24/05/2015

Entrez sans frapper (13, à suivre)

 Je feuillette l’annuaire téléphonique. La femme en bleu y figure. Je suis sauvé. Mais je ne fais rien. Deux femmes naviguent maintenant dans la zone la plus tendre de mon cerveau. Je contemple ma chambre. Les objets ne sont plus ce qu’ils étaient. L’espérance embellit le décor. L’amour fait disparaître le superficiel. Les neiges fondent, les voiles se déchirent et les miroirs ne reflètent plus que le beau. Je m'installe dans mon fauteuil. Je bourre ma pipe. Je fume sans fumée. Je voyage. Les pommiers sont en fleurs. La lune est omniprésente. Les trains zigzaguent à travers les champs de blé. La joie de vivre pénètre dans la maison. Le brouillard est au fond des eaux. Je nage comme un poisson au large d’une mer chaude. Une mer d’émeraude. Chapeau rouge ou robe bleue? Vers laquelle vais-je m’orienter? Chapeau rouge a-t-elle mis le feu aux poudres? Robe bleue va-t-elle m’accueillir dans son jardin désaffecté? Je rumine. Les nuages de l’incertitude voilent le ciel de ma béatitude. Le mal et le bien s’affrontent. Je me sers à boire. Je bois. Mon sang bouillonne. Le sourire devient rire. L’image de la toute jeune blonde réapparaît. Elle a surgi des ténèbres. Elle est pâle. Terne. Sans idées. Sans messages. Fade voilà le mot. Pourquoi faut-il qu’un nuage en chasse un autre? Plus ou moins. L’homme est un arbre à branches mobiles qui grandit dans la brume du doute. Ses fruits sont âpres. J’exagère. Non, je sombre dans le vrai. La femme à la robe bleue est-elle une madone? La religion écarte le pur de son centre de gravité. J’adore les questions sans réponse. Les histoires qui finissent en queue de poison. Les soupirs incontrôlables. Les gestes qui se hasardent dans le sens contraire de la courtoisie bourgeoise. J’aime bien mâcher mes mots, mes phrases, mes décisions. La vulgarisation de l’insolite est un échec. Le bizarre ne s’explique pas. Ou médiocrement. Le dictionnaire est impuissant. L’auteur désarmé. Le lecteur s'ennuie. Je gomme ces théories passagères. Mon champ d’action est vierge. Prêt à se brûler à d’autres flammes intellectuelles. Le possible est impossible. L’abstrait se concrétise abstraitement. Les images sont de nouveau là. À nouveau là. Elles sont rouges et bleues. Elles vagabondent à travers des campagnes inhabitées. Je suis inquiet. Je cultive cette inquiétude avec passion. Une passion de masochiste. J’allume ma pipe. Mon tabac sent bon. Je pollue ma chambre. Je me pollue avec générosité. Je veux tuer mon inquiétude. Le meurtre est dans l’homme. Nous sommes tous des assassins. Aussi bien le prêtre que le dictateur. Aussi bien le politicien précis que le bandit maladroit. Nous anéantissons par nos mots soi-disant sensés les sentiments fragiles des autres. Je veux tuer, effacer les empruntes de la femme en bleu. Les empruntes d’une vie gâchée. Sa vie avec son ex-mari. Je veux m’infiltrer dans sa peau. Dans ses veines. Dans ses cellules. À coups de caresse. De baiser osé. Je veux l’avoir pour moi tout seul. Je veux qu’elle devienne mon esclave. Qu’elle devienne prisonnière de mes vices. De mes yeux. De mes mains. De mon sexe. De mon odeur. Quel égoïsme! L’avoir est violent. La folie me guette. Ange de la sagesse, viens à mon secours! Je décide de m’endormir. Adieu troublante réalité!

 

Entrez sans frapper, Hank Vogel

 

10:37 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer |  Facebook | | | |

Commentaires

Bien le bonsoir Cher Monsieur Vogel
J'adore les questions sans réponse dites-vous ce qui a sûrement été le cas d'un prof de maths qui un jour nous a servi une équation à 13 inconnues,heureusement qu'il n'avait pas lu votre charmant billet sinon elle aurait été à 14 inconnues voire davantage et nous serions encore à chercher la solution/rire
Toute belle soirée pour Vous Cher Monsieur

Écrit par : lovejoie | 24/05/2015

Bonne soirée à vous, chère Lovejoie.

Écrit par : HanK Vogel | 24/05/2015

Voyez vous Cher Monsieur Vogel je ne sais pas si c'est une particularité des enfants victimes du syndrome de Munchhausen mais en lisant vos billets les mots,phrases coulent comme un océan de miel dans notre cerveau
Point de prises de tête inutiles ,point de fioritures excepté les sentiments personnels que vous avez à cœur de transmettre à d'autres
Vos billets sont une sorte de tapis volant pour stimuler l'esprit des lecteurs désabusés par ce monde d'hypocrites qui critiquent tout mais sans apporter de solutions ou qui seront pires que le mal nécessaire pour stimuler un monde d'endormis qui veut tout diriger en contrôlant et critiquant tout et sans jamais se remettre en cause personnellement
Finalement vos billets sont du pur Bio à cent pour cent !
Ce qui devrait inciter de nombreux environnementalistes à venir les déguster,que dis-je les savourer /rire
Excellent lundi de Pentacosta pour Vous Cher Monsieur

Écrit par : lovejoie | 25/05/2015

Excellent lundi de Pentecôte à vous, très chère Lovejoie.

Mille mercis pour tout ce vous dites et pensez de moi. Mais si j'écris c'est avant toute chose pour alléger mon égo et effacer les cicatrices du conditionnement social... afin de découvrir le merveilleux, l'extase suprême qui ne dure qu'une fraction de seconde. J'ai ressenti cela trois fois dans ma vie. En présence de mon premier amour, en plein désert et dans l'Himalaya. C'est une gymnastique quotidienne. Si le fruit de mon travail apporte en plus quelques moments de plaisir, de bienêtre, aux autres, je ne suis nullement responsable... Malgré moi, je ne suis qu'une rose qui offre au monde son parfum.

Écrit par : HanK Vogel | 25/05/2015

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