30/04/2015

1er mai, vive le travail et le repos!

Jour pour revendiquer pour certains, jour pour ne rien foutre pour les autres.

J'aime le travail quand je regarde les gens travailler, disait Hemingway.

Personnellement, je déteste le travail. Surtout lorsqu'il profite deux fois plus à celui qui (me) le propose. Et j'estime que je suis gentil.

Le monde du travail est un monde discriminatoire, cruel, où collaborent, coexistent, cohabitent presque par nécessité vitale, patrons et employés, exploiteurs et exploités, seigneurs et esclaves... Un cercle vicieux où les autorités, trop bien rémunérées la plupart du temps, qu'elles soient de droite ou de gauche, ont tendance sans vergogne à fermer  les yeux... Un univers chaotique, vieux comme Hérode, qui n'a pourtant jamais osé flatter ma conscience.

1er mai, pour moi, c'est un jour de deuil. J'allumerai donc une bougie pour tous ceux qui sont morts en travaillant durement.

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Être et avoir (2, à suivre)

7
 Le monde des mots n’est pas un monde sans maux. Mais en posant des mots, certains maux disparaissent.

8
 Répétition: le passé revient à la charge. C’est l’impossibilité de mourir aux vieilles idées.

9
 Mort, le poète est vivant dans le cœur des hommes.
 Vivant, il est mourant dans leur esprit.

10
 Quand la raison est au coin de la rue, l’asphalte est un ciel immaculé.
 Quand la folie est au bout du chemin, le sol est inexistant.

11
 La prière est dans l’avoir,
 Le pardon dans l’être.
 Le désir est dans l’avoir,
 Le plaisir dans l’être.
 La complexité est dans l’avoir,
 La simplicité dans l’être.
 La haine est dans l’avoir,
 L’amour dans l’être.
 La guerre est dans l’avoir,
 La paix dans l’être.
 L’avoir est ailleurs.
 L’être est ici.
 L’avoir ne mène à rien.
 L’être mène à tout. 

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29/04/2015

Être et avoir (1, à suivre)

1
 Le mot est sacré. Mais faut-il que ce soit un sacré mot! Je suis prêt. Je suis libre. J’ai décidé de conquérir le monde des mots. Avec mes mots et mes maux. À la conquête de la chimie du verbe. Au creux de la vague de mes idées. L’erreur m’accompagne. Le courage est collé à ma chair. Les oiseaux de ma jeunesse ont abandonné le nid de mes sentiments. Ces messages que j'adorais sont maintenant auprès du Père céleste. Suis-je en train d’exagérer? Probablement. Pas forcément. Suis-je un écrivain honnête? La gloire ou l’anonymat seront mes juges. Un jour. À l’aube des temps nouveaux. Quand les papillons ne feront plus peur aux fleurs du printemps. J’aime être ivre de mes phrases absurdes. Elles me propulsent dans une étrange béatitude. C’est là que je me sens riche. Vraiment riche.

2
 De désespoir, le singe se gratte comme un fou.
 De désespoir, le poète gratte le papier comme un fou.
 L’un est amoureux d’une guenon qui est indifférente à ses singeries.
 L’autre est amoureux d’une jeune femme qui est indifférente à ses poésies.
 De désespoir, le singe et l’homme se sont réunis et ont signé un pacte d’alliance afin de fortifier leur espoir.

3
 La femme, cet homme si séduisant!

4
 Le poète est un être vulnérable qui porte en lui, sans trop se plaindre de son sort, les blessures du monde.

5
 Une pluie de mots est tombée cette nuit.
 Une pluie de larmes est tombée ce matin.
 Une pluie de sable tombera prochainement.
 Loin des orages, je suis poète.
 En pleine pluie, je suis mouillé de la tête aux pieds, ni plus ni moins.

6
 Dans l’être, il y a l’avoir.
 Dans l’avoir, il n’y a que l’avoir, un avoir désireux de ne jamais être.

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28/04/2015

La femme nue (22, fin)

35
 Si l’homme n’avait que le langage verbal pour s’exprimer et communiquer, l’accouplement se ferait dans un discours d’injures, d’insultes et de promesses trompeuses.

36
 Seul, je suis le roi.
 Accompagné, je suis déjà un serviteur.

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27/04/2015

La femme nue (21, à suivre)

27
 Comme le peintre attaché à certaines couleurs, le poète est attaché à certains mots.  

 L’un et l’autre se répètent en étalant sur le champ blanc de la création les fantômes de leurs attachements.

28
 Les pensées vont et viennent. Les nuages vont et viennent. Les amours vont et viennent. Seul l’arbre qui est solide comme un roc ne perd que ses feuilles dans la tempête. Nu et blessé, il permet à la terre de se nourrir. L’homme, lui, nu et blessé, ne nourrit plus personne

29
 Si elle est chatte et moi chien, si elle est de glace et moi de feu, si elle respire l’air de l’ouest et moi l’air de l’est, toute marche vers le meilleur finira par un recul.

30
 Ouvre-moi le portail de ton royaume, déesse de mes espérances! J’ai hâte de me blottir contre toi. L’odeur et la chaleur de ton corps si divin m’allaiteront pour la vie et je mourrai au désespoir. Pour l’instant, je n’ai aperçu qu’une lucarne, une si lointaine lucarne.

31
 Il est temps que je cesse de réclamer justice. Si je suis, et surtout ai été, bon avec les sables, le désert arrêtera la tempête et je découvrirai l’oasis.

32
 Quand le désir est là, le plaisir est dans les airs.
 Quand le plaisir est là, le désir est dans les cendres.

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26/04/2015

La femme nue (20, à suivre)

26
 Tel un oiseau sur un fil électrique, je suis sur le fil du désir. Cet habitat, qui n’est à l’abri d’aucune violence, n’est que provisoire. Vais-je me lancer dans le vide pour découvrir enfin la nudité espérée? Le courage ne me manque pas. Ce sont le spectre de l’échec et l’ombre de la mort qui noircissent mon ciel. Seconde après seconde, je supplie les anges de la réussite de venir à mon secours.

Crypto.jpg

Crypto, peinture numérique de Hank Vogel

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25/04/2015

La femme nue (19, à suivre)

25
 Loin de toute cathédrale, je chanterai silencieusement dans tes oreilles les airs harmonieux de l’au-delà. Ils t’apporteront la paix et l'enthousiasme. Un enthousiasme qui te permettra d’organiser ta vie avec souplesse et dignité. La fontaine de mes mots te fera oublier le temps de nos séparations. Des séparations momentanées dues aux prisons de mon devoir. Il exige de moi beaucoup de sacrifice. Il exige de toi beaucoup de patience. Le monde te fera des misères et je m’occuperai de la misère du monde. Nous surmonterons les obstacles des imprévus avec allégresse. Grâce à toi, je renaîtrai au pouvoir de l’art. Et j’aurai une place dans le jardin où la rose éternelle remet tout en question. Nous serons toujours nus face à nos secrets et tout mal habillés face aux mensonges. Je n’exige rien de toi. Je ne veux que t’aimer.

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24/04/2015

La femme nue (18, à suivre)

24
 Dehors: la pluie et le vent. Dedans: ton corps et mon corps. Deux corps ne faisant plus qu’un. Un corps illuminé par une lune de miel souriante et rêveuse. Seul le drap noir du présent sera témoin de nos caresses. Je mordrai légèrement tes doigts longs aux ongles arrachés par ta nervosité pour te faire savoir que j’accepte tout de toi. Je mordrai avec délicatesse le bout de tes lèvres pour mieux goûter la saveur de celles-ci. Je baiserai tes pieds pour t’annoncer que je suis ton fidèle serviteur. Que la pluie m’écoute et que le  vent emporte vers toi mes désirs.

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23/04/2015

La femme nue (17, à suivre)

22
 La neige tombe à gros flocons. Elle a décidé de vêtir la terre pour une belle cérémonie. La mère de nos éternelles racines a trop souffert de sa nudité, de cette nudité provoquée par la main dévastatrice de l’homme. Vais-je mettre des gants et garder ma tête froide dans un chapeau de timidité? J’espère que non. Avec la neige, l’horizon est presque inexistant. Avec un peu de chance, mes nobles pensées feront boule de neige. Je suis si prudent que je marche sur la pointe des pieds. Pour éviter la noyade. Car je rêve de baignades chaudes et parfumées de douceur aux antipodes des feux de l’enfer.

23
 L’artiste contemple l’océan.
 Le critique, lui, ouvre tout grand ses yeux mais ne voit qu’un lac

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22/04/2015

Le rat de goût (13, fin)

 Enfin libre! La liberté retrouvée! Quelle sensation! Une sensation merveilleuse que l’on ne ressent qu’ uniquement après avoir connu son contraire: le trou noir. C’est-à-dire une salade russe d’instants diaboliques. D’isolement, de séparation, d'écrasement, d’humiliation, de torture, de maladie, de folie, de désir de suicide... La prison, c’est l’enfer des vivants. C’est pourquoi, il faut à tout prix éviter les filets de la racaille judiciaire.

 Labourette et Conard me regardent et me sourient simultanément.

 - Rares sont les communautés qui ont le sens du pardon, dis-je à Conard.

 - Tu es trop naïf et généreux envers les autorités, me répond Conard. La vraie vérité, c’est que le commissaire n’a pas la moindre preuve tangible contre moi... Surtout après qu’une bande de terroristes a revendiqué l'assassinat de mes philosophes.                            
 
 - Tes philosophes? s’interroge Labourette à voix haute.
 
 - Enfin, ceux que j’ai mordu à mort dans l’obscurité la plus totale!
 
 Labourette et Conard me sourient de nouveau simultanément.
 
 - Mais à quoi jouez-vous?

 L’ex mal vue des services fédéraux pour avoir flirté malgré elle avec la transparence des bocaux, fait un pas vers moi et me demande les yeux brillants comme des étoiles:

 - Veux-tu avoir des ratons avec moi ou tu préfères engrosser la fille du commissaire?

 - Je constate que tu as l’oreille fine.
 
 Elle se colle presque à moi et me repose la question.

 - Comment sais-tu que je suis amoureux de toi?

  La fontaine de l’amour jaillit de ses mirettes et nos gueules s’unissent pour savourer à la première liqueur de l’amour.

 Conard se met violemment à tousser.

 Après cet éternel et inoubliable baiser, mais raccourci à cause de cet accès de jalousie de la part de mon ex compagnon de cellule, je déclare avec une décontraction hors norme:

 - Vous est-il arrivé de vous demander: jusqu’où peut-il aller dans ses pensées et dans ses actes un rat qui aime son prochain, qui adore la justice, le partage et les voyages, un rat de goût?... Dans un monde où les politiques ne cessent de puiser leurs idées et leurs promesses dans le réservoir infini de l’absurdité où la connerie et la démocratie se rejoignent quasi quotidiennement, le mariage traditionnel et le mariage gay et lesbien font déjà partie de l’histoire ancienne. Alors, vive le mariage à trois!...

 (Immortalité:)

 Les civilisations naissent et meurent au fil du temps, seul l’espoir d’un monde meilleur demeure ouvertement ou secrètement dans le cœur de chacun de nous. Que l'on soit homme, rat, ou n'importe quoi!

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21/04/2015

Le rat de goût (12, à suivre)

 Un verre de vin ou de champagne dans une main et un amuse-gueule dans l’autre, on parle de tout et de rien. Dans l’espoir de faire une belle rencontre ou une bonne affaire. C’est rare, rarissime mais cela arrive de temps en temps. Comme lorsqu’on joue à la loterie. Non truquée, cela va de soi.

 Petite parenthèse et je vous garantie que ce n’est pas de la foutaise: toutes les boisons et tous les amuse-bouches proviennent, comme d’habitude, des poubelles des organisations humanitaires de notre cité. Le gaspillage des uns fait le bonheur des autres! Surtout des rats.

 Après avoir goûté aux bordeaux, aux bourgognes et aux délicieux vins d’Alsace, le commissaire s’approche de moi et me demande avec le sourire:

 - Quel effet ça vous fait de vous sentir libre?

 Malheureusement pour lui, ma réponse ne peut être qu’une question:

 - J’aurais droit à une puce dans le dos, moi aussi?

 - Vous? Jamais de la vie! Votre ami Conard peut-être mais pas vous...

 - Alors, quel genre de rat suis-je à vos yeux pour avoir dû subir interrogatoires et humiliations?

 - Vous exagérez, Rato.

 - La nuit n’est pas fraîche pour tout le monde.

 - Que voulez-vous dire par là?

 - Que tout dépend de la position...

 - Rato, excusez-moi de vous couper, mais la raison est toute simple, il y a eu un cafouillage de coordination entre nos services secrets à l’étranger et nos bureaux locaux de renseignements. Et on le regrette sincèrement, croyez-moi.

 Je tombe des nues.

 - Que voulez-vous! Passer des vacances à Talpiot, on a trouvé ça suspect venant de vous.

 - Parce que je ne suis pas croyant, ni juif, ni musulman?

 - Monsieur Nordicus, pour la deuxième fois, je regrette cet incident malchanceux... Les technologies modernes ont énormément d’avantages mais malheureusement également beaucoup d’inconvénients. Surtout lorsqu'elles se trouvent entre les mains des fils à papa ou ces nuls pistonnés politiquement...

 Aussitôt ma gueule se métamorphose presque en visage humain.

 - Rattus, vous êtes quelqu’un de bien. Un rat sensible, compréhensible, ouvert aux autres, un rat qui a du goût en quelque sorte. Je l’ai toujours su. Dès que j’ai vu la première fois

 Il hésite puis:
 
 - Seriez-vous d’accord de venir dîner à la maison? J’aimerais bien vous présenter ma femme ainsi que ma fille qui souhaiterait faire votre connaissance...
 
 Je baisse les yeux.

 - Ne dites ni oui, ni non à la hâte, mais prenez tout votre temps avant de prendre une décision. Si le cœur vous en dit.
 
 Et il ajoute avec ironie:

 - Une invitation n’est jamais un interrogatoire. À bientôt, cher Ami.

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20/04/2015

Le rat de goût (11, à suivre)

Le rat de goût-couv .jpg  Un oui musical plane dans les airs.
 - La première, deux points... Bien que notre communauté soit composée de nombreux secouristes volontaires et courageux et de bénévoles sympathiques, nous avons toujours eu de la peine à recruter des citoyens de haut niveau qui souhaitaient faire carrière dans la sphère carcérale. C’est pourquoi, nous nous sommes éternellement contentés d’engager des individus d’intelligence et de culture satisfaisantes... mais qui possédaient au minimum un certificat d’apprentissage professionnel et qui avaient servi sous les drapeaux...
 - Des esprits conformistes en somme, dis-je.
 - Êtes-vous philosophe, Rato?
 - Non, pourquoi, faut-il l’être pour voir clair?
 - Pas forcément. Mais la reconnaissance sociale donne du poids aux idées. Et à ma connaissance, à part les fantômes de Talpiot, personne ne vous connaît vraiment. Ni chat, ni souris.
 - Mon cher élu, pour accélérer votre discours un peu barbant pour les crétins que nous sommes, si j’ai bien saisi votre raisonnement, vous sous-entendez que les penseurs étatisés vous ont conseillé de hausser le niveau intellectuel de vos services... n’est-ce pas?
 - C’est cela. C’est bien cela. Pour une fois je vous donne sincèrement raison, Rato. Malheureusement, la population a une mauvaise opinion sur le gendarme, le geôlier et le bourreau. Cette déformation est probablement due à des réflexes ontogénétiques voire phylogénétiques...
 - Phylogénétique! C’est quoi pour une embrouille? s’exclame un rat, maté jusqu’à présent.
 - Excusez-moi, mes frères. Les réunions collégiales ont malheureusement une forte influence sur les pensées individuelles et je le regrette. Surtout quand le groupe est composé en majorité de masturbateurs intellectuels, mâles et femelles... Mais revenons à nos moutons! Pour mettre un terme à ce premier chapitre, si vous permettez l’expression, tout en ajoutant le deuxième, en toute simplicité et en toute honnêteté, je conclurais en vous disant brièvement ceci:  vu le manque de rats désireux et capables de suivre une formation d’éducation carcérale adéquat à la mentalité actuelle; vu la diversité et la complexité des régimes alimentaires des pensionnaires de nos pénitenciers: anthropophage, carnivore, hématophage, xérophage, et autres phages, halal, cachère, végétarien, végétalien, végane et ainsi de suite; vu la situation économique incertaine et surtout vu les nombreuses entrevues inutiles de plus en plus coûteuses entre politiciens bornés, nous avons jugé bon de transformer les cellules en puces électroniques... Et maintenant, passons au verre de l’amitié, mes chers amis.
 Et bien entendu, noblesse oblige, on applaudit, on siffle et on ricane. Certains se permettent même de roter et de péter. Discrètement, comme toujours, bien entendu.

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19/04/2015

Le rat de goût (10, à suivre)

7
 Le commissaire, propulsé à la tête de l’état suite à une élection secrète et minutieusement préparée depuis de belles lurettes, convoque tout le monde, aussi bien les prisonniers que les gardiens, et se lance dans un discours unique dans l’histoire:
 - Mes frères, qui que vous soyez et quoi que vous ayez commis, à partir de cet instant vous êtes tous des êtres libres. La prison, c’est fini! C’est définitivement fini!
  Aussitôt après le deuxième fini, des cris de joie d’une ampleur incroyable sortent de la gueule de tous les auditeurs présents. C’est magnifique!  Un vrai spectacle de bonheur. À voir et à entendre. Certains se mettent ensuite à roter, surtout les enfumées des coins carbonisés, et les autres à pleurer comme de vieilles grand-mères.
 - Mais!
 Subitement, c’est le silence. Quasi morbide.
 - Les criminels, les traîtres à notre royaume ultra démocratique et les délinquants seront contraints de subir une légère intervention chirurgicale qui permettra ainsi à la population toute entière de se sentir à l’abri de tout danger, venant des nôtres, bien entendu.
 - C’est-à-dire? une voix hurle.
 - ... Une puce électronique sera introduite, injectée dans le dos du condamné. Ce qui permettra à la police de pouvoir le contrôler à distance et le cas échéant de récidive de le faire sauter. Boum! Boum! Et plus rien ne sera à craindre...
 - Mais nous avons aboli la peine de mort, je rappelle.
 - Avez-vous une meilleure idée, Rato?
 - Probablement.
 - Laquelle?
 - Une puce savante capable d’analyser et d’apaiser la dangerosité du patient...
 - Condamné, corrige le nouvel élu... L’idée est excellente mais c’est pour un prochain avenir. Pour un rat d’égout, vous avez beaucoup de goût, en effet.
 Applaudissements.
 - Mais!
 On replonge dans ce silence quasi morbide.
 - Pourquoi et comment en sommes-nous arrivés là? D’abord le comment... Grâce à nos remarquables mamans et nos chers philosophes...
 - Je croyait qu’ils étaient morts, marmonne Conard, tout étonné.
 - Les philosophes sont éternels. Même morts, ils sont toujours vivants, je lui souffle à l’oreille.
 - ... Oui, grâce à ces penseurs qui ont eu le génie ou la chance d’aller au-delà de leurs  préoccupations personnelles, nous avons trouvé collégialement la clé à bien des énigmes concernant la problématique carcérale. En vérité, il n'y en a, ou avez vu les circonstances, que deux. Vous me suivez?
 Un oui musical plane dans les airs.
 - La première, deux points...  

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18/04/2015

La femme nue (16, à suivre)

17
 Quand la publicité dégage une forte odeur de ridicule, je me sens nu, sans la moindre richesse, sans le moindre désir dans ma peau, mais libre comme le vent. Souvent la publicité pue l'exagération, le mensonge et l’adoration du dieu argent. Pour moi, le meilleur, le merveilleux et le divin s’approchent du silence.

18
 Trop parler plonge l’orateur dans un profond vide. Un vide sans espace, plein d'ombre, l’ombre des mots.

19
 Je n’ai toujours pas découvert le vent de la béatitude, ce vent capable d’effacer à jamais les incompréhensibles maladresses dessinées sur le vaste désert de ma mémoire. Faut-il que je me dise: bien vieillir, c’est mourir au présent et rajeunir, c’est mourir au passé?

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17/04/2015

Entracte

 

Hank Vogel, l'homme de Santa Fe.jpg

 Quand j'étais cow-boy personne n'osait m'affronter, surtout quand j'étais armé. Aujourd'hui, désarmé vu mon âge, je ne suis plus qu'un Indien oublié dans une réserve... La vie, c'est vraiment du cinéma. Malheureusement trop impopulaire.

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16/04/2015

Le rat de goût (9, à suivre)

6
 La société est pourrie jusqu’à l’os, dirait la petite rate que j’ai rencontrée en Palestine. La pauvre! Elle a terriblement souffert. D’une colonie à l’autre, tous les trois jours. Expulsée à coups de balai et d’injures. Même par les prêtres et les enfants. Âmes soi-disant sensibles et protectrices des créatures de Dieu.
 Tout à coup, Labourette crie:
 - Chocolat!
 Conard sursaute et murmure:
 - Je rêve ou c’est la réalité?
 - Ça me revient maintenant, explique-t-elle. Un vulgaire cobaye au service forcé des fabricants de cette maudite confiserie à base de cacao destinée à endormir la populace! Voilà ce j’ai été dans ma jeunesse.
 - C’est quoi exactement une confiserie? je demande naïvement, ignorant presque tout sur les friandises, forcément après des années de régime involontaire.
 - Un mélange de produits et de colorants chimiques... et parfois de chocolat.
 - Il paraît que c’est bénéfique pour la santé, souligne Conard.
 - Surtout pour les condamnés à mort, ajout-elle, avec ironie.
 - Ma toute belle et toi, Rato, vous commencez sérieusement à me casser les bonbons avec vos bonbons. J’ai vraiment l’impression d’être présent à une émission de télévision où les invités ne cessent de se gargariser en répétant ce que la presse a dévoilé avant eux la veille.
 - Ta gueule, Conard! Tu n’es pas le seul à détester le monde des hypocrites et des niais, mais tu n’es pas obligé à nous assimiler à eux. Labourette s’est subitement souvenue d’un moment terrible de sa vie, ayons donc un peu de compassion envers elle. Elle mérite d’être écoutée comme le veut la tradition. La nôtre et non pas celle des humains. À moins que les choses ont changé depuis mon absence... Oui? Non?
 - Merci, Rato. Rien n’a changé ici-bas. Je comprends Conard, son héroïsme mal accepté de nos jours le rend irritant.
 - Ça va, ça va!
 - Non, c’est vrai, je te comprends parce que, moi aussi, j’ai connu l’injustice. À travers les éprouvettes et le bocaux... Piquer à plusieurs reprises une bête sans défense, soi-disant pour le bien de l’humanité, c’est la pire des injustices que l’on puisse commettre...
 - Et tout ça, au nom du chocolat! Ou, pour être précis, au nom de la science, pour  étudier les effets de ce stimulant.
 - Tu es au courant de ça, Conard?
 - Oui, par hasard, en tombant dans un tonneau de théophylline. Mais cela n’a aucun intérêt...
 - Au contraire, ça nous intéresse. N’est-ce pas, Rato?
 - Bien entendu. Comme un pour tous, tous pour un.
 Les yeux humides et la gorge sèche, un Conard tout différent se dévoile à nous: 
 - Ce jour-là, étant de bonne humeur grâce cet alcaloïde, j’ai décidé de m’approcher sans crainte ni vergogne des habitants de l’Au-delà et, à ma stupéfaction, j’ai vu l’incroyable, la folie en personne... J’ai découvert une société adoratrice, qui vénère le dieu argent et ses adeptes, ces nombreux artistes et sportifs médiatisés à outrance... axée sur la compétition, le profit, agressive, égoïste... vouée à l’échec et à son autodestruction. Et je me suis juré de combattre tous ceux qui la considère comme un univers sans faille... Après tout ce blabla, je n’ai plus qu’à vous souhaiter de faire de beaux rêves. 

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15/04/2015

La femme nue (15, à suivre)

15
 J’ai valsé toute la nuit avec les ombres de l’au-delà. À cheval entre la mort et la vie éternelle, elles m’ont fait savoir que pour entrer dans le cœur des voies célestes, il fallait que je dénude ma nudité, que je lui enlève les pardessus étouffants de mon imagination. Je n’ai pas osé obéir, j’ai pensé à un coup monté de la déesse de l’imaginaire.

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14/04/2015

La femme nue (14, à suivre)

14
  Vive la Saint-Valentin! (Toute l’année.) La nudité est à la fête. Celle du corps et de l’esprit. Quand tout va bien, bien entendu. Quand Roméo et Juliette sont sur le même balcon. Quand les parents et les ennemis de l’amour sont à cent mille lieux du jardin d'Éden. Quand le serpent a mangé sa queue. Quand la pomme est sans pépins.

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13/04/2015

La femme nue (13, à suivre)

13
 J’aime les cailles
 Et les poissons sans écailles
 J’aime les feux de paille
 Et les femmes de grande taille
 J’aime les maillots à grosses mailles
 Et les amours sans faille
 J’aime où que j’aille
 Voir s’éloigner les canailles
 Car j’aime est le contraire de aïe!

Chère Vous,
 Ce petit poème vous est destiné. Je l’ai écrit pour vous faire oublier le vide creusé par vos éternelles questions. Ces questions sans réponse. Car trop habillé, le cœur bat en retraite. Libre comme l’air, il se tait et absorbe les liqueurs de l’existence. Digérez mon poème, il est moins nocif qu’une bouffée d’opium. Digérez-le ou avalez-le tout cru pour l’amour des mots. Je sais, vous avez soif de bonheur. Moi, j’ai soif de sourires, de vous voir sourire.

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12/04/2015

La femme nue (12, à suivre)

12
 Je suis quelque part en montagne. La neige n’est, cette année-là, qu’une légère couverture de soie de Chine. Les skieurs marchent comme des prisonniers, un boulet à chaque pied, une chaussure à chaque jambe. Ils marchent en direction d’un lieu paradisiaque. Ils font des efforts surhumains pour ensuite glisser comme des dieux descendant tout droit des nuages. Moi, je regarde, j’observe, je surmonte les obstacles des plaisirs hivernaux. Une bonne femme de neige m’attend près d’une colonie de jeunes sapins. Mirage ou désir profond? Je crois que je vais me transformer en stalactite de glace pour percer le mystère de cette nudité quasi polaire. 

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