11/05/2015

Entrez sans frapper (6, à suivre)

 Le garçon attend. Elle commande un café noir sans sucre. L'africain se retire. Elle ouvre son sac à main. Une légère odeur d’essence d’eucalyptus me chatouille le nez. Je me mouche. Elle s’allume une cigarette. Une blonde. Elle aussi est blonde. Le garçon pose sa tasse de café noir sans sucre sur la table. Elle le remercie, pour sa rapidité entre autres. Il fait une grimace. Un drôle de sourire sans doute. Elle semble vouloir me demander un conseil. Simple pressentiment.

 - Vous êtes poète? me demande-t-elle.

 Je me suis trompé.

 - Irrégulièrement, je lui réponds.

 Elle me déclare:

 - La poésie est la sœur jumelle de la philosophie. Elle ouvre les porte du beau. La philosophie, celles du vrai. Et quand le beau et le vrai ne font plus qu’un, les jumelles s’éclipsent.

 Je suis jaloux. Ces phrases, j’aurais pu les écrire. Elle les a piquées dans les airs.

 - Vous paraissez pensif, me dit-elle.

 - Je songeais à votre belle image sur la poésie.

 - Elle ne vous plaît pas?

 - Elle me plaît énormément.

 - Et que pensez-vous de mon rêve?

 - Il m’inquiète.

 - L'inquiétude est une mer agitée. Les vagues ne cessent de se briser contre le rocher. La béatitude est une mer d’huile. Les vagues glissent avec douceur autour du rocher.

 Elle est plus poète que moi. Sa poésie coule de source. Elle l’a au bout de la langue. Moi, je l’ai au bout de mon stylo.

 - Comment vous vous appelez? me demande-t-elle.

 - Devinez.

 - Je suis incapable quand on me le demande.

 Elle a raison. Il ne faut pas confondre art et science. Jeux de société et inspiration. Probabilité et miracle.

 - Qu’est-ce que vous faites dans la vie? me demande-t-elle.

 Vérité ou mensonge? J’hésite.

 - Excusez-moi, me dit-elle.

 - Non, non, je réfléchissais...

 - Vous n’aimez pas ce que vous faites. Je sais, on ne choisit pas toujours son métier.  Les accidents de parcours sont nombreux en ce bas monde.

 - Il y a un peu de ça.

 - Moi aussi, j’ai fait un mauvais choix. Et parfois, j’en ai honte... Vous devez me trouver indiscrète, n’est-ce pas?

 - Frappez et on vous ouvrira.

 - Un bon point pour vous.

 - Je préfère les points de suspension.

 - Je ne comprends pas.

 Le sang me monte à la tête. La timidité nous pousse souvent aux âneries. La sincérité mène à tout.

 - Il n’y a rien à comprendre, je suis stupide, dis-je.

 - Vous n’êtes pas stupide, vous êtes gêné, corrige-t-elle.

 - Il y a de fortes chances.

 - C’est une réaction tout-à-fait normale pour un homme normalement constitué... Vous me plaisez parce que vous êtes sensible.

 - Ça dépend des jours.

09:53 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer |  Facebook | | | |

Commentaires

il est vrai que la sensibilité de l'écrivain se retrouve dans chacun de vos texte Cher Monsieur Vogel
Sensibilité à ne pas confondre avec sensiblerie laquelle on le voit aujourd'hui conduit à des raisonnements affectant de plus en plus le comportement naturel de nombreux animaux remplacés par des humain qui devraient ressortir des oubliettes l'adage qui dit ,on est pas des bœufs on fait ce qu'on peut!
Très belle soirée pour Vous Monsieur

Écrit par : lovejoie | 11/05/2015

Très belle soirée à vous, chère Love joie.

Écrit par : HanK Vogel | 11/05/2015

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