30/09/2015

Le coolboy (9, à suivre)

 Hank Vogel, le coolboy*.jpgJ’enlève la chemise d’hôpital légèrement rose bonbon qu’on m’avait endossée avant mon opération, j’enfile la mienne, bleu ciel et plus civilisée, ma paire de pantalons, mes mocassins et je me rends sans tarder et sans difficulté à la cafétéria. Qui ressemble plus à un cabaret de nuit qu’à une cantine scolaire. Musique cacophonique à fond et un monde fou. Des hommes, des femmes et des transsexuels.  En civil, en blouse blanche ou tenue d’Ève.  Cible-rouge et ses camarades du bureau politique sont en pleine discussion, assis autour d’une table ronde.  J’ai l’impression d’être en enfer ou dans un asile de dingues sans surveillance. Je me sens un peu perdu.

  Mon chirurgien attitré se lève, s’approche de moi et me demande à haute voix:

 - Vous avez trouvé facilement?

 - Très facilement, grâce au bruit, je lui réponds en criant.

 - Venez avec moi au bar, c’est plus tranquille là-bas.

 Je le suis...

 Nous sommes accueillis par un magnifique sourire féminin hors du commun et une voix exquise quasi céleste:

 - Que puis-je vous servir, messieurs, pour étancher vos soifs?

 - Pour moi, pas tout de suite, lui répond Cible-rouge.

 Je m’adresse à lui:

 - Ai-je le droit de boire de l’alcool en ce moment, docteur? Ce n’est pas nuisible pour... ?

 - L’alcoolisme est la pire des calamités. Mais que voulez-vous, la plupart de nos politiciens sont des alcooliques patentés et le peuple leur fait totalement confiance. Des moutons d’un côté et des dépravés de l’autre. Vous n’avez qu’à regarder le journal télévisé de notre région,  les images où figure un farfelu un verre de vin à la main font légion. Malheureusement, on ne transforme pas les prisons avec des messes. Alors rien n’est bon, tout est bon!

 Je m’adresse à la barmaid:

 - Une menthe à l’eau avec des glaçons, s’il vous plaît.

 - C’est bien, je vois que vous êtes quelqu’un de sensé, me dit-il.

 Je souris.

 - N’ai-je pas raison?

 - Je suis obéissant par la force des choses,  comme la plupart des patients.

 - Eh bien, vous avez tort. Car il y a autant de mauvais malades que de mauvais médecins...

  Mais à cet instant, en posant ma commande sur le comptoir, la barmaid constate que j’ai de belles mains et me dit:

 - Vos paluches sont extras... Les doigts sont longs et fins comme ceux d’un pianiste ou d’un gynéco que l’on souhaiterait avoir.

 Cible-rouge éclate de rire.

 - Pourquoi, vous êtes jaloux? lui demande-t-elle d’un ton sec.

 - Pas du tout, au contraire, répond-t-il un peu embarrassé.

 - Alors?

 - Je pensais au gynécologue en train assister à son propre accouchement.

 - Je ne comprends rien à vos salades.

 - Cela ne m’étonne pas. Mais quelqu’un de subtil aurait immédiatement fait le rapprochement.

 - Je ne comprends toujours pas.

 - Pourtant, c’est clair comme bonjour...
 
 J’interviens:

 - S’il vous plaît, professeur, n'insistez pas, vous allez finir par me mettre mal à l’aise.

 - Pourtant demain, c’est le grand jour face à la presse internationale. 
 
 La barmaid me dévisage puis m’avoue sans le moindre brin d'enthousiasme:

 - Comment aurais-je pu? Vous êtes si peu  reconnaissable dans la réalité. Sur la photo, avec la barbe, le chapeau et le pistolet, le goût viril de l’aventure et le désir de justice émanent de vous. Mais là, rien de tout ça. Dommage!

 Et elle s’éloigne...

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29/09/2015

Le coolboy (8, à suivre)

 Hank Vogel, le coolboy*.jpgPetite parenthèse! J’espère n’avoir rien oublié. Aucun détaille important. Si au contraire, c’était le cas et que, de ce fait, je vous ai forcés à surutiliser vos méninges, je vous prierez de m’en excuser et ne pas trop m’en vouloir. Car je ne suis pas entièrement responsable de ce qui m’arrive. Comme me l’a craché à la figure, un soir de désespoir, mon ami Dédé, un copain d’enfance, membre d’une secte proche du protestantisme, qui adorait à outrance Jésus et refusait de croire que ce dernier avait une mère qui s’appelait Marie, je le crachote tel quel à mon tour, sur le papier ou la toile bien entendu:

 - À cause de toi, en participant à tes bagarres surréalistes contre des ennemis invisibles, je suis tombé d’un arbre et j’ai perdu une couille. Et maintenant, j’ai l’impression d’oublier la moitié des choses...  Tu crois que c’est grave?

 - Ce n’est pas plus grave que d’en avoir une de trop, je lui ai répondu. Le pire c’est de perdre la paire.  Car dans cet état, il ne te reste plus qu’à finir allégrement tes jours dans un harem en Arabie Saoudite. Parmi les êtres les plus obsédés et cruels de la planète.  

  Mais il avait peut-être raison de douter. Car trente ans plus tard, je l’ai rencontré dans un bordel. Il avait oublié, à moitié selon lui et totalement selon moi, qu’il était marié à une partisane de son église.

 Fin de la parenthèse.

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28/09/2015

Le coolboy (7, à suivre)

 Hank Vogel, le coolboy*.jpgLe lendemain, colloque obligatoire pour les douze membres du bureau politique. Tous des aventuriers dans le domaine des sciences biologiques, médicales et paramédicales. Tous, également, des opposants farouches au régime actuel dont le ministre de la santé se contente d’afficher sa collection de cravates au détriment des projets novateurs et encourageants pour le peuple proposés par l’élite des bonnes causes. Tous, c’est-à-dire: Cible-rouge, Quatre-sous, Numéro-deux, Numéro-trois et ainsi de suite jusqu’au Dernier. Pas de femme. Pas de gay. Pour éviter toute influence féminine, inattendue ou nostalgique. Bien que les attitudes de Dernier me semblent très peu catholiques...

 - Ouvrez la bouche et tirez la langue! m’ordonne gentiment Cible-rouge.

 - Vous n’allez pas me l’arracher par là maintenant? je lui demande d’un air pas sérieux.

 Tout le monde se met à rire.

 - Ouvrez la bouche et tirez la langue, répète-t-il.

 J’obéis.

 - C’est bon, tout fonctionne normalement, me dit-il après m’avoir examiné rapidement comme un oto-rhino-laryngologiste pressé.

 Puis il se tourne vers ses collègues et leur explique: 

 - L’ovule de sa petite amie, fécondé in vitro par l’un de ses spermatozoïdes, a l’air de s'acclimater fort bien dans sa testicule. Car c’est un endroit idéal, tempéré où il fait bon vivre.

 Il réfléchit un instant puis il mâchonne:

 - Il testicolo è la vagina di domani.

 Quatre-sous ramène sa fraise:

 - Ce qui veut dire, cher professeur?

 Sans hésitation, je traduis:

 - La testicule, c’est le vagin de demain.

  Aussitôt, le grand patron se retourne vers moi et furieux, me balance un paire de gifles.

 Je bondis de mon lit et lui crie aux oreilles:

 - Couillon ne rime pas avec couille.

 Numéro-deux intervient:

 - Messieurs, soyez raisonnables... La violence ne mène nulle part... Nous vivons dans  un pays civilisé.

 Cible-rouge se met à ricaner.

 Je tombe des nus. Les autres aussi.

 - C’était un test et vous n’y avaient vu que du feu, mes pauvres collaborateurs, dit-il.

 Il s’adresse à moi:

 - Toutes mes excuses mais c’était nécessaire.

 Il tâte mon cou. Puis il me demande:

 - Avez-vous senti une ou deux boules?

 - Que de la colère, je réponds.

 Il se frotte les mains et déclare avec fierté:

 - Camarades! L’opération a réussi et la gestation est en bonne voie. Tous à la cafétéria pour fêter cela!... 

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27/09/2015

Le coolboy (6, à suivre)

 Hank Vogel, le coolboy*.jpgJe me gratte le nez. Puis j’explique:

 - Le chef de cette opération cherchait un homme, tolérant, aux idées larges, très larges, qui aimait sa femme ou sa compagne et qui était prêt à se sacrifier pour elle. Soit pour une question de survie de l’espèce, soit pour une question de préservation de la dite chose. Vous saisissez la nuance?

 - Non mais continuez.

 - En d’autres termes, ma copine crève d’envie d’avoir un enfant de moi mais préfère préserver son mignon petit ventre de strip-teaseuse...

 - Mais pourquoi pas un couple d’homos ou de lesbiennes?

 - D’après mes amis scientifiques, l’homosexualité en général est un manque de tolérance vis-à-vis du sexe opposé.

 - Et vous, que pensez-vous de cette déclaration?

 - C’est une thèse comme une autre.

 - C’est très suisse ça...

 Subitement, je remarque une minuscule tache verte et rouge au plafond.

 - Qu’y a-t-il? J’ai offensé le Seigneur? s’inquiète Amir ben Ali.

 - Surtout ne relevez pas la tête, je lui recommande. Faites comme si de rien n’était. Le diable devient très méchant lorsqu’on le démasque. Et les helvètes en raffole.

 - Je ne vous suis plus, dit-il.

 - On nous écoute, je chuchote. Nos chers compatriotes se comportent souvent, voire trop souvent, comme des espions...

 - Et comme des mouchards, ajoute-t-il à voix basse.

 Et la conversation se poursuit en sourdine:

 - Dans ce pays, on n’aime beaucoup les émigrés naturalisés.

 - J’en sais quelque chose.

 - Alors, un bon conseil en tant qu’ami,  si vous voulez garder votre passeport rouge à croix blanche, me vous mêlez jamais de politique. Ou, si par malchance vous avez attrapé le virus,  tâchez de satisfaire plus la droite que la gauche.

 - Les faux-culs et les salauds se baladent partout là où il y a de la hargne et n’hésitent pas à passer d’un camp à l’autre.

 - Je suis d'accord avec vous. Mais font-ils carrière pour autant?

 - Mystère et boule de gomme.

 - C’est bon? Avez-vous de quoi pondre un papier?

 - Assez pour un scoop...

 Je siffle trois longs coups et, dix secondes plus tard, Quatre-sous arrive au galop, fier comme un flic défroqué, tenant dans ses mains forcément un bandeau noir et une paire de menottes...

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26/09/2015

Le coolboy (5, à suivre)

 Hank Vogel, le coolboy*.jpgLe journaliste jette un coup œil autour de lui, son regard s’arrête sur l'unique fenêtre de la pièce, se lève, s’approche d’elle et caresse le mur.

 - Difficile de s’évader par là, dis-je avec un sourire au bout des lèvres.

 - En effet... Parfait trompe-l’œil.

 Il se rassied et me demande:

 - Pourquoi ont-ils fait ça? Le faux coûte souvent plus cher que le vrai.

 - A vous de deviner, je lui réponds. C’est peut-être une question d’épaisseur de mur...

 - Sommes-nous dans un château?

 - Je n’ai pas le droit de vous en dire plus... Tout ce qu’il m’est permis de vous dévoiler, c’est qu’ils ont fait peindre ça parce qu’ils avaient l'intention de loger ici des réfugiés afghans, irakiens ou ou syriens.

 - Ils qui?

 - Ils ou elles.

 - C’est-à-dire?

 - Les autorités, ceux qui nous gouvernent...

 - Mais pourquoi?

 - Pour éviter les crises de claustrophobie.

 - Nous sommes dans un abri alors, n’est-ce pas?

 - Je vous le répète: à vous de deviner... Pour un journaliste, la conclusion est vite faite, non?

 - La vérité doit sortir de la bouche de l'interviewé et non pas de la tête de l’intervieweur.

 - Bonne réponse mais je n’irai pas plus loin.

 Un petit moment de silence. Puis il poursuit son interrogatoire journalistique:

 - Et vous, pourquoi vous a-t-on flanqué  dans ce lugubre endroit?

 - ...

 - Je ne vous reconnais plus.

 - Comment pouvez-vous me reconnaître sans me connaître?

 - À d’autres?

 - Je ne suis pas celui auquel vous pensez.

 - Pourtant sur l’affiche...

 - C’est moi et non lui... quand j’étais cow-boy dans un film à Almería, en Espagne.

 - Mais lui aussi a été cow-boy dans un film...

 - En Espagne?
 
 - En Espagne et au Maroc.

 - Bizarre!

 Amir ben Ali se refrotte les poignets.

 - Heureusement que les Suisses diffèrent des autres peuples, je lance.

 - Vous êtes lui! crie-t-il aussitôt. Les auteurs se font toujours trahir par leurs propos surtout quand ils déclarent le contraire de ce qu’ils pensent...

 - Si cela vous arrange pour démolir mon sosie, comme vous en avez l’habitude, alors j'accepte de participer à ce jeu.

 - Je veux que la vérité sorte de votre bouche...

 - Et non de votre tête, j’ai compris la leçon.

 - Alors?

 - Je suis lui mais lui n’est pas moi.

 - Je ne retiens que la moitié de la phrase.

 - C’était à prévoir... C’est une tradition chez vous, les journalistes... ou je me trompe?

 - À moitié. Comme dans tous les métiers, il y a les bons et les médiocres.

 - Et vous, dans quelle catégorie vous vous situez?

 - Au centre.

 - C’est-à-dire nulle part.

 - Plus je vous écoute, plus j’ai la certitude que c’est vous...

 - Bon, bref! vous n’avez pas des questions plus intelligentes pour le public? Autres que vous, lui, toi, moi...

 - Minute, minute papillon! Chaque chose en son temps... Pourquoi vous a-t-on choisi vous et non pas un homosexuel? Car parmi ces gens-là, il y en a beaucoup qui rêvent de devenir  maman.

 Je me gratte le nez. Puis j’explique:...

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25/09/2015

Le coolboy (4, à suivre)

 Hank Vogel, le coolboy*.jpgJe suis toujours au lit. Médecine oblige! Je suis en train de lire un livre de mon sosie adoré avec qui je suis en parfait accord. Aussi bien politiquement que religieusement. Car il n’adhère à aucun parti et s'interroge sans cesse sur l’existence des anges et des démons.

 Concentré dans une histoire à dormir debout, tout à coup, un homme, les yeux bandés et menotté, entre dans ma chambre en titubant suivi de l’assistant.

 - Spot! On ne bouge plus! ordonne Quatre-sous... Et il lui enlève le bandage.

 - C’est encore vous? crie l’inconnu en me voyant.

 - Vous qui? je demande tout étonné.

 - Vous, l’écrivain suisse qui n’arrête pas de salir la Suisse...

 - Nous nous ressemblons comme deux gouttes d’eau... Et vous, qui êtes vous?

 - Amir ben Ali, journaliste à la Tribune helvétique.

 - Que voulez-vous?

 - Vous interviewer.

 - Concernant quoi?

 - Votre portrait est collé contre tous les murs de la ville...

 - Ce qui veut dire qu’on a lancé la campagne... Quatre-sous, allez chercher une chaise pour monsieur et enlevez-lui les menottes!

 - Tout de suite pour la chaise, me répond-t-il. Mais pour le reste, ça sera un peu long. Et il disparaît.

 - C’est quoi pour un gazou votre domestique? me demande le journaliste.

 - Je vois que l’intégration a encore du chemin à faire, dis-je en souriant.

 - Vous dites ça parce que suis menotté... n’est-ce pas?

 - Vous avez tout compris.

  L’assistant, tout affolé, réapparaît avec une chaise, la pose en la faisant presque tomber et nous avoue en fouillant toutes ses poches:

 - Je me suis fait engueuler par le chef. Je croyais que c’était lui qu’il l’ avait... Ah! La voici cette sacrée clé! Et il ôte les menottes...

 Le journaliste se frotte les poignets.

 - Il faut prendre ça pour une expérience, je tempère.

 - J’ai subi pire que ça, murmure-il.

 - Asseyez et faites votre travail d’enquêteur, dis-je. Quant à vous, Quatre-sous, vous pouvez disposer. Je vous sifflerez quand nous aurons fini.

 L’assistant s’éclipse...

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24/09/2015

Le coolboy (3, à suivre)

 Hank Vogel, le coolboy*.jpgAvant de dévorer ma cuisse et ma poitrine de poulet, cuisiné hier à la vapeur  par Vanina malgré elle car elle a horreur de la chair animale rouge, rose ou blanche, vu qu’elle est végétarienne comme je vous l’ai déjà signalé,  et avalé ma portion de riz thaï  à moitié sec... je tiens à vous parler un peu des personnes qui ont pris part à mon opération ou, pour être plus précis, à cette petite intervention chirurgicale qui va changer le cours de l’histoire.

 Pour des raisons de sécurité, aucun prénom  ou nom de famille ne sera dévoilé. Le cas échéant,  je n’utiliserai donc que des  pseudonymes, des marqueurs psychophysiologiques selon moi. C’est-à-dire: des mots qui définissent ou qui ironisent à la fois l’extérieur et l’intérieur d’un individu. Exemple: belle-mère.

 Cible-rouge est le chef de cette épique de scientifiques dont seul l’avenir nous dira s’ils seront un jour tous nobélisés. Si possible avant leurs morts.  Ce brillant chirurgien napolitain a permis à de nombreux torturés   africains de survivre à leurs blessures.  Son parcours est classique et digne des romans à l’eau de rose: fils d’un marchand de fruits et légumes dans un village campanais, il rencontre une jeune, belle et riche américaine à Pompéi lors d’une balade d’étudiants, il en tombe terriblement amoureux et malgré les oppositions des parents des deux bords, l’amour finit par triompher... Il poursuivra donc ses études à Boston et deviendra chef de clinique dans un hôpital à Ouagadougou.

 Mais pourquoi Cible-rouge? Parce que ce communiste dans l’âme se met souvent en colère et il est la cible préférée de nombreux intellectuels jaloux et idiots de son entourage. 

 Quatre-sous, c’est son assistant et c’est l’assistant parfait. Comme un chien, il suit son maître partout et ne cesse de se met en quatre afin que ce dernier soit toujours le premier. Et il accepte de travailler pour un trois fois rien.

 Mais poursuivons plutôt mon histoire. Car  l’étiquette n’est la plupart du temps que la face visible de l’iceberg. Et j’adore plonger dans les eaux glaciales de la psyché humaine...

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23/09/2015

Le coolboy (2, à suivre)

 Hank Vogel, le coolboy*.jpgJe suis au lit. Je viens de subir une petite intervention chirurgicale. Ma compagne, une strip-teaseuse allemande, bisexuelle et végétarienne, que j’ai rencontrée dans un bar à Bangkok et qui refuse catégoriquement  qu’on l’appelle autrement que par son nom de scène, c’est-à-dire Vanina Vanita, ou exceptionnellement l’inverse, entre gaiement dans la chambre, en sifflotant, avec un plat de riz et de poulet froid dans les mains, le dépose sur une vielle table de chevet métallique qui se trouve à ma gauche, et me dit:

 - Alors mon gros chou-fleur, ça n’a pas été trop douloureux?

 - Je n’ai rien senti, je réponds.

 - Je peux? me demande-t-elle en pinçant la couverture.

 - Si ça t’amuse.

 Elle lève le drap, découvre avec stupéfaction l’œuvre des chercheurs et aussitôt le laisse tomber en murmurant avec dégoût:

 - Quelle horreur!

 Puis, en me regardant droit dans les yeux,  elle me déclare:

 - Ton engin m’a toujours fait peur mais aujourd’hui, c’est encore pire... Qu’ont-ils fait de l’autre pouette pouette?

 - Pouette pouette?

 - Ta deuxième testicule pour parler scientifique. Ils l’ont coupée ou quoi?

 - Au contraire.

 - Au contraire ça ne veut rien dire...

 - Pardon, je me suis mal exprimé. Il me l’on mise à l’abri.

 - C’est-dire? Coupée ou pas coupée?

 - Il me l’on tirée à l’intérieur de mon corps.

  Vanina semble rassurée. Puis:

 - Donc, après la naissance de notre petit, ton  engin sera moins monstrueux... n’est-ce pas?

 - Si Dieu le veut!

 Elle l’est un peu moins... Subitement:

 - C’est qui qui a collé une affiche de toi dans le couloir?

 Je me gratte la tête.

 - C’est qui qui a collé une affiche de toi dans le couloir? répète-t-elle.

 - Ce n’est pas une affiche de toi mais une affiche avec moi, je lui explique. C’est pour la propagande... Elle est parfaite pour lancer la campagne...

 - Quelle campagne?

 - Celle de nos amis les scientifiques... La campagne de l’homme nouveau...

 - En cow-boy?

 - Tu as mal lu, c’est écrit coolboy...

 - Et ça veut dire?

 - Coolboy, un homme fort comme un cow-boy mais qui est cool.

 - S’ils étaient sincères avec eux-mêmes,  ils auraient mis couilleboy...

 - Ils y ont pensé mais la censure a refusé.

 - Ça m’étonne pas... Bon! Il faut que je te quitte pour mon spectacle...

 - Fais tout de même attention en sortant...

 - Discrétion assurée, juré!

 Nous nous nous embrasons du bout des lèvres et elle s’en va...

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22/09/2015

Le coolboy (1, à suivre)

 Dieu créa l’homme, l’homme le recréa. Mais c’est un blasphème! diraient les esprits ultraconservateurs, généralement munis d’un longue barbe noire, rousse mais jamais blanche. Ces individus peu fréquentables caressent plus souvent leur kalachnikov que leur livre sacré. C’est pour ces raisons là que je loge actuellement dans un bunker de l’armée suisse, désaffecté ou pas: difficile à dire, un endroit tenu secret qui ne fut jamais révélé ni aux Américains ni aux Russes. Seul quelques initiés savent exactement où je séjourne avec ma compagne et le futur premier homo novus des temps à venir. Ces initiés ne sont rien d’autre que de remarquables chercheurs scientifiques qui ont décidé une fois pour toutes de prouver aux féministes et aux pouvoirs infestés de politiciennes prétentieuses que n’importe qui peut accoucher. Mâle comme femelle. Tout le monde a droit à l’accouchement, déclarent-ils sans vergogne dans les cercles avant-gardistes clandestins, au même titre que l’avortement ou le mariage...

Hank Vogel, le coolboy.jpg

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Les nouvelles vacances (15, fin)

 Une fois les voisins partis, l’homme ressort le projecteur du buffet et s’apprête l'installer...

 La femme
 - Tu ne vas pas recommencer?

 L’homme
 - Notre voisin a eu la gentillesse et la délicatesse de nous révéler les secrets de sa méthode, alors mettons-la en pratique. Car j’ai la certitude qu’elle est identique à la mienne. Totalement identique.

 La femme
 - Es-tu certain?

 L’homme
 - Il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Deux personnes peuvent être les auteurs de la même invention... au même moment, au même endroit ou au même moment et au même endroit. Question de longueur d’onde disent les métaphysiciens. Question d’espionnage industriel disent les banquiers suisses qui financent à coût de milliards l’industrie chimique, biochimique, antichimique et antibiochimique. L’invention est souvent le fruit du pur hasard. Et l’inventeur n’a que rarement un bon fruit à se mettre sous la dent, si tu permets cette expression. Des deux auteurs de la même invention, la plupart du temps, c’est le plus inventif qui est le plus vite écarté ou oublié. Car, contrairement à celui de l’humain, le comportement de l’inventeur est aussi bizarre que le moins bizarre des comportements humains. Un philosophe t’expliquerait cela avec plus de clarté, une clarté dont je ne suis pas digne...      

 La femme
 - Tout compte fait, notre voisin est une grande gueule et rien de plus...

 L’homme
 - Un inventeur qui a vingt ans de retard sur  mes recherches et qui a une grande gueule...

 La femme
 - Ce qui lui a permis tout de même de déposer le premier ta ou la méthode.

 L’homme
 - Peut-être. Mais n’oublie pas qu’il a vingt ans de retard. Ce qui veut dire que j’ai une vingtaine d’années d’avance sur lui. Et... et... et...

 La femme
 - Et?

 L’homme
 - J’ai une autre méthode.

 La femme
 - Une méthode excellente?

 L’homme
 - La plus excellente des méthodes.

 La femme
 - Vraiment?

 L’homme
 - Vraiment.

 La femme
 - Et qu’est-ce que c’est cette nouvelle...

 L’homme
 - Cela fait dix ans que j’y pense.

 La femme
 - Ça sera la nôtre?

 L’homme
 - La tienne d’abord, la mienne ensuite.

 La femme
 - Pourquoi tu dis ça?

 L’homme
 - Parce qu’inconsciemment cette idée vient de toi.

 La femme
 - C’est une idée ou un méthode?

 L’homme
 - C’est blanc bonnet, bonnet blanc.

 La femme
 - Je t’écoute.

 L’homme
 - C’est très simple. Sans perde une seconde, nous allons mettre dans une valise le minimum de vêtements et dans nos poches le maximum d’argent, foutre le camp d’ici sans le moindre remord et sauter dans le premier véhicule disponible en criant vive l’aventure! Qu’est-ce que l’on risque? Au pire, nous passerons des vacances comme tout le monde. Qu’en penses-tu?  

 La femme
 - Je crois que tu as trouvé la meilleure des méthodes.

 L’homme
 - On y va?

 La femme
 - On y va!

 Et ils s’éclipsent.

Les nouvelles vacances*.jpg

Editions Le Stylophile / Lulu

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21/09/2015

Les nouvelles vacances (14, à suivre)

Les nouvelles vacances.jpg Le voisin
 - Avez-vous dans votre grenier un de ces vieux projecteurs ou une lanterne qu’utilisaient nos grands-parents pour projeter leurs photographies sous forme de diapositives?

 La femme
 - Nous en possédons une...

 L’homme
 - Dans le buffet.

 La voisine
 - Elle fonctionne?

 L’homme
 - À la perfection.

 Le voisin
 - Très bien... Possédez-vous également un enregistreur à disque, à bande ou à cassette?

 L’homme
 - Un enregistreur à bande.

 Le voisin
 - Il fonctionne?

 L’homme
 - À la perfection.

 Le voisin
 - Très bien, très bien... Avez-vous d’anciennes diapositives?

 L’homme
 - J’en ai de nouvelles...

 Le voisin
 - Tiens! Comment est-ce possible? Ce procédé a été supprimé.
 
 L’homme
 - Il est toujours d’actualité.

 Le voisin
 - Vous m’apprenez là quelque chose.

 L’homme
 - Mais je détiens aussi un collection de vieilles...

 Le voisin
 - Vous êtes sauvés! Car les teintes des anciennes diapositives reflètent davantage la réalité que les couleurs des photos actuelles, tirées sur une sorte de papier fabriqué à partir de nos sales torchons et nos serviettes trouées... Maintenant,  avez-vous un mur blanc ou beige? Oui, j’en vois un. Eh bien, une fois tous ces éléments, instruments réunis, vous n’avez qu’à les faire fonctionner et vous dire que vous êtes en vacances dans un univers autre que celui de tous les jours. Vous verrez, c’est très agréable. Fini les tracas pour trouver un bon hôtel, un motel, un camping, un restaurant ou une plage vide pour se bronzer tout nu. Finis les soucis d’argent et de circulation. Fini les parasols servant de parapluies et les parapluies de parasols. Finis les coups de soleil et les maux de dos dus aux matelas trop étroits, trop minces ou trop creux. Fini les baignoires sans douche et les douches sans eau chaude, tiède, froide ou sans eau du tout. Fini les armoires pleines de puces, de serpents, de boules de naphtaline ou de sachets de lavande. Fini les journaux aux textes incompréhensibles, les radios aux discours amphigouriques et les téléviseurs aux trop nombreux et douteux boutons... Ma méthode est accessible à tous et à toutes. Pauvres, riches, honnêtes, malhonnêtes, nostalgiques, cafardeux, paresseux, excités, vieux, jeunes... Elle est rapide et réalisable à n’importe quel moment,  n’importe quelle heure,  n’importe quel quart d’heure,  sous n’importe quel toit, n’importe quel ciel, n’importe quel temps... pluvieux, orageux, ensoleillé... Et sous n’importe quel régime... de gauche,  de droite, du centre, d’extrême...

 La femme
 - J’ai déjà entendu cette homélie quelque part.

 Le voisin
 - Ça m’étonnerait, elle sort pour la première fois de ma bouche.

 L’homme
 - De votre bouche peut-être mais elle a pu sortir d’une autre bouche avant la vôtre.

 Le voisin
 - C’est peu probable.

 L’homme
 - Et que faites-vous de la loi ou de la théorie des probabilités?

 Le voisin
 - Je n’y crois plus depuis que je suis au chômage.

 L’homme
 - Vous aussi?

 Le voisin
 - Ah, parce que vous aussi?

 L’homme
 - Moi aussi.

 La femme
 - Vous faites le même métier que mon mari?

 Le voisin
 - Oui, madame... et avec joie et plaisir.

 La voisine
 - Depuis que mon mari a changé d’emploi, j’ai l’impression d’avoir un autre homme à la maison.

 La femme
 - Meilleur ou pire?
 
 La voisine
 - Meilleur bien entendu.

 La femme
 - Cela me rassure... Mon mari aussi est un autre homme depuis qu’il changé d’emploi. Il est beaucoup plus souvent à la maison... N’est-ce pas mon chérie?

 L’homme
 - Hélas!

 La voisine
 - Ils disent tous ça...

 Le voisin
 - Au fait, où en étais-je avec ma méthode?

 L’homme
 - Au point final.

 Le voisin (en se levant)
 - Dans ce cas, il ne me reste qu’à vous souhaiter bonne chance...

 On s’embrasse, on se dit au revoir et on se sépare...

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20/09/2015

Les nouvelles vacances (13, à suivre)

 Les voisins, un couple de même âge, entrent.

 L’homme
 - Quelle bonne surprise!

 Le voisin (il remarque les coupes)
 - On vous dérange?

 La femme
 - Au contraire, nous ne pouvions mieux espérer...

 L’homme
 - Vous tombez bien, nous venons d’ouvrir une bouteille de champagne...

 Le voisin
 - Vous fêtez un anniversaire?

 La femme
 - Nos vacances.

 Le voisin
 - Vous aussi?

 La voisine
 - Nous les avons fêtées ce matin...

 Le voisin
 - Si nous savions que vous n’étiez pas encore partis, nous vous aurions invités...

 La voisine
 - Au fait, quand partez- vous... en vacances?

 La femme
 - Tout à l’heure... N’est-ce pas, chéri, que nous partons tout à l’heure?

 L’homme
 - Oui, bien sûr.

 Le voisin
 - Dans ce cas, vous avez encore quelques bagages à préparer...

 La femme
 - Mais pas du tout! Nous ne prenons rien avec nous, nous achetons tout sur place. C’est plus pratique. N’est-ce pas, chéri, que nous achetons tout sur place?

 L’homme
 - Oui, bien sûr.

 La femme
 - Mais allons nous asseoir... Chéri, va chercher deux autres coupes pour nos amis,  s’il te plaît.

 L’homme s'exécute. On s'installe...

 L’homme (en remplissant les coupes)
 - Dieu créa l’homme et l’homme la coupe. L’un par ivresse, l’autre pour s'enivrer.

 Tous les quatre (en levant leur coupe)
 - À nos vacances!

 Ils boivent...

 Le voisin (une fois le verre vide)
 - C’était délicieux.

 L’homme
 - Encore un verre?

 Le voisin
 - Non, merci, ça va très bien comme ça. Je préfère garder la tête froide pour vous dire ce que j’ai à vous dire.

 La femme
 - C’est grave?

 Le voisin
 - C’est génial.

 L’homme
 - Ah bon?

 La voisine
 - Mon mari est un génie.

 Le voisin
 - Je t’en prie, chérie... Oui, ce que j’ai trouvé risque de bouleverser toute notre façon de vivre...

 La femme
 - À ce point?

 Le voisin
 - Oui, madame.

 L’homme
 - Ça m’intéresse...

 La voisine
 - Écoutons-le sans l’interrompre.

 Le voisin
 - Merci, chérie... Voilà... Si le vent du nord  venait du sud et les olives poussaient dans nos jardins, il n’y aurait pas de problèmes. Malheureusement, ce n’est pas le cas et c’est regrettable pour les adorateurs du soleil et des plages de sable... chaudes comme de gigantesques fours allumés. Mais heureusement de nos jours tout le monde peut voyager sauf celui qui ne le peut pas. Mais... mais celui qui ne le peut pas  ou n’a pas les moyens suffisants pour prendre un avion, un bateau ou un cheval afin de se rendre à des milliers de kilomètres de chez lui, vers des lieux paradisiaques... grâce à ma méthode, extrêmement peu coûteuse, pratique et rapide, le peut maintenant. En résumé: il peut plonger en pleines vacances sans devoir faire le moindre effort. Cette méthode m’est venue à l’esprit  lors d’une conférence donnée par un professeur en archéologie qui enseigne les mathématiques antiques à l’université d’Utrecht. Sa théorie sur la sinusoïde du comportement humain m’a percé le cœur telle une flèche lancée par la déesse de l’amour de nos ancêtres les Vikings et les Germains dont j’ai oublié le nom. Ce savant a déclaré: le comportement humain se traduit graphiquement par une sinusoïde aussi régulière que la plus parfaite des sinusoïdes. Le passé et le futur reviennent toujours au point zéro. Au début, je n’ai rien compris. Mais une fois le choc passé, tout  était aussi transparent que le verre de mes lunettes. Et tout d’un coup, aussi violent qu’un éclair, une méthode, ma méthode m’est venue à l’esprit... Et sans perdre une seconde, j’ai filé la déposer à l’office des inventions nouvelles et anciennes. Ainsi, pour la première fois dans l’histoire de notre pays, je vais permettre aux autres, gracieusement à vous parce que vous êtes nos amis et voisins et que c’est la première fois, de jouir de ma méthode. Le désirez-vous ou préférez-vous partir en vacances sans bagages et devoir tout acheter sur place?

 La femme
 - J’adore la nouveauté.

 L’homme
 - Moi, tout ce qui est original.

 Le voisin
 - Eh bien, tous les deux vous en serez comblés.

 La femme femme
 - Que doit-on faire?...

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19/09/2015

Les nouvelles vacances (12, à suivre)

 Les nouvelles vacances.jpgL’homme
 - Quelle heure est-il?

 La femme
 - Trop tôt pour nous coucher.
 
 L’homme
 - Tu veux vraiment du champagne? Je trouve que ça ne va pas avec nos vacances?

 La femme
 - Et qu’est-ce qui va avec nos vacances? Le whisky? La bière?

 L’homme
 - Je goûterais volontiers un alcool d’ici.

 La femme
 - D’ici ici?

 L’homme
 - Non, d’ici là-bas.

 La femme
 - Et là-bas, c’est où?

 L’homme
 - En somme, tu regardes mes diapositives sans jamais te demander où je les ai prises...

 La femme
 - Pour moi les vacances, c’est me laisser vivre et non pas me préoccuper de la qualité et de l’origine de ces images que tu me projettes avec cet engin vieux de mille ans. Tu aurais mieux fait d’acheter un vidéoprojecteur. Tu es en retard de cent ans, mon cher époux!

 L’homme
 - Au contraire, je suis en avance de plusieurs siècles. Une image figée grandeur nature permet à l’imagination de s’amplifier.

 La femme
 - Ça se dit?

 L’homme
 - Quoi donc?

 La femme
 - Permet à l’imagination de s’amplifier.

 L’homme
 - Tu en a compris le sens?

 La femme
 - Oui.

 L’homme
 - C’est l’essentiel... Si j’ai bien compris, tu renies maintenant ma méthode...

 La femme
 - Ta méthode! Ma méthode! Notre méthode! Votre méthode...

 L’homme
 - Est-ce que tu la renies ou quoi?

 La femme
 - Je renie tout, je me moque de tout, je me fous de tout, je me contrefous de tout, j’en ai marre de passer des vacances comme celles-ci... à l’abri du vent, de la pluie et des imprévus.

 L’homme
 - Et le contrôleur du gaz, ce n’était pas un imprévu? Et la panne d'électricité?

 La femme
 - Va chercher le champagne! L’alcool est parfois un remède contre le mal de vivre.

 L’homme
 - Sans la moindre hésitation!

 Il  s’éclipse et revient avec une bouteille de champagne et deux coupes... 

 L’homme (en faisant sauter le bouchon)
 - Que Dieu bénisse notre famille!

 La femme
 - Quelle famille?

 L’homme (en remplissant les coupes)
 - Toi... moi... nous deux aujourd’hui et nous deux demain.

 La femme
 - Un couple qui n’a pas d’enfant, ce n’est pas une famille... même s’il possède un chien, un chat, un lapin ou un perroquet.

 L’homme
 - La stérilité est une maladie de ce siècle.

 La femme
 -  Il faudrait que tu lises ton horoscope avec plus d’attention.

 L’homme (il lui tend une coupe)
 - Ceci est ton dernier remède.
 
 La femme (elle la lui arrache presque de la main) 
 - Pardon, moi je suis en ordre et en règle avec ma conscience.

 L’homme (il lève sa coupe)
 - À ta santé, ma vieille!

 La femme
 - À ta santé, ma vieille? Qu’est ce que ces paroles veulent bien cacher?

 L’homme
 - Buvons, buvons! Et laissons derrière nous le crépuscule de nos éternelles questions se perdre à l’horizon de notre inconscient!

 Ils trinquent. Soudainement un coup de sonnette...

 La femme (elle se lève d’un bond)
 - Cette fois-ci, j'ouvre!

 L’homme
 - Et si c’est le contrôleur du gaz, nous auront l’air de quoi?

 La femme
 - D’un couple qui est revenu de vacances tout simplement.

 L’homme
 - Attends au moins que j’enlève la lanterne.

 Il range rapidement tout le matériel dans le buffet. Puis elle ouvre la porte...  

 La femme
 - Quelle belle surprise! Mais entrez, entrez seulement!...

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18/09/2015

Les nouvelles vacances (11, à suivre)

 Les nouvelles vacances.jpgBrusquement, un orage éclate et la lumière s’éteint.

 L’homme
 - Zut! Encore la foudre qui est tombée sur la centrale nucléaire! C’est la troisième fois cette semaine.

 La femme
 - Allume les bougies!

 L’homme
 - Où sont-elles?

 La femme
 - À la cuisine. Dans l’armoire où je range les rouleaux de papier pour les toilettes, l’alcool à brûler et le dentifrice.

 L’homme
 - On ne voit rien dans le noir. C’est de quel côté la cuisine?

 La femme
 - En face de la porte de la chambre à coucher.

 L’homme
 - À gauche ou à droite?

 La femme
 - En face, ce n’est ni à gauche ni à droite.

 L’homme
 - Mais d'où je me trouve, bon sang!

 La femme
 - Et tu te trouves où?

 L’homme
 - Pas loin de toi.

 La femme
 - Alors, c’est droit derrière toi.

 L’homme
 - En marchant à reculons?

 La femme
 - Si tu préfères pour mieux t’orienter.

 L’homme
 - Je vais essayer.

 La femme
 - Essaye, essaye donc mon amour!

  On entend le parquet craquer puis tout à coup un bruit fracassant.

 La femme
 - Tu es là mon amour?... Tu t’es fait mal?... Tu n’es pas mort?

 L’homme
 - À peine... Je me suis fait une bosse.

 La femme
 - Hier déjà, tu t’en es fait une.

 L’homme
 - Hier, c'était moins grave.

 La femme
 - Appelle une ambulance!
 L’homme
 - Je me contenterais d’une lavette et de quelques glaçons.

 La femme
 - Si ce n’est que ça, tu n’as qu’à aller les chercher à la cuisine.

 L’homme
 - J’aimerais bien que tu le fasses à ma place.

 La femme
 - Tu sais bien que j’ai mal aux jambes.

 L’homme
 - Tu as toujours mal aux jambes lorsqu’il faut faire un effort.

 La femme
 - Je regrette pour toi mais j’ai vraiment mal aux jambes.

 L’homme
 - Téléphone au moins au service des ambulances!

 La femme
 - Et nos vacances?

 L’homme
 - Téléphone et demande conseil!

 La femme
 - L’appareil est de ton côté.

 L’homme
 - De mon côté?

 La femme
 - Du côté de la cuisine.

 L’homme
 - Mais je ne suis pas à la cuisine!

 La femme
 - Je sais... mais en quelques pas tu peux y être.

 L’homme
 - Puisque tu insistes, je me jette à l’eau...

À cet instant, la lumière s’allume...

 La femme
 - Que c’est dommage!

 L’homme
 - Ce n’est pas gentil!... Et dire que j’aurais pu tirer le rideau pour voir clair...

 La femme
 - L’obscurité permet aux couples de mieux se connaître.

 L’homme
 - Dans certains cas, il est préférable d’avoir une bougie ou une lampe de poche à portée de la main.

 La femme
 - C’est de ta faute, tu as toujours voulu que je range les bougies à la cuisine.

 L’homme
 - Les bougies peut-être mais pas la lampe de poche.

 La femme
 - Et ta tête?

 L’homme
 - Qu’est-ce que tu veux insinuer?

 La femme
 - Tu comprends tout de travers. Ta tête, comment va-t-elle?

 L’homme
 - Il n’y a ni bosse, ni sang.

 La femme
 - Je vois. C’était alors une fausse alerte?

 L’homme
 - Malheureusement pour toi.

 La femme
 - Mais heureusement pour nos vacances.

 L’homme
 - Oui, heureusement... J’ai dû casser quelque chose, non?

 La femme
 - Tout me semble en ordre.

 L’homme
 - Les apparences sont trompeuses...

 La femme
 - Nos porcelaines que nous avons achetées avant notre mariage à Limoge, au Luxembourg et à Makum sont intactes.

 L’homme
 - Et les chaises? Tu les a regardées?

 La femme
 - Elles ont quatre pattes comme nos vaches.

 L’homme
 - Une s’est pourtant renversée.

 La femme
 - Eh bien, tu n’as qu’à la redresser et aller chercher le champagne...

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17/09/2015

Les nouvelles vacances (10, à suivre)

 Les nouvelles vacances.jpgOn sonne pour la troisième fois...

 La femme
 - Le silence est d’or mais un homme averti en vaut deux. Nous n’avons qu’à lui dire que  nous sommes en vacances et il ou elle se décidera peut-être à partir.

 L’homme
 - Fort possible. Qui ne risque rien, n’obtient rien... Une voix de femme serait plus convaincante...

 La femme
 - Au contraire, une voix d’homme serait plus radicale...

 L’homme
 -  Et que fais-tu de l’égalité des sexes?

 La femme
 - Cette ridicule histoire a déjà fait couler pas mal d’encre et non pas de la moins chère... tu ne vas pas remettre ça?

L’homme
 - Si c’est nécessaire, si.

 La femme
 - L’important pour l’instant, c’est de mettre un point final à cette situation inquiétante.

 L’homme
 - Soit! Je vais agir en tant que maître de cette maison. (Il hurle) Il n’y a personne, nous sommes en vacances pour six semaines. Revenez  dans quinze jours!

 Une voix d’homme
 - Il fallait le dire plus tôt! C’est le contrôleur du gaz! Bonnes vacances! 

 L’homme et la femme (ils crient)
 - Merci, pareillement!

 L’homme
 - Un petit verre s’impose... Ou préfères-tu un bol de soupe, un hareng sans oignons ou une tartine avec de la margarine et du fromage au cumin?

 La femme
 - Je n’ai ni faim ni soif... j’ai plutôt envie de m’allonger sur le sable chaud  et de sentir ta main moite et froide me caresser les seins et le bas-ventre.

 L’homme
 - À ton âge!

 La femme
 - À mon âge? Mais je suis encore jeune.

 L’homme
 - Tu es plus âgée que moi... et de deux ans!

 La femme
 - Un homme qui travaille vieillit trois fois plus vite qu’une femme qui ne fait que d’attendre tous les soirs son mari.

 L’homme
 - Une femme inactive accumule graisse et cellulite.

 La femme
 - Je suis maigre comme un clou.

 L’homme
 - Tu dis ça quand ça te convient.

 La femme
 - C’est la vérité.

 L’homme
 - Il y a clou et clou.

 La femme
 - Même le clou le plus gros est un clou.

 L’homme
 - Cesse de me parler de ça! Ça me rappelle trop de mauvais souvenirs.

 La femme
 - De mauvais souvenirs?

 L’homme
 - Toute mon enfance, ma jeunesse... on n’a fait que de mettre des clous. Au jardin d’enfants, à l’école primaire, aux cours supérieurs, à l’université, à l’armée... et je ne compte pas les clous de girofle de mon dentiste!
 
 La femme
 - Pour quelles raisons?

 L’homme
 - Pour aucune.

 La femme
 - Il doit y avoir tout de même une raison.

 L’homme
 - Les méchants font toujours du tort sans aucune raison.

 La femme
 - Tu pratiquais une religion particulière?

 L’homme
 - Aucune.

 La femme
 - C’est sans doute pour cela.

 L’homme
 - Je dirais plutôt que c’est peut-être à cause mon grand-père... Mon grand-père était un visionnaire. Il avait prédit la prolifération des centrales nucléaires, des champignons atomiques et l’arrivée des voitures à énergie solaire. Et en raison de cela, il a séjourné les trois quarts de son existence dans un asile psychiatrique.  Trois fois, il fut enfermé et quatre fois il fut libéré. Sa première libération, c’était au lendemain de l’explosion de la bombe au plutonium sur Nagasaki. La deuxième, six mois après la construction de la septième centrale. La troisième, neuf mois après la huitième expositions de voitures à énergie solaire. Et la quatrième... la quatrième, c’était... c’était... 

 La femme
 - C’était?

 L’homme
 - Ah, oui! C’était pour aller recevoir la grande médaille d’or avec palmes et rosette de la société académique des visionnaires d’Italie, de France et d’outre-mer.

 La femme
 - Alors un verre s’impose!

 L’homme
 - Bière blonde, bière brune, cherry, genièvre, whisky, vin blanc, vin rouge, gin, cognac, liqueur de banane, de cacao, de cerise ou menthe à l’eau?

 La femme
 - Du champagne.

 L’homme
 - Français, russe ou chinois?

 La femme
 - Le moins cher pour commencer.

 L’homme
 - Avec plaisir!

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16/09/2015

Les nouvelles vacances (9, à suivre)

 Les nouvelles vacances.jpgÀ ce moment-là, on sonne à la porte...

 L’homme
 - On attend quelqu’un?

 La femme
 - Coupe tout!

 L’homme arrête la projection... On sonne de nouveau.

 La femme (à voix basse)
 - C’est sûrement quelqu’un qui s’intéresse à notre méthode.

 L’homme (idem)
 - Une méthode sans brevet attire les voleurs.

 La femme
 - Tu crois que c’est un voleur?

 L’homme
 - Il y a de fortes chances. Car la mer attire les pécheurs.

 La femme
 - Et le vent?

 On frappe très fort...

 L’homme
 - Le bruit du vent doit davantage l’intéresser.

 La femme
 - Qu’est-ce qui te fait dire ça?

 L’homme
 - Sa force de frappe. Les violents préfèrent le bruit du vent à celui de la mer.

 La femme
 - Cela explique ma douceur.

 L’homme
 - Ce n’est pas le moment de se lancer des fleurs.

 La femme
 - Et si c’est un assassin?

 L’homme
 - Seuls les criminels de guerre sont à craindre dans notre pays. Car ils se cachent sous de fausses identités et occupent des postes importants dans des sociétés philanthropiques et humanitaires....

 La femme
 - Ils pensent ainsi racheter leurs péchés...

 L’homme
 - Depuis que le président est devenu reine et le premier ministre roi, tout n’est plus comme avant.

 La femme
 - Nous vivions mieux à l’époque de la république.

 L’homme
 - À l’époque de l’ancien royaume, c’était encore mieux.

 La femme
 - Vraiment?

 L’homme
 - On payait moins d’impôts. La somme des taxes, dites félines, taxes minimes prélevées aux possesseurs de chats, suffisait largement à couvrir le budget des aides sociales destinées aux personnes âgées et aux chiens perdus.

 On sonne pour la troisième fois...

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15/09/2015

Les nouvelles vacances (8, à suivre)

 Les nouvelles vacances.jpgLa femme
 - Je sais ce que je dis, j’ai le sens des affaires.

 L’homme
 - Les affaires de ménage ne te suffisent plus?

 La femme
 - J’ai les nerfs solides... et mon dos supporterait un poids supplémentaire.

 L’homme
 - Mais tes épaules sont-elles assez larges pour ce type de sport? Car vendre une idée, sans relations, c’est comme s’enfoncer dans un brouillard de plus en plus épais sans phare ni lanterne.

 La femme
 - Et que fais-tu de nos amis?

 L’homme
 - Nos amis! On ne peut jamais compter sur eux. Et puis, un ami n’est qu’un ami. L’amitié paralyse le commerce. D'ailleurs, un grand homme d’affaires m’a dit un jour: mes meilleurs amis sont mes clients les moins intéressants. Parce que non seulement ils sont difficiles pour choisir une marchandise mais aussi ils ne payent jamais.

 La femme
 - Et la famille?

 L’homme
 - Quelle famille?

 La femme
 - Ton père, ma mère, ta sœur, mon frère et nos cousins.

 L’homme
 - L’un se balade Australie, l’autre en Amérique... Ma sœur est au Groenland. Ton frère au Sahara. Mon père à Tahiti et ta mère chez les Papous.

 La femme
 - J’avais oublié. Quelle tête!... Notre méthode leur aurait permis d’économiser de sacrées sommes d’argent.

 L’homme
 - Alors comment se fait-il que nous n’ayons pas un seul sou de côté?

 La femme
 - Parce que tu fumes et tu bois trop.

 L’homme
 - Et toi, tu tricotes trop.

 La femme
 - Un pull tricoté par mes mains ne coûte que le prix d’un dizaine de pelotes.

 L’homme
 - Mais il y a pelote et pelote! Et puis, tu pourrais n’utiliser que huit par pull.

 La femme
 - Tu ne veux tout de même pas que je  tricote un pull d’hiver sans manches?...

 L’homme
 - Mais je n’ai que ces deux vices!
 
 La femme
 - Un est de trop.

 L’homme
 - Cela me regarde.

 La femme
 - Alors ne te mêles pas de mes affaires...

 À ce moment-là, on sonne à la porte...

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14/09/2015

Les nouvelles vacances (7, à suivre)

 Les nouvelles vacances.jpgLa femme
 - Qui donc t’a raconté ces idioties?

 L’homme
 - Un philosophe que j’ai croisé à la sortie de l’église.

 La femme
 - Tu vas à l’église maintenant?

 L’homme
 - C’était à la sortie de l’église. Moi, je sortais, lui, il entrait...

 La femme
 - Pour y sortir, il faut d’abord y entrer. Donc, tu es allé à l’église.

 L’homme
 - Par accident. Les portes de notre église ressemblent tellement aux portes de notre mairie. Et dans ces deux endroits, on y entre... comme on entre dans un moulin.

 La femme
 - Tu devrais faire plus attention où tu mets les pieds. Ces endroits sont de vrais labyrinthes. Le plus souvent, on s’y échappe épuisé et les poches vides... Et qu’est-ce  tu allais  faire à la mairie? 

 L’homme
 - Mais travailler!

 La femme
 - Travailler?

 L’homme
 - Oui, travailler.

 La femme
 - Et à la mairie?

 L’homme
 - Oui, à la mairie. Car c’est là que je travaille.

 La femme
 - Depuis quand?

 L’homme
 - Eh, bien... depuis que je suis au chômage.

 La femme
 - Ah, bon... L’inaction rend stérile. Heureux ceux, comme toi, qui participent au fonctionnement de notre système.

 L’homme
 - Malheureusement nous sommes trop nombreux à le vouloir et peu nombreux à le pouvoir. Règlements et lois se sont multipliés comme des rats et ainsi, nous nous trouvons face à des montagnes d’interdictions. C’est ce qui explique notre situation actuelle où seul les chômeurs ont la possibilité de passer de belles vacances.

 La femme
 - Au fait, quand prends-tu tes vacances?

 L’homme
 - Mais je suis en vacances! Nous sommes en vacances depuis ce matin.

 La femme
 - Tu as raison, j’avais oublié... Les vacanciers ne savent pas apprécier les vacances, ils ne savent que les regretter. Ou à peine que douze heures avant de reprendre la vie de tous les jours.  

 L’homme
 - C’est pourquoi ma méthode est une excellente méthode.

 La femme
 - Notre méthode!

 L’homme
 - La nôtre, bien entendu... Accessible à tous et à toutes. Pauvres, riches, honnêtes, malhonnêtes, nostalgiques, cafardeux, paresseux, excités, vieux, jeunes... Elle est rapide et réalisable à n’importe quel moment,  n’importe quelle heure,  n’importe quel quart d’heure,  sous n’importe quel toit, n’importe quel ciel, n’importe quel temps... pluvieux, orageux, ensoleillé... Et sous n’importe quel régime... de gauche,  de droite, du centre, d’extrême...

 La femme
 - Il fallait y penser. On devrait la breveter.

 L’homme
 - Tu crois?...

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13/09/2015

Les nouvelles vacances (6, à suivre)

 Les nouvelles vacances.jpgLa femme
 - Quelles vacances?

 L’homme
 - Tu as déjà oublié que nous sommes en vacances?

 La femme
 - C’est vrai, je ne sais plus où j’en suis, trop de nouvelles arrivent au même moment... Remets la machine en route! Je préfère l’immobilité de nos images de vacances à l’instabilité de nos pensées.

 L’homme relance la projection...

 La femme
 - Mais... mais... c’est une femme à poil!

 L’homme
 - Une femme à poil?

 La femme
 - Oui, une femme nue des pieds à la tête.

 L’homme
 - Je ne la vois pas.

 La femme
 - Pourtant, elle est visible à l’œil nu.

 L’homme
 - Pas pour moi.

 La femme
 - Comment est-ce possible que tu ne puisses pas voir une chose pareille?

 L’homme
 - Je ne vois que ce qui existe.

 La femme
 - Quand l’as-tu prise... cette photographie?

 L’homme
 - Sans doute lors de nos premières vacances, il y a vingt ans... Mais où  vois-tu cette femme à poil? Côté mer ou côté dunes?

 La femme
 - Elle est debout, côté mer.

 L’homme
 - Moi, je vois un homme assis, côté dunes.

 La femme
 - Nu?

 L’homme
 - Difficile à dire, il est assis.

 La femme
 - Moi, je ne le vois pas... Mais comment est-ce possible que tu puisses voir une chose pareille?

 L’homme
 - Je vois ce que je ressens.

 La femme
 - Il ne faut pas confondre photographie d’amateur et peinture de maître.

 L’homme
 - N’oublie pas que je suis l’auteur de cette œuvre photographique.

 La femme
 - Tu n’es qu’un amateur dans ce domaine.

 L’homme
 - Qu’est-ce qui te fait dire ça?

 La femme
 - L’incertitude existentielle de tes personnages.

 L’homme
 - Ce n’est de ma faute si tu n’as pas de bonnes lunettes.

 La femme
 - Mes lunettes, c’est toi qui me les a achetées.

 L’homme
 - Moi?

 La femme
 - Oui, toi, mon amour.

 L’homme
 - Je suis désolé, ma chérie, la lunetterie médicale n’est pas mon rayon.

 La femme
 - Comment ce n’est pas ton rayon?

 L’homme
 - Non, ce n’est mon rayon. Mon rayon est celui des lunettes de soleil, des parasols et des linges de bain.

 La femme
 - Depuis quand?

 L’homme
 - Mais depuis toujours! Depuis que le boucher vend ces articles.

 La femme
 - Tu as raison, mon amour. Comme j’ai la mémoire courte!

 L’homme
 - Tu devrais te mettre à écrire, toi aussi.

 La femme
 - Tu veux rire?

 L’homme
 - Pas du tout, je suis très sérieux. L’écriture ouvre les portes de la mémoire comme le yoga ouvre les fenêtres de la béatitude...

10:50 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer |  Facebook | | | |

12/09/2015

Les nouvelles vacances (5, à suivre)

 Les nouvelles vacances.jpgL’homme (il lit)
 - Le temps passe, passe... et n’efface que ce qu’il a envie d’effacer. Fait de morceaux de chair et d’esprit, l’homme sert de  champ de bataille aux forces du mal et du bien. Nul être n’échappe à cette règle de la nature. Sauf peut-être le mort et le fantôme. Car, aussi bien l’un que l’autre, ils n’ont pas le sens du combat. Si la chair est faible, l’esprit est avide de sagesse et de bien-être. Ceci est une théorie.  Une vérité valable qu’à mes yeux. Car jusqu’à ce jour aucune philosophie n'a permis à ma concierge de pouvoir contrôler l'existence ou la non existence de cet axiome. Après ces douteuses et vagues réflexions, je quitte mon chez moi pour un espace plus fumeux où la nicotine est reine et où le footballeur est roi. Je commande un café et un verre d’eau. La durée d’une rêverie sans importance et le tout est sur ma table... (Il ne lit plus) Qu’en penses-tu? Je devrais aller voir un médecin?

 La femme
 - Cela ne servirait à rien, la maladie est trop avancé

 L’homme
 - Merde! Je n’aurais jamais dû accepter ce stylo?

 La femme
 - Quel stylo?

 L’homme
 - Le stylo que mes collègues de travail m’ont offert pour mon départ.

 La femme
 - Ton départ?

 L’homme
 - Pour mon travail de chômeur, si tu préfères.

 La femme
 - Une raquette t’aurait permis de te lancer  dans les affaires du sport. Tes collèges n’ont vraiment pas les pieds sur terre. Ils doivent lire trop de romans.

 L’homme
 - Ils lisent ce qu’ils trouvent dans les bibliothèques municipales.

 La femme
 - Eh bien, ils ont ont tort.  Car les bibliothèques municipales ne soutiennent que les écrivains qui partagent les opinions des hommes politiques soutenus par le gouvernement.

 L’homme
 - Mais c’est contraire à toute logique culturelle!

 La femme
 - Je ne te le fais pas dire.

 L’homme
 - Demain, j’irai voir un médecin.

 La femme
 - À ta place, j’irai plutôt voir une voyante.

 L’homme
 - Mais je n’ai pas envie de gâcher nos vacances!...

09:27 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (7) |  Imprimer |  Facebook | | | |