28/08/2015

Saïouda, la fille du portier (11, à suivre)

 Saïouda, la fille du portier.jpg- Mon père ne m'a jamais frappé.

 - Parce qu’il est gentil.

 Elle relève sa robe et me montre un gros bleu sur sa cuisse.

 - Ça, c’était avant-hier je crois, avec son soulier, m’explique-t-elle.

 - Tu as mal? je lui demande.

 - Plus maintenant. Heureusement. Autrement...

 - Autrement quoi?

 - Autrement, je me serais jetée par la fenêtre. Comme le font la plupart des servantes qui travaillent chez les riches arabes. Ils sont pires que les Européens, paraît-il.

 - Pourquoi font-elles ça?

 - Pour en finir avec la vie. Parce du matin au soir, on les traite comme des esclaves. On les insulte, on leur crache dessus et on les bat...   
 
 - Mais on ne meurt pas en tombant du rez-de-chaussée.

 - Moi, j’habite tout en bas mais elles, elles logent tout en haut... Tu le sais bien, la chambre de la bonne se trouve toujours sur la terrasse (toit). Bien que souvent, elle  dort la nuit dans un coin de la cuisine...

 - Qui t’a raconté tout ça?

 - Mon oncle Farouk.
 
 - Comme le roi?

 - Oui, il s’appelle comme notre roi. Et comme lui, il adore les Anglais... Il dit que le jour où ils partiront, ça sera d’abord l’anarchie puis la dictature dans ce pays.

 - Je ne comprends rien à ces mots.

 - Moi non plus. Mais je les ai retenus dans ma tête car on ne sait jamais. Ça pourra me servir quand j’irai à l’école.

 - Quand? Bientôt?

 - Pas tout de suite. Une fois que je serai grande.

 - Ça me rassure.

 - Pourquoi tu dis ça?

 - Parce que l’école nous empêchera de nous voir tous le jours. Elle nous éloignera l’un de l’autre.

 - Tu as raison, je n’y avais jamais pensé. Alors je n’irai pas!
 
 - Mais ton père te frappera...

 - Tant pis! Une fois de plus, une fois de moins, quelle importance! Je commence à m’habituer.

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (7) |  Imprimer |  Facebook | | | |

Commentaires

Vos livres Cher Monsieur Vogel sont vraiment pain béni pour les redresseurs de torts qui n'ont de cesse depuis leur enfance à redorer le blason de nombreux disparus qui sous le coups de faux témoignages ont vécu une vie d'enfer
L'histoire de Saiouda témoigne d'une brutalité qui s'exerça sous nos latitudes et qui s'exerce encore de nos jours dans certains camps fondamentalistes et militaires aux USA
On a connu des femmes battues comme plâtre par leur mari et obligées de fuir leur foyer
Le patriarcat quelle horreur tandis qu'aujourd'hui par manque de psychologie c'est au tour des hommes qu'il revient l'obligation de quitter leur domicile
Peut-être que Saiouda représentant le monde des enfants battus ,peut-être pensait -elle comme d'autres ,vas 'y frappes si cela te fait du bien car ma mémoire gardera les traces de tes brutalités afin de témoigner plus pour que certains puissent enfin reposer en paix
Très belle fin de semaine pour Vous Cher Monsieur Vogel

Écrit par : lovejoie | 28/08/2015

Cette Saïouda, que j'ai connue dans mon enfance, est devenue dans mon esprit un personnage qui me permet de décrire le monde tel que je l'ai ressenti dans mes tendres années. Qui, finalement, n'a pas du tout changé...

Très belle fin de semaine à vous, chère Lovejoie.

Écrit par : Hank Vogel | 28/08/2015

Je vous remercie Cher Monsieur Vogel en effet le monde n'a pas changé mais pourquoi changerait-il la terre tourne toujours dans la même direction,soleil et lune rejouent la comédie des belles amours qui souvent ne durent pas depuis l'éternité
Mais le Grand Architecte a été malin il a prévu une vue baissante pour les humains seule manière pour eux de voir la vie sous un angle différent pour continuer de vivre en cultivant son propre monde à ne jamais laisser aux mains des inconnus
On construit son propre monde et nul n'est obligé d'adhérer à notre manière de penser ou d'agir
J'en profite aussi pour témoigner qu'on a jamais vu du bétail battu comme plâtre alors que des enfants eux recevaient des râclées à ne plus pouvoir s'assoir
Certaines ONG écologistes feraient bien de redescendre sur terre avant qu'un vent de révolte ne s'empare de nombreux séniors sidérés du manque de volonté et de clairvoyance de la part de nombreux dirigeanzs
Acceptant de loger des humains dans des containers,décidément on aura tout vu et entendu dans cette si chère Helvétie
Navrée mais on en a marre d'être pris pour des ploucs attardés /rire
Toute belle fin de journée pour Vous Cher Monsieur

Écrit par : lovejoie | 28/08/2015

Pourquoi le monde changerait-il?

Parce que tout changeant tout le temps, nos cellules y compris, rien ne peut être définitivement fixé, figé:
décidé une fois pour toutes.

On ne bat pas le bétail comme les enfants parce que le bétail est promesse de gains, de profits alors que l'enfant coûte...

Mais dans les états où la vache est intouchable on handicape les enfants devenant ainsi mendiants afin qu'au départ "coûtant"... à l'arrivée ils deviennent "profitables"!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 28/08/2015

je suis heureuse comme un poisson dans l'eau,la librairie vient de me confirmer l'arrivée de mes trois livres ,la Vieille femme et l'enfant
Que du bonheur ,mon petit doigt ne m'avait donc point trompé /rire

Écrit par : lovejoie | 28/08/2015

Je suis content que, pour une fois, le lecteur est servi avant l'auteur.
En ce qui me concerne, bien entendu.

La directrice d'édition m'a annoncé le 24 que mes exemplaires (contractuels) ont pris le chemin de la poste... et que je les recevrais le 26.

J'attends toujours... Vivement lundi! Car le samedi et le dimanche sont des jours morts pour les artistes. Sauf peut-être en Russie!

Bonne soirée, chère Lovejoie.

Écrit par : Hank Vogel | 28/08/2015

Qu'est-ce que la mort?
Ce qui suit est authentique.

Ma grand-mère agonisant je fus priée de l'embrasser une dernière fois.
J'aurais voulu rester auprès d'elle jusqu'à la fin.
Mais le cœur au noir je me soumis.

Quelques minutes plus tard j'attendais le trolley qui passe devant le CHUV.

Soudain une grande femme rayonnante, robe bleue, au cœur une broche "en forme d'étoile" accrochée. Alors qu'il y a de très nombreuses personnes présentes elle ne regarde que moi. Mon cœur chaviré est "repris en main" (comme savait si bien s'y prendre ma grand-mère).

Le trolley arrive. Je ne vois plus cette femme dont... l'apparence est celle de ma grand-mère!

La robe est celle qu'elle portait lorsque j'étais une petite fille et la broche en forme d'étoile bleu foncé et dorée celle que je lui avais offerte. Un de nos plus merveilleux souvenir avec des grands-parents heureux comblé par une présence comblant un vide. Un premier Noël. ("Mon beau sapin roi des forêts"!) Visite d'une pianiste: comment assouplir ses doigts?!

Mandarines, chocolats fourrés.
Poésie.
Larmes perles aux yeux.


L'ordre de quitter le chevet de ma grand-mère?

Comme on dit: "On ne sépare pas les gens qui s'aiment."!

Écrit par : MB | 28/08/2015

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