30/10/2016

Les cigognes ont débarqué (31, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpgSubitement Ming devient pâle comme un mort.

- Ça va, monsieur Chang? s’exclame Eva, toute affolée, croyant avoir terriblement blessé son patron.

- Fri, fra, tz, tz, bafouille le biologiste.

Puis son visage retrouve ses couleurs. Son esprit également. Et il déclare, clairement et sans la moindre pudeur, à sa précieuse et dévouée collaboratrice:

- Je suis le roi des imbéciles, ma chère amie. Hier soir, je me suis marché sur les couilles en présence de ma femme et elle n’y a va que du feu. Et cet acte d’inattention, de maladresse ou de confusion de ma part va me culpabiliser jusqu’à la fin de mes jours.

- Vous savez, argument-elle pour le rassurer, on peut être le plus brillant des inspecteurs de police et croiser dans la rue le pire des criminels sans s’en apercevoir. Et! Tout mal ne vient pas forcément pour nuire. Il donne parfois un sacré coup de balai bien nécessaire là où la poussière commençait à s’éterniser...

- Mais mon petit-fils, que pensera-t-il de moi plus tard?

- Puis-je vous poser une question indiscrète?

- C’est maintenant ou jamais.

- Et causer avec vous comme je cause avec mon frère.

- Je ne souhaite que ça.

- Concernant les roubignoles, vous parliez au premier ou au second degré?

Ming éclate de rire...

09:19 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (7) |  Imprimer |  Facebook | | | |

29/10/2016

Les cigognes ont débarqué (30, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpgConfortablement installé derrière son impressionnant bureau de style anglais en bois d’acajou, Ming demande à sa secrétaire, en caressant une figurine en bronze:

- Savez-vous, Eva, ce que ça représente ces petits ouistitis sur ma table?

- Ce sont les singes de la sagesse, monsieur Chang, répond-t-elle avec assurance, tout en tapant une lettre sur son ordinateur... Ne pas voir le mal partout, ne pas entendre le mal partout et ne dire du mal à et de personne. C’est ma version... L’origine est chinoise pour les Chinois et japonaise pour les Japonais... Figurez-vous que j’en possède également une que j’ai achetée cet été à Bangkok... Presque la même mais symboliquement identique... En or.

- En or?

- Recouverte de feuilles d’or... Mais... Une seconde, s’il vous plaît, il faut que je me concentre sur mon travail...

- Faites, faites!

- Merci beaucoup.

- ...

- Et vous, savez-vous pourquoi je préfère ma statuette à la vôtre?

- Parce qu’elle brille et pas la mienne.

- Non, parce qu’elle me fait plonger dans la réalité chaque fois que je la regarde. Et vous vous y imaginez la raison?

- Non.

- Tout simplement, parce que les trois sages sont des grenouilles.

Subitement Ming devient pâle comme un mort.

- Ça va, monsieur Chang? s’exclame Eva, toute affolée, croyant avoir terriblement blessé son patron...

11:01 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (7) |  Imprimer |  Facebook | | | |

28/10/2016

Les cigognes ont débarqué (29, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpgTard dans la soirée, String transmet le message à son mari dès qu’il est rentré du travail ou d’ailleurs.

Ming hausse les épaules une fois de plus, c’est devenu une habitude chez lui, presque un tic, et allume aussitôt son portable.

- A cette heure-ci? lui demande-t-elle, un peu inquiète... A cause de moi, tu vas réveiller le petit.

- Aucun risque, un sms est moins bruyant qu’un pet, répond-t-il avec une pointe d’ironie... François ça s’écrit bien avec un c cédille, n’est-ce pas?

- L’Indochine aura servi au moins à ça.

- Ne soyons pas trop vaches avec l’Empire colonial. Les Français nous ont certainement arnaqués, spoliés... mais la France nous a énormément apporté.

- Quoi par exemple? Le bánh mì et leurs pâtisseries? Une petite baguette et des sucreries, tu trouves ça énorme?

- Et que fais-tu de l’écriture latine à la place de ces foutus signes chinois?

- Attention à ce que tu avances! Le Vietnam était un province chinoise, comment peux-tu donc autant détester tes vieux frères?

- Je ne les déteste pas, je hais mes concurrents.

- Alors pourquoi François?

- Quel rapport?

- Aucun... Tu m’expliques ou il faut que je devine?

- Devine! Si cela te fait plaisir.

String hésite un instant puis:

- Ma chère fille, né de ma propre chair, souhaite que son père d’adoption, souvent méprisant à son égard, lui propose un prénom pour son enfant...

- Serais-tu jalouse?

- Non, je trouve ça injuste et absurde.

- Au contraire, la proposition de ta fille est très honorable. C’est un signe de rapprochement, d’amour... et cela m’a donné beaucoup à réfléchir. Silvia ne souhaite que notre bonheur...

- Moralité: on se préoccupe davantage des méchants que des gentils...

10:32 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer |  Facebook | | | |

27/10/2016

Les cigognes ont débarqué (28, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpg- Mais il y a ce presque.

- ...

- Qui n’est pas anodin. Alors?

String se frotte l’œil droit, se caresse le nez, se tripote l’oreille gauche puis elle déclare à Sivia, nerveusement:

- Mon jardin secret est cent fois plus vaste et mille fois plus chargé que la caverne d’ Ali Baba. Ton héros préféré lorsque tu étais toute petite, tu te souviens? Cela n’a aucune importance. Malheureusement mes caisses ne contiennent ni pièces d’or ni pierres précieuses mais de lourds mensonges. Tout est faux chez les Chang. De A à Z. Tout! Ton père n’est pas...

Mais à ce moment-là, une femme en blanc entre avec le nouveau-né dans les bras.

Que le hasard soit béni! Face à la beauté de l’innocence, les bouches se ferment et les yeux se mettent à briller.

L’infirmière couche délicatement l’enfant auprès de sa mère et lui conseille:

- Ce serait bien qu’il tète dans cinq minutes, madame.

String s’approche du lit, regarde le poupon d’un air admiratif et s’exclame:

- Il est magnifique, vraiment magnifique!... Que puis-je faire pour toi?

- Rien dans l’immédiat, répond Silvia... Ou si! Dis à papa que nous attendons toujours.

- Vous attendez quoi?

- Il te le dira lui-même.

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26/10/2016

Les cigognes ont débarqué (27, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpg- Et comment s’appelle-t-il mon petit-fils? C’est bien un garçon, non?

- Quelle question! Nous n’avons pas encore choisi, nous hésitons...

- Entre Alain et Michel, je suppose.

- Toi aussi, tu t’es mise à consulter les oracles de l’informatique?

- Que veux-tu, à force de voir ton père faire joujou avec son ordi... mais d’après Internet, ce serait plutôt Gabriel et Jules les mieux placés du palmarès.

- Alors pourquoi m’as-tu proposé ces deux prénoms?

- Mais je ne t’ai rien proposé du tout.

- C’était tout comme.

- Peut-être parce que je me suis souvenu de mes amants de l’année passée.

- Tu es sérieuse, maman?

- Bien sûr que non, ma chère fille!

- Es-tu certaine?

- Presque autant que toi tout à l’heure.

- Mais il y a ce presque...

08:36 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer |  Facebook | | | |

25/10/2016

Les cigognes ont débarqué (26, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpgLe temps passe emportant tout avec lui sauf l’imbécillité des hommes. Les uns meurent, les autres naissent. La vie est mouvement et forcément changement. D’une froideur souvent effroyable. Les vieux se souviennent, les jeunes imaginent et les politiciens promettent. Les chimères dansent à l’horizon attirant ainsi les aventuriers, les poètes et les rêveurs. Mais le vent est là chuchotant tous ses secret à l’oreille du sage. Est-ce la voix du silence, la clé de l’existence, l’équation irrésolvable résolue à jamais, la fraction de seconde de vérité...? Dieu que tu es cachottier avec le commun des mortels!

String rend visite à sa fille à la Klinik Hirslanden à Zurich.

- Comment va-t-il? Où est-il? demande-t-elle toute affolée à Silvia, à peine entrée dans sa chambre.

- Calme-toi, maman! Le bébé va très bien, il est à la pouponnière pour un examen de routine, répond-t-elle, souriante et rassurante.

- Tu es certaine, tu ne me caches rien?

- Ai-je l’air d’être inquiète et malheureuse?

- Non, en effet...

- Je ne t’ai jamais rien caché, pourquoi désobéirais-je aujourd’hui à mes principes?

- Pardonne-moi... la peur nous rend parfois si stupides.

- Je te comprends très bien...

- Et comment s’appelle-t-il mon petit-fils? C’est bien un garçon, non?...

 

10:29 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (9) |  Imprimer |  Facebook | | | |

24/10/2016

Les cigognes ont débarqué (25, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpgPuis elle se retourne vers son père et lui dit:

- Maman a totalement raison, tu as beaucoup changé. Tu n’es plus le gentil père de mon enfance qui prenait tout son temps pour me parler des fleurs, des arbres, de la nature... Tu étais présent. Maintenant tu es souvent dans la lune ou complètement absorbé par tes affaires. Tu aurais dû rester prof de biolo. Tu étais bien au collège, non? Mais voilà, il a fallu que tu rencontres ce restaurateur chinetoque, gros comme une patate, qui te parle de ses cuisses de grenouille, pour que tu te lances à l’aveuglette dans le monde cruel de l’élevage...

- Cruel ou pas cruel, coupe Ming, il t’a permis de vivre chichement, n’oublie jamais ça! Et, surtout, de pouvoir épouser un métèque de la pire espèce.

- Merci pour le compliment, murmure Charly, à la fois étonné et vexé.

- Et en plus, tu es devenu méchant, ajout-elle avec rage.

Kim et Johan, énervés, se lèvent brusquement et quittent la table.

- A Pâques, c’est moins amusant, lance ironiquement String...

10:25 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

23/10/2016

Les cigognes ont débarqué (24, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpg- Si moi, répond String. Quand les hommes parlent trop à table, c’est qu’ils n’ont plus rien à dire ailleurs.

Ming hausse les épaules.

- Que voulez-vous insinuer par là, belle-maman? lui demande gentiment Charly.

- Que mon cher époux n’est plus l’homme que j’ai connu dans le passé. Il se couche tard, il se lève tôt, il part souvent sans saluer personne, il rentre à des heures impossibles soi-disant à cause du travail et quand il est là, il passe des heures devant son ordinateur à regarder je ne sais quoi. Si c’est ça ma récompense après tant d’années d’effort et de soumission pour m’intégrer le mieux possible dans ce foutu coin perdu, j’aurais mieux fait de crever dans mon pays.

Silvia s’approche de sa mère et lui dit avec douceur:

- Mais maman, le Vietnam n’est plus ton pays et tu le sais bien. N’agis pas comme ces voyous qui s’attaquent aux bijouteries et aux magasins de luxe, en lançant des pavés contre leurs vitrines, parce qu’ils en veulent à la riche bourgeoisie.

Puis elle se retourne vers son père et lui dit:

08:11 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (5) |  Imprimer |  Facebook | | | |

21/10/2016

Les cigognes ont débarqué (23, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpgCharly sourit.

- Je vois à qui vous pensez en souriant, dit Ming. C’est à la Ligue pour la protection de la nature, n’est-ce pas?

- Ce ne sont que des rumeurs.

- Alors pourquoi en faire cas?

- Elles finissent par nuire à la longue.

- Peut-on les combattre au lieu de philosopher comme des artistes?

- J’aime bien votre expression.

- Ou à la légère, si vous préférez.

- Je constate que vous avez acquis la mentalité des gens d’ici.

- C’est-à-dire?

- L’art ne sert à rien et les artistes encore moins... Il n’y a donc pas de place pour ces individus, que l’on considère comme des notables farfelus, dans notre société.

- Vous êtes dur envers eux.

- Ça ne viens pas de moi mais des gens d’ici.

- Je veux bien. Mais vous avez répétez deux fois les gens d’ici, s’agit-il des habitants de ce bled ou des Suisses en général?

- Des Alémaniques en particulier.

- Et d’après vous, à force de vouloir m’intégrer, je suis devenu plus con que je l’étais, pas vrai?

Silvia intervient en disant:

- Papa et chéri, pour l’amour du ciel, cessez cette conversation sans queue ni tête! Nous vous avons écoutés attentivement, sans émettre le moindre soupir, eh bien maintenant c’est à nous de dire quelque chose. Vous n'êtes pas d'accord avec moi, maman, Kim et Johan?...

 

09:36 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (15) |  Imprimer |  Facebook | | | |

20/10/2016

Les cigognes ont débarqué (22, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpg- Comment vont vos crapauds?

- A merveille, répond Ming, sèchement... Mais pourquoi êtes-vous si méprisant envers mes grenouilles, en ce jour de fête?

- Au contraire, j’ai beaucoup d’affection pour ces amphibiens.

- Pourquoi? Auriez-vous l’intention de devenir végétarien ou végane?

- On ne sait jamais.

- Foutaise tout ça! Qui peut nous prouver que les plantes ne souffrent pas du tout ou pas autant que les animaux et les humains? Et c’est un biologiste qui vous parle!... Qui?

- ...

- Qui?

- Personne, évidemment.

- Alors que tous les moralisateurs aillent se faire voir par les Grecs... J’élève des batraciens comme d’autres élèvent des poules, des canards ou des lapins. Dans les règles de l’art. En suivant scrupuleusement toutes les consignes des services publiques relatifs à mon activité.

- Oui mais!

- Que veux dire ce oui mais?

- Certaines personnes pensent que l’on devrait changer certaines lois.

- Certaines, certaines! Soyez plus explicite pour un toubib, beau-fils!

Charly sourit.

- Je vois à qui vous pensez en souriant, dit Ming. C’est à la Ligue pour la protection de la nature, n’est-ce pas?...

09:56 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

19/10/2016

Les cigognes ont débarqué (21, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpgC’est Noël. Toute la famille est installée autour de la table de la salle à manger. Papa, maman et leurs trois enfants. Et, soyons plus humain en ce jour saint, leur gendre.

Soit dans le désordre ou un ordre différent: Charles Montandon, Charly M pour les copains, un fameux chirurgien esthéticien genevois qui a pignon sur rue à la Bahnhofstrasse à Zurich et qui parle le schwiizerdütsch mieux qu’un Suisse toto. Silvia qui est enfin enceinte de lui après de nombreuses tentatives infructueuses et qui, depuis plus de six ans, est mariée à ce brillant redresseur de sourires tordus et gonfleur de poitrines plates. Johan, le fils tant rêvé mais aux aspirations douteuses. Kim, la fille non programmée, née après l’attribution du passeport rouge à croix blanche. Madame Chang, femme au foyer, la parfaite Suissesse qui pourrait être l’épouse de Tell malgré ses yeux bridés. Et Monsieur Chang, le biologiste reconverti en homme d’affaires.

Après le traditionnel christmas cake made in Toggenburg et le verre de schnaps, Charly, surnommé la Grande Gueule entre autres par ses collègues de travail, comme la plupart des Genevois, demande à son beau-père:

- Comment vont vos crapauds?

- A merveille, répond Ming, sèchement... Mais pourquoi êtes-vous si méprisant envers mes grenouilles, en ce jour de fête?...

13:26 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (5) |  Imprimer |  Facebook | | | |

18/10/2016

Les cigognes ont débarqué (20, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpgCela n’était qu’une parenthèse pour souligner que la vérité peut être interprétée de diverses manières. Et que ses sources transpirent d’incertitude. Pour chaque évènement, il y a la version officielle, dictée par le pouvoir, et il y a les autres qui ne sont guère plus innocentes... Alors qui et que doit-on croire? Ferme ta gueule et rumine en silence, dirait ma concierge, la belle Sarah. Dans ma vie, j’ai rencontré deux types d’homme: le sincère et le menteur. Le premier nous rassure puis, au bout d’un certain temps, tel un somnifère, il finit par nous endormir le jour. Le second, nous fascine puis, très vite, tel un stimulant corrosif, nous empêche de dormir la nuit. Moralité: fais comme moi, qui suis juive, attend le messie.

Mais revenons à nos brebis égarées. Ou plutôt faisons un saut d’une trentaine années en avant. Au vingt-et-unième siècle et des broutilles, pour être un plus précis.

 

09:57 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

17/10/2016

Les cigognes ont débarqué (19, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpgEt, afin de prouver à Fritz, Frantz et aux autres qu’ils étaient totalement intégrés, les Chang baptisèrent la chair de leur chair, façon de parler pour les officiels: Silvia. Un prénom très en vogue à cette époque. Avec Heidi et Trudel.

Le temps passa à une vitesse inimaginable et, grâce à la bonté des autorités helvétiques, toute la famille devint suisse.

Zut! S’il vous plaît, ne me poussez pas au culte! Au culte? Drôle d’expression! Pourquoi pas?  A près tout, ce n'est pas si faux. N’est-ce pas à cet endroit où l’on reconnaît le plus ses erreurs, ses péchés sans avoir besoin de se faire corriger, maltraiter ou confesser?

Bref! Petit retour en arrière dans le temps.

- Comment va-t-on l’appeler la petite? demande Ming à String.

- Silvia, répond la nouvelle maman, sans la moindre hésitation.

- Pourquoi ce prénom et non pas un autre?

- Parce qu’il est très d’ici et qu’ici, c’est notre paradis.

- ...

- Ou, peut-être, parce qu’à la seconde où elle est née tu flirtais avec les sapins dans la forêt et que ce prénom vient d’un mot latin qui signifie justement forêt.

- Justement?

- Oui, justement... Je ne comprends pas...

- Ne serait-ce pas plutôt en souvenir de ton petit copain amerloque?

- Mais que vas-tu chercher?...

- Le soldat Silver?

- D’où tu connais son nom? Je ne l’ai jamais dévoilé à qui que ce soit...

- Si à moi.

- Impossible!

Ming sourit.

- Quand?

- Tu parles en dormant.

- Toutes les nuits?

- Presque.

Et ce presque catapulte la cervelle de String dans les sphères de l’horreur.

Alors le biologiste dans un élan de sagesse, afin que les réminiscences de la guerre ne refassent pas trop surface entravant ainsi leur relation, dit à sa bien-aimée:

- Silvia: deux syllabes qui sonnent à la perfection. Tu ne pouvais pas mieux choisir...

12:18 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

16/10/2016

Les cigognes ont débarqué (18, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpgEn pleine rue, à une centaine de mètres où habitent les deux réfugiés ou les bridés, terme fréquemment et péjorativement utilisé par certains voisins mécontents de leur propre situation sociale et économique, Fritz Donnerwetter se précipite sur Ming et lui demande, tout essoufflé:

- Mais où étiez-vous donc passé?

- Je me suis perdu, répond le promeneur solitaire, avec une légère gêne. C’est un vrai labyrinthe votre forêt, vous savez... Vous me cherchiez?

- Oui, je vous cherchais et je n’étais pas le seul...

- Pour?

- Vous annoncer deux nouvelles.

- Bonnes ou mauvaises?

- Bonnes, forcément.

- Pourquoi forcément?

- Parce que vous êtes né sous une bonne étoile, monsieur Chang.

- Je n’en connais aucune. Celle qui m’a été destinée ne semble pas m’apporter beaucoup de chance.

- Pourtant, c’est le cas aujourd’hui.

- Puisque vous le dites!

- Comment est-ce possible? Vous êtes devenu affreusement désenchanté en si peu de temps...

- Il faut demander ça à votre dieu ou à votre système.

Fritz hésite un instant puis, avec une immense joie, quasi enfantine, annonce à Ming:

- La cigogne vous a porté une jolie petite fille et mon patron m’a signalé que les membres de la commission ont voté en faveur du oui. A l’unanimité!

- Ce qui signifie? marmotte le nouveau chef de famille, un peu perplexe.

- Que vous avez la possibilité de pouponner et de travailler sous le ciel helvétique.

Ming tombe à genoux les mains jointes et dit à Fritz.

- Milles mercis, monsieur Donnerwetter. J’ adopterez tous vos principes et vos traditions.

- Je n’en demande pas autant, réplique le Saint-Galois...

11:25 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

15/10/2016

Les cigognes ont débarqué (17, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpg

Si l’on ne croit pas aux miracles, il faut au moins supposer que la loi de la causalité n’est pas forcément une foutaise de guru. Sinon, mieux vaut déjà inviter ses amis à ses funérailles.

Et si le Vieux Barba est sourd et muet à nos questions, c’est probablement qu’il est constamment assailli par tant de prières contradictoires et inutiles. Les hommes exigent davantage du ciel que d’eux-mêmes.

Mais le Grand Architecte et Jardinier de l’univers, dans son immense miséricorde, malgré ses handicaps dus à son éternité, décide de secouer à sa manière l’entourage de Ming Chang, son adorable petit herboriste. Et...

Et?...

13:41 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (27) |  Imprimer |  Facebook | | | |

14/10/2016

Les cigognes ont débarqué (16, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpgQuelques timides signes de la main d’un côté comme de l’autre et Ming continue son chemin. A la poursuite d’un instant miraculeux. Mettant ainsi fin à cette nébuleuse obsession de vouloir et de pouvoir absolument travailler.

Mais!

Ce qui dissiperait ce brouillard cérébral, c’est  justement travailler et rien d’autre, se dit-il. A moins que je devienne un flemmard patenté ou un individu dépourvu de tout sens moral. Ou presque. Comme vendeur de breloques de bonne fortune, médium ou gourou. Ou, mieux encore, chef spirituel d’une nouvelle religion. Il y a tellement d’êtres crédules et de rêveurs en ce bas monde qui attendent l’arrivée d’un nouveau prophète ou messie. Non! Malheureusement et heureusement, je n’ai pas cette capacité intellectuelle de mettre sur le tapis toute une instruction et toute une éducation si soigneusement et généreusement offertes et de me lancer dans de minables aventures. Je tiens à offrir aux autres ce que j’ai noblement reçu de mes pairs... Que tous les esprits bienfaisants de la nature me viennent en aide!...

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13/10/2016

Les cigognes ont débarqué (15, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpgPuis curieusement, il raconte à ce couple visiblement amoureux:

- Quand j’étais adolescent, j’allais souvent pêcher avec mon père au bord de la rivière des Parfums. À Hué. Très connue pour ses bordels flottants. C’est très loin d’ici. Au bout de la terre. Un jour, une barque, où deux courtisanes étaient en train de s’embrasser langoureusement sous le regard désabusé de Dieu et plus qu’intéressé de leur client, passa sous mes yeux et provoqua en moi un terrible choc. Que voulez-vous, c’était la première fois que je voyais ça. Comment est-ce possible que deux personnes de même sexe puissent s’adonner ainsi l’une à l’autre? me demandai-je. A vrai dire, je ne fus pas terriblement choqué mais plutôt étrangement interrogé, bouleversé et excité. C’était une sensation très forte. A la fois divine et diabolique. Mon père remarqua mon désarroi et me dit: C’est vieux comme le monde mais le monde n’est pas assez vieux pour accepter les choses telles qu’elles sont. L’homme juge l’autre selon un catalogue qu’il s’est fabriqué sous l’influence de son entourage. Deviens biologiste et tu remarqueras que les plantes sont plus subtiles que les êtres humains. Je crois même qu’elles possèdent toutes les clés de l’existence. Et, probablement, c’est grâce à cette dernière phrase et à cet évènement inattendu que j’ai décidé plus tard d’étudier la biologie... Mesdemoiselles, le temps viendra où les glaciers fondront et les passerelles interdites au public seront accessibles à tous. Bonne continuation.

- Merci monsieur, murmurent simultanément les deux jeunes filles. Nous nous souviendrons de vous...

 

14:08 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

12/10/2016

Les cigognes ont débarqué (14, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpg

Tout à coup, il se retrouve nez à nez avec deux jeunes filles qui se tiennent nerveusement par la main. Une blonde et une rousse. Les cheveux en l’air. Et les vêtements tout froissés.

- Nous nous aimons! s’exclame la rousse, un peu paniquée. En dépits de tous!

- Et après? dit Ming. Que voulez-vous que ça me fasse?

- Mais nous ne souhaitons pas que tout le village soit au courant de ce que vous avez vu, explique la blonde.

- Vu quoi? demande Ming, d’un air volontairement absent.

- Vu ce que vous avez vu, répond la rousse en bafouillant.

- Je n’ai rien vu du tout, dit Ming avec assurance.

Puis curieusement, il raconte à ce couple visiblement amoureux:...

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11/10/2016

Les cigognes ont débarqué (13, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpgEntre la hauteur et la profondeur, entre le royaume d’Alodie et l’immense domaine de Sylvie, Ming ne choisit pas, il se laisse aller. Il entre ainsi dans les bois. Par hasard. Un hasard bien douteux.

En marchant sur un sentier déboisé, le jeune biologiste piétine sans faire exprès une jonquille. Il se rend compte de sa maladresse. Il arrache du sol la malheureuse petite fleur, la contemple et aussitôt sa cervelle se met à vagabonder à une vitesse inimaginable...

Il se souvient de son enfance et de ses études. De son premier herbier confectionné avec l’aide de son père. De son immense collection de papillons. De ces pauvres insectes cruellement épinglés, sacrifiés, crucifiés au nom de la science. De ses nombreux bocaux remplis de bestioles noyées dans le formol. De sa mère arrosant les plantes du balcon... Quelle salade cérébrale! Que d’images pour un simple geste! Anodin mais malveillant malgré lui.

Ming pose la fleur toute écrasée sur une la branche d’un arbre et murmure:

- Je suis vraiment désolé, je n’étais entièrement moi-même.

Et il s’enfonce dans la forêt en surveillant davantage où il met les pieds.

Tout à coup, il se retrouve nez à nez avec deux jeunes filles qui se tiennent par la main...

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10/10/2016

Les cigognes ont débarqué (12, à suivre)

Hank Vogel, Les cigognes ont débarqué.jpgOn a bien beau chasser les mauvais souvenirs, ils reviennent toujours au galop comme des enfants pleurnichards, le visage inondé de larmes, prêts à tout. Il suffit d’un rien pour qu’ils sonnent de nouveau à la porte d’un instant de béatitude ou de quiétude. Une image, une ressemblance, un parfum, une odeur, une musique ou un simple bruit en sont la cause. Qui a su les déloger à jamais de sa mémoire, ces démons du passé? L’idiot ou le sage? Les deux? Ou personne des deux? Celui qui connait la réponse a certainement croisé une divinité dans sa vie.

- Va te promener à la montagne ou dans la forêt, ça te calmera l’esprit, conseille String à Ming.

- Tu as raison, la nature est un excellent remède, approuve le biologiste.

Et il s’en va, les bras ballants, à la poursuite de tout et de rien...

09:06 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (12) |  Imprimer |  Facebook | | | |