29/02/2016

Soif et brûlures (19, à suivre)

Hank Vogel Soif et brûlures.jpg- C’est beau d’attendre, tu sais. Ça permet d’imaginer. D’ailleurs, je t’imagine déjà.

- Ah bon? Et tu m’imagines comment?

- Comme une femme qui adore faire l’amour avec le pire de ses ennemis mais qui rêve d’épouser sa doublure, au masculin bien entendu.

- Que veux-tu dire par là?

- Ne suis-je pas communiste?

- Je vois! Mais tu n’es pas communiste.

- Comment le sais-tu?

- Je le sais. La femme sent les choses.

- Et si je l’étais?

- Mais tu ne l’es pas!

- Comment peux-tu en être aussi sûre?

- Je te l’ai déjà dit, la femme sent les choses.

- Alors comment peux-tu reconnaître un non-communiste d’un communiste.

- C’est très simple, les communistes ne m’attirent pas.

- Simplement?

- Peut-être, parce que dans chaque mot qu’ils prononcent, on ressent la présence de Marx, de Lénine ou Dieu sait quel autre dirigeant de leur parti. Rien ne vient d’eux. Tout vient de leurs chefs.

- Comme tout chrétien, juif ou musulman, en somme.

- Probablement.

- Alors, tu n’aimes pas grand monde!...

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26/02/2016

Soif et brûlures (18, à suivre)

Hank Vogel Soif et brûlures.jpg- C’était très sauvage mais j’ai beaucoup aimé ça? dit la femme en s’allumant une cigarette. Encore une!

Elle fume trop et son vice la tuera, pensa Nikolaï.

Les bras croisés derrière la tête, le poète contemplait le plafond.

Le vide? Non, un vide, un appel ou un signe lointain. De modeste richesse: blancheur et propreté...

Ils étaient allongés l’un à côté de l’autre. Nus, sur le lit. De la chambre à coucher de la dame. Ou de la demoiselle. Comment le savoir? De plus violents psychotropes avaient passé par là.

- A quoi, penses-tu? demanda-t-elle.

- A rien et à tout, répondit-il avec lenteur.

- Et c’est quoi ce tout?

 - Ce tout, c’est cette piaule avec tous ces beaux objets et ces photographies chargées de souvenirs. C’est tout ce que je sais et tout ce que je ne sais pas de toi.

- Que veux-tu savoir de moi?

- Rien.

- Rien? Je te suis donc si indifférente que ça?

- Au contraire.

- Eh bien?

- Je préfère attendre.

- Attendre quoi... pourquoi?...

- Attendre tout simplement.

- Explique-toi!...

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25/02/2016

Soif et brûlures (17, à suivre)

Hank Vogel Soif et brûlures.jpgLe poète prit alors la main, non occupée, de la femme dans les siennes, elle se laissa faire, et lui expliqua:

- J’adore marcher à travers les steppes. C’est très excitant, vous savez. On marche, on marche... Les pensées vont et viennent au rythme de la marche... puis à un moment donné...

- Que se passe-t-il?

- L’apostasie totale, dans toute sa splendeur.

La femme retira sa main et éteignit sa cigarette.

- Une forme de désertion glorieuse en somme? dit-elle.

- C’est tout le contraire, rectifia-t-il... C’est un moment sublime où l'on assiste à la mise à mort de toutes les questions qui nous tourmentent, en ayant l’impression de se reposer dans les bras de Dieu. Mourir aux idées, renaître et repartir tout neuf!

- Poète?

- Certains le disent.

- Et il vous est arrivé souvent de ressentir ça.

Nikolaï reprit la main de la femme et lui dit:

- Je crapahute quand j’en ai le temps et assez d’argent bien entendu. Mais, je dois vous l’avouer, cette particulière d’expérience, je ne l’ai vécue qu’une seule fois.

- C’était où?

- Proche d’ici.

- Alors pourquoi m’avez-vous parlé du Kazakhstan?

- Parce que c’est un pays qui m’attire...

Elle lui effleura à ce moment-là l’avant-bras.

- Les bras de Dieu, qui sait! poursuivit-il ironiquement.

- On n’a donc pas besoin d’aller si loin pour retrouver ça, vous savez, conclut-elle sur le même ton...

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24/02/2016

Soif et brûlures (16, à suivre)

Hank Vogel Soif et brûlures.jpgLa femme s’alluma une nouvelle cigarette.

Nikolaï se gratta la tête puis après une brève hésitation lui demanda:

- De quel genre était-elle?

- De qui voulez-vous parlez?

- De la grimace?

- Vous vous moquez de moi?

- Pas du tout. Loin de là... mais je veux en savoir plus...

- Pourquoi, seriez-vous malade?

- J’espère que non.

- Alors oublions!

- Oublier?

- Oui, oublions ça, puisque ce n’était qu’ une simagrée non intentionnelle...

- Mais je ne peux pas l’oublier! Elle vous a fait du mal et je veux réparer ça.

Elle sourit. Puis elle lança:

- Tous les moyens sont bons pour chercher à séduire, n’est-ce pas?

Nikolaï fixa la femme dans les yeux et lui demanda avec sérieux:

- Êtes-vous déjà allée au Kazakhstan?

Elle parut aussitôt totalement désorientée.

- Quel rapport avec ce que je viens de vous dire? fit-elle.

- Il y en peut-être un.

- Lequel?

- Répondez-moi d’abord. Oui?

Elle hocha la tête cette fois-ci en signe d’affirmation.

- Et pour quelle raison, vouliez-vous savoir? ajouta-t-elle avec beaucoup de curiosité.

- Les steppes.

- Les steppes, au Kazakhstan?

- Vous les avez vues?

- ...

- Il y en a, j’espère?

- Oui, bien sûr.

- Comment sont-elles?

- ...

- Sont-elles reposantes?

- Reposantes?

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23/02/2016

Le roi vert de la mandarine (24, à suivre)

Hank Vogel, Le roi vert de la mandarine.jpgEt je lui raconte:

- Un jour, avant que je te connaisse, je me suis baladé à une dizaine d’heures de route d’ici. Au Baltistan, à Skardu pour être précis. Là-bas, il y a un merveilleux petit lac. L’eau est bleue. D’un bleu pur. Comme notre ciel lorsque les nuages des vallées n’osent pas atteindre les sommets de nos montagnes aux neiges éternelles. A un moment donné, j’ai cru voir un ange marcher sur l’eau. J’ai secoué la tête et il a disparu. Je m’étais dit: c’est certainement la fatigue ou l’altitude. Plus la fatigue que l'altitude. Puis j’ai pris le chemin du retour. Il n’y avait personne sur le sentier. J’étais seul et le ressentais profondément. Pas le moindre souffle autre que le mien. Rien. De temps à autre, une pierre ou un morceau de rocher tombait de quelque part et roulait gentiment devant mes pieds. J’avais l’impression d’être totalement ailleurs. Sur une autre planète. Dans le monde du rêve. Tout à coup, une voix d’une extrême douceur, quasi céleste, m’a chuchoté à l’oreille gauche, je crois: rien n’est important sur terre. Le vide, le beau et l’éternité ne font qu’un. Aussitôt, je me suis retourné, pensant que quelqu’un était derrière moi... malheureusement ou heureusement, il n’y avait personne. Ou simplement un minuscule tourbillon de poussière... Oui, je me suis retourné sur le champ car cette déclaration n’a duré que l’instant d’un éclair...

- Pourquoi ne m’en as-tu jamais parlé? me demande Diki, toute étonnée.

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22/02/2016

Le roi vert de la mandarine (23, à suivre)

Hank Vogel, Le roi vert de la mandarine.jpgJe me frotte les yeux puis je demande à Diki:

- Toi qui as du sang tibétain, bien qu’à moitié, ne penses-tu pas qu’un bon lama est un lama défroqué?

- Drôle de question! Où veux-tu en venir? me répond-t-elle.

- Je sais que j’ai plein de défauts mais je ne cesse de me corriger...

- Cesse de ramper comme un serpent! Dresse-toi comme un vrai chef face aux démons de la chair comme tu as su te dresser contre ceux qui voulaient nous asservir! Soit le roi que nous avons élu, pour ta générosité et ton sens du partage, et ne retombe pas dans la déchéance! Pour l’amour de nos lumineuses mandarines, ne redeviens pas l’enfant gâté, le fils à papa, l’étudiant prétentieux que tu étais, laissant ainsi aux esprits crétins le soin de gérer nos chères et incomparables plantations. Sans toi comme capitaine, le navire chavira sans tarder. Pense à tout ça! A part quelques rares exceptions, sache aussi que la femme occidentale est trop axée sur elle-même... elle adore les robes qui moulent son corps, les bijoux, les colliers ornés de diamants qui mettent en avant sa poitrine, les fleurs arrachés à la vie, les immenses appartements, les belles villas, les incroyables château, le confort, le luxe... et, une fois l’euphorie des multiples extases passée, tu ne sera plus qu’un paillasson à ses yeux. Tel est le triste destin de nombreux imbéciles qui ont cru découvrir la perle rare...

- C’est bon, c’est bon!

- Ça ne conviens pas, n’est-ce pas?

- Tu n’as pas totalement tort... Mais il s’agit de toute autre chose.

- Si j’ai compris, j’ai parlé dans le vide.

- Justement.

- Justement quoi?

- Du vide.

- Du vide que j’ai mentionné par mégarde tout à l’heure?

- Non, pas ça...

- Explique-toi...

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21/02/2016

Le roi vert de la mandarine (22, à suivre)

Hank Vogel, Le roi vert de la mandarine.jpg- Tes risettes te trahissent parfois. Tu devrais t’en méfier, me dit ma femme.

- Merci pour cet utile conseil... Ta mère a bien choisi le nom que tu portes. Saine et prospère!...

- N’essayes pas de changer de conversation... Une femme ne te suffit pas à la maison? Il te faut maintenant une deuxième pour combler le vide que nous avons créé avec les années, malgré nous? Jusqu’à quand? Jusqu’à l’arrivée de la troisième?...

- Je ne suis pas musulman et tu le sais bien.

- L’un n’empêche pas l’autre! Agis alors comme les Occidentaux!

- Mais que cherches-tu exactement?

- Rien.

- Alors pourquoi cette petite crise de jalousie?

- Parce ton visage parle et que tu dis des choses qui ne devraient pas s’évader de ton esprit. La vérité est une épée qu’il ne faut sortir de son fourreau que quand c’est vraiment nécessaire. Pour éviter toute escarmouche inutile...

- Qu’ai-je prononcé de si dramatique?

- Le mot peut être faible mais frapper fort.

- Quel mot?

- Le mot ou la phrase.

- Quelle phrase?

- Mais elle semblait si sincère.

- C’était donc ça?

- Oui.

- C’était la vérité mais cela ne voulait dire que ça.

- Non, cela voulait dire beaucoup plus que ça.

Je me frotte les yeux puis je demande à Diki:...

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19/02/2016

Soif et brûlures (15, à suivre)

Hank Vogel Soif et brûlures.jpgNikolaï sourit également.

La femme prit alors ses affaires et son thé et s’approcha de lui.

- Je peux m’asseoir? demanda-t-elle, sûre d’elle.

Il fit un geste de la main en lui souhaitant la bienvenue.

Aussitôt installée, elle lui tendit son paquet de cigarettes.

- Non merci, jamais d’américaines, réagit-il avec mépris.

- Qu’est-ce que vous avez contre les Américains? s’étonna-t-elle.

- Je n’ai rien contre eux.

- Alors?

- Je suis allergique à leurs produits.

- Seriez-vous encore communiste?

- Plus que jamais.

- Moi, c’est tout le contraire.

- Alors, nous sommes faits pour nous entendre, dit Nikolaï avec un sourire au bout des lèvres.

La femme hocha la tête en signe de négation.

- Et vous, qu’est-ce que vous avez contre les communistes? balança-t-il.

-Tout, répondit-elle sèchement.

Nikolaï sourit.

- Oui, tout... Ce sont tous des criminels, expliqua-t-elle.

Le poète fonça les sourcils.

- Je ne disais pas ça pour vous, précisa-t-elle... Mais c’est la vérité.

Puis elle ajouta d’un ton désinvolte:

- Je suis ainsi faite, j’extériorise tout ce que je cogite. Pas vous?

Nikolaï ne répondit pas.

Il donnait l’impression comme s’il voulait révéler quelque chose que quelque chose d’autre l’en empêchait.

- Non, oui, ce n’est pas ça? murmura la femme, un peu perdue.

Il fit une étrange grimace.

- Je ne suis folle pas folle, vous savez, expliqua-t-elle.

- Je n’ai jamais dit ça.

- Mais vous l’avez pensé.

- À aucun moment.

- Alors pourquoi cette grimace?

- Quelle grimace?

- Celle que vous venez de faire... il y a à peine...

- J’ai fait une grimace, moi?

- Oui, vous avez fait une grimace.

- Vraiment?

- Vraiment.

- Je suis sincèrement désolé. C’était malgré moi...

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18/02/2016

Le roi vert de la mandarine (21, à suivre)

Hank Vogel, Le roi vert de la mandarine.jpgJe rentre chez moi, je plonge sur mon lit et je m’endors presque aussitôt.

A mon réveil, ma femme me dit:

- Eh bien! Quelle longue sieste! C’était donc aussi épuisant que ça?

- Ils m’ont tué avec leurs questions, je réponds encore à moitié endormi.

- A ce point-là?...

- Si j’avais su... j’aurais refusé.

- Alors pourquoi as-tu accepté?

- Pour la prospérité de notre royaume.

- Es-tu certain?

- Que veux-tu dire par là?

- Notre région est ce quelle est et n’a nullement besoin de publicité pour exister ou survivre.

- Tu penses vraiment que je l’ai subi, ce ridicule interrogatoire, uniquement pour moi?

- Toi seul le sais.

- Tu as sans doute raison, mon égo a dû s’occidentaliser durant mes interminables séjours à l’étranger... Mais elle semblait si sincère?

- De qui parles-tu?

- De la journaliste.

- Dois-je comprendre que... non, rien!

- Si, Goutz, vas au bout de tes pensées...

- Cesse de m’appeler ainsi, nom prénom est Diki.

- Serais-tu jalouse?

- Pas du tout mais je connais le singe qui est en toi.

Je souris...

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16/02/2016

Soif et brûlures (14, à suivre)

Hank Vogel Soif et brûlures.jpgNikolaï entra dans un bistro.

Assis au bar, un homme et une femme riaient.

Il commanda un café avec du sucre à la serveuse et alla s’asseoir à une table, près de la fenêtre.

Il sortit de la poche de sa chemise son inséparable stylo et un petit carnet et se pencha pour écrire...

L’homme et la femme se racontaient des histoires qui n’amusaient qu’eux. Ils se bidonnaient et buvaient de la bière à la bouteille.

Contrairement à l’homme, la femme avait des gestes plutôt raffinés et biberonner ainsi ne lui allait pas du tout.

La serveuse apporta le café à Nikolaï.

- J’ai mis deux sucres, ça vous suffit? demanda-t-elle en posant la tasse sur la table.

Il répondit oui avec la tête et paya.

Les mots ne venaient pas.

Quoi? Pourquoi? Comment? Tout se mélangeait. Comme dans une foule de manifestants en colère, les mots se bousculaient, agitaient leurs revendications, dénonçaient les crimes impunis commis par le pouvoir... C’était la révolte des mots, des sentiments, d’un être blessé.

L’homme avala sa dernière goutte de bière et quitta la femme en esquissant un dérisoire salut militaire.

Aussitôt disparu de sa vue, la dame commanda un thé... Puis elle ouvrit son sac à main et s’alluma une cigarette.

Le poète, en panne d’inspiration, rangea sa panoplie habituel d’écrivain et se mit à regarder passionnément la belle créature. Elle était de profil. Elle fumait avec beaucoup d’élégance.

A un moment donné, sentant que quelqu’un l’observait, elle se retourna et sourit à son admirateur.

Nikolaï sourit également.

La femme prit alors ses affaires et son thé et s’approcha de lui...

12:43 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (12) |  Imprimer |  Facebook | | | |

15/02/2016

Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis

Soit ce proverbe est faux soit je suis un con fini. Car en fouillant dans mes archives audiovisuelles, je suis tombé sur des travaux d'étudiants où on m'avait donné la possibilité en 2004 de m'exprimer et j'ai constaté que mes avis concernant bien des choses n'ont nullement changé...

Conclusion: je préfère être un con fini dans ma caverne qu'un intelligent mal dans sa peau qui fait jouir les imbéciles sur la place publique.

 

 

19:46 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer |  Facebook | | | |

Soif et brûlures (13, à suivre)

Hank Vogel Soif et brûlures.jpg

 

 

Les hommes ont faim, ont soif... Mais ils ont surtout soif de liberté.

Planer, comme des anges, dans un ciel limpide.

Loin des prisons, loin des hommes, loin d’eux-mêmes...

09:55 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer |  Facebook | | | |

14/02/2016

Soif et brûlures (12, à suivre)

Hank Vogel Soif et brûlures.jpgUn silence s’installa entre les deux hommes. Un très bref silence. Quelques secondes, peut-être. Mais des instants multipliés par des siècles et des siècles de folies. Ce désir inculqué et incontrôlé d’être toujours le plus fort. Vaincre l’autre à n’importe quel prix pour le dominer, dominer, dominer...

- L’Afghanistan, ce n’était pas une vraie guerre, dit Nikolaï.

- Comment ça pas une vraie guerre? C’était peut-être une balade à travers les steppes? rétorqua Viktor, vexé.

- Il y a les vraies guerres et les guerres de routine.

- Tu dis n’importe quoi!

- Non, je ne dis pas n’importe quoi. Il y a guerre et guerre.

- Tu veux rire?...

- Celles qui rapportent et celles qui ne rapportent à personne.

- Qu’est-ce que tu veux insinuer?

- Réfléchis!

- Tu veux parler de mon kiosque?

- Médites, si tu préfères.

Et ce silence chargé d’aberrations revint. Le temps d’un battement de paupière.

Et, avec une colère indigne de lui, Viktor cria à son meilleur ami:

- Fous le camp! Tu es congédié! Je ne veux plus te voir!...

09:43 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer |  Facebook | | | |

12/02/2016

Le roi vert de la mandarine (20, à suivre)

Hank Vogel, Le roi vert de la mandarine.jpg- Ici, le troque est possible car nos besoins sont raisonnables mais au-delà de cela, nous devons suivre le chemin effroyable qui mène au dieu impitoyable de la civilisation.

Dampa joint religieusement ses mains et m’implore presque:

- Pour l’amour du ciel, ne me prends pas pour celui qui je ne suis pas. Parles-moi avec simplicité. Ma cervelle n’est pas assez rodée pour pouvoir voyager facilement dans le cerveau de l’autre...

- Au contraire! lui dis-je... Ta sagesse, qui n’est autre que le fruit de ta modestie, plane tel un aigle au-dessus des jardins de tes semblables où fleurissent désirs et passions.

Dampa sourit. Puis il me demande sans la moindre méchanceté:

- Pourquoi cherches-tu à tant me flatter? Aurais-tu quelque chose à te faire pardonner ou... par mégarde, aurais-tu bu dans le verre de tes hôtes?

Je ne réponds mais je murmure, en me sentant à des années-lumière de là:

- Elle est belle, très belle, n’est-ce pas? en pensant à la journaliste.

Puis, je reviens sur terre et j’annonce à mon ami tibétain, d’une voix quasi solennelle:

- Après maintes et profondes réflexions et vu l’article cent-vingt-trois de notre règlement communal, mes compagnons et moi, nous avons décidé de te verser l’argent nécessaire, des dollars et non pas des roupies, afin que tu puisses t’acheter la Land Rover de tes rêves.

Dampa tombe des nues...

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11/02/2016

Soif et brûlures (11, à suivre)

Hank Vogel Soif et brûlures.jpg- Le sable! Il y en avait partout. Au centre de la ville comme aux alentours. Partout! Sur les trottoirs, dans mes souliers, dans mes poches et souvent dans mes yeux. Partout du sable! A un tel point que je me croyais...

Subitement Viktor s’arrêta de parler. Il resta un instant immobile comme une statue puis il continua:

- ... au paradis. Faut dire qu’à cette époque, je rêvais beaucoup. Le moindre paysage inhabituel, le moindre décor devant moi... et j’étais déjà ailleurs, dans le merveilleux.

Et, paradoxalement, il ajouta avec rage:

- Quelle mouscaille! Toi, tu as eu de la chance de ne pas connaître ça.

- Connaître quoi?

- La guerre...

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10/02/2016

Soif et brûlures (10, à suivre)

Hank Vogel Soif et brûlures.jpgCinq heures et quart, le réveille sonna...

Nikolaï s’habilla. Il sentit une certaine fraîcheur. Il regarda par la fenêtre et remarqua que l’horizon était rouge.

Le ciel est en feu et en sang, se dit-il. Comme pour annoncer la mort prochaine de toute jouissance, de toute réjouissance.

- Dommage, elle n’aura été que de courte durée, murmura-t-il en pesant à la chaleur de la veille.

A six heures trente précises, il était à son travail.

Avant que Viktor ne rentrât chez lui, il demanda à son ami.

- Tu es déjà allé à Semipalatinsk?

- Tu veux dire Semeï?

 - C’est kif kif bourricot...

 - J’y suis allé quelques fois... avec mes vieux...

- Et tu y as vu des steppes?

- Avant et après.

- Qu’est-ce que tu veux dire par avant et après?

- Avant d’entrer dans la ville et en sortant...

- Combien avant?

- Combien quoi?

- Combien de kilomètres?

- Un, deux, dix, peut-être cent.

- Cent! Autant que ça? Es-tu certain?

- Certain, certain, je n’en sais rien! Il y a si longtemps...

- Et les steppes étaient comment?

- Je ne comprends pas.

- Les steppes, c’était du sable et des touffes d’herbes ou de la terre et des touffes d’herbes?

- Mais pourquoi toutes ces questions?

 -Réponds-moi! C’était du sable ou de la terre?

Viktor se gratta la tête. Puis il répondit en essayant de se souvenir:

- Par endroits, il y avait de la terre et des touffes d’herbes... Les herbes étaient vertes. Mais aussi, dans certains coins, jaunes-vertes ou jaunes. A moitié ou complètement brûlées par le soleil...

- Et le sable, il y avait du sable?...

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09/02/2016

Soif et brûlures (9, à suivre)

Hank Vogel Soif et brûlures.jpgFédor courait, courait... Il était poursuivit par deux militaires. Un soldat muni d’un fusil et un officier, d’un pistolet.

- Pas la peine de fuir, Tsouliakov, nous sommes au courant de tout, gueula le soldat.

- Mais où sont les icônes et les Tchétchènes? enchaîna l’officier.

- Je n’en sais rien, répondit-il tout essoufflé.

- Tu mens! dit le soldat.

- Où les as-tu cachés? brailla l’officier.

Fédor se boucha les oreilles.

Il courait, courait... Il courait comme un fou. Et dans cette folle course, il entendit dans sa tête des cris lointains. Pleins de souffrances. Des lamentations. Des gémissements. Les voix désespérées des déportés et des prisonniers torturés. Le chant lugubre d’une mort prématurée.

Tout à coup, il trébucha et se retrouva le nez dans une flaque.

Quand, il s’apprêta à se relever, les deux individus, qui le pourchassaient, étaient devant lui. Ils pontaient leur arme contre lui.

- Ne bouge pas, ordonna l’officier.

- Où les as-tu cachés? questionna le soldat.

Fédor regarda les deux hommes et il remarqua qu’ils étaient très pâles. Le gradé ressemblait étrangement à son père et l’autre à Nikolaï.

- Qui êtes-vous? leur demanda-t-il, avec inquiétude.

Ils ne répondirent pas. Leurs visages étaient maintenant terriblement tristes.

- Vous me rappelaient de vieilles aquarelles, murmura-il.

Les deux miliciens éclatèrent de rire.

Puis, avec sévérité, l’officier lui dit:

- Si tu persistes à nous cacher la vérité, tu finiras comme les autres.

- Quels autres?

- Tes amis.

- Je n’ai pas d’amis et je n’en ai jamais eu.

- Alors comme tes élèves.

- Qu’ont-ils encore fait de travers?

- Ils t’ont écouté... et ils se sont perdus dans les steppes. Par ta faute. Et la plupart d’entre eux sont morts de soif et d’épuisement.

- Les rescapés t’accusent de leur avoir confisqué leurs icônes préférés et d’avoir protéger des terroristes, expliqua le soldat.

- Ce n’est pas moi qui... qui...

- Qui donc? hurla l’officier.

- Je ne sais pas mais je vous jure que ce n’est pas moi.

Le soldat s’approcha un peu plus de Fédor et se mit à caresser sa poitrine avec le canon de son jouet de malheur. Le vieil homme tremblait de peur.

- Qui donc? répéta l’officier... Ton père, ton fils ou ton petit-fils?

- Mon père est mort depuis très longtemps...

- Ton fils?

- Mon fils est un poète...

- C’est lui? C’est certainement lui...

- Impossible! Nikolaï est incapable de cacher qui et quoi que ce soit. C’est quelqu’un qui ne rêve que de voyages...

- Ton petit-fils, alors?

- Impossible également!

- On peut savoir pourquoi?

- Parce que je le porte encore en moi. Telle une sainte qui refuse de mettre au monde son enfant par crainte qu’il commette un jour les pires atrocités.

A ces mots, le soldat, d’un geste sec, fit basculer son fusil, le posa sur son épaule et déclara à l’ancien professeur, avec beaucoup de dégoût:

- Tu parles pour parler. Comme tous les pions. La merde de mes chiottes vaut mille fois plus que toi.

Outré par les propos de son subalterne, l’officier dirigea alors son pistolet vers lui et balbutia:

- Tu n’es qu’un pauvre paysan. Au moindre discours, même insignifiant, tes convictions en prennent un coup... Tu ne mérites pas de vivre.

Et il tira...

Brusquement, Fédor se réveilla. La fenêtre tapait contre le mur de la chambre et le vent sifflait.

L’orage? On dirait que le temps a changé, pensa-t-il.

Il se leva, ferma la fenêtre et se recoucha...

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08/02/2016

Liberté ou le silence de Dieu

Voici un petit récit, audiovisuel, écrit avec mon deuxième stylo, où l'image vous invite davantage à voyager dans les sphères de votre pensée.

 

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06/02/2016

L'impuissance parfois des mots...

Avec les mots, graphiquement, on peut flatter, blesser, philosopher, mentir, cracher des vérités, raconter des histoires, décrire... jusqu'à un certain point. Au-delà de cette limite, le langage écrit est totalement impuissant, il n'a plus aucun pouvoir descriptif ni narratif... Mais heureusement, il y a l'image, audiovisuelle, qui peut être captée et ensuite donnée à l'autre grâce à la caméra ou au caméscope, dans un premier temps... Ce magique outil que j'appelle souvent mon deuxième stylo ou mon pistolet de secours!

Regardez et vous comprendrez, si vous le souhaitez!

 

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05/02/2016

Soif et brûlures (8, à suivre)

Hank Vogel Soif et brûlures.jpgVers minuit, épuisés par leurs éternelles suppositions, contradictions et justifications, les deux hommes allèrent se coucher. Chacun dans sa turne, chacun dans son univers.

Dans la chambre de Nikolaï, il y avait beaucoup de livres, des romans et des plaquettes de poèmes surtout, et énormément de journaux, entassés par pile, un peu partout. Et trois portraits, des reproductions photographiques, mis sous verre et encadrés, accrochés au mur l’un à côté de l’autre. Lénine à gauche, Dostoïevski à droite et Maria Nikolaïevna, la fille du dernier Tsar de Russie, au centre. Lénine réfléchissait, Dostoïevski se grattait la barbe et Maria souriait.

Dans celle de Fédor, il y avait également beaucoup de bouquins, des traités de philosophie, des ouvrages éducatifs et des dictionnaires mais rien n’émanait du mur. Les parois étaient blanches. Vierges. Pas la moindre trace d’un quelconque tableau cloué dans le passé. Rien. Le vieil instituteur n’admirait personne et ne rêvait que rarement de quelqu’un.

Père et fils dormaient profondément. Chacun dans sa profondeur, chacun dans sa nuit...

07:02 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |