31/01/2017

L'avaleuse de livres (63, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgLa vie n’a de secret pour personne. Il suffit pour cela d’observer attentivement tout ce qui se passe autour de nous et en nous. Nous grandissons et viellions comme tout être, tout objet. Et la jeunesse n’est qu’ une singulière étape qu’il faut savourer à pleines dents. Le corps d’une femme à cette période limitée, malheureusement, de l’existence, pour celui ou celle qui s’extasie devant lui, est un chef-d’œuvre artistique inégalé. Mais combien s’y perdent et ne prenne pas le temps de l’admirer. L’homme est souvent trop absorbé par l’idée de la jouissance et n’aspire qu’à son aboutissement. L’animal règne dans l’humain. La nudité est pourtant belle à regarder.

Lilit dort. Sur son dos. Les bras écartés. Les jambes serrées. Allongée toute nue au milieu de ses livres. La littérature fait désordre. Elle semble à la dérive. Les mots ne seront jamais la chose. Seul la chose peut dominer les mots.

Je contemple ma belle. Je me transforme en caméscope. Je la capte, je filme ses pieds, ses genoux, les poils de son sexe, son nombril, ses seins, son cou, sa bouche, son nez, l’oreille gauche puis la droite, ses cheveux... Aucun adjectif n’ose se prononcer. Par pure pureté. Je recule et je réalise une prise de vue d’ensemble.

- Merde! je murmure... Popol est de retour...

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30/01/2017

L'avaleuse de livres (62, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgJe la dévisage et je lui déclare tout décontracté:

- Je te trouve admirable, sublime, transcendante et croquante, dans le bon sens, à la fois... et j’ai une envie folle...

Mais Dionysos commence à semer sa zizanie.

- De me baiser, avance-t-elle.

- Non, de faire l’amour avec toi, je corrige... Au ralenti si possible. Ce serait plus divin. Car je te respecte et je t’aime corps et âme.

L’avaleuse de livres se met à pleurer. Se souvient-elle d’un extrait de ses lectures, similaire à ma fantaisie romantique et romanesque?

Je m’approche d’elle et je la serre contre moi.

A quoi bon attendre demain pour comprendre que hier était plus proche de l’éternité qu’aujourd’hui?

Nos bouches s’unissent méprisant ainsi toute précaution, toute pensée, aussi géniale soit-elle.

Et nous voici partis tout feu tout flamme pour le plus merveilleux des voyages. Disposés à passer par Sodome et Gomorrhe si nécessaire...

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29/01/2017

L'avaleuse de livres (61, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpg- Je t’ai menti.

Je connais ça, le mensonge. Tantôt bouclier, épée ou fuite. Tantôt gratuité, imprudence ou vice. Nous sommes si multiples, si mal avertis.

Elle sort une bouteille de vodka du réfrigérateur, la pose sur la table de la cuisine et me répète sereinement en prenant deux petits verres d’une étagère:

- Je t’ai menti.

Puis elle ajoute:

- Par modestie et prudence... A toi l’honneur!

Je sers à boire.

Nous trinquons et nous grignotons comme deux lurons.

- Et la suite, elle ne t’intéresse pas? me demande-t-elle à un moment donné, avec inquiétude.

L’alcool me rend souvent joyeux, insouciant, volage voire totalement consentant à bien des interdits moraux.

- On dirait que tu t’en fous complètement, dit-elle agacée.

Je la dévisage et je lui déclare tout décontracté:...

 

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28/01/2017

L'avaleuse de livres (60, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgOn s’habitue plus facilement au luxe qu’à la pauvreté. Incontestablement. Le contraire ne serait que pure perversion intellectuelle. Paradoxalement un luxe masochiste. Tout individu normalement constitué aspire à l’aisance. A la facilité. D’être et avoir.

- Tu n’est pas fatigué d’être toujours ailleurs? me demande gentiment Lilit en coupant en rondelles son fameux saucisson d’ours.

- Cet ailleurs, comme tu dis si bien, n’est autre que la cause de ce qui est ici-bas, je lui réponds en panotant comme une caméra tout autour de moi.

- Tu habiterais facilement ici?

- Seul: non.

- Et avec moi?

- Tu es vraiment drôle, tu me reproches d’être souvent dans la lune et que fais-tu là, tu m’incites à ce que je me propulse sur mars.

- Rigolo!... Mais tout est possible.

- Je sais, tout est possible sauf l’impossible. Car cet appart n’est ni le tien ni le mien et tu n’es là que provisoirement...

- Je t’ai menti...

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27/01/2017

L'avaleuse de livres (59, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpg- Tu as faim? me demande Lilit.

- Pas vraiment, je réponds vaguement.

- Moi, je crève la dalle, on se paye un resto?

- Je sais que je te dois ça mais je n’ai un kopeck sur moi...

- Tu me dois rien. Ce qui est offert est offert.

- Apparemment mais l’autre attend toujours le retour de la monnaie.

- Je ne comprends pas.

- Excuse-moi, je me suis mal exprimé. Je voulais dire...

- Allons chez moi, j’ai du saucisson d’ours. Ça te dit?

- Quelle cruauté!

- Pourquoi, serais-tu végétarien ou écolo?

- Cela dépend des jours. Mais je veux bien en goûter. Car celui qui goûte à tout saura répondre à Dieu...

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25/01/2017

L'avaleuse de livres (58, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgSoudainement, je sens le poids d’une main sur mon épaule gauche. Je me retourne aussitôt et... qui vois-je, le sourire aux lèvres?

Madame Smirnova accompagnée de Lilit. La vieille et la jeune. Soyons plus charitables, la mûre et la verte. Presque collées l’une à l’autre comme deux inséparables fautrices.

Seraient-elles lesbiennes et complices de quelque chose? traverse mon esprit.

- Mademoiselle vous cherchait, m’explique-t-elle, ma cheffe forcément, en retirant sa main de mon épaule.

Elle remue les sourcils et poursuit:

- Exceptionnellement, je vous autorise à passer le reste de la journée avec elle car elle a de sérieuses révélations à vous faire.

Quel choc! J’ai l’impression de vivre dans un film. Romantique, fatalement. En héros, décidément. Juste avant le dénouement final. Je crains tout même le pire...

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24/01/2017

L'avaleuse de livres (57, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgC’est l’heure de la pause. A chacune la sienne. A chacun. Vu que je suis là maintenant. Pas tous ensemble. Par équipe de deux, de trois ou de quatre seulement. Ça se comprend avec tous les filous qui rodent partout dans ce pays!

Les dépendantes du tabac se dépêchent de sortir pour vite fumer une cigarette et les tributaires du sucre courent à la cantine pour s’empiffrer de bonbons ou de petites pâtisseries.

Quant à moi, je m’isole dans un coin, je sors un calepin et un crayon de mes poches et j’attends que le diable et le Bon Dieu veuillent bien s’affronter honorablement, en toute impunité.

Je cherche à comprendre... Pourquoi faut-il que... Il était une fois... M’aime-t-elle?... Sincèrement?... Foutaise!... Écrire, c’est aller à confesse... Qu’ils aillent tous se faire foutre... Ordre et désordre... Amour et haine... Rêves et réalités... Je suis le roi des cons...

Soudainement, je sens le poids d’une main sur mon épaule gauche. Je me retourne aussitôt et... qui vois-je, le sourire aux lèvres?...

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23/01/2017

L'avaleuse de livres (56, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgMa cheffe me dévisage longuement puis s’apprête à me suggérer:

- Finalement, rien... ce n’est ni le lieu ni le moment... Ah, oui! Les filles m’ont parlé d’un petit festin qu’elles veulent organiser, j’attends l’accord de la patronne... Allez! Passons aux choses sérieuses!

Tout est sérieux et rien ne l’est.

Travail, travail, travail! Elle n’a que ça dans son crâne d’obus, la pauvre. Que de la matière grise réduite en poussière. Pour servir comme un larbin les patrons profiteurs et magouilleurs. Ce sont des femmes comme elles qui ont permis Lénine, Staline et leurs complices de grimper quasi jusqu’au ciel...

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21/01/2017

L'avaleuse de livres (55, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgComme tous les matins ou presque, Madame Smirnova se précipite vers moi et m’ordonne, comme si j’étais personnellement responsable du désordre des livres causé la veille par les clients:

- Rangez-moi votre bordel!... Tous les bouquins déplacés doivent retourner à leur place et à leur position initiales. Toutes seules ces fichues œuvres, malgré toute l’intelligence qu’elles émanent, en sont totalement incapables. Combien de fois encore dois-je vous le répéter?

- O.K. Irina mais ce n’est pas mon bordel, pour la ixième fois, je riposte.

- O.K.? Vous jouez à l’amerloque maintenant?

- Qu’avez-vous contre les Américains?

- Rien mais... c’est un peuple de dégénérés.

- C’est pour cela que presque les trois tiers de la planète les imitent?

- ...

- Vous écoutez trop nos chers politiciens exaltés à la télévision ou à la radio...

- Pas de politique ici!

- Je peux disposer?

- Non. J’ai une nouvelle à vous annoncer.

- Bonne ou mauvaise?

- Nom de Dieu! Ne soyez pas aussi crétin que la plupart des gens... Angoissé...

- Je vous écoute, Irina Guennadievna.

Ma cheffe me dévisage longuement puis s’apprête à me suggérer:...

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20/01/2017

L'avaleuse de livres (54, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgL’écrivain, l’éditeur, le libraire, le lecteur, et le bibliothécaire.

L’auteur, ses juges, ses bourreaux et son cimetière.

Le ruisseau, la rivière, le fleuve et l’océan.

Quand je contemple la mer, je comprends tout. Du moins, je crois comprendre ce tout. Ce tout qui n’est peut-être rien. Ou... le trou noir de l’existence. Le judas de l’éternité. Par lequel, Dieu nous observe.

Qu’attend-t-il de nous, ce voyeur invisible, ce farceur impérissable? Question absurde, réponse irrationnelle...

Lilit et Denisa se mêlent à cette salade cérébrale.

Merde! Cassez-vous! Du balai, il faut que j’aille à mon gagne-pain...

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19/01/2017

L'avaleuse de livres (53, à suivre)

Mon île, mon refuge, ma chambre!Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpg

Loin du tumulte et de la folie des hommes. Où chacun tire la couverture à soi, sans vergogne, persuadé d’être le meilleur, le plus méritant.

Loin des jugements hâtifs et des préjugés innés, transmis viscéralement de père en fils.

Loin des sourires forcés, des compliments douteux, des discours hypocrites et des fausses et contradictoires promesses.

Éloigné de tout cela, j’évite de me comporter comme une épave. De me laisser trimballer par les vagues de mes propres tiraillements.

Je m’étends sur mon lit douillet, la plus belle plage déserte de mon îlot. Et je m’endors...

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18/01/2017

L'avaleuse de livres (52, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpg- Ton horloge biologique est-elle en train de te ronger la cervelle?

La banalité, comme la stupidité, est parfois une épée qui pourfend les cœurs malgré elle.

Alors Denisa alias Lilit alias je ne sais quel démon me répond froidement:

- Il vaudrait mieux que tu t’en ailles.

- Mais... mais...

- Cesse avec tes mais à la con! La sortie est à gauche, au bout du couloir. Et, par respect envers les morts, ne pique rien en partant!

- Pf!

La porte claque, l’ascenseur m’échappe, l’escalier m’interpelle, les marches défilent à grande vitesse, l’air frais m’accueille... enfin sauvé!

J’ai envie de pleurer. Déçu de moi, d’elle, de tout. Mais mes larmes sont toujours sèches. D’aucune utilité selon ma condamnable éducation. Ma face est celle d’un rat qui vient tout juste d’éviter un piège. Lequel? Trop bête pour le savoir! Je donne préférence à la gueule de bois. On ignore moins ses causes.

- Et, par respect envers les morts, ne pique rien en partant! je mâchonne comme un vieillard aigri... Que voulait-elle insinuer par là? Encore une énigme merdique!...

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17/01/2017

L'avaleuse de livres (51, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgFace à la femelle en chaleur, le mâle joue le jeu. Il se laisse emporter par les sensations de la chair. Mais le poète réagit différemment. Désemparé, voire totalement déconnecté de la réalité et singulièrement de ses attentes, il reste de marbre car il se sent manipuler comme un morceau de pâte à modeler. Désagréable! Insupportable! Intenable! Odieux! Au point où tous ces qualificatifs ne lui suffisent pas pour définir et comprendre une telle situation. Ainsi:

- Attends, attends, s’il te plaît! dis-je en la repoussant gentiment... Avant d’aller plus loin, il faut que je te dise quelque chose.

Le ricochet est immédiat.

- Tu as quelqu’un d’autre, j’en suis certaine, j’aurais mieux fait de t’ignorer, débite-t-elle comme un robot, l’élocution monotone et le regard absent.

- Je t’aime, Denisa, je lui avoue... Tu te trompes complètement, je n’ai personne d’autre à part toi...

- Alors pourquoi tu me repousses?

- Parce que je préfère la brise à la tempête. Les petits pas aux enjambées d’ogre...

- Mais je suis une femme, je n’ai plus l’âge de patienter. J’ai déjà perdu assez de temps comme ça... Et je ne sais que faire des belles et rassurantes phrases maintenant!

- C’est-à-dire?

- ...

- Ton horloge biologique est-elle en train de te ronger la cervelle?...

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16/01/2017

L'avaleuse de livres (50, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgAmant! Ce lemme composé de deux phonèmes provoque en moi un sentiment inhabituel, paradoxal. Quasi inexplicable. Une sensation de bien-être et de malaise à la fois. Désir et acerbité. Plaisir et chagrin. Douceur et brutalité. Panache et fuite. Allez savoir pourquoi!

Alors, suite à cette nébuleuse mentale, je lui déclare d’un ton facétieux:

- Je te trouve belle, splendide, superbe... et j’aimerais tous les surpasser, ces ersatz du bout de l’enfer. Mais! Quand les mais se mêle au miel, le vinaigre accoure aussitôt et je patauge prestissimo dans la mélasse.

Lilit me regarde d’un air interrogatif.

- Non, ne crains rien, je ne suis pas encore fou, je lui explique... Tu me troubles au plus haut de degré.

- Tu parles trop comme tous les hommes, me dit-elle.

Et, ni une ni deux, l’ex ingénue de mes phantasmes enfantins, se jette sur moi, me caresse et me dévore de baisers...

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15/01/2017

L'avaleuse de livres (49, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpg- Allons nous perdre maintenant dans mon royaume, me propose-t-elle en me tendant les bras.

- Où ça?

- Dans ma chambre personnelle.

Nous suivons un long couloir tapissé d’un tissu baroque de couleur turquoise. Interminable!

Pathologiquement, je crois entendre Les Vêpres de la Vierge de Claudio Monteverdi. Hallucinant!

J’explose de béatitude. Ou presque. Je suis aux anges.

Lilit pousse une porte et c’est la stupéfaction dans toute sa splendeur. Je suis à deux doigts de m’évanouir.

Le livre est partout. Omniprésent. Dominant. Debout, penché, couché, fermé, ouvert... qu’importe, c’est lui le roi. Égoïstement, il ne laisse qu’une ridicule petite place à un misérable matelas jeté sur le sol. Heureusement, les draps, bien que très froissés, semblent propres.

- Voilà, c’est ici, me dit-elle... Je te présente mes amants...

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13/01/2017

L'avaleuse de livres (48, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgA quoi ça sert tous ces objets de collection? Ces bibelots religieusement déposés sur d’étincelantes étagères? Et ces trucs figuratifs et ces machins abstraits crucifiés contre les murs? A plaire? Faut-il encore avoir le sens artistique ou l’attirance inné des belles choses! A rassurer? Seul le cupide a besoin d’assurance. A raconter? A raconter quoi? Des histoires? Quelles histoire? Celles des créateurs, celles du ou des acquéreurs ou celles que l’on se force à imaginer?

Tout cela me rappelle étrangement un magnifique gâteau de chocolat confectionné de pain moisi et de fruits pourris que l’on nous offrait à l’orphelinat les jours de fête. Les officiels étaient toujours là pour la photo de groupe mais n’en goûtaient jamais.

A gauche du démesuré canapé sur lequel je me suis effondré par pur plaisir, je découvre, posé sur un chevalet, le portrait d’un clown tirant la queue d’un âne.

- Quel con! je murmure en soupirant.

La poudre, le fard camoufle les blessures. Mais le soir, après le spectacle, que redécouvre-t-il ce bouffon en se démaquillant?

Mais Lilit arrive sur le plateau, si vous permettez prématurément cette expression.

- A quoi tu penses? me demande-t-elle.

Est-ce une obsession chez elle? Ou un tic verbal comme ça va la santé, le boulot ou la famille? Qu’est-ce ça peut te foutre, nous ne couchons pas encore ensemble?

- A ton appart, je lui réponds. J’ai l’impression de m’être égaré dans un studio de cinéma. Ou plus exactement dans le local d’un accessoiriste.

Elle rigole. Et moi donc au fond de moi-même!...

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12/01/2017

L'avaleuse de livres (47, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgUne demi-heure plus tard, après avoir trainé le long de la corniche comme deux collégiens timidement amoureux, nous entrons dans un spacieux et luxueux appartement de la rue de la Révolution. Où des toiles de maître, des bouquins reliés et des statuettes anciennes semblent avoir appartenu à l’aristocratie pré-soviétique.

- Tu travailles ici? je demande à ma copine d’enfance, candidement et à voix basse, ébloui par la splendeur du décor.

- Non, j’habite ici, me répond-t-elle, avec un petit sourire plein de fierté.

- Dans ce... musée?

- Oui, dans ce capharnaüm exceptionnellement rangé.

- Ça appartient à qui?

- À de richissimes fabricants de basturma.

- Tu es leur locataire?

- En quelque sorte. Provisoirement.

- Et eux où vivent-ils?

- Ailleurs?

- Où ça?

- C’est trop tôt pour t’en parler.

- Chaque chose en son temps, n’est-ce pas?

- Tu as soif?

- Pas trop. Où est ta chambre?

- Serais-tu du genre rapide?

- Tu me sous-estimes, ma chère Denisa.

- Désolée.

- On peut s’asseoir quelque part ou c’est défendu comme dans les musées?

- Doublement désolée. Fais comme chez toi. Je vais vite quelque part. Débarrasse-toi de ton blouson si ça te chante...

- Et des chaussures?

- Ce n’est pas une obligation chez moi.

Elle disparaît de ma vue...

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11/01/2017

L'avaleuse de livres (46, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpg- Je n’abuserai jamais de toi, me dit-elle... Comment le pourrais-je après de si nombreuses années de recherches et de lourds silences?

Tant d’alliances ont volé en éclats. Rares sont ces promesses d’amitié, d’association, d’union, d’éternel concubinage ou de pieux mariage qui ont tenu la route. Intactes, sans blessures ni égratignures. L’homme est un animal assoiffé de sexe et de pouvoir. L’autre n’est souvent pour lui qu’un produit de consommation, d’achèvement. Il promet monts et merveilles pour attendrir, hypnotiser et ainsi mieux attraper sa proie, ses proies. Le vrai héros n’existe que dans les légendes. Beau, grand, fort et forcément castré afin de ne pas avoir le moindre penchant pour qui que ce soit. Neutre, objectif, impartial, impassible, je le serai jamais. Car je suis incapable de trahir mon âme au nom d’une chimère. Thèse et foutaise riment si bien ensemble.

- A quoi et à qui tu penses? s’inquiète Lilit.

- A Dieu et aux hommes, je réponds calmement, le regard vague.

- Viens! me dit-elle d’emblée, en se levant. J’ai envie de te montrer quelques unes de leurs œuvres...

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10/01/2017

L'avaleuse de livres (45, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgLilit semble toute horrifiée.

- Savonnette humaine? marmotte-t-elle.

Pourquoi faut-il de j’exagère toujours, que je dramatise tout et que j’invente souvent des termes ou des expressions nouvelles? Est-ce une tare héréditaire? Ou une qualité nécessaire pour devenir romancier?

Il n’y a aucune riposte aux cris de l’étranger perdu en plein désert, au milieu de nulle part. Aucune tribu au lointain, aucun berger prêt à se sacrifier pour retrouver la brebis égarée. Personne. Rien. Car ces lamentations proviennent d’un orphelin. Créature, création dépourvue de racines.

- Savonnette humaine, répète-t-elle... Qu’est-ce que ça signifie?

- Que je sens la rose et le muguet mais que je glisse facilement des mains lorsqu’on m’utilise trop, je lui explique.

- Je n’abuserai jamais de toi, me dit-elle... Comment le pourrais-je après de si nombreuses années de recherches et de lourds silences?...

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09/01/2017

L'avaleuse de livres (44, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpg- Telle Denisa, telle Lilit!

- Tu trouves vraiment que je n’ai pas changé?

- Aussi mutine qu’auparavant.

- Toi, par contre, c’est l’eau et le vin. Qu’ont-ils fait pour te rendre ainsi... aussi... aussi différent?

- Ils qui?

- Les éducateurs de l’orphelinat.

- Ils m’ont écrasé, rabaissé, étouffé, humilié, offensé, réprimé, mortifié... domestiqué, dressé comme on dompte un animal ultra sauvage. Jusqu’à ce que je me métamorphose en une vraie savonnette humaine.

Lilit semble toute horrifiée.

- Savonnette humaine? marmotte-t-elle...

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