30/11/2016

L'avaleuse de livres (10, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgIl sourit.

- J’ai dit quelque chose d’idiot?

- Pas du tout... Que je sois sur terre ou dans la lune, j’essaye toujours de parler en apesanteur.

- Parler en apesanteur?

- Allons à la cuisine, ma belle épouse a concocté une acrochka du coin, si ça vous tente?

C’est vrai qu’elle est belle Madame Hofmann. On dirait la grande-duchesse Maria, la fille de Nikolaï Aleksandrovitch Romanov, mon tzar préféré, assassiné par ces fachos de communistes. Elle pourrait être sa fille ou plutôt sa petite-fille si... Mais au fait a-t-elle été réellement exécutée, cette beauté impériale? Le mystère planera toujours au-dessus ma tête. Comme j’aime et déteste cela à la fois.

- Merci pour cette invitation, Madame Hofmann, dis-je en m’asseyant à table.

- Maria ou Maria Nikolaïevna me ferait davantage plaisir, me précise-t-elle.

Je tombe sur le cul...

08:51 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

29/11/2016

L'avaleuse de livres (9, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgMon chez-moi! Une chambre de quatorze mètres carrés. Louée mensuellement à Monsieur et Madame Hofmann ou Hoffman, un couple d’étrangers. Soyons correctes, des doubles nationaux. Ils sont russes et autrichiens à la fois. Ou suisses. Ou français. Ou italiens. D’après ce que j’ai vu et entendu. Ils sont très... comment dite ça? Pas dans la norme. Ils sont très souriants et très complaisants. Toutefois assez discrets. Lui, il siffle souvent. Elle, elle ne cesse pas de balayer. C’est probablement un tic typiquement européen. Oui, européen et pas du tout américain. Car en Amérique on aspire. On aspire tout sauf au bonheur d’autrui. Il s’agit des États-Unis, bien entendu. Le pays des Sioux et des Apaches colonisé par des fermiers et des bandits. Sales blancs! Profiteurs! Envahisseurs! Négriers! Esclavagistes! Calmos, calmos Ivan! Oui, c’est vrai, il faut que je me calme. Car sur ce brûlant chapitre, nous n’avons pas la conscience immaculée, nous les Russes. Je n’oublierai jamais que les Peaux-Rouges made in Rassia sont: les Aléoute, les Chouvane, les Dolgan, les Even, les Inuit, les Ket, les Mansi, les Nanai, les Orochi, les Shor, les Teleoute, les Udege, les Yukagir et tous ceux qui se sont égarés momentanément dans ma mémoire. Alors ne jetons pas la pierre à notre ennemi avant d’avoir effacé toutes les traces de nos crimes. Si nous ne voulons pas passer pour des cons. Bref! Tout ce baratin pour vous dire que ma piaule est parfaite pour la méditation et que je n’ai rien contre les enfants, les petit-enfants et les arrière-petits-enfants de l’Oncle Sam, tout au contraire car... Zut! On frappe à ma porte.

- Oui, entrez, je suis là.

- Je le sais bien, autrement je n’aurais jamais osé tambouriner, me dit Monsieur Hofmann, en entrant.

- C’est ce que l’on dit chez vous? je lui demande.

- Quoi donc?

- Tambouriner?

Il sourit...

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28/11/2016

L'avaleuse de livres (8, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgToutes mes félicitations, madame La Cheffe! Vous êtes une championne dans votre style. Une vraie!

Les prix Nobel qu’ils soient de la paix ou des enfers ne devraient être attribués qu’aux femmes, à mon avis. Qu’à elles seules. Car dans chacune de ces divines perles, qui brillent le jour comme la nuit, sommeillent une Hypatie d’Alexandrie et une Vierge Marie. Tantôt la calculatrice, la raisonnable, la prévoyante se réveille. Tantôt l’autre, la douce, la miséricordieuse, la souffrante. Tantôt la philosophe avec ses doutes. Tantôt la religieuse avec ses certitudes.

Malheureusement, la plupart des hommes, surtout ceux bourrés d’orgueil et de jalousie, préfèrent ne se fier qu’ à leur ignorance et considérer ces perfections de la nature comme des créatures impures, nécessaires qu’à la reproduction de l’espèce humaine.

Bénies soient-elles, ces femelles! crient les anges. Mais les mâles pensent tout autrement. Nulle intelligence ne peut être supérieure à la nôtre, hurlent-ils dans leurs cavernes.

C’est principalement pour cette raison-là qu’au cinquième siècle de notre ère les chrétiens, fanatiques et forcément barbares à cette époque comme à bien d’autres, ont assassiné la sublime Hypatia. Et l’histoire regorge de similaires bassesses de l’âme masculine et n’a pas fini d’écrire ses plus sombres pages.

Fin de la réflexion, mon bracelet connecté me signale que c’est l’heure de rentrer au bercail...

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27/11/2016

L'avaleuse de livres (7, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgCiel! Que vais-je recevoir sur la tête? J’attends d’elle une réponse. Si possible une magistrale réplique. Encourageante pour nous deux. Un signe d’ouverture. Mais va-t-elle se laisser séduire par mes troublantes paroles, par ce petit discours sans retenue, osé, indécent voire obscène pour les êtres éduqués dans l’univers des convenances et des arrangements, qui n’est pourtant selon moi qu’une bizarroïde homélie composée de mots sur le fil du rasoir? Ou... ou réagira-t-elle en me balançant une gifle en pleine figure? Que le temps semble trainer et la terre tourner au ralenti dans de pareils moments... Alors ça vient ma belle ou il faut que je te secoue comme un prunier?

Chut! Ses lèvres, tel un coureur sur la ligne de départ, s’apprêtent à foncer. A vos marques... prêts... partez!

- Camarade Kurkunov! Comme j’ai l’impression que vous adorez les allégories, les apologues, les paraboles, les hyperboles et les symboles, je me permets de vous répondre par ceci: dans la vie, j’ai appris deux choses. La première: à me méfier des hommes. Et la seconde: à me défier des gamins. Deux navires en détresse où j’ai énormément de difficulté à apponter. Pour l’instant, ne sachant pas à quel équipage vous appartenez, je préfère rester dans les nuages avec mon hélicoptère... Sur ce, je vous souhaite une bonne fin de journée...

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26/11/2016

L'avaleuse de livres (6, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgJe remets aussitôt le livre à sa place.

Irina court vers moi et me redemande:

- Qu’est-ce que vous étiez en train de lire?

- Je ne lisais pas, je faisais semblant, je lui réponds en fixant ses chaussures. C’est le seul moyen pour ne pas passer pour un prévôt.

- Vous mentez.

- Si vous le dites.

- Regardez-moi dans les yeux!

J’obéis.

- C’était assurément de la littérature cochonne, affirme-t-elle.

- Comment le savoir, je faisais semblant.

- Où est-il?

- Qui ça?

- Arrêtez de me prendre pour une imbécile!

- Il s’agit du bouquin?

- Non, de ta sœur.

- Deuxième insulte en peu de temps, dis-je en regardant ma montre. Je me plaindrais auprès de la patronne.

- Vous êtes un faible, vous profitez de votre malchance pour vous défendre, vous venger...

- Si vous le dites.

- Si vous le dites, si vous le dites! Vous n’auriez pas une autre phrase, moins mielleuse pour dire simplement oui?...

- Certainement.

- Laquelle?

- ...

- Manqueriez-vous d’imagination pour un pornographe de votre espèce?

- Oh non! Oh non! Mon imagination, c’est la seule chose qui m’a permis de me construire. Contrairement à vous, enfant bénie de la providence...

- Alors crachez-la, nom de Dieu!

- Non.

- Pourquoi non?

- Parce qu’elle risquerait de vous faire bondir au plafond.

- Impossible, j’ai déjà tout entendu dans ma jeunesse... avec mon connard de père. Il a même failli me violer, ce salopard.

- A cause de la vodka.

- Qui vous a parlé de ma vie?

- Personne. C’est un impondérable prévisible lorsque quelqu’un boit trop dans la famille...

- Encore une de vos thèses!... Alors ça vient ou quoi?

- Que voulez-vous exactement? Savoir où j’ai planqué le présumé roman que je feuilletais, intitulé Ma cheffe a envie de se faire sauter. Ou entendre dire Cheffe, je t’emmerde, si tu as envie que je te baise, demande-le moi gentiment et clairement, sans avoir besoin de tourner autour du pot comme une mouche à merde.

Ciel! Que vais-je recevoir sur la tête?...

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25/11/2016

L'avaleuse de livres (5, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgQui dit société dit suspicions et préjugés. L’état contrôle de plus en plus le peuple et le peuple a de moins en moins de l’estime envers l’état, cette minorité d’individus malins et prétentieux propulsés au sommet de la pyramide du pouvoir par leurs bavardes et leurs discours chargés de belles promesses dont la plupart ne seront jamais réalisées.

Et qui dit société dit également privilèges, corruptions et injustices sociales.

La vie sociétale est un perpétuel combat où les silences et les mensonges sont les armes les plus utilisées...

Mieux vaut donc maudire ou tuer en pensées une crapule que de ne lui cracher au visage. Ou mieux encore, l’ignorer totalement. L’effacer complètement de son esprit. Car ce monstrueux personnage, au point où il se trouve, a forcément de nombreux amis au gouvernement...

- Kurkunof! Qu’est-ce que vous êtes en train de lire? me crie madame Smirnova.

Je remets aussitôt le livre à sa place...

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24/11/2016

L'avaleuse de livres (4, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpg- Répondez à ma question et cessez toujours de rêvasser.

- J’ai une réponse mais...

- Mais?

- Elle va vous paraître peut-être invraisemblable voire totalement loufoque, vous qui êtes si ordonnée dans vos pensées.

- C’est quoi ce charabia? Vous venez à peine de débarquer et voilà que vous vous êtes déjà confectionné un mémorial sur chacun de vos collaborateurs, pardon collaboratrices car, à part vous, il n’y a que des femelles dans cette boîte... Vous aurait dû faire des études d’archiviste ou de policier.

- Vous m’insultez, madame.

- Comment ça?

- Ces gens-là savent à peine lire et écrire.

- Qu’en savez-vous? Mon ex mari était flic.

- La preuve! L’explication sort de votre propre bouche.

- Que voulez dire par là?

- On ne chasse jamais de sa vie quelqu’un de bien... meilleur que soi mais le contraire. Donc, il était certainement moins instruit que vous et forcément, il lissait et écrivait comme un pied...

- Je l’ai chassé de ma vie, comme vous dites si bien, tout simplement parce que c’était un ivrogne. Alors vos théories à la gomme, vous pouvez les mettre où je pense!...

- Pourtant, il vit encore avec vous, à travers vous... par son langage, ses mots. L’être humain n’est qu’un ramassis d’empreintes...

- Pourquoi cherchez-vous à détourner la conversation, monsieur qui sait tout? Est-ce un secret d’état, l’origine de votre nom de famille?

- Loin de là, madame Smirnova... Pour en finir avec cette banalité embarrassante, on m’a probablement trouvé dans la rue ou dans un champs en train de dévorer une plaque de chocolat Kurkunov, dernier cadeau de mes parents morts pour la patrie en Afghanistan.

- Morts en Afghanistan?

- Je n’en sais rien, Irina Guennadievna, je fabule.

Elle hoche la tête puis me dit en souriant:

- Vous finirez un jour romancier. Mais pour l’instant, allez jouer au surveillant...

09:36 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (5) |  Imprimer |  Facebook | | | |

23/11/2016

L'avaleuse de livres (3, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpg- Vous êtes un drôle de personnage, Ivan Mystèrevitch Kurkunov

- C’est pour cela que vous m’avez appelé?

- Non, pour vous dire d’aller surveiller du côté ouest...

- Vers les bouquins étrangers?

- Je constate que ça commence à rentrer.

- Quoi donc?

- Le métier, pardieu!

- Si vous considérez que cela en fasse partie, je veux bien. Mais à mon avis, le travail du libraire consiste principalement à éclairer le client et non pas à l’assombrir par des soupçons.

- Belle pensée philosophique! Mais je m’en tamponne le coquillard. Obéissez aux ordres et ruminez vos sublimes idées pour vous-même... A propos, comment se fait-il que vous portiez un nom aussi prestigieux?

- C’est vrai qu’il est bon ce chocolat.

- Répondez à question et cessez toujours de rêvasser!

- J’ai une réponse mais...

- Mais?...

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22/11/2016

L'avaleuse de livres (2, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpg- Oui, madame Smirnova, j’arrive tout de suite...

Comme elles peuvent emmerder le monde, les femmes, quand elles ont leurs bringues. Peut-être pas toutes mais elle en particulier. Faut dire que je suis nouveau dans le magasin. Le parfait bouc émissaire pour cette hystérique dont les doigts se mettent à se crisper dès qu’elle entend clitoris, entrecuisse, érotisme, phallus, quéquette, reproduction ou virilité. C’est ce que j’ai constaté le premier jour en évoquant le sexe des mots. La plus absurde des séparations arbitraires.

- Que puis-je faire pour vous, Irina Guennadievna?

- Ça tombe bien, me dit-elle. En vous inscrivant, vous avez oublié de compléter votre patronyme.

- Comment ça?

- Vous n’avez mis qu’un H (X en russe).

- Ce n’est pas un H, c’est une croix.

- Et pourquoi donc?

- Parce que je ne connais pas mon père, je suis orphelin.

- Nous le savons déjà, pas besoin de le répéter... Alors?

- Alors quoi?

- Que dois-je noter dans votre dossier?

- Mettez vitch à inconnu...

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21/11/2016

L'avaleuse de livres (1, à suivre)

Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgSi les mots n’existaient pas, je me sentirais obligé de siffler comme un rossignol. Pour annoncer le printemps? Non, je laisserais cela aux hirondelles. A elles seules. Alors quoi? Malheureusement, je ne le sais pas. Mais heureusement, il y a fort longtemps, à l’intérieur ou à l’extérieur des cavernes, de braves gens ont eu la géniale idée de les créer en imitant le pet, le vent et tout le reste. C’est pourquoi, le mot pet commence par la lettre p et le mot vent par la lettre v. P! V! P! V!... Pas cons nos ancêtres, non? Ils m’ont ainsi, malgré eux, éviter le pire. Tout simplement, parce que je n’ai du tout l’oreille musicale. Dommage pour moi. Oui, c’est vraiment dommage car les sons sont plus réfléchis que les images. Je veux dire par là plus intelligemment pensé. Dans la nature, bien entendu. Exemple: l’éclair est toujours plus pressé que le tonnerre. L’un nous flashe, l’autre nous gronde. Le premier se comporte comme un sale flic, le second comme un gentil grand-père...

Je tourne la page. Non, je ferme provisoirement le livre. Le temps de me présenter à vous, cher lecteur.

Je m’appelle Ivan Korkunov. Orphelin de mère et de père. J’ai approximativement... laissons tomber! L’âge physique n’a aucune importance dans mon cas, c’est l'âge mental qui compte avant tout. Je travaille actuellement à la Maison du livre de Guelendjik comme stagiaire libraire. Au bord de la mer Noire. En... Désolé, ma cheffe m’appelle.

- Oui, madame Smirnova, j’arrive tout de suite...

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20/11/2016

Les cigognes ont débarqué (50, fin)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpgMais Dieu, cet incommensurable farceur, ne satisfait pas toujours les désirs de ses protégés. Surtout quand ils transgressent ses commandements. Il fait souvent appel au génie de la femme né de la morsure du serpent.

Alors, après ce bref silence chargé d’interrogations et d’hésitations divines, Eva se met à cracher du fond de son âme le venin suivant:

- Monsieur Chang, raisonnez enfin comme un Suisse! Comportez-vous comme un banal citoyen! Guillaume Tell n’était qu’une farce du premier août. De nos jours, jouer à la victime rapporte davantage que de jouer au héros. La belle Helvétie n’est plus ce qu’elle était. La terre de la liberté et de l’avenir. Où l’on pouvait dormir les fenêtres et les portes ouvertes. Qu’on le veuille ou non, les étrangers ont pris le pouvoir. Les fraîchement naturalisés et les frontaliers pullulent dans ce pays. Les uns aux postes clés de l’état et les autres cumulant souvent deux emploies dans la fonction publique... Et, sachez le bien, ils sont prêts à tout pour préserver leur bien-être social, à vous bouffer tout cru si nécessaire, comme ces salopes de cigognes avec nos adorables grenouilles. D’ailleurs, afin de mieux contrôler la situation économique et politique de nos régions et d’agir en séquence, mais en coulisse, les services de renseignements, dits populairement secrets pas à tort, sont dans les mains de ces gens-là. Des êtes vides de savoir mais qui savent pourtant tout sur nous. De A à Z et encore plus. Capables de transformer une vérité en mensonge et vive versa. Je vous parle en connaissance de cause. La preuve: un agent, ex Milanais, un ami de mes parents, qui rêve de coucher avec moi, mais il peut toujours courir, m’a balancé quelques saloperies sur votre famille.

- Des saloperies?

- Oui, monsieur, des saloperies! Telles que: votre nom n’est votre vrai nom; légalement vous n’êtes pas marié avec votre épouse; votre fille Silvia n’est pas votre fille mais celle d’un Ricain né d’une mère apache et d’un père probablement asiatique, quelle aubaine pour vous; votre fils est un garçon perturbé qui fréquente un bar à pédés, qui rêvait de devenir acteur de cinéma mais qui a changé d’avis du jour au lendemain à force d’entendre le martelage paternel suivant: si tu désires vraiment te lancer dans ce foutu métier, avec ta peau jaunâtre et tes yeux bridés, il faut que tu apprennes absolument le mandarin et que tu t’expatrie à Hong Kong ou à Shanghai, tu auras peut-être une chance parmi tes semblables...

- C’est tout?

- Non, ce n’est tout... String porte bien son nom parce qu’elle aurait tendance à montrer facilement son cul à qui souhaiterait le voir. Quant à vous, on vous aurait aperçu plusieurs fois dans la forêt en train de flirter avec des lesbiennes... Il n’y aurait que votre fille Kim qui échapperait à toute analyse, d’après cette connaissance...

- Analyse? Mais pourquoi font-ils cela?

- Le rêve helvétique, c’est l’intégration et la famille parfaites. Alors on espionne et on analyse. Et pour une question de sécurité nationale on surveille tout le monde.

- Si je vous ai comprise, les gens qui nous surveillent seraient des Suisses comme vous et moi.

- Oui, paraît-il... Certains disent que dès qu’ un étranger reçoit le passeport rouge, il fait une croix sur son passé et devient plus suisse qu’un Suisse. Personnellement, je n’y crois pas.

- Moi non plus. Que voulez-vous, il y a des cons partout...

- Au fait, c’est vrai ou c’est faux ce que l’on m’a raconté sur vous et les vôtres?

- On dirait une tartine à moitié beurrée.

- C’est-à-dire?

- L’affamé ne fait cas à ce détaille, il se précipite sur elle et la dévore sans du tout réfléchir. Par contre le rassasié la regarde et se demande pourquoi la tartineuse n’a pas entièrement beurré la tartine...

- Bref, à vrai dire, je préfère ne pas me mêler de vos affaires privées, contrairement à ce connard de traitre italien. Mais j’ai un très bon conseil à vous donner.

- Lequel?

- Oubliez l’Albanais et son arbalète soviétique. Car si par malheur, vous parvenez à ne tuer qu’une seule de ces pauvres bêtes venues d’Afrique, vous aurez à dos les gendarmes, les inspecteurs de police, les juges, les avocats, toutes les associations pour la protection de la nature et des animaux, ainsi que tous les végétariens et les véganes qui n’hésiteront à salir votre image de marchand de cuisses de grenouille. Et les mêmes qui vous ont péché vous jetteront en prison comme un hareng dans un bocal et au bout d’une semaine vous serez totalement enfumé par les cigarettes des geôliers et abruti par les interminables claquements de porte des cellules. C’est ça que vous voulez? Bien sûr que non.

- Alors quelle autre solution?

- Je vous l’ai déjà dit, raisonnez enfin comme un Suisse.

- Soyez plus explicite!

- Écoutez-moi bien! Les quatre mamelles de la Suisse sont le chocolat, les montres, les banques et les assurances... Faites donc marcher votre assurance concernant les catastrophes naturelles...

- Je n’y ai pas du tout pensé. Comment est-ce possible?

- C’est normal, vous en possédons tellement. Mais je suis là pour ça.

- Merci milles fois, ma chère Eva.

- De rien, je n’ai fait que mon devoir... Un autre conseil, un petit celui-ci, si vous permettez monsieur Chang...

- Désormais, adresse-toi à moi en me tutoyant, c’est un ordre... Oui, je t’écoute.

Alors Eva, le visage rouge tomate, dit à son patron:

- Déclare tout haut, même si tu penses le contraire et tu n’as nullement l’intention d’accomplir ta promesse, la Suisse est le pays de l’accueil par excellence, donc réfugié comme moi, rescapé de tout désastre, n’hésite à venir chez moi, je suis décidé à partager mon salaire, mon potager, mon appart et ma cave à vins. Qui que tu sois! Quoi que tu sois! Et...

- Et?

- Tu cours aux chiottes et...

- Et?

- A toi d’improviser!

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19/11/2016

Les cigognes ont débarqué (49, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpg- Je veux bien vous rendre service... mais comment reconnaître un Albanais dans la foule?

- C’est très simple.

- Comment?

- Il... ils ont de grandes oreilles... oui, ils ont les oreilles décollées.

- Grandes ou décollées?

- Les deux la plupart du temps... l’arrière du crâne très aplati, du type brachycéphale, rarement dolichocéphale. Et puis ils vous regardent drôlement. Avec méfiance et dédain. On dirait qu’ils sont toujours sur la défensive, prêts à sortir de leur poche une arme à feu...

- Ne seriez-vous pas devenu un peu un raciste, monsieur Chang, à force de ne fréquenter que des Suisses?

- Pas du tout. C’est ce que j’ai constaté, en tant que scientifique.

- Et qu’avez constaté chez les Arabes? Ils ont également tous dans leur pantalon une opinel, un couteau à cran d’arrêt ou, les moins radicalisés, un canif suisse sans la croix mais muni d’une boussole fabriqué à la Mecque?

Petite pause! Les anges égarés, pervers et voyeurs, se frottent déjà les mains.

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18/11/2016

Les cigognes ont débarqué (48, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpgOn se croirait de nouveau chez Madame Tussaud.

A chacun son tour, souligne narquoisement la providence.

Mais, trois secondes plus tard, pas une de plus, Ming, ayant survécu aux pires tempêtes humaines de l’histoire, s’échappe de cette carapace cireuse et ordonne à sa secrétaire:

- Allez à Zurich et dénichez-moi un ressortissant des Balkans, de préférence un Albanais.

- Un Albanais? demande Eva, ébahie.

- Oui, un Albanais.

- Pour quoi faire?

- Pour lui demander qu’il vous dégotte rapidement une PK et tout ce qui va avec.

- Une quoi?

- Une poulemiot Kalachnikova.

- ...

- Une mitrailleuse Kalachnikov, si vous préférez.

- Les préférences vous pouvez les garder pour vous.

- Vous refusez?

- Non... mais... je trouve ça tellement absurde.

- Et que pensez-vous de nos chères grenouilles qui sont en train de se faire bouffer toutes crues par ces Africains? Parce qu’ils adorent ça les salauds...

- Ce sont des cigognes, monsieur Chang!...

- Vous trouvez cela normal?

- Non, absurde également.

- Alors?

- Je veux bien vous rendre service... mais comment reconnaître un Albanais dans la foule?

- C’est très simple.

- Comment?...

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16/11/2016

Les cigognes ont débarqué (47, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpgLes “oui, bien sûr” se suivent gentiment à la queue leu leu puis brutalement:

- Les cigognes on débarqué... Mais c’est une blague du premier avril!... Vous êtes certaine que c’est la réalité et non pas une fabulation à la Hitchcock?... Non... Non... Nous n’avons rien entendu...

Elle jette une coup d’œil en direction de la fenêtre.

- Et je ne vois également rien... Malheureusement, nos bureaux sont très loin de nos lieux d’élevage...

- Mais de quoi causez-vous, bon sang? braille-t-il.

- Sainte Mère de Dieu protégez-nous! murmure-t-elle en accrochant.

- Il vous est arrivé quelque chose de grave? lui demande Ming, foncièrement perdu dans un brouillard de phrases incohérentes.

- De mon côté, tout va monsieur Chang. Mais du nôtre...

- Du nôtre?

- C’est la cata...

- La cata?

- La catastrophe!... Des milliers de cigognes, venant d’Afrique, ont atterri tout à l’heure chez nous... Les toits, les arbres, les jardins, les champs... il y en aurait partout. C’est une invasion!...

On se croirait à nouveau chez Madame Tussaud...

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15/11/2016

Les cigognes ont débarqué (46, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpg- Et c’est tout?

- Quand les employés sont très unis, le patron n’a plus qu’à fermer boutique. A vous d’imaginer la suite. A moins que vous souhaiteriez que je vous la dévoile...

Mais le téléphone sonne coupant ainsi court à la conversation.

Eva répond avec courtoisie...

Ming la regarde agir avec beaucoup d’admiration. Il apprécie son savoir-faire professionnel plus que tout le reste.

Pourtant les grâces exceptionnelles de cette bonne à tout faire administrative, aux origines latines, mériteraient tellement que l’on s’y attarde, ne serait-ce que l’espace d’un éclair. Mais, voilà, le biologiste n’est guère du genre à se laisser facilement séduire par la beauté d’une femme. C’est un mari pragmatique, totalement coincé aux antipodes du romantisme. Le travail et la famille avant tout, les fesses des princesses et des maîtresses, ça ne vaut pas le coup, c’est sa devise.

Les “oui, bien sûr” se suivent gentiment à la queue leu leu  puis brutalement:...

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14/11/2016

Les cigognes ont débarqué (45, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpg- Et après?

- Ses camarades s’arrêtèrent tous de travailler et l’un d’eux, un copain qui avait beaucoup d’esprit, dit au négrier: si Antonio est éjecté, vous haïrez à jamais les concertos un et deux du grand maître.

- Je ne saisis pas.

- Il faisait allusion au printemps et à l’été des “Quatre saisons” de Vivaldi.

- Je ne saisis toujours pas.

- Bien sûr, vous n’êtes d’ici.

- Vous avez raison, je suis de nulle part et j’ai un manque énorme d’instruction...

- Ce n’est pas ce que j’ai dit...

- Bref, oublions!... Simplement, clairement, que voulait-il faire comprendre à ce raciste, le pote de votre papa?

- Que si Antonio Vivaldi, le maçon, passe la frontière avant la fin de son contrat, tous ses amis saisonniers ne reviendront plus aux prochaines belles saisons et il se retrouvera seul comme un con face à ses chantiers.

- Et c’est tout?...

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13/11/2016

Les cigognes ont débarqué (44, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpg- Qu’a-t-il fait? demande l’ancien rescapé de la mer de Chine, totalement déboussolé.

- Durant un certain temps, peut-être trop longtemps, mon cher papa a avalé, le ventre creux car sous-payé, sans faire la moindre grimace, des surnoms à connotation péjorative comme macaroni, mortadella ou tiramisu. Puis, un beau matin, à son directeur, un fils a papa issu d’une vieille famille genevoise, qui venait de le traiter de fainéant de rital pour une bagatelle, croyant que tous les émigrés italiens étaient de parfaits ignorants surtout en matière linguistique, il lui a craché dans la langue de Molière, en roulant les r forcément: Napoléon a certainement eu plus de bâtards que Garibaldi. Ce gros cochon, obsédé en plus par le pouvoir et la France, qui a eu au moins un cinquantaine de maîtresses, sans compter les putes sur les champs de bataille... Ce lâche, qui a abandonné toute son armée en plein hiver en Russie, que vous avez torché à plusieurs reprises, soit avec plaisir soit en sifflant silencieusement la Marseillaise... Elle est bien belle votre mentalité!... Qui ont construit vos routes, vos autoroutes, vos immeubles, vos hôpitaux et vos barrages? Les descendants illégitimes de ce salaud et ses complices ou les pauvres pupilles d’une nation assassinée par la guerre, auparavant brillamment créée par un général barbu qui adorait les chemises rouges? Qui, nom de Dieu?... Je sais que vous le savez. Alors un peu de respect envers ceux qui facilitent et améliorent votre existence.

- Et après?...

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12/11/2016

Les cigognes ont débarqué (43, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpgAprès avoir reçu en pleine figure ce bizarroïde compliment, le regard d’Eva se fige... On se croirait chez Madame Tussaud.

Ou elle tombe dans les pommes ou elle me quitte sur le champ, se dit Ming... Qu’est-ce qui m’a pris de lui parler ainsi? Je suis vraiment un crétin! Il faut toujours que je trouve un bouc émissaire pour vite apaiser ma colère. Quel ignoble personnage je suis!

Il se mord les doigts.

La très dévouée employée sort de son état cireux et dit à son esclavagiste de patron, avec un sourire et un courage digne de Spartacus:

- Lâchez vos lions et je les égorgerai tous. Comme l’a fait mon père, Antonio Vivaldi, un simple maçon aux mains rudes et non pas le célèbre compositeur aux doigts de fée, lorsqu’il est arrivé en Suisse.

- Qu’a-t-il fait? demande l’ancien rescapé de la mer de Chine, totalement déboussolé...

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11/11/2016

Les cigognes ont débarqué (42, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpg- Craignez-vous de perdre tout le pouvoir que avez sur moi?

- Ma chère Eva, je crois que je vais vous faire une confidence qui vous éjectera de votre chaise...

- Dans le bon ou le mauvais sens?

Ming baisse la tête, inspire profondément par le nez, expire lentement par le bouche, puis déclare à sa secrétaire avec désolation:

- Vous êtes la brebis la plus égarée que je connaisse. On a envie, à la fois, de vous prendre dans ses bras pour vous bercer et de vous empoigner pour vous secouer comme un prunier et vous crier dessus: tu n’as pas une autre expression à expulser de ta petite cervelle que de répéter sans cesse bon sens ou mauvais sens?

Après avoir reçu en pleine figure ce bizarroïde compliment, le regard d’Eva se fige... On se croirait chez Madame Tussaud...

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10/11/2016

Les cigognes ont débarqué (41, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpgLe lendemain matin, Eva demande à son patron, à peine installée à son poste de travail:

- Vous avez passé un bon weekend, monsieur Chang?

- J’ai passé deux journées bien étranges. Certainement, les plus surréalistes de ma vie, répond-t-il.

- Dans le bon ou le mauvais sens?

- Peut-être d’avantage.

- Cela vous a rendu heureux ou malheureux?

- Plus bourgeois que le plus parfait des bourgeois.

- C’est-à-dire?

- Con.

- Il n’y a rien d’exceptionnel ou d’inouï à cela, n’importe qui peut se trouver dans cet état à n’importe quel moment...

- Je suis d’accord mais... mais...

- Mais?

- Pas à ce point-là... Toutes mes conneries font encore bloc au fond de ma gorge.

- Alors crachez le morceau, si vous permettez cette expression et mon conseil.

- Je veux bien mais à qui?

- A un psychiatre, à une pute ou à moi, si vous avez confiance en moi.

- ...

- Craignez-vous de perdre tout le pouvoir que avez sur moi?...

11:27 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (5) |  Imprimer |  Facebook | | | |