19/05/2015

Entrez sans frapper (10, à suivre)

 Je me sens un petit enfant face à un volcan de surprenantes explications. A-t-elle été la maîtresse du divin? Ma main est prisonnière de la sienne. Je suis une mouche prise dans une toile d’araignée. Une toile élastique, humide et saupoudrée de poussière d’or.

 - Quel âge a-t-elle la femme que vous croyez aimer en ce moment?

 - L’âge n’a aucune importance.

 - Je comprends... J’ai compris, le mur du temps vous sépare. Elle pourrait être ou votre mère ou votre fille, n’est-ce pas?

 - Je dirais ma fille.

 - C’est moins grave que votre mère ou votre grand-mère.

 - Cela aurait été plus facile.

 - Sans doute. Mais moins excitant. Bien que la jeunesse est souvent trop maladroite. Elle est inexpérimentée.

 - Je préfère la maladresse aux gestes préfabriqués.

 - Je suis d’accord avec vous... Parlez-moi d’elle.

 Je décide de poétiser l’image de mes fantasmes.

 - Ses yeux me rappellent le désert et ses soleils éclatants. Sa grandeur, l’horizon. Sa peau, le sable chaud. Quand elle est à trois mètres moi, je me trouve à des milliers de kilomètres d’elle. Je panique. Je perds pied. Je lutte contre les sables mouvants. Quand elle est très très loin de moi, je rumine comme une vache. Je rumine l’herbe de mes images. Elle est indigeste...

 - Vous ne l’aimez pas, vous êtes amoureux d’elle.

 - Quelle différence?

 - C’est énorme. Celui qui est amoureux veut posséder. Celui qui aime partage.

 - On est amoureux d’abord, on aime ensuite. Où est le mal?

 - L’erreur est là. Le nuage passe, on poursuit le ciel. Et quand le ciel est sous l’oreiller, on quitte le lit...

 - Je trouve que vous vous faites une mauvaise opinion sur l’amour.

 - Il ne faut pas confondre poursuite et harmonie. Vous qui écrivez, vous devez le savoir, la plume n’est-elle pas la pelle du chercheur spirituel?

 - Rarement. Elle est la plupart du temps la pelle qui remue les cendres... Les cadavres du passé donnent un mauvais goût aux délices du présent. Les retours en arrière ont le génie de nous faire trébucher avec élégance. Ils nous projettent souvent dans des sphères aigres-douces.

 La jeune femme retire sa main.

 - Je vous fais peur, n’est-ce pas? me dit-elle.

 - J’ai peur quand l’amour se transforme en un laboratoire chimique.

 - Nous sommes de la même race. Du même bord. Du même paysage poétique. Seul le choix des mots nous sépare.

 Elle ouvre son sac à main. Elle y retire une carte de visite. Elle me la glisse dans la poche de ma chemise en me déclarant:

 - Pour vous, je suis disponible jour et nuit.

 Je rêve? Non, c’est la réalité. Elle se lève.

 - Nous nous aimerons un jour, me prédit-elle.

 Ma langue est nouée. Quand la femme est aux anges, l’homme est aux enfers.

 - À très bientôt, me dit-elle.

 - À très bientôt, je répète, planant sur nuage rose.

 Elle quitte l’établissement. Je reviens sur terre. La terre est peuplée par mes silences.  Je prends de ma poche sa carte de visite. Je découvre son prénom, son nom, son adresse et le numéro de son téléphone. Partie, elle est encore plus proche de moi. Que m’arrive-t-il? Je tremble comme une feuille. Je nage dans un océan d’images. Suis-je un poisson harponné par un pécheur insolite? Qui vivra verra!

09:31 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (5) |  Imprimer |  Facebook | | | |

Commentaires

On ne se lasse jamais de découvrir vos charmants billets Cher Monsieur Vogel
au sujet de l'amour qui se transforme en laboratoire chimique on peut se demander si ce n'est pas ce genre d'idée qui a germé dans l'esprit de nombreux maitres pâtissiers pour attirer les regards des galants afin qu'ils n'arrivent jamais les mains vides chez leurs gentes dames,allez savoir/rire
Très belle fin de journée pour Vous Cher monsieur

Écrit par : lovejoie | 19/05/2015

Bonne soirée, très chère Lovejoie.

Vous êtes la seule lectrice (de mes billets) qui me fait souvent sourire et qui m'écrit régulièrement. Ce qui me permet de me dire: Heureusement, je ne suis pas en train de prêcher dans le désert des hommes où même l'écho s'effrite face au silence.

Une maison d'édition française va bientôt publier, selon moi, mon plus roman de mes romans. Et, bien entendu, comme Rato, il prendra la route pour Colombier... Mais patience!

Écrit par : HanK Vogel | 19/05/2015

@Monsieur Vogel
De la patience j'en ai à revendre c'est d'ailleurs ce qui m'a été souvent reproché mais on ne se refait pas dit-on!
Et votre blog est un des rares à permettre aux organismes usés d'avoir tant et tant écouté de stupidités humaines qu'on ne s'en lassera jamais
*Reviens'y* vient de partir pour vous rejoindre et j'espère qu'il arrivera en parfaite condition pour ce que vous savez/rire
Très belle journée pour Vous Cher Monsieur

Écrit par : lovejoie | 20/05/2015

Très belle journée à vous, chère Lovejoie.

Mille mercis, d'avance, pour les "Reviens'y". Je me réjouis déjà!

Écrit par : HanK Vogel | 20/05/2015

Concernant* Reviens'y *je ne regrette qu'une seule chose c'est de n'avoir pu le revêtir des certaines décoration lui revenant de droit mais Pentacosta arrivant la vitesse a précipité son départ
Heureusement il sera accueilli par de très braves gens qui ne tiendront pas rigueur de cet empressement ce qui est rassurant/rire
Très bon jeudi pour Vous Cher Monsieur Vogel

Écrit par : lovejoie | 21/05/2015

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