30/09/2015

Le coolboy (9, à suivre)

 Hank Vogel, le coolboy*.jpgJ’enlève la chemise d’hôpital légèrement rose bonbon qu’on m’avait endossée avant mon opération, j’enfile la mienne, bleu ciel et plus civilisée, ma paire de pantalons, mes mocassins et je me rends sans tarder et sans difficulté à la cafétéria. Qui ressemble plus à un cabaret de nuit qu’à une cantine scolaire. Musique cacophonique à fond et un monde fou. Des hommes, des femmes et des transsexuels.  En civil, en blouse blanche ou tenue d’Ève.  Cible-rouge et ses camarades du bureau politique sont en pleine discussion, assis autour d’une table ronde.  J’ai l’impression d’être en enfer ou dans un asile de dingues sans surveillance. Je me sens un peu perdu.

  Mon chirurgien attitré se lève, s’approche de moi et me demande à haute voix:

 - Vous avez trouvé facilement?

 - Très facilement, grâce au bruit, je lui réponds en criant.

 - Venez avec moi au bar, c’est plus tranquille là-bas.

 Je le suis...

 Nous sommes accueillis par un magnifique sourire féminin hors du commun et une voix exquise quasi céleste:

 - Que puis-je vous servir, messieurs, pour étancher vos soifs?

 - Pour moi, pas tout de suite, lui répond Cible-rouge.

 Je m’adresse à lui:

 - Ai-je le droit de boire de l’alcool en ce moment, docteur? Ce n’est pas nuisible pour... ?

 - L’alcoolisme est la pire des calamités. Mais que voulez-vous, la plupart de nos politiciens sont des alcooliques patentés et le peuple leur fait totalement confiance. Des moutons d’un côté et des dépravés de l’autre. Vous n’avez qu’à regarder le journal télévisé de notre région,  les images où figure un farfelu un verre de vin à la main font légion. Malheureusement, on ne transforme pas les prisons avec des messes. Alors rien n’est bon, tout est bon!

 Je m’adresse à la barmaid:

 - Une menthe à l’eau avec des glaçons, s’il vous plaît.

 - C’est bien, je vois que vous êtes quelqu’un de sensé, me dit-il.

 Je souris.

 - N’ai-je pas raison?

 - Je suis obéissant par la force des choses,  comme la plupart des patients.

 - Eh bien, vous avez tort. Car il y a autant de mauvais malades que de mauvais médecins...

  Mais à cet instant, en posant ma commande sur le comptoir, la barmaid constate que j’ai de belles mains et me dit:

 - Vos paluches sont extras... Les doigts sont longs et fins comme ceux d’un pianiste ou d’un gynéco que l’on souhaiterait avoir.

 Cible-rouge éclate de rire.

 - Pourquoi, vous êtes jaloux? lui demande-t-elle d’un ton sec.

 - Pas du tout, au contraire, répond-t-il un peu embarrassé.

 - Alors?

 - Je pensais au gynécologue en train assister à son propre accouchement.

 - Je ne comprends rien à vos salades.

 - Cela ne m’étonne pas. Mais quelqu’un de subtil aurait immédiatement fait le rapprochement.

 - Je ne comprends toujours pas.

 - Pourtant, c’est clair comme bonjour...
 
 J’interviens:

 - S’il vous plaît, professeur, n'insistez pas, vous allez finir par me mettre mal à l’aise.

 - Pourtant demain, c’est le grand jour face à la presse internationale. 
 
 La barmaid me dévisage puis m’avoue sans le moindre brin d'enthousiasme:

 - Comment aurais-je pu? Vous êtes si peu  reconnaissable dans la réalité. Sur la photo, avec la barbe, le chapeau et le pistolet, le goût viril de l’aventure et le désir de justice émanent de vous. Mais là, rien de tout ça. Dommage!

 Et elle s’éloigne...

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

Commentaires

Bien le bonjour Cher Monsieur Vogel j'aime bien la caricature de la cafétéria.Elle ramène à une époque ou le personnel et les patients vivaient ne parfaite osmose et savaient plaisanter en mangeant à la cafét
Notre volée de yéyé des années 50 aura marqué certains lieux .Par chance nous étions si débrouillards que nous abattions du travail pour trois
Autopsies en directe, préparation du patient pour les électrochocs qui une fois terminés faisaient de nous des soignants aussi choqués que le patient
Sans compter bien d'autres faits que nous considérions comme anodins comme par exemple absorber du sang d'un patient souffrant d'une super infection avec staphylocoques dorés
Suite à la prise de sang il fallait l'aspirer avec un statif afin de le porter aux laborantines, en infime quantité et très vite recraché soit mais personne n'en parla jamais
De toutes manières toute la volée avait des parents divorcés ,nous avions déjà notre vie en main et gare à qui s'en mêlait
Les médecins psychiatres étaient aux anges enfin des élèves rapides,efficaces qui ne se plaignaient jamais et sur qui chacun pouvait s'appuyer
Bref c'était l^époque ou les sociologues et statiticiens encore plus combinards que certains sociopathes n'avaient pas pignon sur rue ,les quotas pour freiner l'envie de travailler les gens étaient absents du paysage médiatique
Ou personne ne cherchait à envahir votre sphère privée ,ne cherchant pas à tout détruire pour des prunes ,respectaient nos mœurs et coutumes sans trouver de faux arguments pour permettre à certains roublards de s'en mettre plein les poches sous prétexte qu'en soignant la terre celle-ci nourrira tout le monde alors qu'il suffit juste de réfléchir car Bio et rentabilité sont incompatibles
Vous parlez Cher monsieur de lenfer dans votre paragraphe et c'est exactement ce qui est proposé mais caché sous de belles phrase vertes et potagères par les constructeurs du Nouveau Monde
On peut dire que dès 2003 tous ceux qui disaient ,faites gaffes vous allez droit dans le mur ,tous ne se sont pas trompés
Ce qui fera rire des anciens directeurs de gymnase et de psychiatrie qui lors de la remise des diplômes avertissaient les élèves en leur disant,vous avez des bases en mains mais ne vous croyez pas plus intelligents que ceux vous ayant précédé tandis que le psychiatre ajoutait ,dehors le monde est cent fois plus dangereux qu'à l'intérieur de nos murs
Aussi en prenant le temps de l'analyse on peut rassurer ces maitres décédés ils avaient raison ,le monde actuel est un asile d'aliénés ni plus ni moins et plus grave encore on a plus les soignants épurés de théories pour s'en occuper/rire
Très belle fin de journée pour Vous Cher Monsieur

Écrit par : lovejoie | 30/09/2015

Si la société dans laquelle je vis était parfait ou convenable à mes yeux ou mes sens, je n'écrirais point mais je jouerais plutôt du pipeau pour satisfaire les caprices jubilatoires de ma concierge.

Très belle fin de journée à vous, chère Lovejoie.

Écrit par : Hank Vogel | 30/09/2015

Je vous remercie Cher Monsieur Vogel ,le terme de pipette eut été mieux approprié que celui de statif quand au pipeau ,on pourrait débattre longtemps sur ses différentes utilisations n'est il point vrai ? rire
Magnifique soirée pour Vous Cher Monsieur

Écrit par : lovrjoie | 30/09/2015

Les commentaires sont fermés.