15/05/2015

Entrez sans frapper (9, à suivre)

 Elle écrase sa cigarette dans le cendrier. Ses mains sont soignées. Les doigts sont longs. Les ongles vernis. J’imagine ses mains sur mon corps. Elles me feraient oublier mes misérables et inutiles préoccupations. Le geste serait à la fête. Le mot au dortoir. La pensée au cimetière.

 - Je crois que je ne sais pas aimer, je lui avoue.

 - L’amour n’est pas un savoir. C’est le contraire du savoir. C’est un parfum qui rapproche deux êtres, deux mondes, deux espérances ou deux solitude.

 Subitement, elle se lève.

 - Excusez-moi, me dit-elle.

 Elle se dirige vers les toilettes. Probablement. J’admire ses jambes. Elles sont magnifiques. Je payerais cher pour les caresser. Ses pieds doivent être encore plus magnifiques. Je suppose. Éros serait-il au portillon avant Cupidon? C’est l’histoire de la poule et de l’œuf. La cervelle humaine est une machine trop compliquée. La jeune femme revient. En souriant. Je me tord comme un ver. Ma conscience est inondée de malice. Elle se rassied.

 - Où en étions-nous? dit-elle.

 - À l’amour.

 - Toujours l’amour! Le berceau de l’humanité. L’oasis de nos rêves sucrés. Toujours nos rêves! Là où les larmes s'éternisent...

 - L’homme est un animal qui romantise l’acte de reproduction.

 - L’illusion masque le bestial.

 - Dieu se moque de nous.

 - Il a ses raisons. Les explications n’auraient qu’un air de fausse naïveté.

 Tout-à-coup, elle pose sa main droite sur ma main gauche. Le naturel devient surnaturel. Je tremble intérieurement.

 - Nous devrions essayer de nous aimer, me dit-elle.

 - Oui, oui, pourquoi pas? dis-je tout troublé, ne sachant quoi dire d’autre.

 - Une blonde peut en remplacer une autre.

 Je ne trouve plus mes mots.

 - Qu’a-t-elle de si exceptionnel? me demande-t-elle.

 - Je ne sais pas.

 - L’incompréhension nous engage dans des voies obscures. L’homme est un papillon attiré par le noir. Et la femme un papillon attiré par le vide. Le noir et le vide permettent au couple de se chercher. Et dans cet espace immatériel le couple faute d’éducation se donne un mal de chien à se fabriquer un jardin.

15:01 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer |  Facebook | | | |

Commentaires

Cher Monsieur Vogel
Le dernier paragraphe ressemble à la période de la création du célèbre Jardin D'Eden inconnu de tous mais imaginé par beaucoup
ou l'homme et la femme attirés par le noir de la lune noire ou l'éclipse profitent depuis la nuit des temps pour se rencontrer à 'abri des regards
curieux
Et Dieu créant la lune et les étoiles mis au point lui -même ce petit stratège sachant que la perfection humaine n'existerait jamais
Cependant en vous lisant ,je me dis que les rencontres actuelles comme des Steep dating c'est vraiment pure perte de temps et d'argent
Sans oublier qu'une poignée de mains absentes lors de ces rencontres organisées permet de deviner très vite si l'autre est sincère ou pas
Mais à chacun son époque n'est-il pont vrai (rire
Bien le bonjour Cher Monsieur et surtout bon dimanche

Écrit par : lovejoie | 16/05/2015

Bon dimanche à vous, chère Lovejoie.

Quand le soleil brille, Dieu est là... Et aujourd'hui il brille à merveille.
Dans notre petit jardin d'Éden, ma femme a planté un cerisier et deux pommiers afin que le Diable se donne un mal de chien à trouver lequel des trois arbres est le plus vulnérable.

Écrit par : HanK Vogel | 16/05/2015

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