09/02/2016

Soif et brûlures (9, à suivre)

Hank Vogel Soif et brûlures.jpgFédor courait, courait... Il était poursuivit par deux militaires. Un soldat muni d’un fusil et un officier, d’un pistolet.

- Pas la peine de fuir, Tsouliakov, nous sommes au courant de tout, gueula le soldat.

- Mais où sont les icônes et les Tchétchènes? enchaîna l’officier.

- Je n’en sais rien, répondit-il tout essoufflé.

- Tu mens! dit le soldat.

- Où les as-tu cachés? brailla l’officier.

Fédor se boucha les oreilles.

Il courait, courait... Il courait comme un fou. Et dans cette folle course, il entendit dans sa tête des cris lointains. Pleins de souffrances. Des lamentations. Des gémissements. Les voix désespérées des déportés et des prisonniers torturés. Le chant lugubre d’une mort prématurée.

Tout à coup, il trébucha et se retrouva le nez dans une flaque.

Quand, il s’apprêta à se relever, les deux individus, qui le pourchassaient, étaient devant lui. Ils pontaient leur arme contre lui.

- Ne bouge pas, ordonna l’officier.

- Où les as-tu cachés? questionna le soldat.

Fédor regarda les deux hommes et il remarqua qu’ils étaient très pâles. Le gradé ressemblait étrangement à son père et l’autre à Nikolaï.

- Qui êtes-vous? leur demanda-t-il, avec inquiétude.

Ils ne répondirent pas. Leurs visages étaient maintenant terriblement tristes.

- Vous me rappelaient de vieilles aquarelles, murmura-il.

Les deux miliciens éclatèrent de rire.

Puis, avec sévérité, l’officier lui dit:

- Si tu persistes à nous cacher la vérité, tu finiras comme les autres.

- Quels autres?

- Tes amis.

- Je n’ai pas d’amis et je n’en ai jamais eu.

- Alors comme tes élèves.

- Qu’ont-ils encore fait de travers?

- Ils t’ont écouté... et ils se sont perdus dans les steppes. Par ta faute. Et la plupart d’entre eux sont morts de soif et d’épuisement.

- Les rescapés t’accusent de leur avoir confisqué leurs icônes préférés et d’avoir protéger des terroristes, expliqua le soldat.

- Ce n’est pas moi qui... qui...

- Qui donc? hurla l’officier.

- Je ne sais pas mais je vous jure que ce n’est pas moi.

Le soldat s’approcha un peu plus de Fédor et se mit à caresser sa poitrine avec le canon de son jouet de malheur. Le vieil homme tremblait de peur.

- Qui donc? répéta l’officier... Ton père, ton fils ou ton petit-fils?

- Mon père est mort depuis très longtemps...

- Ton fils?

- Mon fils est un poète...

- C’est lui? C’est certainement lui...

- Impossible! Nikolaï est incapable de cacher qui et quoi que ce soit. C’est quelqu’un qui ne rêve que de voyages...

- Ton petit-fils, alors?

- Impossible également!

- On peut savoir pourquoi?

- Parce que je le porte encore en moi. Telle une sainte qui refuse de mettre au monde son enfant par crainte qu’il commette un jour les pires atrocités.

A ces mots, le soldat, d’un geste sec, fit basculer son fusil, le posa sur son épaule et déclara à l’ancien professeur, avec beaucoup de dégoût:

- Tu parles pour parler. Comme tous les pions. La merde de mes chiottes vaut mille fois plus que toi.

Outré par les propos de son subalterne, l’officier dirigea alors son pistolet vers lui et balbutia:

- Tu n’es qu’un pauvre paysan. Au moindre discours, même insignifiant, tes convictions en prennent un coup... Tu ne mérites pas de vivre.

Et il tira...

Brusquement, Fédor se réveilla. La fenêtre tapait contre le mur de la chambre et le vent sifflait.

L’orage? On dirait que le temps a changé, pensa-t-il.

Il se leva, ferma la fenêtre et se recoucha...

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

Commentaires

Bien le bonjour Cher Monsieur Vogel votre texte montre bien la jouissance à faire peur ! jouissance qui a besoin d'exutoire à force d'être vécue ou subie
Souvent je me dis en regardant les TJ ce que je regrette sitôt les commentaires entendus, ces gens là baignant à l'année dans le sordide doivent jouir intérieurement en annonçant ceci ou cela
Observez le visage de certains présentateurs !
La brutalité trop souvent endurée voire regardée devient un moteur essentiel pour nourrir l'intellect surtout pour ceux qui obéissent les yeux fermés à ces conseilleurs du célèbre , faut pas manger ceci ou cela sinon gare ou ne faites pas ceci ou cela tout en omettant qu'eux seuls s'estiment avoir le droit de faire ce qu'ils veulent interdire à d'autres
On vit une époque semblable à la nôtre ou baignant dans les terreurs nocturnes et sévices en tous genres que restait-il aux moins naifs pour se défouler ' la brutalité sur leus camarades de classe
Ce qui aujourd'hui montre bien que rien n'a changé hormis les techniques mais les menaces, chantages, harcèlements dont se plaignent de nombreux enfants ne sont que le reflet de la stupidités des dirigeants
On le sait tous,les enfants imitent le monde des adultes les entourant et au niveau politique on ne peut pas dire que le mot paix soit vraiment d'actualité surtout depuis l'arrivée du Roi Hollande qui lui arrive à en inciter d'autres à l'imiter et ce en Suisse
Qui à obligé les enfants à développer des addictions ? sans doute pas les parents qui souvent ont découvert l'ordinateur en même temps que leurs enfants entrant à l'école
Très bon mardi venteux pour Vous Cher Monsieur

Écrit par : lovejoie | 09/02/2016

Les présentateurs à la télévision, désolé pour eux, me font souvent penser aux concierges des hôtels cinq étoiles. Ils accueillent les soi-disant grands de ce monde, ces individus, crétins ou intelligents, qui ont su attirer l'attention du public par leurs exploits, pas toujours exceptionnels, comme des seigneurs, en se pliant en quatre par crainte de se faire licencier. Aucun jugement personnel n'émane de leur visage. Rien. Ou très rarement. Car au sommet de la pyramide, il y a l'œil d'un dieu conventionnel, très sensible à son image de marque qui les surveille.

Excellent mardi, chère Lovejoie.

Écrit par : Hank Vogel | 09/02/2016

Je vous remercie Cher Monsieur Vogel votre réponse est superbe et pour une fois je n'y ajouterai rien /rire
Très belle soirée pour Vous Cher Monsieur

Écrit par : lovejoie | 09/02/2016

Les commentaires sont fermés.