28/05/2015

Entrez sans frapper (16, à suivre)

 Des hauts, des bas. Tempêtes et silences. L’être et l’avoir. Le fleuve coule. Les sentiers se déplacent. L'homme poursuit sa route. La vie est abstraite. Les sentiments se masquent. Les sentiments se dénudent. Une femme, deux femmes, trois femmes... Je comptabilise les probabilités de mes réussites et de mes échecs. L’ignorance se nourrit d’expériences. L’intelligence d’observations sans remarques. Je suis au point zéro. J’ai la nausée. Non, je me sens pauvre intérieurement. La femme en bleu me fera-t-elle découvrir le merveilleux? Bientôt ou jamais? J’attends son appel. J’attends une déclaration. Une déclaration de guerre. La guerre des illusions. Pourtant, je souhaite une retraite paisible. Près d’un baobab. Ou au bord du lac Titicaca. Ou au sommet d’une montagne de l’Himalaya. Loin des touristes et des adeptes de l’écologie. Très loin des éternelles disputes citadines. Très très loin. J’anticipe. La vie est ici et maintenant. Ma fenêtre donne sur le visible et non pas sur l'invisible. Notre âme est-elle un laboratoire de physique expérimentale? Notre cerveau est-il un laboratoire de chimie postnucléaire? Il y a tant d’explosions en nous. Tant de lois mises à l’épreuve. L’homme parfait n’est pas encore né. Ce fait soulage ma douleur. Devant moi des livres. Derrière moi des livres. Des piles de livres. Des piles qui montent jusqu’au ciel. Je savoure leur immobilité. Quand un bouquin sort de sa rangée, je déguste une volée de poussière. Ma collaboratrice est une vieille nonne défroquée. Qui a préféré le pantalon étroit et provocateur à la robe large aux issus closes. Elle a passé de Jésus à Satan avec un sens de l’humour invraisemblable. Sa virginité fut pour elle un calvaire. Vraiment insupportable. Ses yeux pétillent de désir et sa langue se pointe à chaque conversation dite populairement cochonne. La vieille nonne admire feu l’écrivain Henry Miller. Elle fait du yoga à outrance. Elle se parfume à l’eau de fleurs d’oranger et elle se lave au savon de Marseille. Quand elle éternue, les mouches tombent raides.

 - Ne trouvez-vous pas que les écrivains sont tous un peu fous? me demande-t-elle.

 - Ils sont ce qu’ils rêvent d’être.

 - Qu’est-ce que vous vous voulez dire par là?

 - En écrivant, un écrivain forge son avenir. C’est un menteur qui vomit des vérités. Toujours à cheval entre le réel et l’irréel. Amoureux de la vie, il crache sur l’existence. Amoureux d’une femme, il crache sur la femme. Épouser un écrivain, c’est épouser un roman. Ne vous mariez jamais avec un homme de lettres, vous serez malheureuse toute votre vie. Mais plutôt avec un homme de la rue, vous serez moins désenchanté à la fin de vos jours.

 - Pourquoi vous me dites ça?


 - Parce que vous brûlez d’envie de vous caser.

 - Qu’est-ce qui vous fait croire ça?

 - Vos sourires, vos gestes et votre façon de vous habiller.

 - Cela se voit à ce point-là?

 - Ça se sent.

 Silence. Elle est sans doute fâchée. Déçue de ma franchisse. Mon langage est trop sec. Pas assez flatteur. Ou pas du tout. Sa vie ne m’intéresse guère. Son comportement sonne faux. Je hais les corps qui annoncent la couleur. Qui réclament de la tendresse. Qui distribuent leurs charmes avec des arrières pensées. J’aime les élues simples. Les corps purs.

 - Vous écrivez toujours? me demande la vieille nonne.

 - Chaque fois que j’en ai l’occasion.

 - Qu’est-ce qui vous pousse à écrire?

 - Seul Dieu le sait. Lui ou ses anges.

 - Quelle genre de littérature?
 
 - Celle du cœur et de l’esprit.

 - À la machine ou au stylo?

 - Au stylo... La machine agace mes oreilles. Le stylo partage mes faiblesses. Il  dégage une odeur stimulante. Les sens en prennent un coup. Bénéfique à l’accélération des idées.
 
 - À quelle personne écrivez-vous?

  - Généralement à la première...
 
 - Afin de vous identifier au héros de votre ouvrage?

- Non, afin d’être le plus près possible de la vérité. Le je endosse mes responsabilités. Le il n’engage que l’autre. Un autre que l’on pardonne plus facilement.

 - Vous êtes compliqué.

 - C’est sans doute la raison pour laquelle j’écris.

 - Vous ne devez pas avoir de succès auprès des femmes...
 
 Elle me rejette la pierre. Elle se venge. Aucune importance. Je sais ce que je vaux. Je ne vaux rien d’ailleurs. La quantité est une charge. La qualité une bénédiction. Mieux vaut cohabiter avec une fausse sainte qui prend son pied une fois par année qu’une nymphomane qui vous traite d’impuissant toutes les sept secondes. Midi sonne. J’abandonne les livres, mes meilleurs compagnons. J’abandonne ma collaboratrice, ma meilleure indifférence. Presque. Soyons humains tout de même!

10:23 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer |  Facebook | | | |

Commentaires

A propos de cœur et d'esprit on a dénonce la suppression du grec et du latin mais tu trop une autre "renonciation" promesse française: intention non voilée de "suppression de l'accompagnement éducatif" dans les collèges de France, soit:

Aide aux devoirs et leçons
Pratique artistique et culturelle
Pratique sportive
Langues vivantes

dont 59,1% aide aux devoirs
23,% pratique artistique et culturelle

Destiné à des jeunes qui ne devenaient pas étudiants, sans doute, mais gardaient bon souvenir de l'école avec, pour plus tard, soif de culture et de perfectionnement selon le potentiel propre à chacun, moyens et loisirs.

Scandaleux, non?

Justification: caisses vides.

Lorsque réaliser des économies s'impose pourquoi taper toujours lâchement sur les mêmes, c'est-à-dire ceux des classes les plus défavorisées?!
Parce que c'est au plus facile, au moins dangereux?!

Comment peut-on à la fois sortir de l'ENA tout en étant "au plus couillon" comme "au plus trouillard"?!

Tiens! une idée pour un nom d'établissement public français.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 28/05/2015

Les livres en effet sont de merveilleux et fidèles compagnons ,même défraichis ils sont toujours présents pour nous donner envie de nous isoler en imaginant qu'on est entrain de boire un thé vert sur une terrasse à Tunis ou ailleurs pour se désintoxiquer des articles poubelles meublant et ce de plus en plus de médias qui n'ont bientôt plus rien à envier à certains souks sauf qu'une fois ressortis de ces derniers on aura quelque chose de beau à emporter et plaisir à regarder
Très belle soirée pour Vous Monsieur Vogel

Écrit par : lovejoie | 28/05/2015

Très belle soirée à vous , chère Lovejoie.

Écrit par : HanK Vogel | 28/05/2015

P.S. Le langage de la rue n'est pas celui des élites sorties de l'ENA.

Stupéfiant! En France on retire puis, suivant où, on remet la police de proximité qui, tel le Père Guy Gilbert en son temps, aborde les jeunes en difficulté avant passages variés à la délinquance.
Puis, comme écrit ci-dessus, mise à sac de l'aide aux devoirs, d'un modeste complément culturel ainsi que sports et langues vivantes le tout indispensable à des jeunes qui non appelés aux études auront évidemment besoin de pouvoir, à l'aide de la lecture, de l'écriture et des maths élémentaires, suivre leurs cours d'apprentissage. On l'enseigne: sans vérité, peu de force.
Sans force, déficit d'intelligence (signé Vivekânanda)!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 28/05/2015

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