16/04/2015

Le rat de goût (9, à suivre)

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 La société est pourrie jusqu’à l’os, dirait la petite rate que j’ai rencontrée en Palestine. La pauvre! Elle a terriblement souffert. D’une colonie à l’autre, tous les trois jours. Expulsée à coups de balai et d’injures. Même par les prêtres et les enfants. Âmes soi-disant sensibles et protectrices des créatures de Dieu.
 Tout à coup, Labourette crie:
 - Chocolat!
 Conard sursaute et murmure:
 - Je rêve ou c’est la réalité?
 - Ça me revient maintenant, explique-t-elle. Un vulgaire cobaye au service forcé des fabricants de cette maudite confiserie à base de cacao destinée à endormir la populace! Voilà ce j’ai été dans ma jeunesse.
 - C’est quoi exactement une confiserie? je demande naïvement, ignorant presque tout sur les friandises, forcément après des années de régime involontaire.
 - Un mélange de produits et de colorants chimiques... et parfois de chocolat.
 - Il paraît que c’est bénéfique pour la santé, souligne Conard.
 - Surtout pour les condamnés à mort, ajout-elle, avec ironie.
 - Ma toute belle et toi, Rato, vous commencez sérieusement à me casser les bonbons avec vos bonbons. J’ai vraiment l’impression d’être présent à une émission de télévision où les invités ne cessent de se gargariser en répétant ce que la presse a dévoilé avant eux la veille.
 - Ta gueule, Conard! Tu n’es pas le seul à détester le monde des hypocrites et des niais, mais tu n’es pas obligé à nous assimiler à eux. Labourette s’est subitement souvenue d’un moment terrible de sa vie, ayons donc un peu de compassion envers elle. Elle mérite d’être écoutée comme le veut la tradition. La nôtre et non pas celle des humains. À moins que les choses ont changé depuis mon absence... Oui? Non?
 - Merci, Rato. Rien n’a changé ici-bas. Je comprends Conard, son héroïsme mal accepté de nos jours le rend irritant.
 - Ça va, ça va!
 - Non, c’est vrai, je te comprends parce que, moi aussi, j’ai connu l’injustice. À travers les éprouvettes et le bocaux... Piquer à plusieurs reprises une bête sans défense, soi-disant pour le bien de l’humanité, c’est la pire des injustices que l’on puisse commettre...
 - Et tout ça, au nom du chocolat! Ou, pour être précis, au nom de la science, pour  étudier les effets de ce stimulant.
 - Tu es au courant de ça, Conard?
 - Oui, par hasard, en tombant dans un tonneau de théophylline. Mais cela n’a aucun intérêt...
 - Au contraire, ça nous intéresse. N’est-ce pas, Rato?
 - Bien entendu. Comme un pour tous, tous pour un.
 Les yeux humides et la gorge sèche, un Conard tout différent se dévoile à nous: 
 - Ce jour-là, étant de bonne humeur grâce cet alcaloïde, j’ai décidé de m’approcher sans crainte ni vergogne des habitants de l’Au-delà et, à ma stupéfaction, j’ai vu l’incroyable, la folie en personne... J’ai découvert une société adoratrice, qui vénère le dieu argent et ses adeptes, ces nombreux artistes et sportifs médiatisés à outrance... axée sur la compétition, le profit, agressive, égoïste... vouée à l’échec et à son autodestruction. Et je me suis juré de combattre tous ceux qui la considère comme un univers sans faille... Après tout ce blabla, je n’ai plus qu’à vous souhaiter de faire de beaux rêves. 

07:04 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer |  Facebook | | | |

Commentaires

Bien le bonjour Monsieur Vogel
Vos récits sont empreints d'un réalisme identique aux scènes de café ou les hommes prenaient plaisir à se défouler et ce à juste raison quand on sait les caractères froids et renfrognés de nombreuses femmes à une certaine époque
Merci pour cet instant de pur plaisir et je suis certains que certains rats doivent déplorer le manque de rires humains que nous prenions plaisir à faire raisonner sans doute pour montrer aux mères de familles froides comme des glaçons que nous étions nous vraiment vivants!
Très belle journée pour Vous Cher Monsieur

Écrit par : lovejoie | 16/04/2015

Bonne journée à vous, très chère Madame.

Écrit par : HanK Vogel | 16/04/2015

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