27/05/2015

Entrez sans frapper (15, à suivre)

 J’ai soif. J’ai faim. J’entre dans la boulangerie où entra la femme en bleu. La boulangère me reconnaît. Elle me transmet les salutations de la femme en bleu. Je tombe des nues. J’achète trois plaques de chocolats. Chez moi, j’allume le gaz. Je l’éteins aussitôt. Je tourne rond. Je joue au lion dans une cage. Au singe devant le miroir. La femme en bleu est une cible dans un imaginaire fécond de sentiments. Je relève de l’annuaire le numéro de son téléphone. Je compose six chiffres. Bientôt sept. Et peut-être plus. Les cités grandissent. Les chiffres augmentent. Je panique. Je coupe. Je recompose les six chiffres. Ça ressonne. Mon cœur palpite. On décroche. Elle s’annonce.

 - Je ne sais pas si vous vous souvenez de moi, dis-je.  Nous nous sommes aperçus l’autre jour près de la boulangerie...

 - Je me souviens très bien, vous êtes Raoul l’écrivain.

 Vais-je lui dire toute la vérité?

 - Vous êtes toujours aussi jolie.

 - Merci.

 Je sens un manque de compliments dans son entourage.

 - Vous me plaisiez à l’époque, je lui avoue.

 - Vous m’en apprenez des choses...

 - Malheureusement, les circonstances de la vie ont fait que...

 Un silence. Elle reprend le flambeau.

 - Vous écrivez toujours?

 - Toujours, toujours et toujours. Et vous que faites-vous?

 - Je suis suis divorcée.
 
 - Je suis au courant.

 - Je sais.

  - ...

 - J’ai deux enfants et je travaille souvent en dehors des heures normales.

 - On pourrait se voir?

 - Bien entendu. Pas dans l’immédiat. Donnez-moi votre numéro de téléphone.

 Je lui donne tous mes chiffres. Ceux de mon domicile et ceux de la bibliothèque. Il y a de la noblesse dans sa voix. A-t-elle de la continuité dans ses idées? Déjà sa voix vaut le déplacement. Cupidon me lance une de ses si nombreuses flèchettes. Nous prenons  congé l’un de l’autre. Je saute au plafond. Je reste immobile. Une statue. Extérieurement froide. Intérieurement bouillante. Je me secoue la tête. La jeunesse me chatouille les organes intimes. Je noie toutes les autres femmes dans l’océan de l’indifférence. Elles disparaissent sans hurler. Je suis heureux pour elles. Je prends de ma commode un exemplaire de mon livre. Je l’ouvre à la première page. La page pour la dédicace et j’écris:

 En attendant de nous écouter ou de nous entendre, lisez-moi. Être votre ami ne m’intéresse pas. Vous aimer: je risquerais bien ma vie pour cela. Car vous êtes entrée silencieusement dans ma mémoire par d’étranges portes inattendues avec un lointain et agréable parfum de jeunesse. Excusez ma plume, elle ne reconnaît aucune frontière face au merveilleux. Sincèrement et poétiquement votre. Raoul.

 Je recopie son adresse sur une enveloppe C5. J’y colle un timbre. Je glisse le bouquin dans l’enveloppe avec fermeture non auto-adhésive mais avec colle. Mes lèvres participent à cette demie folie. Je descend de chez moi. La poste fera le reste.

09:20 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer |  Facebook | | | |

Commentaires

Bien le bonjour Cher Monsieur Vogel
Vos écrits romantiques suivis d'une heure d'écoute de Robert Lamoureux que demander de plus ,rien que du bonheur surtout quand on sait que l'amour romantique ne se nourri que d'illusions
Vous me direz vous savez vous contenter de peu ,en effet mais ce peu qui représente beaucoup n'attirera jamais les voleurs ,très grande certitude/rire
Très belle fin de journée pour Vous Cher Monsieur

Écrit par : lovejoie | 27/05/2015

Très belle fin de journée à vous, chère Lovejoie.

Écrit par : HanK Vogel | 27/05/2015

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