05/01/2016

Saïouda, la fille du portier (21, fin)

Hank Vogel, Saïouda, la fille du portier.jpgEt, bien entendu, ne sachant pas compter, une bouchée après l’autre, le fromage finit par disparaître... et nous aussi.

Nous courrons chez moi et nous nous cachons dans l’armoire de la chambre de mes parents. Pourfendus par un étrange sentiment, de culpabilité probablement, malgré notre innocence.

Saïouda se serre contre moi et me dit:

- Maintenant qu’on a commis la pire des choses ensemble, j’aimerais te faire un petit cadeau.

- Mais tu es très pauvre...

- Pas besoin d’avoir des piastres pour ça.

- C’est quoi?

- Mon secret qui sera bientôt le tien.

- Eh bien, raconte.

La petite Égyptienne lève alors sa petite robe rouge toute froissée, prend ma main et la fait glisser entre ses cuisses.

- C’est doux comme du velours, je murmure.

Et, bizarrement, je me sens foudroyé cette fois-ci par une sensation encore plus forte que la première.

Puis elle déboutonne mon short et j’entends les battements forts de nos deux cœurs...

Le lendemain, ma mère, en colère, entre dans ma chambre et me demande:

- Qu’est-ce tu as encore fait avec Saïouda?

Je songe aussitôt à la scène dans l’armoire.

- Vous n’avez honte de voler du fromage à des gens dans le besoin?

Ouf! Je suis soulagé. Le secret est intacte.

Trois jours plus tard, plus au moins, le père de Saïouda trouve un meilleur travaille, loin du quartier et la petite Arabe disparaît à jamais de ma vie.

Je découvre l’école, les petites blondes aux yeux bleus, les gentilles et les mauvaises maîtresses, la discipline, l’écriture, la lecture et les devoirs du soir. Fini le temps des tendres découvertes et de la pure liberté.

Le roi est renversé. Les militaires prennent le pouvoir. Les conflits éclatent. Nicola et sa famille partent pour Athènes et Andy et les siens pour l’ Amérique. J’ai de moins en moins de copains. La cité d’Alexandre le Grand se vide petit à petit de sa substance, de sa population originel. Les temps deviennent de plus en plus durs pour tous les Européens. Alors mes parents décident d’émigrer en Australie et de rejoindre ainsi des amis italiens. Finalement, mon père chance d’idée suite à des lettres dénonçant le racisme australien et il choisit la Suisse comme refuge, territoire de nos ancêtres. Quand le bateau s’éloigne du port, des larmes coulent de mes yeux. Je pense à Saïouda, la fille du portier, la première femme de ma vie.

Soixante ans plus tard, en balade dans le désert, non loin d’Hurghada, je croise une gamine aux pieds nus, habillée d’une robe plus ou moins rouge, en train de vendre des fossiles avec une copine. La bédouine me sourit et aussitôt Saïouda surgit de ma mémoire. Et, le temps d’un sanglot, je la sens près de moi, vibrante, pleine d’amour.

L’enfance est la seule richesse, la seule compagne qui nous accompagne jusqu’à la mort. À condition qu’elle ne soit pas trop estropiée au départ et par le temps.

08:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer |  Facebook | | | |

Commentaires

Bien le bonjour Cher Monsieur Vogel certains pharaons éclateraient de rire en voyant tout le mal que certains se donnent pour les imiter afin de laisser leur empreinte du temps de leur règne é la tête de certains gouvernements ,voire communes pourquoi pas /rire
Cependant à l'inverse des pyramides d'Egypte qui elles sont durables ,les pyramides actuelles de la part de ces lions et construites avec des briques faites d'un mélange de stupidités et de mensonges , aucune d'entre elles ne résistera jamais au temps qui passe
Très belle soirée pour Vous Cher Monsieur

Écrit par : lovejoie | 05/01/2016

Un jour, j'ai fait une petite sieste dans un tombeau dans la vallée des Reines, en face de Louxor. En 1965. J'avais 19 ans. Depuis, parfois dans mes rêves, un pharaon me rend parfois visite et me dit:

- Au nom de la science, l'homme ne reste plus rien... il a même osé rompre le silence de la mort en transformant nos tombeaux en lieux de foire.

Mais, en réalité, il vient s'assurer que je ne dorme pas avec son épouse. Car, comme tous les demi-dieux et les humains, il est terriblement jaloux. Même au-delà des ténèbres.

Très belle soirée à vous, chère Lovejoie.

Écrit par : Hank Vogel | 05/01/2016

je vous remercie Cher Monsieur Vogel et vous remercie aussi pour cette délicieuse histoire de Saiouda
De nombreuses armoires en auraient des secrets d'enfants à révéler
Quand à se coucher dans un tombeau comme vous l'avez fait si c'est vrai cela ne m'étonne pas car ceux nés sous le signe des Poissons ont parfois de drôles de comportements
Comme attendre la pleine lune pour traverser tout le village et aller pleurer sur la tombe d'un ancêtre ,le seul qui s'était rendu compte de votre existence
Mais grâce à vos billets on peut voyager hors du temps et c'est vraiment super
Très belle nuit pour Vous Cher Monsieur et surtout pas de folies sinon Pharaon ...rire

Écrit par : lovejoie | 05/01/2016

Les armoires et la naphtaline! Que de souvenirs!

J'ai compris pourquoi, quand je me couche le soir, je m'endors en trois secondes. C'est parce que j'ai terriblement peur des ombres (de) la nuit...

Bonne nuit, chère Lovejoie.

Écrit par : Hank Vogel | 05/01/2016

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