08/05/2015

Entrez sans frapper (4, à suivre)

 Je rentre chez moi la tête chargée de négations. Je feuillette un livre. Je le remets dans la bibliothèque. Il est trop difficile. Pour l’instant. À l'instant. En ce moment. Ma famille a pris la fuite. Elle ne supportait plus mon comportement brusquement agressif. J’ouvre le tiroir de ma commode. Les vrais secrets n’ont pas de couverture. Je prends un manuscrit sans titre et je lis ces quelques lignes:

    Aimer. Haïr. Jouir. Se taire et regretter. Les corbeaux croassent et les crapauds coassent. L’éducation m’a imposé ses règles. La fleur à la boutonnière, je pars à la guerre. Contre les moissonneurs de mes rêves d’enfant. Contre les bourreaux de mes passions. Je veux vivre comme un oiseau. Passer d’un arbre à un autre arbre. Sans devoir présenter mes papiers. Sans devoir, ni raison. J’aimerais pleurer à chaque couché de soleil. Et rire de joie aux aurores. Salé ou sucré, le pain serait bénédiction. Mais les juges sont là. Et moi, je suis las qu’ils soient là. Ils jugent trop ces juges sans jugement. Ils m’ont montré le faux avant le vrai. Et l’indigne avant le noble. Je ferais volontiers marche arrière. Mais à quoi bon? Mon âme saigne. Et mon seul palliatif, c’est... mes mots. Alors? Merci pour vos erreurs.

    Je referme le manuscrit. La déception est là. Je m’allonge sur mon lit. Je ferme les yeux. Mon esprit s’ouvre.

    Une jeune femme s’approche de moi. Elle a un pouvoir paralysant. Elle sait que je l’attendais. Elle sait que je suis amoureux d’elle et que je suis capable de perdre ma vie pour elle. Et elle sait aussi que j’ignore tout d’elle. Je suis prêt à me mettre nu. Mais j’ai honte. J’ai honte de mes expériences sexuelles. Un mur est là. Un vide est là. La peur est là. Tous les faux frères sont là. Décidés à m’enfoncer dans l’absurde.

    J’ouvre les yeux. La femme est ailleurs. Chez sa mère ou dans les bras d’un autre. Cet autre que je refuse de reconnaître. Cet autre que je préfère inexistant. Je regarde mes mains. Elles ont gaspillé tant de caresses. Elles ont tremblé avant chaque conquête. Je me lave les mains. Le passé doit disparaître. Foutaise! Je me couche pour de bon cette foi-ci. Vivement demain!

09:09 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer |  Facebook | | | |

Commentaires

Bien le bonsoir Cher Monsieur Vogel
en lisant le 4me paragraphe j'y vois comme une parodie reflétant une nouvelle lunaison ou dès la fusion ou conjonction terminée l'astre solaire se console en rêvant de la prochaine qui a lieu un mois plus tard mais comme en astro un mois équivaut à un jour il attend sagement laissant la pluie laver ses rayons soupirant peut-être comme vous,vivement demain
Très belle soirée et bon week'end pour Vous Cher Monsieur

Écrit par : lovejoie | 08/05/2015

Bon weekend à vous, chère Love joie.

Vivement samedi! Car ça me dit mieux que l'un dit et l'autre suit...

Écrit par : HanK Vogel | 08/05/2015

Monsieur,

Il est question d'oiseau, en votre texte présent.

Après avoir écrit un premier commentaire à propos d'une photo d'une part, et d'un nom de famille traduit: Vogel, je me demandai si l'auteur de ce blog, vous, Monsieur Vogel, avait compris ce que je disais: deux chemins bien différents: souvenirs de scolarité, pour l'un, OISEAU MESSAGER , pour l'autre.

Je me demandai s'il fallait écrire un second commentaire, pour préciser.

C'est alors qu'il se passa quelque chose d'étonnant. J'habite en cet immeuble depuis 1975. Sans jardin. Quelques arbres, plus loin, chantsd'oiseaux discrets. Mais jamais, je dis bien, jamais, un oiseau est venu chanter "à plein chant" devant la fenêtre de ma chambre à coucher. Mon chat, Moïse, Michel (second prénom comme pour ses deux frères humains Pierre et Jean) Ségeste, en l'honneur de Cocteau, l'Ange Ségeste. Il n'y a pas de second petit chat, sans, quoi, son troisième nom aurait été Heurtebise, en l'honneur de Cocteau toujours) mon chat, Moïse, donc, me réveille très tôt pour ses premières croquettes, pour les dents. Après quoi, comme je ne puis retrouver le sommeil, je passe en cette chambre. Le jour en question, Moïse ne venant pas me réveiller je ne quittai pas ma chambre à coucher. C'est alors qu'un oiseau vint "chanter à plain chant" devant ma fenêtre: comment ne pas songer à cet "oiseau messager" de la chanson? J'y vis un signe: je vous adressai mon second commentaire, celui sur l'OISEAU DE FEU. J'y parlai d'une personne pour ne pas dire "je" mais il s'agit d'un témoignage et cette vision s'apparente à la fête dite de la Pentecôte. Ce fut soit dans mon enfance, je devais avoir environ sept ans, soit un rêve mais de ces rêves d'une puissance telle que vous croyez l'avoir vécu en ce cas en 1969.
Ce qui est certain est ce qui se déclencha.
Questions intérieures avec invitation pressant à marcher, marcher... On parvient à Socrate... Or, dans mes recherches sur Jésus j'ai appris par Renan qui, s'il en prenait à son aise, en l'occurrence, en même temps était formidablement documenté... que Jésus, tel Socrate, n'était pas beau.
En cours de ce processus il me fut demandé de partager cette expérience d'où différentes démarches.
Cette vision, le processus qui s'ensuivit intervient précisément au moment où de brillants intellectuels jugent bon désormais de proclamer, célébrer la mort de Dieu! Lequel au furet à mesure du développement de la pensée humaine des forces de la nature, des ancêtres, des dieux, de Dieu, pour finalement, au point où nous en étions, devenir Amour

Amour mort: "Bonne Nouvelle"?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 09/05/2015

Merci Cher Monsieur Vogel et bonne dîme pour tous ceux qui font la manche

Écrit par : lovejoie | 09/05/2015

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