31/05/2015

Un fabricant d'histoires (1, à suivre)

 Un fabricant d'histoires-Hank Vogel.jpgOù est-il l’homme que j’étais? Il s’est perdu dans le désert. Un désert d’asphalte et bruyant. Où il pleut souvent. Trop souvent. Et dire que... Cessez de vous lamenter, me dirait ma concierge. Influencée sans doute par la philosophie de son curé. Qui ignore tout des problèmes relationnels entre un homme et une femme. Le pauvre! Et tant mieux pour lui. Oui, cessez de vous lamenter, me dirait cette femme si bien respectée par les autorités de mon... Non, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas envie de dire. Je corrige. Alors: par les bien installés du pays dans lequel je vis et dans lequel ma concierge vit. Bien entendu! Bien entendu. Mais je n’ai rien à foutre de cette femme. Ni de ceux qui la respectent d’ailleurs. Car elle et ils n’ont pas inventé la poudre. Ni la poudre talc. Tout ce qu’ils ont su créer, c’est ce désert d’asphalte et bruyant. Où il pleut souvent. Trop souvent. Bon, la pluie, ce n’est pas de leur faute. D’accord.  Mais le reste... Cessez de vous lamenter, redirait ma concierge. Je suis ridicule. Alors changeons de disque! Ou passons à l’autre face. Quelle face? L’autre. L’autre tout simplement. Une surprise nous attend. Forcément. S’agit-il  aussi de lamentations ou d’une lamentation? J’espère que non. Alors: pas de désert. D’asphalte et bruyant. Pas de concierge, non plus. Ni ces personnes qui la respectent. Heureusement. Car elles m’ont toujours cassé les oreilles avec leurs discours sans queue ni tête. Mais? Je ne comprends pas.  Où va-t-on? Je suis dans un café. Les tables sont rouges et noires. Rouge sang. Et noir ébène. Une femme entre...

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30/05/2015

Entrez sans frapper (18, fin)

 Le véritable héros meurt dans l’ombre. Le jour, les corbeaux visitent sa tombe. La nuit, seule la lune, quand elle est présente, surveille sa dernière demeure avec admiration. Le bateau de mes sentiments navigue en pleine mer. Une mer d’huile. Je peux dormir sur mes deux oreilles. Le plus et le moins se sont dilués. Le voyage est paisible. Le mal est cendre. Le bien plénitude. À quand la prochaine tempête? Dieu seul le sait. J’accepte ma destinée. Tel un lézard, je me chauffe au soleil. Les plaines sont dorées. Les livres sont ce qu’ils sont. Du bois transformé puis imprimé. Ni plus ni moins. Étonné du silence de la femme en bleu et curieux de connaître ses intentions à mon égard, je compose son numéro. Une première fois. Un deuxième. Une troisième. La quatrième est la bonne, elle est au bout du fil.

 - Vos mots m’ont beaucoup touchée, me dit-elle. Malheureusement, je vais vous décevoir, je ne suis pas libre. Depuis quatre mois, je vis quelque chose de très intense avec quelqu’un...

 Je réponds par des justificatifs insensés. Je parle pour parler. Un mur est là. La Grande Muraille. Elle m’a parlé de portes ouvertes. En cas de malheur, une porte ouverte est une porte de sortie. Quelle organisation! À croire que les femmes sont d’excellentes mathématiciennes. Elles ont du génie. La femme en bleu ne badine pas avec l’amour.  Elle sait ce qu’elle veut. Moi, j’ignore tout du verbe vouloir. Elle est peut-être dans le vrai. Moi dans le faux. Elle est entrée dans ma mémoire sans frapper. Comme si sur mon front, il est inscrit: Entrez sans frapper. Je vais devoir mettre des serrures un peu partout maintenant. Dans mes yeux. Dans mes oreilles. Dans ma bouche. L’indomptable me harponne. Le concret m’est indifférent. Le merveilleux n’est pas encore pour demain. Je fais marche arrière. Je pense à la femme au chapeau rouge. Elle voulait par force entrer sans frapper. Elle n’a pas mérité le temps nécessaire pour  réussir et s’installer. Le monde m’inquiète. Les maisons sont trop attachées, les unes aux autres. Les êtres trop détachés. Je me console avec mes livres. Mes éternels alliés. Je regarde mon stylo. Il est magnifique. Une fois de plus, j’ai plaisanté avec des ombres. J’ai rêvé au merveilleux durant quelques jours. J’ai agi en romantique. Je me suis fait avoir comme un gamin. Je regarde de nouveau mon stylo. Il est encore plus magnifique. Je sens que je vais me mettre à écrire. Une centaine de pages au moins. Ou plus. Il faut que je purge tout mon savoir. Ça y est! J’écris...

Moillesulaz, le 11 avril 1989.

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29/05/2015

Entrez sans frapper (17, à suivre)

 Une odeur de frites me chatouille le nez. Je prends place à deux pas de la sortie. Le restaurant est bondé. Une foule de bureaucrates, de secrétaires et d’ouvriers. Les patrons sont déjà au lit. Je suis seul à une table. Je commande le plat du jour, vin compris. On me sert le plat de la veille. Je ne réclame pas. Je pense aux millions d'affamés dans le monde. Je pense aussi aux milliers de vaniteux qui font des histoires pour un poil de cheveu dans la soupe. Subitement, je pense également à la femme en bleu qui ignore tout de mes sentiments. Au fait quels sentiments? L’envie d’aimer et d’être aimé est-ce un sentiment? Qu’est-ce que cherche exactement? L’âme sœur?  Une complice? Être bien dans ma peau? L’avoir domine l’homme. L’être est quelque part dans les airs. Je suis minable. J’avale mon ballon de rouge. Le vin est un poison qui soigne l’instabilité. À dose raisonnable. Une femme me regarde. Elle est au bout de la salle. Moi, je suis au bout du rouleau. Je mens comme je respire. Mon esprit est un vagabond. Je me souviens d’une nouvelle que j’ai écrite. La mésaventure d’un homme de quarante ans qui est amoureux d’une femme invisible. Il faut être fou pour en arriver là. Je bourre ma pipe. La femme du fond a cessé de me regarder. Elle ne doit pas aimer les fumeurs. Quelqu’un de sa famille est peut-être mort d’un cancer de la gorge. Elle a raison de fuir les fumeurs. Quelle aille au diable! Je paye. Je me libère du plus pressant besoin physiologique après boire et manger et je vais me dégourdir les jambes dans le jardin public le plus proche

 Et me voilà de nouveau face à  ma montagne de livres. La vieille nonne n’a pas bougé d’une semelle, elle déjeune toujours derrière son bureau.

 - Une dame a téléphoné, me dit-elle. Elle vous rappellera.

 - A-t-elle laissé un message?

 - Oui... Non... Elle voulait vous remercier pour votre plaquette de poèmes.

 Zut! Je n’aurais pas dû quitter mon siège.

 - Elle vous rappellera dans l’après-midi, me précise-t-elle.

 Je marche à fond. Je galope. Je cultive l’espérance. La salle de la bibliothèque baigne dans une atmosphère magique. Je suis joyeux comme un enfant. Les livres glissent de mes mains. Je cherche le mot amour dans le dictionnaire. Puis le mot angoisse. Puis le mot espoir. Puis le mot désespoir. Je m’envole. Je rase le sol. Je suis léger. Je suis lourd. De nouveau léger. De nouveau lourd. Les aiguilles de ma montre se moquent de moi. Je me moque de tout. Je suis triste. Personne ne m’a appelé. Mes ailes sont en plomb. Comme un chien battu, je retourne au bercail. Les murs sont gris. Ma matière grise s’effrite. La mélancolie crie victoire. La femme en bleu se fait désirer.

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28/05/2015

Entrez sans frapper (16, à suivre)

 Des hauts, des bas. Tempêtes et silences. L’être et l’avoir. Le fleuve coule. Les sentiers se déplacent. L'homme poursuit sa route. La vie est abstraite. Les sentiments se masquent. Les sentiments se dénudent. Une femme, deux femmes, trois femmes... Je comptabilise les probabilités de mes réussites et de mes échecs. L’ignorance se nourrit d’expériences. L’intelligence d’observations sans remarques. Je suis au point zéro. J’ai la nausée. Non, je me sens pauvre intérieurement. La femme en bleu me fera-t-elle découvrir le merveilleux? Bientôt ou jamais? J’attends son appel. J’attends une déclaration. Une déclaration de guerre. La guerre des illusions. Pourtant, je souhaite une retraite paisible. Près d’un baobab. Ou au bord du lac Titicaca. Ou au sommet d’une montagne de l’Himalaya. Loin des touristes et des adeptes de l’écologie. Très loin des éternelles disputes citadines. Très très loin. J’anticipe. La vie est ici et maintenant. Ma fenêtre donne sur le visible et non pas sur l'invisible. Notre âme est-elle un laboratoire de physique expérimentale? Notre cerveau est-il un laboratoire de chimie postnucléaire? Il y a tant d’explosions en nous. Tant de lois mises à l’épreuve. L’homme parfait n’est pas encore né. Ce fait soulage ma douleur. Devant moi des livres. Derrière moi des livres. Des piles de livres. Des piles qui montent jusqu’au ciel. Je savoure leur immobilité. Quand un bouquin sort de sa rangée, je déguste une volée de poussière. Ma collaboratrice est une vieille nonne défroquée. Qui a préféré le pantalon étroit et provocateur à la robe large aux issus closes. Elle a passé de Jésus à Satan avec un sens de l’humour invraisemblable. Sa virginité fut pour elle un calvaire. Vraiment insupportable. Ses yeux pétillent de désir et sa langue se pointe à chaque conversation dite populairement cochonne. La vieille nonne admire feu l’écrivain Henry Miller. Elle fait du yoga à outrance. Elle se parfume à l’eau de fleurs d’oranger et elle se lave au savon de Marseille. Quand elle éternue, les mouches tombent raides.

 - Ne trouvez-vous pas que les écrivains sont tous un peu fous? me demande-t-elle.

 - Ils sont ce qu’ils rêvent d’être.

 - Qu’est-ce que vous vous voulez dire par là?

 - En écrivant, un écrivain forge son avenir. C’est un menteur qui vomit des vérités. Toujours à cheval entre le réel et l’irréel. Amoureux de la vie, il crache sur l’existence. Amoureux d’une femme, il crache sur la femme. Épouser un écrivain, c’est épouser un roman. Ne vous mariez jamais avec un homme de lettres, vous serez malheureuse toute votre vie. Mais plutôt avec un homme de la rue, vous serez moins désenchanté à la fin de vos jours.

 - Pourquoi vous me dites ça?


 - Parce que vous brûlez d’envie de vous caser.

 - Qu’est-ce qui vous fait croire ça?

 - Vos sourires, vos gestes et votre façon de vous habiller.

 - Cela se voit à ce point-là?

 - Ça se sent.

 Silence. Elle est sans doute fâchée. Déçue de ma franchisse. Mon langage est trop sec. Pas assez flatteur. Ou pas du tout. Sa vie ne m’intéresse guère. Son comportement sonne faux. Je hais les corps qui annoncent la couleur. Qui réclament de la tendresse. Qui distribuent leurs charmes avec des arrières pensées. J’aime les élues simples. Les corps purs.

 - Vous écrivez toujours? me demande la vieille nonne.

 - Chaque fois que j’en ai l’occasion.

 - Qu’est-ce qui vous pousse à écrire?

 - Seul Dieu le sait. Lui ou ses anges.

 - Quelle genre de littérature?
 
 - Celle du cœur et de l’esprit.

 - À la machine ou au stylo?

 - Au stylo... La machine agace mes oreilles. Le stylo partage mes faiblesses. Il  dégage une odeur stimulante. Les sens en prennent un coup. Bénéfique à l’accélération des idées.
 
 - À quelle personne écrivez-vous?

  - Généralement à la première...
 
 - Afin de vous identifier au héros de votre ouvrage?

- Non, afin d’être le plus près possible de la vérité. Le je endosse mes responsabilités. Le il n’engage que l’autre. Un autre que l’on pardonne plus facilement.

 - Vous êtes compliqué.

 - C’est sans doute la raison pour laquelle j’écris.

 - Vous ne devez pas avoir de succès auprès des femmes...
 
 Elle me rejette la pierre. Elle se venge. Aucune importance. Je sais ce que je vaux. Je ne vaux rien d’ailleurs. La quantité est une charge. La qualité une bénédiction. Mieux vaut cohabiter avec une fausse sainte qui prend son pied une fois par année qu’une nymphomane qui vous traite d’impuissant toutes les sept secondes. Midi sonne. J’abandonne les livres, mes meilleurs compagnons. J’abandonne ma collaboratrice, ma meilleure indifférence. Presque. Soyons humains tout de même!

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27/05/2015

Entrez sans frapper (15, à suivre)

 J’ai soif. J’ai faim. J’entre dans la boulangerie où entra la femme en bleu. La boulangère me reconnaît. Elle me transmet les salutations de la femme en bleu. Je tombe des nues. J’achète trois plaques de chocolats. Chez moi, j’allume le gaz. Je l’éteins aussitôt. Je tourne rond. Je joue au lion dans une cage. Au singe devant le miroir. La femme en bleu est une cible dans un imaginaire fécond de sentiments. Je relève de l’annuaire le numéro de son téléphone. Je compose six chiffres. Bientôt sept. Et peut-être plus. Les cités grandissent. Les chiffres augmentent. Je panique. Je coupe. Je recompose les six chiffres. Ça ressonne. Mon cœur palpite. On décroche. Elle s’annonce.

 - Je ne sais pas si vous vous souvenez de moi, dis-je.  Nous nous sommes aperçus l’autre jour près de la boulangerie...

 - Je me souviens très bien, vous êtes Raoul l’écrivain.

 Vais-je lui dire toute la vérité?

 - Vous êtes toujours aussi jolie.

 - Merci.

 Je sens un manque de compliments dans son entourage.

 - Vous me plaisiez à l’époque, je lui avoue.

 - Vous m’en apprenez des choses...

 - Malheureusement, les circonstances de la vie ont fait que...

 Un silence. Elle reprend le flambeau.

 - Vous écrivez toujours?

 - Toujours, toujours et toujours. Et vous que faites-vous?

 - Je suis suis divorcée.
 
 - Je suis au courant.

 - Je sais.

  - ...

 - J’ai deux enfants et je travaille souvent en dehors des heures normales.

 - On pourrait se voir?

 - Bien entendu. Pas dans l’immédiat. Donnez-moi votre numéro de téléphone.

 Je lui donne tous mes chiffres. Ceux de mon domicile et ceux de la bibliothèque. Il y a de la noblesse dans sa voix. A-t-elle de la continuité dans ses idées? Déjà sa voix vaut le déplacement. Cupidon me lance une de ses si nombreuses flèchettes. Nous prenons  congé l’un de l’autre. Je saute au plafond. Je reste immobile. Une statue. Extérieurement froide. Intérieurement bouillante. Je me secoue la tête. La jeunesse me chatouille les organes intimes. Je noie toutes les autres femmes dans l’océan de l’indifférence. Elles disparaissent sans hurler. Je suis heureux pour elles. Je prends de ma commode un exemplaire de mon livre. Je l’ouvre à la première page. La page pour la dédicace et j’écris:

 En attendant de nous écouter ou de nous entendre, lisez-moi. Être votre ami ne m’intéresse pas. Vous aimer: je risquerais bien ma vie pour cela. Car vous êtes entrée silencieusement dans ma mémoire par d’étranges portes inattendues avec un lointain et agréable parfum de jeunesse. Excusez ma plume, elle ne reconnaît aucune frontière face au merveilleux. Sincèrement et poétiquement votre. Raoul.

 Je recopie son adresse sur une enveloppe C5. J’y colle un timbre. Je glisse le bouquin dans l’enveloppe avec fermeture non auto-adhésive mais avec colle. Mes lèvres participent à cette demie folie. Je descend de chez moi. La poste fera le reste.

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26/05/2015

Entrez sans frapper (14, à suivre)

 Les jours saints ont passé. Les nuits diaboliques demeurent. Le christianisme ne m'a jamais envoûté. L’islam et le judaïsme m’ont exclu d’avance. Seul le taoïsme m’a souri un soir d’été. Son sourire m’habite encore. Je hais les temples qui ne servent pas d’hôpital. Je hais tous les lieux où les femmes sont séparés des hommes. Je hais la prière lorsqu'elle est publique. Je hais les chants patriotiques. Je hais la haine lorsqu’elle est injustifiée. Face aux feus de l’enfer, je me bats seul. Face aux pluies paradisiaques, j’entraîne ma bien-aimée. Celui ou celle qui croit me connaître a su se fabriquer une image sur ma personne. Malheureusement, je ne suis personne pour personne. Même Dieu a de la peine à me localiser. C’est pour cette raison-là que je l’admire. Ainsi soit-il! Je freine mes histoires spirituelles. Philosopher sur le dos de son patron, c’est rattraper le temps perdu. Je m’éloigne de mon lieu de travail. Le papier engendré par le bois et les textes par l’esprit dorment maintenant dans un musée que l’on appelle bibliothèque.

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24/05/2015

Entrez sans frapper (13, à suivre)

 Je feuillette l’annuaire téléphonique. La femme en bleu y figure. Je suis sauvé. Mais je ne fais rien. Deux femmes naviguent maintenant dans la zone la plus tendre de mon cerveau. Je contemple ma chambre. Les objets ne sont plus ce qu’ils étaient. L’espérance embellit le décor. L’amour fait disparaître le superficiel. Les neiges fondent, les voiles se déchirent et les miroirs ne reflètent plus que le beau. Je m'installe dans mon fauteuil. Je bourre ma pipe. Je fume sans fumée. Je voyage. Les pommiers sont en fleurs. La lune est omniprésente. Les trains zigzaguent à travers les champs de blé. La joie de vivre pénètre dans la maison. Le brouillard est au fond des eaux. Je nage comme un poisson au large d’une mer chaude. Une mer d’émeraude. Chapeau rouge ou robe bleue? Vers laquelle vais-je m’orienter? Chapeau rouge a-t-elle mis le feu aux poudres? Robe bleue va-t-elle m’accueillir dans son jardin désaffecté? Je rumine. Les nuages de l’incertitude voilent le ciel de ma béatitude. Le mal et le bien s’affrontent. Je me sers à boire. Je bois. Mon sang bouillonne. Le sourire devient rire. L’image de la toute jeune blonde réapparaît. Elle a surgi des ténèbres. Elle est pâle. Terne. Sans idées. Sans messages. Fade voilà le mot. Pourquoi faut-il qu’un nuage en chasse un autre? Plus ou moins. L’homme est un arbre à branches mobiles qui grandit dans la brume du doute. Ses fruits sont âpres. J’exagère. Non, je sombre dans le vrai. La femme à la robe bleue est-elle une madone? La religion écarte le pur de son centre de gravité. J’adore les questions sans réponse. Les histoires qui finissent en queue de poison. Les soupirs incontrôlables. Les gestes qui se hasardent dans le sens contraire de la courtoisie bourgeoise. J’aime bien mâcher mes mots, mes phrases, mes décisions. La vulgarisation de l’insolite est un échec. Le bizarre ne s’explique pas. Ou médiocrement. Le dictionnaire est impuissant. L’auteur désarmé. Le lecteur s'ennuie. Je gomme ces théories passagères. Mon champ d’action est vierge. Prêt à se brûler à d’autres flammes intellectuelles. Le possible est impossible. L’abstrait se concrétise abstraitement. Les images sont de nouveau là. À nouveau là. Elles sont rouges et bleues. Elles vagabondent à travers des campagnes inhabitées. Je suis inquiet. Je cultive cette inquiétude avec passion. Une passion de masochiste. J’allume ma pipe. Mon tabac sent bon. Je pollue ma chambre. Je me pollue avec générosité. Je veux tuer mon inquiétude. Le meurtre est dans l’homme. Nous sommes tous des assassins. Aussi bien le prêtre que le dictateur. Aussi bien le politicien précis que le bandit maladroit. Nous anéantissons par nos mots soi-disant sensés les sentiments fragiles des autres. Je veux tuer, effacer les empruntes de la femme en bleu. Les empruntes d’une vie gâchée. Sa vie avec son ex-mari. Je veux m’infiltrer dans sa peau. Dans ses veines. Dans ses cellules. À coups de caresse. De baiser osé. Je veux l’avoir pour moi tout seul. Je veux qu’elle devienne mon esclave. Qu’elle devienne prisonnière de mes vices. De mes yeux. De mes mains. De mon sexe. De mon odeur. Quel égoïsme! L’avoir est violent. La folie me guette. Ange de la sagesse, viens à mon secours! Je décide de m’endormir. Adieu troublante réalité!

 

Entrez sans frapper, Hank Vogel

 

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23/05/2015

Les pauvres: des putes et des escrocs!

 «L'aide sera moins généreuse pour les jeunes et les grands ménages.»

 Voilà, ce que je viens de découvrir ce matin en lisant les titres des articles concernant l’actualité sur Google.

 Et il me vint aussitôt une idée dans ma tête de retraité indigné depuis de belles lurettes par le système mis en place...

 Puisque l’on cherche à faire de sérieuses économies, commençons par le bon commencement, c’est-à-dire par diminuer de 30% (trente pour cent) les salaires, injustifiés à mon avis, de ceux qui crachent au visage de la jeunesse et des familles nombreuses. En jugeant qu’il y aurait trop de fraudeurs parmi eux, le peuple. Ensuite, supprimons au sein de l’État les incalculables postes de directeur, de sous-directeur, de chef, de sous-chef et leurs inséparables secrétaires qui ne servent à rien, ainsi que tous les services cantons et créons à la place des services fédéraux... Ainsi, il n’y aura plus qu’un seul médecin fédéral au lieu de plusieurs médecins cantonaux, qu’un seul chimiste fédéral, qu’un seul archéologue fédéral, ainsi soit-il.  Après tout, la Suisse n’est qu’un tout petit pays, une ville par rapport à la Chine ou la Russie. 

 Mais non, c’est impossible! Et que faites-vous du fédéralisme? me dirait ma concierge, citoyenne mal payée qui vote toujours pour les riches de peur de perdre son job minable.     

 Finalement, j’ai bien compris, en Suisse, il faut tout donner aux patrons (qui pleurnichent comme des misérables), aux grosses fortunes, aux scientifiques et aux artistes éternellement subventionnés par Berne et arracher le lait de la bouche des enfants pauvres estimant que leurs mères sont des putes et que les jeunes adultes sans emploi, des escrocs.

 P.S. En vérité, je vous le dis: parfois, j'ai honte de vivre parmi de nombreux ingrats.

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22/05/2015

Entrez sans frapper (12, à suivre)

 Les ruelles sont des rues et les rues des avenues. Le travaille ronfle de fatigue. Les travailleurs respirent sous des draps blancs. Ils découvrent la volupté du repos. Quel jour sommes-nous? Le calendrier est plus savant que moi. Je marche avec nonchalance. Je pense avec indifférence. Je remarque tout de même sur les trottoirs les nombreuses crottes de chien. Les mégots. Et les chewing-gums crachés par les bouches insouciantes. La voirie n’a pas encore passé. Je croise un curé. J’ai l’impression que Dieu est sur ses épaules et le diable sur ses genoux. Allah lui serait plus confortable. Un bus vide me rase presque le nez. Je recule d’un pas. J’entends un cri sourd. Une extase forcée probablement. Je bourre ma pipe. Je l’allume. Je l’éteins. Il est trop tôt pour fumer. Je suis prudent avec mes poumons. Mon cœur. Ma gorge. Mon estomac. Mes paupières. Mes narines. Si j'étais médecin, je serais encore plus prudent. Je me laverais les mains toutes les cinq minutes. Et si j’étais gynécologue, toutes les trois secondes. Je veux rompre avec mon passé. Mes rêves inachevés. Mes amours traditionnelles. Je pense à la jeune femme au chapeau rouge. Un tas d’images s’entrecroisent. Des images où elle est toute habillée. Des images où elle est toute nue. Nue et couchée sur une couverture de soie rose. Nue et marchant sur une plage déserte. Habillée et appuyée contre mon dos face à un océan agité. Habillée et serrée contre moi sous une pluie d’étoiles filantes. Le romantisme garde le couple au chaud. L’érotisme au frais. Ou inversement. Je marche pour marcher. Vers nulle part. Vers un ailleurs clair et net. De l’autre côté de la rue, une femme vêtue d’une robe bleue entre dans une boulangerie. Je m’arrête. Je connais cette femme. Je l’ai connue dans un bus, il y a une vingtaine d’années. Son père était médecin. Il l’est peut-être encore. Elle avait une façon toute particulière de sourire et une allure de fausse froide. J’aurais pu l’aimer. L’épouser. Lui faire des enfants. Mais nous nous sommes perdus de vue. Nos horizons étaient différents. Mes promesses étaient pour une autre. Une autre qui ne promettait rien. Une autre qui me fit perdre la tête. Que j’ai eu d’ailleurs du mal à retrouver. Je chasse avec violence ce mauvais souvenir. En  me disant que j’ai été roulé. La femme sort de la boulangerie. Un pain à la main. Vais-je à sa rencontre? Non, j’attends. Elle me remarque. Un inaudible bonjour sort de sa bouche. Un identique bonjour sort également de la mienne. Elle poursuit son chemin. Moi, je fais du surplace. Et si la suivais? Non, j’aurais l’air d’un désaxé sexuel. Ou d’un mendiant de sentiments. Je me rappelle son nom. De jeune fille. J’entre dans la boulangerie. J’achète une plaque de chocolat. Et je dis avec sensibilité à la boulangère tout ce que je sais sur la femme en bleu. La boulangère sensible à ma sensibilité est prise au piège. Elle m’apprend que la femme en bleu est divorcée, qu’elle a deux enfants et qu’elle est physiothérapeute. Et Elle m’apprend aussi qu’elle porte le nom d’un musicien célèbre. Que je garde secret afin de donner du fil à retordre aux esprits trop curieux. Je remercie la boulangère pour son indiscrétion. Je remercie le ciel pour l’éventuel champs libre. Je m'éclipse de ce lieu béni et je rentre chez moi comme une fusée.

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21/05/2015

L'encre libérée (4, à suivre)

 Culturellement parlant, je me sens plus français que suisse.

 Les causes sont difficiles à expliquer. Voire impossibles. Mais je vais tout de même essayer...

 Peut-être, à cause des catalogues de la Manufacture d’armes et de cycles de Saint-Étienne que j’adorais feuilleter quand j’étais enfant.

 Ou, parce que mes parents ont dû se marier au consulat français d’Alexandrie. Étant donné que mon père possédait un passeport français dans lequel il était inscrit: citoyen suisse. Car la Suisse, à cette époque, était représentée en Égypte par ses voisins.

 Ou, encore, parce que le nom de jeune fille de ma grand-mère était Félix et que sa famille était d’origine française.

 Je m’arrête là. Car la pensée est un éternel voyageur capable du meilleur comme du pire.

 

La vieille femme et l'enfant - Hank Vogel.jpg

Sortira prochainement en France, publié par une maison d'édition française.

http://www.ikoreditions.com

 

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20/05/2015

Entrez sans frapper (11, à suivre)

 La chambre est presque vide. Vide de parfum. Vide d’une présence. Les mots s’arrêtent aux murs. Les pensées tournent en rond. Dehors, le printemps a endossé sa chemise d’été. La sève des arbres monte. Les amoureux s’allongent sur l’herbe fraîche et les baisers se multiplient. Je ne compte plus les jours. Plusieurs nuits blanches se sont succédé depuis que j’ai rencontré cette femme au savoir étrange. Je n’ai pas osé l’appeler. L’envie ne me manquait pas. Le courage n’était pas assez fort. Un brouillard d’une multitude de voies aussi s’était installé dans ma cervelle. Trop de femmes se dessinaient dans ce brouillard imaginaire. Trop. J’avais les ailes lourdes et les jambes trop courtes. J’ai suivi le fleuve de mon destin. Les eaux sont encore glacées. Je contemple le plafond de ma chambre. Il est blanc comme la neige. Immaculé. Je flirte avec l’indomptable. Je flirte avec mon imagination. Elle est vide en promesses. Pauvre en révélations. Je singe l’amour solitaire. L’arbre bascule. Les feuilles s’envolent. Je gaspille mes efforts. Mes livres sont fades. Ils ont perdu leurs couleurs. Ils ne me sont d’aucun secours. Je prie. Dieu a pris sa retraite. Les anges ont d’autres projets. Je ne les intéresse pas. Je suis allongé sur mon lit. Je me redresse. Je quitte ce lieu maudit.

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19/05/2015

Entrez sans frapper (10, à suivre)

 Je me sens un petit enfant face à un volcan de surprenantes explications. A-t-elle été la maîtresse du divin? Ma main est prisonnière de la sienne. Je suis une mouche prise dans une toile d’araignée. Une toile élastique, humide et saupoudrée de poussière d’or.

 - Quel âge a-t-elle la femme que vous croyez aimer en ce moment?

 - L’âge n’a aucune importance.

 - Je comprends... J’ai compris, le mur du temps vous sépare. Elle pourrait être ou votre mère ou votre fille, n’est-ce pas?

 - Je dirais ma fille.

 - C’est moins grave que votre mère ou votre grand-mère.

 - Cela aurait été plus facile.

 - Sans doute. Mais moins excitant. Bien que la jeunesse est souvent trop maladroite. Elle est inexpérimentée.

 - Je préfère la maladresse aux gestes préfabriqués.

 - Je suis d’accord avec vous... Parlez-moi d’elle.

 Je décide de poétiser l’image de mes fantasmes.

 - Ses yeux me rappellent le désert et ses soleils éclatants. Sa grandeur, l’horizon. Sa peau, le sable chaud. Quand elle est à trois mètres moi, je me trouve à des milliers de kilomètres d’elle. Je panique. Je perds pied. Je lutte contre les sables mouvants. Quand elle est très très loin de moi, je rumine comme une vache. Je rumine l’herbe de mes images. Elle est indigeste...

 - Vous ne l’aimez pas, vous êtes amoureux d’elle.

 - Quelle différence?

 - C’est énorme. Celui qui est amoureux veut posséder. Celui qui aime partage.

 - On est amoureux d’abord, on aime ensuite. Où est le mal?

 - L’erreur est là. Le nuage passe, on poursuit le ciel. Et quand le ciel est sous l’oreiller, on quitte le lit...

 - Je trouve que vous vous faites une mauvaise opinion sur l’amour.

 - Il ne faut pas confondre poursuite et harmonie. Vous qui écrivez, vous devez le savoir, la plume n’est-elle pas la pelle du chercheur spirituel?

 - Rarement. Elle est la plupart du temps la pelle qui remue les cendres... Les cadavres du passé donnent un mauvais goût aux délices du présent. Les retours en arrière ont le génie de nous faire trébucher avec élégance. Ils nous projettent souvent dans des sphères aigres-douces.

 La jeune femme retire sa main.

 - Je vous fais peur, n’est-ce pas? me dit-elle.

 - J’ai peur quand l’amour se transforme en un laboratoire chimique.

 - Nous sommes de la même race. Du même bord. Du même paysage poétique. Seul le choix des mots nous sépare.

 Elle ouvre son sac à main. Elle y retire une carte de visite. Elle me la glisse dans la poche de ma chemise en me déclarant:

 - Pour vous, je suis disponible jour et nuit.

 Je rêve? Non, c’est la réalité. Elle se lève.

 - Nous nous aimerons un jour, me prédit-elle.

 Ma langue est nouée. Quand la femme est aux anges, l’homme est aux enfers.

 - À très bientôt, me dit-elle.

 - À très bientôt, je répète, planant sur nuage rose.

 Elle quitte l’établissement. Je reviens sur terre. La terre est peuplée par mes silences.  Je prends de ma poche sa carte de visite. Je découvre son prénom, son nom, son adresse et le numéro de son téléphone. Partie, elle est encore plus proche de moi. Que m’arrive-t-il? Je tremble comme une feuille. Je nage dans un océan d’images. Suis-je un poisson harponné par un pécheur insolite? Qui vivra verra!

09:31 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (5) |  Imprimer |  Facebook | | | |

18/05/2015

L'encre libérée (3, à suivre)

6
 Ma mère, traumatisée à cause des bombardements lors de la deuxième guerre mondiale, n’arrivait pas à m’allaiter... Et, c’est grâce au lait en poudre de l’armée britannique, acheté au marché noir par mon père, que j’ai survécu...

 À dix-huit mois, je fus accidentellement brûlé à la poitrine au troisième degré. Nazarian, notre médecin de famille, n’arrivait pas à apaiser mes terribles souffrances et surtout à me soigner... Et, c’est grâce à une pommade de l’armée américaine, acheté légalement par mon père dans un pharmacie tenue par un franc-maçon, que j’ai survécu une seconde fois...

 Si mon père détestait les Anglais, les Américains, les francs-maçons et les vendeurs clandestins, certainement vous n’auriez rien pu lire de tout cela.

7
 Chaque fois que je pense au Docteur Nazarian, je ne peux pas m’empêcher de larmoyer.
 
 Ce gentil médecin arménien, en fuyant la sanglante armée ottomane, perdit sa petite sœur dans la bousculade. Sa main avait brusquement glissé de la sienne. Et il ne la retrouva jamais. Malgré des années, voire des décennies, de recherche.

 Nazarian mourut rongé par la culpabilité. Une culpabilité dont il était nullement responsable.

  Concernant les horreurs de la guerre, les politiciens, même les plus belliqueux, ne cessent de déclarer: Jamais plus cela! Et pourtant, aujourd’hui encore, des milliers de personnes vivent la même tragédie que vécut le Docteur Nazarian au début du siècle dernier.

09:48 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

17/05/2015

L'encre libérée (2, à suivre)

3
 Dans les dictatures, la liberté d’expression est tabou. Car c’est une arme contre le pouvoir en place.

 Dans les démocraties, elle n’est qu’une promesse. Car c’est une arme à double tranchant.

4
 Pour le sage,  la liberté d’expression n’est qu’une illusion. Car si elle existait,  depuis très longtemps la terre toute entière serait un magnifique jardin public ouvert à tous, un jardin sans pancartes ni barrières.

5
 Certains bourgeois considèrent la femme libérée comme une putain.
 
 Pour eux, mon encre libérée mérite-t-elle la même considération?

10:53 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer |  Facebook | | | |

16/05/2015

L'encre libérée (1, à suivre)

1
 La liberté, c’est ma première récréation à l’école enfantine.
 
 Aujourd’hui, après plus d’un demi siècle d’esclavage social, j’ai de la peine à la retrouver.

2
 Face à l’actualité, l’intelligent doute souvent, l’imbécile croit dur comme fer.

 Car derrière le buisson de la vérité, il y a toujours un  journaliste en train de rougir de honte.

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11:07 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

15/05/2015

Entrez sans frapper (9, à suivre)

 Elle écrase sa cigarette dans le cendrier. Ses mains sont soignées. Les doigts sont longs. Les ongles vernis. J’imagine ses mains sur mon corps. Elles me feraient oublier mes misérables et inutiles préoccupations. Le geste serait à la fête. Le mot au dortoir. La pensée au cimetière.

 - Je crois que je ne sais pas aimer, je lui avoue.

 - L’amour n’est pas un savoir. C’est le contraire du savoir. C’est un parfum qui rapproche deux êtres, deux mondes, deux espérances ou deux solitude.

 Subitement, elle se lève.

 - Excusez-moi, me dit-elle.

 Elle se dirige vers les toilettes. Probablement. J’admire ses jambes. Elles sont magnifiques. Je payerais cher pour les caresser. Ses pieds doivent être encore plus magnifiques. Je suppose. Éros serait-il au portillon avant Cupidon? C’est l’histoire de la poule et de l’œuf. La cervelle humaine est une machine trop compliquée. La jeune femme revient. En souriant. Je me tord comme un ver. Ma conscience est inondée de malice. Elle se rassied.

 - Où en étions-nous? dit-elle.

 - À l’amour.

 - Toujours l’amour! Le berceau de l’humanité. L’oasis de nos rêves sucrés. Toujours nos rêves! Là où les larmes s'éternisent...

 - L’homme est un animal qui romantise l’acte de reproduction.

 - L’illusion masque le bestial.

 - Dieu se moque de nous.

 - Il a ses raisons. Les explications n’auraient qu’un air de fausse naïveté.

 Tout-à-coup, elle pose sa main droite sur ma main gauche. Le naturel devient surnaturel. Je tremble intérieurement.

 - Nous devrions essayer de nous aimer, me dit-elle.

 - Oui, oui, pourquoi pas? dis-je tout troublé, ne sachant quoi dire d’autre.

 - Une blonde peut en remplacer une autre.

 Je ne trouve plus mes mots.

 - Qu’a-t-elle de si exceptionnel? me demande-t-elle.

 - Je ne sais pas.

 - L’incompréhension nous engage dans des voies obscures. L’homme est un papillon attiré par le noir. Et la femme un papillon attiré par le vide. Le noir et le vide permettent au couple de se chercher. Et dans cet espace immatériel le couple faute d’éducation se donne un mal de chien à se fabriquer un jardin.

15:01 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer |  Facebook | | | |

14/05/2015

Entrez sans frapper (8, à suivre)

 Est-elle ange, monstre ou spectre? Les apparences sont trompeuses. La connaissance peut-elle se personnifier? Les mots ont une volonté magique. Ils propulsent l’homme dans des sphères nébuleuses où la quiétude est à fleur de peau.
 
 - Qui êtes-vous? je lui demande.

 - La femme que vous attendez. Mais peut-être celle que vous ne méritez pas. Je crois au destin. Pas aux grandes destinées.

 Elle se rallume une cigarette. La première, je n’ai pas eu le temps de la voir se consommer. Les oreilles empêchent souvent les yeux de regarder.

 - Êtes-vous amoureux en ce moment? me demande-telle.

 - Je ne sais pas.

 - Ne trichez pas.

 - Je ne triche pas, j’essaye de me comprendre.

 - Elle est blonde, n’est-ce pas?

 - Comment le savez-vous?

 - Les yeux parlent, la mémoire rumine et le corps transpire.

 - Qui donc vous a enseigné tout cela?

 - L’attention.

 - Quelle attention?

 - La communion avec l’autre, si vous préférez. Celui ou celle qui se trouve en face de vous. Les gens se dévoilent malgré eux.

 - Ça doit être difficile de vivre avec vous.

 - Pourquoi?

 - Parce que l’on ne peut rien vous cacher.

 - La vraie vie conjugale est un miroir. Une fontaine de vérités. Et non pas un puits de mensonges. L’homme et la femme doivent être transparents l’un pour l’autre.

 - La réalité est tout le contraire.

 - Hélas! Les grandes civilisations ont contribué à ce désordre. Un jour tout rentrera dans l’ordre. Dans quelques siècles peut-être. Ou jamais si l’homme persiste à dresser des murs. À baisser les bras avant le moindre effort.

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11:02 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

13/05/2015

Entrez sans frapper (7, à suivre)

 Quelques secondes de silence. L’éternité n’est pas loin. Relativement pas loin. Je vais étaler mon pedigree. Je me jette à l’eau.
 
 - Pour votre gouverne, je m’appelle Raoul Borg. Je travaille dans une bibliothèque de la ville. J’adore écrire. J’ai écrit des poèmes, des nouvelles, des romans et des pièces de théâtre. Mais je n’ai publié qu’une petite plaquette de poèmes faute de temps. Commercialement parlant, je ne suis pas un cas intéressant. Je suis en panne de sentiments et je suis troublé par votre rêve. Et j’estime que les rêves ne valent pas un kopeck lorsqu'ils ne se réalisent pas.

 Elle sourit. Que vais-je inventer d'autre?

 - Je n’ai jamais su aimer. Les femmes sont des montagnes infranchissables.

 - Vous êtes homosexuel?

 - Loin de là.

 - Alors?

 - Je suis à la recherche du merveilleux. De l’union parfaite. Du perpétuel émerveillement. De l’insolite au quotidien.

 - L’amour est un art où la générosité et la compréhension mènent le bal. C’est une maison hantée qu’il faut constamment exorciser. Les fantômes de l’amour ont un pouvoir incroyable. Pourtant, ils ont la faiblesse d'être malheureux. Le vin, comme l’écriture, ne les chasse que provisoirement. Le silence est le meilleur des remèdes.

10:12 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer |  Facebook | | | |

11/05/2015

Entrez sans frapper (6, à suivre)

 Le garçon attend. Elle commande un café noir sans sucre. L'africain se retire. Elle ouvre son sac à main. Une légère odeur d’essence d’eucalyptus me chatouille le nez. Je me mouche. Elle s’allume une cigarette. Une blonde. Elle aussi est blonde. Le garçon pose sa tasse de café noir sans sucre sur la table. Elle le remercie, pour sa rapidité entre autres. Il fait une grimace. Un drôle de sourire sans doute. Elle semble vouloir me demander un conseil. Simple pressentiment.

 - Vous êtes poète? me demande-t-elle.

 Je me suis trompé.

 - Irrégulièrement, je lui réponds.

 Elle me déclare:

 - La poésie est la sœur jumelle de la philosophie. Elle ouvre les porte du beau. La philosophie, celles du vrai. Et quand le beau et le vrai ne font plus qu’un, les jumelles s’éclipsent.

 Je suis jaloux. Ces phrases, j’aurais pu les écrire. Elle les a piquées dans les airs.

 - Vous paraissez pensif, me dit-elle.

 - Je songeais à votre belle image sur la poésie.

 - Elle ne vous plaît pas?

 - Elle me plaît énormément.

 - Et que pensez-vous de mon rêve?

 - Il m’inquiète.

 - L'inquiétude est une mer agitée. Les vagues ne cessent de se briser contre le rocher. La béatitude est une mer d’huile. Les vagues glissent avec douceur autour du rocher.

 Elle est plus poète que moi. Sa poésie coule de source. Elle l’a au bout de la langue. Moi, je l’ai au bout de mon stylo.

 - Comment vous vous appelez? me demande-t-elle.

 - Devinez.

 - Je suis incapable quand on me le demande.

 Elle a raison. Il ne faut pas confondre art et science. Jeux de société et inspiration. Probabilité et miracle.

 - Qu’est-ce que vous faites dans la vie? me demande-t-elle.

 Vérité ou mensonge? J’hésite.

 - Excusez-moi, me dit-elle.

 - Non, non, je réfléchissais...

 - Vous n’aimez pas ce que vous faites. Je sais, on ne choisit pas toujours son métier.  Les accidents de parcours sont nombreux en ce bas monde.

 - Il y a un peu de ça.

 - Moi aussi, j’ai fait un mauvais choix. Et parfois, j’en ai honte... Vous devez me trouver indiscrète, n’est-ce pas?

 - Frappez et on vous ouvrira.

 - Un bon point pour vous.

 - Je préfère les points de suspension.

 - Je ne comprends pas.

 Le sang me monte à la tête. La timidité nous pousse souvent aux âneries. La sincérité mène à tout.

 - Il n’y a rien à comprendre, je suis stupide, dis-je.

 - Vous n’êtes pas stupide, vous êtes gêné, corrige-t-elle.

 - Il y a de fortes chances.

 - C’est une réaction tout-à-fait normale pour un homme normalement constitué... Vous me plaisez parce que vous êtes sensible.

 - Ça dépend des jours.

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10/05/2015

Fête des mères... et des grands-mères

 Pour moi, aujourd'hui, c'est aussi la fête des grands-mères que la société actuelle, qui se dit si charitable, a trop tendance à faire disparaître du regard quotidien des petits enfants... à cause ou grâce, selon sa moralité, aux EMS, antichambres de la mort.

 Alors, pour ma grand-mère que j'ai tant adorée et qui est décédée le jour-même où on l'obligeait à quitter son appartement et à toutes les autres, bien entendu, je dédie ce poème que j'ai écrit en Russie à la naissance de mon petit-fils Gleb:


BABOUCHKA

Je suis la mère
De ta mère
Je suis l’eau

Le lait de ta mère
Coule dans ton sang
Je coule dans tes yeux

Regarde avec tes oreilles
Écoute avec tes yeux
Et tu seras poète

Le monde t’attend
En silence
Avec ses silences

Morts et vivants
Joies et peines
Oiseaux de passage

Écoute-moi, regarde-moi
Je suis ta babouchka
Je suis ton drapeau

Babouchka
Tes larmes, même sèches
Rendent jalouse la Néva

09:26 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer |  Facebook | | | |