ans 35 ans et bien entendu 70 ans de quoi garnir le jardin des fleurs du mal
Aussi on ne peut que se moquer de tous ces graphistes persuadés de voir monter la courbe de leurs statistique prouvant que l'humain de demain vivra plus longtemps
Et comme nous faisons partie malgré nous d'un voyage dont la date demeure inconnue , rions de la bêtise humaine actuelle qui permet d'entendre de plus en plus ,le monde est fou il ressemble de plus en plus à un hôpital psychiâtrique
Rien ne change et ne changera jamais dirait un ancien médecin psy
Alors buvons un coup chantons en chœur et m....pour la reine d'Angleterre qui nous a déclaré la guerre
Mais boire seul n'a pas de sens heureusement qu'il y a des souvenirs impérissables /rire
Très bonne soirée pour Vous Cher Monsieur

Écrit par : lovejoie | 24/02/2017

L'eau, c'est la vie; le vin, c'est la survie. L'inverse est également vrai. Tout dépend où l'on place la barre du juste milieu.

Bonne soirée, chère Lovejoie.

Écrit par : Hank Vogel | 24/02/2017

je vous remercie Cher Monsieur Vogel en effet il appartient à chacun de connaître ses propres limites
Encore merci pour Votre blog offrant grâce à vos écrits de merveilleux moments de délassement
Très bonne nuit pour Vous Cher Monsieur

Écrit par : lovejoie | 24/02/2017

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