11/06/2015

Un fabricant d'histoires (12, à suivre)

 Trois jours plus tard. Je tourne en rond comme une bourrique. Je regarde mon appareil téléphonique et je me dis: quand... quand... quand m’appellera-t-elle? J’ai hâte de lui parler. J’ai hâte de lui prendre la main.  Sa main gauche. Sa main entre mes mains. J’ai hâte de lui chuchoter légendes et promesses. Quelques ébauches d’histoire. Des histoires à construire. Sans lois ni interdits. Des histoires qui viennent de l’âme. De très loin. Ou de nulle part. Ou d’un monde qui n’a pas encore vu le jour. J’ai hâte de tout lui avouer. Tous mes crimes. Toutes mes défaites.  Ils sont nombreux. Elles sont nombreuses. J’ai hâte de la prendre dans mes bras et d’oublier l’homme que je suis, l’homme que j’étais. J’ai hâte de ne plus avoir hâte de quoi que ce soit. Dieu fasse, fasse qu’elle m’appelle!

 À un moment donné. Donné peut-être par le ciel.  Ou à moment inattendu, le téléphone sonne.  Je décroche. La femme est au bout du fil. Émotion. Très forte émotion.

 - Comment ça? me demande-t-elle.

 - Ça va, ça va mais ça pourrait aller mieux.

 Comme toujours. Les mêmes banalités. Les mots pour se réchauffer avant d’entrer dans la danse de la conversation. À un moment donné, prémédité celui-ci, je lance:

 - Je suis curieux  de voir votre bibliothèque.

 Pas de réponse verbale. Mais un petit rire. Quasi enfantin. Étouffé. Alors je lui dis:

 - Si vous estimez que votre bibliothèque n’est réservée qu’à une élite d’hommes dignes de confiance, faites en sorte que je devienne à vos yeux l’être le plus honorable de la terre afin que je puisse avoir accès à ce trésor.

 Et elle me répond:

 - En somme mes livres ont plus d’importance que moi.

 - Je n’ai jamais dit ça.

 - Mais vous le laissez supposer.

 - Alors je suis maladroit.

 - Peut-être... Soyez  plus direct. Je suis une femme libre et libérée. J’aime les discours clairs et précis. Et je fuis l'ambiguïté. Pour la simple raison que j’ai horreur de m’empoisonner l’existence. Je suis une personne simple et mon histoire est toute simple.

 Alors suite à ces mots, je lui déclare:

 - Eh bien, j’aimerais vous revoir pour mieux vous connaître tout simplement. Pas pour vous séduire. Ni pour vous raconter mes misères.

 - Voilà qui est bien dit!

 Et  elle me fixe un rendez-vous pour après les fêtes. Après Noël, après nouvel an, après cette période chargée d’émotion où les histoires se mêlent les unes aux autres créant ainsi désordre et mélancolie. 

07:30 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer |  Facebook | | | |

Commentaires

Bienheureux sont ceux qui peuvent encore ressentir ce genre d'émotions liées à l'attente d'un coup de fil précédent une rencontre ,on est nombreux à avoir connu ce ressenti d'émotions beaucoup plus longues à évacuer que des coups de colères qui eux trouveront exutoire grâce à une distribution de cœurs en chocolat aux gens rencontrés dans la rue
A défaut d'amour , distribuons-en telle est ma devise ce qui était sans doute aussi la devise de nos Parrains ,les Chocolatiers Suisses
MAGNIFIQUE journée pour Vous Cher Monsieur Vogel

Écrit par : lovejoie | 11/06/2015

Magnifique journée à vous, très chère Lovejoie. Avec ou sans chocolat.

Écrit par : HanK Vogel | 11/06/2015

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