03/08/2015

Mâle dans sa peau (17, à suivre)

 Mâle dans sa peau.jpgOnze heures moins le quart. Je suis au vanha hautausmaa. Au vieux cimetière. Assis sur un banc. J’attends... J’aime bien arriver en avance à un rendez-vous. Cela me permet de sentir l’atmosphère du lieu. Le lieu avant les bavardages. Son silence. Ou sa vibration. Tout endroit dégage une certaine musique,  qui lui est propre. Et ici, c’est celle de l’au-delà. Mon casse-tête préféré. Y a-t-il une vie après la mort? Peut-on communiquer avec les morts? Mon grand-père l’aurait faite. Cette expérience paranormale. Et avant de mourir, le vieil homme aurait chuchoté à l’oreille d’un de mes oncles: Si je dois revenir sur terre, alors je préfère renaître idiot. Il savait sûrement trop de choses. Dommage, nous nous sommes jamais rencontrés. Je lui aurais posé un tas de questions. Sur le bien, le mal et sur les rêves. Surtout sur mes rêves étranges. Avec des anges et avec Dieu. Avec le Seigneur, une seule fois... Une nuit, Il me remit une table en pierre sur laquelle étaient gravés tous les signes mathématiques plus un... bizarre. C’était la carouble avec laquelle l’on pouvait tout résoudre. Et dans mon rêve, à un moment donné, tout devint clair, j’avais tout compris. J’avais en quelque sorte résolu l’équation de l’existence. Mais à mon réveil, cette fameuse clé se dissipa dans ma mémoire... Tout à coup, je sens le poids d’une main sur mon épaule droite. Effrayé, je me lève d’un bond et je me retourne aussitôt. Kyllikki est là. Souriante. Elle s’approche calmement de moi et me chuchote comme si de rien n’était:

 - Je ne vous dérange pas trop?

 - Vous auriez pu me tuer, je lui réponds... Ne me faites plus ce coup-là. Surtout dans un endroit comme celui-ci.

 - Je ne pouvais faire autrement, vous étiez si méditatif, me dit-elle.

 - C’est quoi cette arnaque? je lui demande sèchement.

 - Arnaque?

 - Ce soi-disant rendez-vous.

 Kyllikki me regarde droit dans les yeux et me dit d’une voix tremblante:

 - N’allez pas en Russie. Pas comme ça. C’est trop dangereux.

 Je tombe des nues.

 - J’ai l’impression d’être dans un film d’espionnage, dis-je.

 - C’est ce que vous aimez, n’est-ce pas? Lance-t-elle. Plonger dans des eaux troubles...

 - Non, soyez sérieuse...

 - Mais je suis sérieuse. C’est vous qui ne l’êtes pas.

 - Je ne comprends plus rien. Vous me parlez comme si vous étiez au courant de tous mes projets.

 - Un seul, corrige-t-elle.

 - Lequel? je lui demande, fort étonné.

 Elle regarde autour d’elle puis elle me murmure à l’oreille:
 
- Pas ici. Je vous propose que l’on aille boire  un verre quelque part et je vous direz tout.

 Je hôche la tête en signe d’acceptation.  

15

    Les gens du Nord sont des gens propres. Au sens propre comme au figuré. Ils s’expriment peu. Mais quand ils s’expriment personne ne leur fait obstacle. Car la parole de l’autre est respectée.

 - À quoi pensez-vous? me demande Kyllikki.

 - À cette auberge.

 - On peut aller ailleurs, si ça ne vous plaît pas.

 - Non, non, elle me convient à merveille... Pour être précis, je pensais à la propreté. J’aime ce qui est propre, transparent et...

 - Et quoi?

 - Vous me troubler.

- Je ne vous crois pas.

 - Parce que je suis journaliste?

 - Entre autres.

 - C’est-à-dire?

 - Parce que vous êtes un un homme trop sensible. Le monde est cruel et vous croyez qu’avec vos articles, vous allez pouvoir le changer.

 - Mon métier ne me demande pas cela. Surtout mon patron.

 - Vous dites ça mais, au fond de de vous-même, il y a un tout autre discours.

 Mais que cherche-t-elle donc? J’ai l’impression qu’elle m’en veut pour quelque chose. Oui, mais quoi?

 - Vous n’avez pas un peu faim? me demande-t-elle, pour changer de conversation sans doute.

 - Pas forcément. Mais si vous avez une spécialité du pays à me faire goûter...
 
 - Justement, je pensais à ça. Vous connaissez le graavilohi?

 - Non, c’est quoi?

 - C’est du saumon...

 - Cru?

 - Presque... mariné. Vous n’aimez pas le poisson cru?

 - J’adore. Depuis que j’ai connu ça aux Pays-Bas. De groene harind, le hareng vert ou nouveau, si ma mémoire est bonne.

 Subitement, elle se lève comme piquée par une guêpe, me tend la main et me propose sans vergogne:

 - Et si on allait chez moi... Car le graavilohi est toujours meilleur juste après l’amour.

12:55 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer |  Facebook | | | |

Commentaires

Le terme que vous avez utilisé Cher Monsieur Vogel pour parler du cimetière fait penser a un endroit ou on aime se détendre pour mieux repartir vers d'autres occupations .C'est en quelque sorte une autre image du nirvana
L'au delà titille votre imaginaire sachez que vous n'êtes pas le seul quand à renaitre idiot comme ce fut dit par votre grand père ceci est sans doute préférable à l'hyper lucidité de toute âme vieillissante
Surtout qu'aux simples d'esprit parait-il le Paradis leur est déjà promis
A moins que ce soit la solitude qui oblige à ouvrir les yeux sur ce que beaucoup d'autres ne peuvent encore voir .
Ce qui est normal en étant marié et travaillant on ne peut être au four et au moulin en même temps d'où la très grande importance de cultiver le respect face aux personnes âgées ou les Sages du village comme on disait à l'époque
Mais tout est relatif car pour savoir ce que c'est que d'être sage il faut avoir appris à désobéir très jeune /rire
Très belle soirée pour Vous Cher Monsieur

Écrit par : lovejoie | 03/08/2015

Très belle soirée à vous, chère Lovejoie.

Écrit par : HanK Vogel | 03/08/2015

Une camarade perdit son mari.
Ce dernier étant très malade avait de par la chimio pratiquement perdu l'esprit.
Il ne voulait plus sortir.
Comme elle se lamentait pour lui un proche parent avisant la laisse du chien suggéra qu'elle la passe au cou du malade afin de le traîner dehors.
On imagine le scandale ressenti par l'épouse.

Veuve, quelques jours après l'enterrement, elle se rend, seule, au cimetière.
Demeure un moment auprès de la tombe puis s'assied sur un banc et pleure.
Elle voit que près du portail se tient un homme qui a l'air d'attendre.
Gênée, elle attend qu'il parte parce que pleurant toujours.
Rien à faire, il ne bouge pas.
Il faut rentrer.

Elle se dirige vers le portail. Alors l'homme s'approche d'elle et passe le bras autour de ses épaules exactement comme faisait son époux.
C'est alors qu'elle remarque qu'il porte une laisse autour du cou et revoit mentalement le proche parent qui lui avait dit, comme raconté plus haut, de passer la laisse du chien autour du cou de son mari pour le traîner dehors.

Tout le temps de son passage au cimetière puis assise sur le banc elle n'a vu aucun chien.

L'homme lui parle puis elle s'en va mais le regard de cet homme est comme calqué sur le regard et la couleur qui furent ceux des yeux de son mari.
L'homme part de l'autre côté. Elle marche très, très lentement. Aucun chien à l'horizon.

Le Zohar, ou Livre des splendeurs, écrit mystique juif, enseigne qu'à la mort une partie de l'âme qui se scinde en trois demeure un temps auprès de la dépouille de la personne.

Lorsque cette camarade avait acheté ce livre elle me déclara se l'être pratiquement reproché car n'en voyant pas l'utilité.

Or, la lecture de ce livre, particulièrement concernant la réincarnation éclaira d'espoir par une telle mystérieuse présence mais plus tard, pas immédiatement, pour cette amie, cette rencontre au cimetière.

(A la mort, selon cette croyance, l'âme se scinde en trois. La partie dont j'ai parlé après quelques temps disparaît définitivement.

La seconde partie va au paradis mais si la troisième partie ne peut retourner jusqu'à la source dont elle émane, la personne de son vivant n'ayant pas évolué comme il aurait fallu, alors, il y a réincarnation.

L'Inde et cette forme mystique du judaïsme connue à Jérusalem du vivant de Jésus se rejoignent... Paul disant que "c'est maintenant que vous croyez que vous êtes vivants que vous êtes morts et quand vous serez morts que vous serez vivants."

L'Inde, qui n'oppose jamais la vie à la mort, enseigne que la vie est au-delà du cycle (samsara) des naissances et des morts.

Écrit par : Myriam Belakowsky | 03/08/2015

@Myriam Belakowski avec vous une preuve tangible sur cette mort qui est e passage obligé pour quitter l'enfer terrestre ?
Enfer de plus en plus réel quand on songe au peu d'estime que nombre de politiciens ont pour eux en tout premier et pour leur électorat quand on sait les nombreux bobards inventés pour se faire élire
Ils doivent sans doute souffrir du complexe du Fabricant d'Histoires
Ce manque d'estime tout aussi réel pour de nombreux religieux prêts à inventer n'importe quoi surtout pour empêcher les moins favorisés d'évoluer intellectuellement
Vous nous faites part de vos croyances personnelles et je pense que dans ce domaine comme pour beaucoup d'autres le doute doit exister ,doute qui est parait-il signe d'intelligence et peut -être que Dieu lui même préfère ces gens là plutôt que ceux qui croient les yeux fermés à tout ce qui leur est raconté
Mais la religion c'est comme l'alimentation voire l'amour a chacun d'y trouver ce qui lui plait n'est-il point vrai ?
très belle journée

Écrit par : lovejoie | 04/08/2015

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