31/08/2015

L'homme de Skardou (1, à suivre)

Pré-texte

1

 Salut à toi, Grand Barbu! J’ai envie de rire. Malheureusement, mon âme est monotone. Ma psy me l’a dit. Sans doute parce que je le lui ai dit. Je lui ai donné cette image. D’homme monotone. D’homme qui voit tout en gris. Gris comme l'asphalte. Gris comme le béton. De cette ville où je vis... Où j’avance à petits pas. Ou un pas en avant et la moitié d’un autre pas en arrière. C’est possible, non? Mais j’avance. À ma manière. Avec mes moyens. Avec mes souffrances. Avec ma monotonie dans la tête. Et l’image que j’ai donnée à ma psy. Personne reconnue par l’autorité de ma ville. Ou plutôt de mon village. C’est plus juste. Car après une heure de marche, on est déjà à la campagne. Au contact de la nature. Mais cela est une autre question... Oui, je marche, mon ami. Mon père, mon frère, mon fils, mon meilleur complice. Je marche dans ma ville. L’air perdu. Le ventre vide. Les poches légères... Les souliers à peine cirés. Oui, je marche dans ma ville et rien ne se passe. Que dois-je faire, Seigneur? Je veux juste rire. Rire un peu. Rire de moi, éventuellement. Ou ne rire que de moi. C’est plus correct via-à-vis des autres. Ces autres qui ne m’ont jamais fait rire. Ces autres si préoccupés par leurs problèmes. Leurs histoires sans queue ni tête. Ou leurs histoires avec trop de queues et peu de têtes. Que dois-je faire, camarade? Oublier l’asphalte et le béton? Oublier tout ça et regarder le ciel? Ton ciel. Mais il est gris aussi. Gris comme l’asphalte. Gris comme le béton. Gris comme la grisaille. Gris comme la poussière qui s’accumule sous mon lit. Gris  comme ce gris fait de noir et de blanc. Gris comme cette barbe que je pourrais laisser pousser. La tienne est blanche. Toute blanche. Pareille à la blancheur de ma page blanche. Vierge. Avide d’amour et d’éternité. Oui, c’est vrai, j’attends beaucoup de ma page blanche. Beaucoup de mots venant de toi. Et passant par moi. Par ma cervelle. Par cet instrument si fabuleux. Que tu m’as offert à ma naissance. Que tu m’as offert si modestement. Si naturellement. Que dois-je faire, Seigneur? J’aimerais rire un peu. Juste quelques rires. Même un rire me suffirait. Cela me permettrait d’oublier l’homme gris que je suis.  Et peut-être aussi l’asphalte, le béton, ton ciel gris et la poussière sous mon lit. Oui, j’aimerais oublier tout ça. Que dois-je faire, mon ami? Que dois-je faire, Bon Dieu?

L'homme de Skardou.jpg

09:01 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (5) |  Imprimer |  Facebook | | | |

Commentaires

Bien le bonjour Cher Monsieur Vogel à la question que dois-je faire ?
Ah si on pouvait remonter dans le temps et recréer cette cuve de moût exhalant du printemps à l'hiver ces effluves toxiques pour nos petits neurones d'enfants habitués à jouer sur ses rebords
les médecins se sont penchés sur nos éternels rires et mélodies chantées à tue tête avec l'Armée
Certes parfois nous souffrions de terribles migraines mais aucun n'a trouvé l'origine de nos comportements qui grâce aux bonnes odeurs trouvaient toujours faille dans le système éducatif de l'époque et nous trouvions toujours matières pour les célèbres compositions ou rédactions du lundi matin
Les angoisses de la page blanche on ne connaissait ,dommage la cuve n'existe plus /rire
Vos livres sont cadeaux pour nous faire revivre le passé
Excellent début de semaine pour Vous Cher Monsieur

Écrit par : lovejoie | 31/08/2015

Excellent début de semaine à vous, chère Lovejoie.

Écrit par : Hank Vogel | 31/08/2015

Ben ça promet...
On est averti, ça va pas être drôle.
Mais pourquoi diable devrions-nous absolument rire ?
Un sourire dedans suffit largement.
Encore faut-il pouvoir/savoir arrêter de se regarder le nombril.
Histoire de découvrir l'autre. Le gris en est.

Écrit par : Pierre Jenni | 01/09/2015

Le nombriliste, c'est celui qui baisse sa tête et regarde son nombril parce qu'il a peur de l' autre, n'ose pas l'affronter de face. Surtout de l'étranger qui viendrait piquer son travail, sa femme ou Dieu sait quoi encore. Tout le contraire de mon personnage... PERSONNAGE!

Mais voilà...

Cher Monsieur Pierre Jenni, j'espère que la circulation chaotique de Genève ne vous empêche pas d'imaginer d'autres horizons.

En toute cordialité.

Écrit par : hank vogel | 01/09/2015

Commencer par renoncer à l'image du vieux barbu.

Celui qui regarde son nombril (mais il peut se concentrer sur son plexus solaire les yeux fermés) est en rapport avec l'un de ses centres nerveux et de conscience dont il régule le bon fonctionnement à la fois digestions alimentaires et relationnelles.
La couleur de ce centre est jaune dorée: soleil feu vue

Pour ne pas avoir peur de l'autre il aura appris à commencer par ne pas avoir peur de lui-même.

De même qu'il n'entendra pas l'autre s'il ne s'entend pas lui-même.

Pas plus qu'il ne connaîtra rien des autres tant qu'il n'aura pas appris à se connaître lui-même ce qui est la démonstration même que si Socrate voyait juste Les Ecritures bibliques avant d'être évangéliques (voir au livre du Lévitique "Aimer son prochain comme on s'aime soi-même")! n'étaient point "mal voyantes" non plus.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 01/09/2015

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