31/05/2014

À la poursuite du vent (26, à suivre)

    Un merle se posa sur une branche. Jules regarda curieusement la bête.
    - Tu ne siffles pas? dit-il.
    Le merle bougea légèrement la tête.
    Me regarde-t-il? se demanda Jules. Dieu sait ce qu’il pense de moi. Je le fais peut-être rire.
    - Siffle quelque chose! Siffle!
    Le merle sauta sur une autre branche.
    - Ne t’en va pas! fit Jules. Je suis ton ami. Et entre amis, on peut avoir confiance. Non? Ce n’est pas ce que tu penses? Que vois-tu de là-haut? Tu dois voir de drôles de choses. Tu dois te demander pourquoi les hommes détruisent constamment tes cerisiers et construisent à la place des rochers plats et froids. Ne crains rien, je ne suis pas venu ici pour arracher les logements de ta communauté mais pour me délasser, me libérer, me débarrasser de quelques toxines de la société... Tu es vieux? Je ne te vois pas bien; à mon âge on voit rarement bien, c’est un phénomène de l’espèce humaine. Je devrais..., non, je pourrais mettre des lunettes mais je n’aime pas ça. Je les mets de temps en temps lorsque ça me prend. Tu es sûrement vieux,  tu ne bouges pas beaucoup. Il ne faut pas croire que c’est mal d’être vieux. D’ailleurs ça n’existe pas la vieillesse. Ce qui existe, c’est le fait de comparer. Dans un monde où tout est rouge à nos yeux, le rouge n’existe pas. Tu dois te demander si je suis normal. Peut-être pas. Tu n’as pas froid l'hiver? Je le sais bien, les hommes n’aimeraient pas être à ta place, et adorent être dans leur lit douillet lorsqu’il fait froid. Mais l’été! Tu es le roi des vagabonds. Ça doit être beau de voler au-dessus des champs et de voir toutes ces couleurs naturelles qui passionnent tant de peintres paysagistes. Pourquoi rêver? Je suis là sous un cerisier et je me repose. C’est ça, je me repose et je te regarde, oiseau, messager du ciel. Je te parle, parce que je ne suis pas fier de mes frères et de moi-même. Vous faites la guerre. Vous vous battez mais ce n’est pas la guerre comme chez nous. Par centaines, par milliers... Oui, c’est par milliers que les hommes meurent sur les champs de bataille. Et tout ça pourquoi? Pour avoir obéi à des lois insensées. Où est-il ce vert pâturage où règne l’amour? Ce jardin sans barrière, ni pancarte? Il a été enseveli au fond de l’inconscient humain. Et l’homme le recherche en criant: «Vive la liberté!».   Il crie dans le vent et le vent s’en va. Et désespéré et aveugle, il continue à crier. Les années passent puis un jour, fatigué par ses cris, il abandonne sa lutte et se laisse vivre comme un mollusque, au caractère indécis.
    Le merle sauta sur une autre branche puis se reprit à siffler.
    - Tu t’es tout de même décidé, fit Jules. Tu en as mis du temps pour me dire quelque chose. Je m’appelle Jules. Et toi,  as-tu un nom? Chez nous, nous avons tous un nom ou un numéro. Un numéro! Tu te rends compte à quel point nous en sommes?... C’est dégradant. Dans les grands magasins, lorsque la direction parle d’un vendeur ou d’une vendeuse, elle dit: «Tel numéro a augmenté son chiffre d’affaires de tant  pour cent, c’est bien; tel autre numéro est arrivé quatre minutes en retard, c’est catastrophique.» Où est-il cet amour du prochain? Caché derrière les statistiques. Quel monde fou! Bon Dieu, soyons simples. Ne soyons pas des enfants capricieux mais des adultes conscients. Ne cherchons pas la richesse ailleurs qu’au fond de nous-même. Car celui qui est avide ne peut rassasier sa cupidité. C’est en explorant son propre monde intérieur et en rejetant ces fléaux qui nous emprisonnent que l’homme devient riche. C’est ça la richesse, c’est un coeur qui palpite à chaque coucher de soleil. Il y a bien longtemps, lors d’un voyage de vacances au sud du Maroc, dans un coin perdu, un petit Arabe s’approcha de moi et me demanda en français: «Monsieur, vous avez de vieux journaux? Avec ou sans images, j’apprends le français à l’école.» Cet enfant était riche et moi pauvre. Pour lui, les vieux journaux avaient une grande valeur. Pour moi, ça représentait le fond de ma poubelle. Avec les années, on oublie ces aventures symboliques, on oublie les promesses que l’on a faites au petit Arabe, on oublie nos oublis. Puis tout revient bêtement en sur face et on se sent encore plus pauvre. Pardonne-moi, petit Arabe... Que penses-tu de tout ça, enfant du ciel? Probablement rien. Car tu vis dans un autre monde. Un ange peut-il faire du mal? Celui qui est sage, celui qui est Sagesse ne peut être en colère.
    Puis le merle s’envola.
    Qu’y a-t-il ? Se demanda Jules.

12:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer |  Facebook | | | |

29/05/2014

Les appâts politiques

 Suite au film "L'expérience Blocher" que j'ai bien aimé. Il s'agit du film bien entendu...

17:15 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer |  Facebook | | | |

À la poursuite du vent (25, à suivre)

    Les deux hommes se promenèrent une bonne heure, sans parler de choses profondes, puis se quittèrent dans la rue, comme deux bons amis...
    Est-elle vraiment partie cette envie d’aller à la campagne? se demanda Jules.
    Puis il prit l’autobus qui l'emmenait loin du bruit et des foules.
    Arrivé à la campagne, il s’allongea sous un cerisier planté au bord d’un champ de blé.
    Les mains pour coussin, il souriait à la dureté du sol.
    Je l’ai trop bien et trop vite jugé, pensa-t-il. Pour un rien on surestime quelqu’un et quelques jours plus tard, pour un rien également, on le sous-estime. On admire un être parce qu’il est fort, beau ou parce que, soi-disant, il a réussi dans la vie. L’homme est un pauvre type qui se laisse dominer par ceux qu’il admire. Nulle créature n’est supérieure à une autre. Nous sommes tous différents les uns des autres. La rose est-elle supérieure au muguet ou à l’œillet? Chaque âme a son propre parfum. On apprend tous les jours quelque chose, il suffit de se laver les yeux le matin... En quelques semaines la vie s’est métamorphosée à mes yeux en un jeu de devinettes. Mon cerveau s’est battu pour vaincre, comprendre des problèmes et comme un guerrier désarmé, impuissant, il a fui devant l'inconcevable, criant: «Impossible!»... Oublions nos problèmes et réveillons-nous frais et neufs au jour nouveau. Laissons derrière nous nos rancunes et nos chagrins et chassons la haine de notre cœur car elle nous empêche de voir le Beau, le Réel, le Vrai et de progresser dans notre voyage sur terre. Ne jugeons pas l’inconnu et le connu... Après la devinette, il y a la réponse et après la réponse il y a la mort de l’énigme. Ne soyons pas à cheval entre les énigmes et leurs réponses mais œuvrons à la mort de celles-ci. Je n’ai qu’un pas à faire et la vie se métamorphosera à nouveau à mes yeux et je vivrai dans le vrai. Comment faire? Comment faire ce pas? Avoir de la patience et ne rien attendre... Rester calme extérieurement et intérieurement. Et comme le feu jaillissant spontanément d’un volcan jaillit la vérité du fond de notre âme... à suivre

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28/05/2014

Comparer et haut-parleurs (1, à suivre)

1
 Comparer, c’est peser le pour et le contre.         
 À la fin de chaque pesée, on se trouve toujours avec quelque chose de pesant sur les bras.

2
 La souffrance irrite la mémoire.
 L’oubli l’endort.

3
 Celui qui croit être ceci ou cela n’est ni ceci ni cela, il cherche son ombre parmi les ombres.

4
 Un oiseau en cage, que cherche-t-il?
 Et les chanteurs dans notre société?

5
 On sort souvent Dieu du fond d’un tiroir pour le poser, quelques instants plus tard, sur une très haute étagère... à suivre

Comparer.jpg

15:37 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

À la poursuite du vent (24, à suivre)

    Quelques jours plus tard, Jules décida d’aller se promener à la campagne. Il prépara quelques sandwichs et un thermos de thé, puis mit le tout dans un petit sac de voyage. À peine enfilait-il sa veste que l’on sonna.
    - Qu’est-ce qu’elle veut encore? murmura-t-il en allant ouvrir la porte.
    Frank était là, coiffé de son chapeau de paille, un cigare au bec.
    - Bien le bonjour, dit -il d’un air décontracté.
    Jules ne prononça mot.
    - Vous étiez en train de partir? demanda Frank.
    - J’ai cru que c’était la concierge, répondit Jules .
    - Mais vous partez?
    - Plus maintenant. J’ai eu envie d’aller à la campagne .
    - Et l’envie d’évasion ?
    - Partie .
    - Sûr?
    - Sûr, mais entrez donc!
    Jules servit deux tasses de thé du thermos.
    - Rien de perdu, fit-il.
    - Comme vous dites, rien de perdu, répéta Frank.
    Les deux hommes avaient rapidement bu le contenu de leur tasse.
    - Nous sommes si pressés? dit Jules.
    Frank se mit à rire.
    - On se ressemble, fit-il.
    - Vous croyez? demanda Jules.
    - Comme le vent, la bise ou la brise. Nous nous séparons et chacun va dans une autre direction. Tantôt vers le sud, tantôt vers le nord, l’ouest ou l’est... La vie est
faite de croisements, d’aventures...
    - Peut-être.
    - Peut-être comme le vent.
    Jules se frotta la barbe.
    - Quelque chose vous tracasse? demanda Frank.
    - Non, non rien..., répondit Jules vaguement.
    - Vous avez des soucis?
    - Rien d’important, un petit mensonge. Un ami m’a menti ou plutôt quelqu’un m’a parlé de lui et j’ai compris qu’il m’a menti.
    - Méfiez-vous du mensonge. Parfois ils ne sont pas aussi mensonges que vous les croyez. Le mensonge est une vérité dans un monde inconnu. Il cache un désir, une peur, une faiblesse, ou de la gentillesse. Je sais que ce n’est pas bien de mentir. Mieux vaut se taire ..., mais souvent c’est impossible. On vous demande un renseignement et pour ne pas blesser la personne, vous mentez. Je crois qu’il faut savoir être souple dans la vie. N’êtes-vous pas d’accord avec moi?
    - Si. Je suis un drôle de type. Je vise toujours trop haut. Mais nul être n’est parfait en ce monde.
    - Un petit pommier ne peut donner autant de pommes qu’un grand... Et pour vous, les hommes doivent tous être de grands pommiers. Chacun a sa propre fonction sur cette terre. La vérité est que chacun doit s’épanouir, sentir au fond de lui-même ce qui lui est dicté de faire..., et agir..., et l’action appelle la paix, le bonheur, la sagesse, l’amour, la vie, l’éternité..., c’est ça la vérité; c’est le soleil qui brille dans le ciel, ce sont les yeux d’un enfant qui scintillent de gaieté. Oubliez votre passé. oubliez tout ce qui alourdit votre esprit. Oubliez vos souffrances, vos idées, vos pensées, toutes ces théories qui vous conditionnent, vous rendent esclave. Oubliez tout ça. Mettez votre âme à nu et recommencez votre vie à zéro.
    - Vous avez raison, je suis encore à moitié habillé.
   - Excusez-moi de vous avoir parlé ainsi, mais j’en ai senti le besoin. Souvent nous donnons des conseils aux autres et notre comportement est loin de suivre ces conseils. On parle aux autres pour parler à soi-même. Parfois, sans le vouloir, sortent de notre bouche quelques vérités. Ça vient comme ça lorsqu’on ne cherche pas.
    - Oui, oui..., c’est ainsi.
    Frank se leva et fit quelques pas pour se dégourdir les jambes.
    - Ça sent la promenade, dit Jules.
    - C’est une bonne idée, fit Frank... à suivre

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27/05/2014

À la poursuite du vent (23, à suivre)

   Le tic-tac de l’horloge régnait dans le calme de la pièce. Jules s’était endormi dans son fauteuil. Il rêvait. Il était en train de voler dans un espace illuminé de violet.
Brusquement il posa pied sur une planète plus grande que la Terre. Il s’approcha d’une maisonnette et entra. Deux hommes, vêtus d’une chemise à carreaux, étaient en train de jouer aux cartes.
    - Où est le poste de police? demanda Jules aux deux hommes.
    - Ici, répondit l’un d’eux.
    - Ici? demanda-t-il, d’un air surpris.
    - C’est le poste de police de la planète, dit le second. Et nous sommes les policiers.
    - Vous n’êtes que deux?
    - Que voulez-vous, répondit le premier, nous sommes si sages et si évolués...
    Lorsqu’il se réveilla, il déboutonna le col de sa chemise puis bourra tranquillement sa pipe.
    Drôle de rêve, pensa-t-il. Pourquoi les gens mentent-ils si souvent? se demanda-t-il. Pourquoi inventent-ils des histoires? Par peur ou pour paraître. Peur de faire du mal à autrui ou à eux-mêmes. Paraître à l’image de leur personnage idéal. L’instinct, l’intellect et l’affectif sont les trois éléments constituant la personnalité de l’homme. Ces trois forces métaphysiques peuvent se développer positivement ou négativement. Le mensonge utilisé pour paraître est le reflet d’une âme qui souffre. Avec ses propres expériences et le temps, l’homme peut s’enrichir. À lui de ne pas rester sourd et aveugle aux lumières de la vie. En ouvrant les yeux au fond de soi-même, on apaise la souffrance, on chasse le désordre. La peur, la haine, le pessimisme, la jalousie, la mélancolie, la cupidité, l’avarice, la manie, l’obsession sexuelle, etc., sont des états de souffrance, de déséquilibre, de désordre... L’âme de l’homme est une sorte de longueur d’onde comparable à un morceau de musique. Être en paix avec soi-même, c’est avoir une âme qui vibre harmonieusement. Connaître le fond de ses pensées, la nature de ses désirs, la limite de ses capacités, c’est commencer de s’accepter..., et celui qui s’accepte, qui reconnaît sa juste valeur, a choisi le chemin de la sagesse, de l’harmonie. Tous ces mots impalpables ressemblent à des couteaux et un couteau peut aussi bien blesser un enfant que beurrer une tartine.
    Jules alluma sa pipe et aspira quelques bouffées. Puis il posa celle-ci dans le cendrier.
    Ça ne sert à rien d’insister, se dit-il. Pourquoi fumer lorsqu’on n’a pas envie de fumer? Ça fait plaisir de se sentir libéré du tabac... Ai-je été esclave du tabac? Je ne le pense pas. Ce serait beau de rayonner par sa propre liberté: le monde ne paraîtrait plus un lourd fardeau fatigant et angoissant, il serait un jardin tranquille et parfumé d’amour. Je suis fatigué d’ avoir toute ma vie travaillé comme un nègre au profit des autres... Celui qui en faisait le moins gagnait le plus. Mon coeur s’est mis à battre plus fort que normalement pour enrichir des hommes amoraux. J’ai vu des tas d’imbéciles devenir des personnalités respectées. J’ai vu aussi des êtres sensibles et honnêtes devenir des dépotoirs de la société. Le soleil m’a souvent soutenu dans mon désespoir car il se couchait souvent en même temps que moi et le vent m’a aidé bien des fois à oublier les paroles blessantes des ingrats. Les dimanches m’ont permis de récupérer mon sommeil en retard et de redonner des couleurs à mon visage troublé. Les vacances ont fait de moi un voyageur, un touriste, un fuyard. J’ai traversé bien des régions sans en admirer les merveilles car j’étais enchaîné par des soucis de travail. Bien des fois, on m’a proposé de vivre la bonne aventure et j’ai toujours refusé par peur de perdre ma place. J’étais un employé modèle..., j’étais travailleur et honnête. J’ai donné le maximum de moi-même au profit d’individus point respectueux. Mon coeur a pleuré à chaque injustice et nul être n’a pris conscience de ma douleur. J’ai connu intimement bien des femmes. Beaucoup d’entre elles m’ont parlé de mariage tandis que mes yeux ne voyaient que la sexualité. J’étais aveugle aux beautés du moment. Je raisonnais financièrement et pratiquement. J’étais celui qui pensait à embellir le futur et je gâchais le présent. Les oiseaux dans le ciel ne se soucient guère du lendemain et Dieu leur donne toujours de quoi se nourrir. C’est vrai, il aurait eu raison celui qui disait ça. J’aurais dû me laisser aller, ne rien attendre de la vie..., car celui qui est humble récolte sans effort les fruit s sucrés de sa destinée. Le figuier donne des figues et le pommier des pommes. L’homme libre apporte à la terre l’offrande pure de son âme. Et la terre se met à briller à ses yeux, à chanter des chants joyeux... à suivre

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26/05/2014

À la poursuite du vent (22, à suivre)

   Deux jours plus tard. Le soleil s’était couché timidement. Les travailleurs avaient fini de transpirer et les petites vieilles de promener leur gentil petit chien. Jules était assis à une table au "Café du Tiercé", la salle était vide.
    - Mademoiselle, fit-il à la serveuse pour la troisième fois.
    - J’arrive, j’arrive, fit-elle de derrière le comptoir.
    Qu’est-ce qu’elle peut bien faire? se demanda Jules. Ça fait la troisième fois qu’elle me dit ça. C’est bien joli de se dépêcher en paroles.
    Il chaussa ses lunettes et se mit à lire le journal. La serveuse s’approcha de Jules.
    - Un de plus, fit-elle, en mettant les mains sur les hanches.
    - Plaît-il? fit Jules.
    - Plaît-il, plaît-il, répéta-t-elle d’un air moqueur.
    - Qu’y a-t-il? dit Jules.
    - Ça lit un journal. C’est tout faux ce qu’ils racontent.
    - Pas tout.
    - Ce sont tous des menteurs, ces journalistes. Qu’est-ce que vous désirez?
    - J’ai un renseignement à vous demander.
    - Et vous me faites venir pour ça? On consomme ici.
    - Excusez-moi.
    - Qu’est-ce que c’est?
    - Vous connaissez monsieur Kenneth?
    Le visage de la serveuse rayonna de joie.
    - Bien sûr, répondit-elle, avec gentillesse. Monsieur Kenneth, c’est quelqu’un de bien. C’est un artiste.
    - Il vient souvent ici? demanda Jules.
    - Assez souvent.
    - Il passe tous les jours?
    - Pensez donc, monsieur! C’est un artiste. Et comme tous les artistes, il n’a rien de régulier. Parfois il vient trois à quatre fois par jour et parfois on ne le voit plus pendant des semaines. C’est son travail qui veut ça.
    - Que fait-il exactement?
    - Vous ne le connaissez pas?
    - Si, si.
    - Vous n’êtes pas de la police?
    - Pas du tout.
    - Un lointain parent?
    - Un vague ami.
    - Monsieur Frank peint des choses merveilleuses.
    - Je sais qu’il peint, mais gagne-t-il sa vie avec la peinture?
    - Il vend beaucoup aux gens riches.
    - Vous ne voulez pas vous asseoir? proposa Jules.
    - Vous prenez quelque chose? dit la serveuse. C’est moi qui offre.
    - Non, non, c’est moi.
    - Un pastis?
    - Allons-y pour le pastis.
    La serveuse alla préparer deux pastis.
    C’est une drôle de fille, pensa Jules. Tantôt agressive, tantôt gentille.
    La serveuse apporta deux verres bien remplis, mi-pastis mi-eau, et s’assit en face de Jules.
    - Qu’est-ce que vous étiez en train de me demander? fit-elle.
    - Gagne-t-il bien sa vie? demanda Jules.
    - Ah, oui. Il vend beaucoup aux gens fortunés.
    - C’est ce qu’il vous a dit?
    - Non, non. Je l’ai vu de mes propres yeux. On lui signe de gros chèques. Il vient toujours ici boire un verre avec ses clients.
    - Et il vous montre ses chèques?
    - Lorsqu’il n’obtient pas ce qu’il demande. Il me montre le chèque et il me dit qu’il s’est fait rouler. Et je ne l’ai jamais vu avec un chèque inférieur à cinq cents francs.
    Jules sembla pensif.
    - À quoi pensez-vous? demanda la serveuse.
    - C’est drôle, répondit Jules, il y a à peine trois semaines, il m’a dit qu’il gagnait mal sa vie.
    - Oh! Faut pas vous en faire. Il est comme ça. Il est un peu spécial.
    - C’est ce que l’on dit des artistes. C’est dommage.
    - Ne pensez pas au mal, mon bon monsieur. Il vous a peut-être raconté des salades pour ne pas bluffer.
    - Pourquoi aurait-il fait ça?
    - Pour ne pas vous intimider.
    - Je ne pense pas que ce soit pour cela, c’est pour une autre raison.
    - Alors, pourquoi?
    - Je ne sais pas. Il avait peut-être une idée derrière la tête. Il est bien spécial, non?
    - Pensez donc! Monsieur Frank n’est pas de ces gars qui vous racontent des salades pour vous soutirer de l’argent. Il fait partie de la classe des artistes sérieux. Il est spécial, mais quand à dire de lui qu’il est un voleur, là, je ne suis plus d’accord avec vous.
    - Que voulez-vous dire par spécial?
    - Quelqu’un qui n’est pas comme les autres, quelqu’un de farfelu, d’un peu fou, d’original..., un artiste quoi!
    - Honnête ou pas honnête?
    - Pas forcément honnête. Je n’aime pas les hommes qui se laissent marcher sur les pieds.
    - Vous les aimez solides, virils?
    - C’est ça, virils.
    Un jeune couple entra. La serveuse se leva.
    - Excusez-moi, dit-elle à Jules. Il y a du monde. Revenez, on continuera la conversation. Ça me plaît de discuter avec vous. Revenez demain, à cette heure-ci, il n’y a personne... à suivre

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25/05/2014

À la poursuite du vent (21, à suivre)

   Un clochard qui passait par là, s’approcha de Jules. Les yeux de ce passant inconnu étaient d’un bleu si clair et si beau que personne ne pouvait s’empêcher de les admirer.
    Jules en resta bouche-bée.
    - Je sais, je sais, dit le clochard.
    - C’est incroyable, dit Jules.
    - Je sais, on me dit toujours ça et on m’offre un verre. Vous permettez que je m’essaye?
    - Faites donc...
    Le clochard tira de sa poche une petite bouteille de whisky, dévissa le bouchon et la tendit à Jules.
    - Une goutte? dit-il.
    - Non, merci, répondit Jules.
    L’homme but une gorgée et rangea aussitôt la bouteille dans sa poche.
    Un aventurier de plus, pensa Jules.
    - Vous ne buvez jamais? demanda l’homme.
    - Quand ça me prend, répondit Jules.
    - Et ça vous prend souvent?
    - De temps en temps.
    - Qu’est-ce que vous appelez de temps en temps? Une fois par-ci par-là ou deux à trois fois par semaine?
    - Je n’en sais rien. Lorsque j’ai envie.
    - Et vous avez souvent envie?
    Jules ne répondit pas.
    - Je vois, dit l’homme.
    - Qu’est-ce que vous voyez? demanda Jules.
    - Quelque chose! Quelque chose que vous aimeriez bien connaître.
    - Qu’est-ce que vous en savez ?
    - Je sais parce que je suis un pauvre type. Et ma pauvreté me permet de voir à travers les hommes.
    - Expliquez-vous.
    - Je suis avant tout un clochard amateur de whisky. Ça ne vous surprend pas?
    - Pas forcément.
    - Mais Monsieur! Vous savez bien que le whisky est une boisson chère!
    - À quoi voulez-vous en venir?
    - À vous dire qu’il faut se méfier dans la vie. En réalité, je ne suis pas pauvre. Financièrement parlant. Je me fais passer pour un clochard pour mieux me rapprocher des hommes. Vous comprenez? Lorsque vous êtes un homme riche et lorsque vos activités sont basées sur les affaires, vous oubliez les hommes. On ne vous respecte pas, on respecte votre argent. Vous comprenez? Un beau matin, j’en ai eu par-dessus la tête, alors j’ai piqué le vieux manteau d’un de mes domestiques et je suis parti à l’aventure. Même la fleur sauvage a sa place dans la forêt.
    - C’est bien, c’est bien.
    - Vous ne me croyez pas?
    - Si.
    - Vous êtes un brave homme.
    - Qu’est-ce que vous avez vu tout à l’heure?
    - Votre fond.
    - Mon fond?
    - Oui, votre fond. Vous avez un grand souci.
    - Pas du tout.
    - Si. Vous vous posez des tas de questions sur la vie, les hommes. Vous recherchez quelque chose. Un équilibre? C’est ça, un équilibre. C’est faux?
    Jules ne répondit pas.
    - Vous savez, dit l’homme, je suis comme vous. Je cherche un chemin, je me cherche. Chacun doit découvrir sa propre voie. Je ne suis peut-être qu’à un stade primitif, mais je sens que je dois encore agir ainsi.
    - Pourquoi m’avez-vous dévoilé votre identité? demanda Jules.
    - Je n’en sais rien, répondit l’homme d’un air rêveur. Il le fallait, peut-être.
    L’homme se leva d ‘un bond.
    - Adios, arnigos, dit-il, de la patience, de la patience et les choses arrivent.
    Et il s’en alla... à suivre

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24/05/2014

À la poursuite du vent (20, à suivre)

      La vieille était partie. Un couple de pigeons picorait les graines qui restaient.
    Est-il possible de devenir sage? se demanda-t-il. Est-il possible d’acquérir un calme intérieur perpétuel? La vie que nous menons nous bouleverse constamment, nous empêche d’être clairvoyants, lucides, vis-à-vis de la réalité, et nous réagissons comme des damnés. Nous cherchons à mettre de l’ordre dans nos esprits par des méthodes que l’on achète à bon marché, des méthodes amplement vantées par des charlatans, des commerçants cupides..., et nous nous perdons encore plus dans le monde de l’absurde. Nous devenons des individus perdus. Pourquoi sommes-nous si aveugles? Parce que nous sommes des êtres avides, avides de grandeur, de puissance, de bien-être, de sécurité. Nos ventres sont nés, dirait-on, avant nos yeux. Nous avons voilé nos visages, cachés par des masques, et nous nous sommes établis des ordres de conduite, des disciplines, des morales, car notre for intérieur est vide de pureté et de simplicité. Pourquoi avons-nous fui le chemin de la sagesse? Parce qu’il est difficile -à suivre et long est son parcours. Ah! Si j’avais écouté Jan! Nous serions partis à la découverte du monde de la tranquillité, ressentir la soif dans le désert, entendre battre son coeur, écouter le minuscule bruit des glissements de sable, sentir le besoin de s’allonger sous un palmier après une longue et fatigante marche... Le soleil se lève puis se couche. Il apparaît chaque jour comme un nouveau-né. Mais où sont-ils les yeux qui regardent ce splendide spectacle avec des larmes ? Nous nous adonnons aux plaisirs les plus terre-à-terre, les plus mesquins qui soient, car notre coeur est avide de destruction, de décadence. Nous cherchons à fuir la réalité, la société, comme un enfant perdu qui s’affole. Et pourtant, cette société, c’est nous qui l’avons organisée, créée, et cette réalité, c’est J’image de notre âme. Nous sommes des insensés qui, comme des assassins après avoir commis un crime, cherchent à fuir. Tous les moyens sont bons, pourvu que nous soyons en sécurité, c’est ce que nous recherchons. Nous nous enrichissons extérieurement et nous délaissons notre fond, nous le jugeons peu important car nous sommes encore des enfants assoiffés de jouets... à suivre

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23/05/2014

À la poursuite du vent (19, à suivre)

    Un léger vent soufflait dans les arbres. Jules avait quitté son vieil ami. Tous deux s’étaient promis de se revoir. Il marchait comme un vagabond ou comme un poète à la recherche de quelque sensation passagère. Il aimait être seul, parce qu’il se sentait mieux. Il se sentait à la fois le plus grand et le plus petit des hommes. Personne n’avait dit de lui qu’il était un solitaire, peut-être parce qu’il bavardait avec tout le monde et ne refusait jamais une visite ou une invitation quelconque. Mais personne aussi ne savait qu’il aimait être seul.
    Dans le ciel, ce ciel qu’il contemplait si souvent, des oiseaux formant un V volaient en direction de l’ouest.
    Jules regarda ce tableau naturel. Une paix intérieure avait envahi le poète sans stylo. Il se sentait l’homme le plus libre du monde. Puis il baissa la tête, le mirage métaphysique avait passé.
    Arrivé au bout de la promenade, il s’assit sur un banc. À quelques mètres de là, une vieille femme vêtue de noir donnait à manger aux pigeons.
    Jules sortit sa pipe et la bourra, puis chercha ses allumettes, fouilla toutes les poches, mais ne les trouva pas.
    Où les ai-je oubliées? se demanda-t-il. Chez Scarlett? Non, chez Scarlett je n’ai pas fumé la pipe et c’est Jan qui m’a offert du feu. Et puis zut, faut pas se tracasser pour des allumettes.
    Il se leva et sans hésiter s’approcha de la vieille femme .
    - Excusez-moi, dit-il. N’auriez-vous pas du feu, par hasard?
    La vieille femme continua de semer ses graines .
    - Excusez-moi, n’auriez-vous pas du feu, par hasard? dit-il de nouveau.
    - Laissez-moi tranquille, répondit la vieille sans regarder Jules. Vous ne voyez pas que je suis en train de donner à manger à ces pauvres petites bêtes? Allez-vous-en!
     Jules haussa les épaules et retourna s’asseoir sur le banc.
    Faire du bien aux bêtes! pensa Jules. Du bien aux bêtes et chasser un homme comme s’il était une créature puante. Ce n’est pas normal. C’est bien de s’occuper des bêtes, c’est bien mais à condition de ne pas négliger les hommes. Me chasser comme du poisson pourri.
     Il mit la pipe dans sa poche et croisa les bras .
    C’est bien fait pour moi, se dit-il. Il faut sa voir s’en passer. Il faut savoir... Pourquoi sommes-nous souvent si désagréables, si agressifs vis-à-vis d’autrui? Nous nous attachons trop à de petites choses , des choses sans importance. Nous manquons de profondeur parce que nous nous attardons à résoudre des problèmes superficiels et ainsi nous flottons. Nous flottons comme un bouchon sur un océan agité. Nous cherchons ailleurs le calme. Nous cherchons à faire régner la paix dans le monde et notre cœur est dépourvu de bon sens, d’ amour. Nous cherchons à l’extérieur ce qui est au fond de nous-même. Nous nous sommes nourris de sucreries et nous sommes devenus des enfants capricieux..., et nous stagnons dans le royaume de l’enfance: nous voulons tout pour nous, nous voulons tout recevoir et ne rien donner. Pourquoi sommes-nous ainsi? Faut-il la gagner, cette paix intérieure? Peut-on la découvrir? Que faut-il faire? C’est ce que je cherche, ça doit être ça. Être un homme neuf, être celui qui reçoit de l’au-delà les directives de sa vie. «Sentir et Agir.» Être passif dans une mer en tempête et actif dans un désert aride. Ne s’attacher à aucun endroit, regarder avec les mêmes yeux la mer et le désert, le riche et le pauvre, ça doit être ça que je cherche.
    Il prit de la poche de sa veste la boite de cigares dont Jan lui avait fait cadeau, l’ouvrit et sentit les cigares.
    - Sacré Jan, murmura-t-il. Puis il referma la boite et la remit dans la poche... à suivre

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22/05/2014

À la poursuite du vent (18, à suivre)

    Jules s’habilla rapidement et sans perdre une seconde il se rendit au café «Chez la Mère Scarlett».
   La patronne ne travaillait jamais le dimanche. Ce jour-là, elle se faisait remplacer par une serveuse «tournante» et ça changeait souvent.
    La jeune femme servit la collation dominicale: café, croissant et œuf à la coque. Jules déjeuna tranquillement.
   Un vieil homme, la cigarette à la bouche, vêtu d’un caban et coiffé d’une casquette de marin entra et s’approcha de Jules.
    - Tu permets? fit-il à Jules, puis aussitôt s’assit en face de lui.
    C’est un coup monté, pensa Jules. C’est peut-être un coup de Frank?
    - T’as pas cinq francs à me donner? demanda l’homme.
    - Ça ne va pas? répondit Jules, en tremblotant.
    L’homme se mit à rire.
    - Faut pas t’affoler comme ça p’tit Jules. Tu ne me reconnais plus? fit-il.
    - Non, dit Jules d’un air étonné.
    - L’ Afrique, les expéditions, les déserts...
    - Jan! s’écria aussitôt Jules, et ses yeux se mirent à briller.
    Les deux hommes se regardèrent un bref moment et se frappèrent amicalement sur l’épaule.
    - Ça me fait plaisir de te voir, fit Jules.
    - Et moi donc!
    - Quel bon vent t’amène?
    - Le hasard sans doute. Je passais par là, par hasard. J’ai guigné. Les cafés pleins, je n’aime plus beaucoup ça. J’ai donc guigné et j’ai aperçu ta p’tite tête et suis tout de suite entré. Tu n ‘as pas beaucoup changé.
    - J’ai vieilli de quinze ans. Il y a bien quinze ans que nous nous sommes vus la dernière fois, non?
    - Ça doit faire ça. Ma parole, tu portes la barbe! Mais tu es resté le même. La preuve, je t’ai tout de suite reconnu.
    - Quinze ans! C’est incroyable.
    - Eh oui.
    - Et ta femme, est-elle toujours aussi jolie?
    - Elle m’a quitté, il y a six ans.
    - Non?
    - Elle est morte, il y a six ans.
    Jan regarda Jules tristement.
    - Pardon, dit Jules.
    - Ça ne fait rien. Tout le monde dit ça mais ça ne sert à rien. Elle est morte. Parfois j’ai une drôle d’impression comme si..., oui comme si j’ai toujours vécu tout seul. Tu vois, Jules, le temps passe et en passant efface la douleur des hommes. Alors à quoi ça sert de pleurer? Et pourtant je pleure encore lorsque les souvenirs me reviennent .
    La serveuse s’approcha des deux hommes.
    - Que faut-il te servir mon beau marin? demanda-t-elle à Jan .
    - Deux verres de rhum, ma p’tite sirène, répondit-il.
    La serveuse se tourna. Jan profita de lui donner une légère tape sur les fesses.
    - Hé! s’écria-t-elle en souriant, tu te crois à Amsterdam?
    Et elle s ‘éloigna.
    - Tu la connais? demanda Jules.
    - Non pas du tout, répondit Jan.
    - C’est drôle!
    - Qu’est-ce qui est drôle?
    - Elle a parlé d’Amsterdam.
    - En effet, tu as raison... Ai-je vraiment l’air d’un Hollandais?
    - Justement, tu n’as pas plus l’air d’un Hollandais que d’un Portugais.
    - Mais tu oublies que je suis Hollandais.
    - Je le sais, je le sais , mais pour moi tu n’as rien d’un Hollandais. Tu portes une casquette et un veston comme les pêcheurs de là-bas mais ça ne suffit pas pour en avoir
l’air. Tu aurais pu aussi être Breton.
    - Tu es tout de même drôle. Avoir l’air? Je le suis.
    - Peut-être.
    - Pas peut-être, je le suis.
    - Si tu veux, tu l’es... Entre nous, tu ne la connais pas, sincèrement?
    - Pourquoi me demandes-tu ça?
    - Parce qu’elle t’a regardé drôlement.
    - Qu’est-ce que tu veux dire par drôlement?
    - Drôlement! Comme si elle te connaissait ou voulait faire ta connaissance. Tu vois ce que je veux dire?
    - Tu crois ça ?
    Le visage de Jan se mit à rayonner. Un léger frisson l’avait pénétré et le vieux coq dressa son cou .
    - Tu crois ça? demanda-t-il de nouveau.
    - Il se peut.
    - Mais tu viens de me dire...
    - Je n’en sais rien, c’est une impression, mais demande-le lui.
    - Ça ne va pas? Tu n’est pas devenu maboul par hasard?
    - Qu’y a-t-il de mal à demander la vérité?
    - Faut pas te foutre de moi. Tu me vois à mon âge en train de demander ça à une jeune femme? Parce que, pour être jeune, elle est jeune. J’aurai s l’air de quoi?
    - D’un homme qui demande quelque chose à une femme.
    - Fais pas de l’esprit. Sois sérieux!
    - Je sais maintenant .
    - Qu’est -ce que tu sais?
    - C’est que tu n’oses pas.
    - Tu crois ça? Attends qu’elle vienne. Je vois où tu voulais en venir. Tu crois que je suis toujours timide? Tu as une sacrée mémoire.
    - Tu oses vraiment?
    - Tu verras, tu verras...
    Jules se leva.
    - Ça vient ces rhums! cria-t-il, puis il se rassit.
    La serveuse apporta les deux rhums.
    - Faut pas vous énerver comme ça, dit-elle à Jules.
    - Il crève de soif, fit Jan à la serveuse. Mon ami est explorateur.
    - Non? Moi, je suis Sainte Sophie, fit-elle. Jules se gratta la barbe.
    - Qui vous a dit que je suis Hollandais? demanda Jan.
    - Personne, pourquoi?
    - Vous êtes sûre? demanda Jules.
    - Mais qu’est-ce que c’est que cette histoire?...
    - Tout à l’heure, vous avez dit: faut pas te croire à Amsterdam, expliqua Jan.
    - C’est pour ça? Oui, c’est vrai, j’ai dit ça. J’avais déjà oublié. Hier on m’a lu un conte de votre pays. Vous connaissez l’histoire du petit enfant qui sauva les Pays-Bas en mettant son doigt dans un trou. Vous connaissez?
     - Oui, répondit Jan.
    - On m’a raconté ça, dit-elle. Alors lorsque je vous ai vu, j’ai pensé que vous étiez d’Amsterdam. Excusez-moi, on m’attend là-bas...
    Jan ferma les yeux.
    - Qu’est-ce qu’il t’arrive? s’écria Jules.
    Jan ouvrit les yeux et fixa Jules.
    - Ça ne va pas? demanda Jules.
    - Ça va bien, répondit Jan en baissant la tête.
    - À quoi tu joues?
    - Au fou.
    - Tu ne t’es pas senti mal?
    - Pas du tout. Je pensais. J’ai l’habitude de fermer les yeux lorsque je pense..., ou après avoir commis une idiotie.
    C’est vrai, pensa Jules, nous avons agi comme des enfants.
    Jan sortit de son caban une vieille boîte métallique, l’ouvrit et offrit un cigare à Jules.
    - Merci, dit Jules, en se servant.
    - Pas besoin de dire merci, fit Jan. On est amis, non?
    - Bien sûr, bien sûr, répondit Jules.
    Jan lécha son cigare; Jules le regarda faire sans prononcer un mot. Le vieil Hollandais alluma son cigare, puis offrit du feu à son ami.
    - C’est un «Balmoral», dit-il.
    - C’est une bonne marque? demanda Jules.
    - C’est la meilleure. Pour moi, c’est la meilleure.
    Je comprends maintenant, pensa Jules. Il les aime trop ces «Balmoral» pour en offrir avec plaisir. Ça l’a énervé. Il aurait préféré que je dise non merci. Je comprends maintenant pourquoi il a d’abord allumé le sien.
    - Comment tu le trouves? demanda Jan.
    - Excellent! répondit Jules.
    - Sincèrement?
    - Sincèrement.
    Jan prit de son caban une autre boîte de cigares.
    - Tiens, dit-il à Jules, en lui tendant la boîte. Elle est à moitié pleine. J’ai l’habitude de remplir ma boite métallique.
    Jules hésita.
    - Prends-là! dit Jan.
    Jules prit la boite, l’ouvrit et compta cinq cigares.
    - Tu fumeras à ma santé, fit Jan.
    - Merci, dit Jules d’un air pensif, merci beaucoup.
    - Pas besoin de dire merci, s’écria Jan. On est amis, non?
    - Tu as raison .
    Jules but d’un trait son rhum et se gratta la barbe.
    - Deux rhums, cria-t-il soudainement.
    Les deux hommes se mirent à rire.
    - Faut fêter ça, fit Jules, en frappant l’épaule de Jan... à suivre

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21/05/2014

La belle ignorance

La vie est pleine de surprises...

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20/05/2014

À la poursuite du vent (17, à suivre)

    Le lendemain matin Jules se réveilla vers huit heures. C’était dimanche et pour ce jour-là il ne mettait jamais de réveil. Il se leva, puis ouvrit pleinement la fenêtre.
    Comme c’est calme, se dit-il en respirant profondément.
    Il dirigea son regard vers le ciel qui semblait annoncer un jour de beau temps.
    Des gens iront à l’église, pensa-t-il. Ils iront écouter la parole de Dieu. La parole des hommes! La parole de Dieu? L’homme a personnalisé l’incompréhensible, l’infini;  l’a limité dans son imagination. Il s’est mis à le vénérer par besoin de protection, de sécurité. Il a divisé les choses. Il s’est créé la notion du bien et du mal. Au début des temps, l’homme craignait l’éclair et le tonnerre parce qu’il ignorait les causes de ces phénomènes. Pour lui, c’était l’esprit du mal. Puis lorsqu’il commença à utiliser le feu, provoqué par la foudre, il se mit à l’adorer. C’était l’esprit du bien. En somme, tout ce qui est un bienfait à l’homme fait partie du bien et automatiquement tout ce qui lui est néfaste appartient au diable. Que s’est-il passé dans ma tête? Ça me travaille. Toutes ces idées, qui me pénètrent comme des lumières qui cherchent à me guider sur le chemin de la vérité, m’intriguent follement. Oui, Dieu est au-delà de toute compréhension humaine. Frank m’a-t-il mis la puce à l’oreille? Je ne sais pas. C’était destiné? C’était peut-être destiné? J’ai dû mourir un instant au passé et renaître dans un autre monde. J’ai dû aussi oublier l’ancien monde. Oui, je crois que c’est ça, on peut mourir au passé et devenir quelqu’un d’autre, quelqu’un de neuf comme une eau qui s’évapore et qui retombe en pluie...  C’est drôle, c’est venu à un moment où je n’attendais rien de la vie. J’ai laissé pousser la barbe comme ça, sans aucune envie. Je suis encore lourd, fatigué intérieurement. J’aimerais mourir encore bien des fois pour retomber comme la pluie, plus que neuf et pur. Mais comment faire? Frank m’intrigue. Il est comme l’arbre sain qui donne des fruits propres. Il peint parce qu’il doit peindre. C’est ce qu’il a dit. Il doit parce qu’il ressent et il agit parce qu’il fait Un avec le «ressentir».
    Jules contempla le vol d’une mouette qui passait. Son cœur se mit à palpiter. Il posa la main sur sa poitrine et celui-ci mystérieusement se calma.
    Heureusement, se dit-il, heureusement. J’ai cru comprendre..., mais la liberté n’est pas émotionnelle... à suivre

08:55 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer |  Facebook | | | |

18/05/2014

Je vote

  Je vote, tu votes, il rote et nous la rotons tout autant!

 Non, soyons sérieux! Bien que...

 Dans une démocratie où les trois quarts des citoyens sont de droite, la droite sera toujours au pouvoir et les lois ne profiteront qu’aux citoyens de droite.

 Dans une démocratie où les trois quarts des citoyens sont de gauche, la gauche sera toujours au pouvoir et les lois ne profiteront qu’aux citoyens de gauche.

 Cela devient intéressant quand dans une démocratie la moitié des citoyens est de droite et que l’autre moitié de gauche. Oui, intéressant, voire même spectaculaire,  surtout quand quelques miettes de la population ont passé subitement de droite à gauche ou l’inverse... Ces miettes ont, en quelque sorte, pris du pouvoir et ont permis ainsi de faire remplacer le pain noir par le pain blanc à la moitié des citoyens. La moitié plus les miettes, bien entendu.

 Finalement, les votations ont-elles vraiment amélioré ma vie ou celle de mes amis,  objectivement?

 Objectivement? Tout est là. Ce sacré objectivement si souvent transformé, déformé, caché, gommé ou effacé à jamais... Par  la gauche, le centre, la droite, les extrêmes, les patrons, les banquiers, les escrocs et les faux-culs.

 Par exemple, atteindrons-nous bientôt le million de pauvres en Suisse?

 Et combien de siècles encore, le misérable, le malade, le travailleur, la femme ou le vieillard devra-t-il voter pour enfin vivre en citoyen respecté, digne et libre?

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17/05/2014

À la poursuite du vent (16, à suivre)

   Les heures passèrent. Jules quitta Jane et Frank. Il alla boire un café chez madame Scarlett, puis rentra chez lui...
    Quinze jours déjà, se dit-il, en se regardant dans la glace. Elle a bien poussé, cette sacrée barbe. On peut faire pas mal de choses en quinze jours. En tout cas, moi, j’ai fait bien des choses. J’ai connu Frank et Jane, j’ai appris à cuisiner des plats indonésiens ou presque. Quinze fois le soleil s’est levé et quinze fois il s’est couché. Des milliers de bébés sont nés et des milliers de vieux sont morts, et tout cela en quinze jours.
    Il ouvrit le robinet d’ eau froide, le laissa couler cinq minutes puis rafraîchit son visage.
    - Ça fait du bien, murmura-t-il.
    Il finit sa toilette et alla s’asseoir sur son lit.
    Est-il sincère? se demanda-t-il, en dénouant ses chaussures.
    Il enfila un pyjama propre, machinalement il ferma la porte de la chambre, entrouvrit la fenêtre et s’enfila entre les draps.
    - Belle journée, dit-il, en soupirant.
    Il croisa les mains comme quelqu’un qui s’apprête à prier.
    Est-il sincère? se demanda-t-il de nouveau. Quelle sale bête! Être arrivé à soixante-dix ans et n’être pas capable de reconnaître le vrai du faux. Qu’ai-je fait pendant toutes ces années? J’ai dû m’encrasser de mauvaises pensées, de mauvaises idées. Oui, c’est ça, j’ai dû me gaver de sottises, j’ai dû laisser mon cerveau se nourrir inconsciemment de toxines intellectuelles. C’est tout de même catastrophique à mon âge de douter de la sincérité d’un homme. Que veut-il? Que cherche-t-il? C’est chez moi que ça cloche. Je n’ai rien à pouvoir lui donner, de toute façon. J’aimerais savoir ce qui se passe dans la cervelle d’un homme lorsqu’il pense à de telles choses... Bref, bref. J’ai meilleur temps de dormir. Comme dit le proverbe chinois, la nuit n’appartient pas aux hommes. C’est ça, ça n ‘appartient pas aux hommes .
    Jules éteignit la lumière. Quelques secondes plus tard, il s’endormit comme un enfant fatigué d’avoir profondément joui de sa liberté totale.
    Dans la rue des gens passaient de temps en temps. Vers minuit, un ivrogne se mit à blasphémer mais cela ne perturba pas le sommeil de Jules... à suivre

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16/05/2014

À la poursuite du vent (15, à suivre)

    Jane entra. Frank embrassa sa femme. Jules se leva...
    - Bonjour, monsieur Jules, fit Jane; elle lui tendit la main.
    - Bonjour, répondit timidement Jules.
    - Frank m’a beaucoup parlé de vous, dit-elle d’un air gai et décontracté.
    - C’est vrai? demanda doucement Jules.
    Frank regarda Jules et sourit .
    - Allons, asseyez-vous, dit-il, Jane va nous préparer quelque chose de bon. N’est-ce pas Jane?
    - Oui, chéri.
    - Comme d’habitude, dit-il, avec un petit sourire au bout des lèvres.
    L’appartement du jeune couple était composé d’une petite entrée, d’une salle de séjour qui servait à la fois de salon et de salle à manger, d’une chambre à coucher, d’une petite chambre claire sans rideaux que Frank appelait son petit atelier, d’une cuisine et d’un grand balcon duquel l’on pouvait admirer de belles montagnes .
    Jane prépara des «bami», une spécialité indonésienne. Frank ouvrit une bouteille de beaujolais puis tous trois
se mirent à table.
    - C’est bon, dit Jules, après avoir dégusté une première bouchée. C’est fait comment ça? demanda-t-il à Jane.
    - Il n’y a rien de sorcier, répondit Jane. Vous cuisez différents légumes, ensuite vous préparez une sauce avec de la sauce de soja, du curry, de la poudre de gingembre et des piments rouges. Vous faites frire de la viande hachée ou des crevettes avec les légumes cuits. Puis vous cuisez les pâtes de mie ou de vulgaires pâtes. Vous mélangez le tout et ça vous donne ça.
    - Ça doit prendre pas mal de temps, fit Jules.
    - C’est une question d’habitude, dit Frank. Pour simplifier, on peut aussi acheter des légumes séchés... Il suffit de les tremper pendant un quart d’heure dans un peu d’eau avant de les faire frire. On les trouve chez n’importe quel épicier spécialisé dans les plats exotiques. D’ailleurs, il y a trente-six mille recettes et personne ne vous interdit de modifier ces formules, selon vos goûts et vos désirs. Il nous arrive aussi de manger des «spaghetti» parfumés à la sauce de soja. Jane et moi, nous appelons ça des «bami» sans légumes.
    - Oui, pourquoi pas, fit Jules. Vous m’avez donné de bonnes idées. Je vais essayer ça chez moi.
    - Vous viendrez essayer ça chez nous, reprit Jane. N’est-ce pas Frank?
    - C’est sûr, répondit Frank.
    Jules sembla gêné.
    - Je ne voudrais pas vous déranger, dit-il timidement.
    - Nous déranger! s’exclama Frank. Vous êtes un ami. Vous êtes comme chez vous. L’appartement vous appartient aussi.
    - Vous plaisantez?
    - C’est une façon de dire les choses, mais j’aimerais bien qu’entre les hommes il n’y ait plus de frontière. Je n’aime pas les territoires que l’on protège, que l’on chérit, que l’on interdit aux autres... Vous comprenez entre vous et moi, vous et nous, il doit y avoir de la confiance, de l’amour, de l’harmonie. Venir ici, ça doit être normal pour tous. Aussi bien pour vous que pour Jane et moi. C’est ça la vraie amitié.
    Jane sourit à Jules, un peu ému.
    - Il est né ainsi, dit-elle à Jules.
    - Sans habits, fit Frank en souriant... à suivre

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15/05/2014

À la poursuite du vent (14, à suivre)

    Huit jours plus tard, Jules se rendit à nouveau chez Frank.
    Le ciel était brumeux; une atmosphère lourde pesait sur le moral des gens. Jules et Frank s’installèrent sur le balcon. Frank prépara un cocktail, un mélange de rhum et de «ginger-ale» accompagné de quelques glaçons.
    - Ça sent les tropiques, fit-il en servant son cocktail.
    - Vous connaissez? demanda Jules.
    - Les tropiques et moi, nous faisons partie d’un même monde, celui de la nudité. J’y suis né. Je suis une sorte d’Américain vagabond qui n’a rien d’un Américain. L’art n’a pas de patrie. Dieu a créé la diversité et l’homme a séparé, divisé sa création. Les tropiques, c’est le soleil, les palmiers et la mer chaude. Le rhum, c’est l’ivresse des hommes! Pourquoi parler de tout ça? Buvons à la santé du soleil!
    - Santé!
    Jules but une gorgée de ce breuvage d’artiste. Puis il regarda la montagne qui s’élevait majestueusement devant eux comme un être prédestiné à délivrer un message.
    - C’est beau, dit-il.
    - Et au delà, c’est encore plus beau, fit Frank.
    - Vous vivez seul? demanda brusquement Jules.
    - Je suis marié, répondit Frank. Vous vous demandez où est ma femme?
    - Ça fait la deuxième fois que je suis ici, vous comprenez?
   - Vous avez raison, je ne vous ai jamais parlé de ma gentille femme... Elle travaille... Parfois le jour, parfois la nuit.
Jules sembla inquiet.
    - Mais non, mais non, dit Frank en souriant. Elle est infirmière.
    - J’aime mieux ça, s’exclama Jules... Il faudra me la présenter, dit-il timidement.
    - Patience, patience... Dans une heure votre désir sera satisfait.
    - Comme vous dites, un désir. C’est tout de même drôle la vie. L’autre jour, j’étais assis à une terrasse de café. Je regardais les gens passer et je me suis demandé s’ils étaient heureux. Les visages me semblaient masqués... mais je n’ai pas pensé à moi. J’avais complètement oublié ma barbe. Et puis le jour où je vous ai rencontré, j’ai senti le besoin de parfaire votre connaissance..., je n’ai pas osé..., j’ai pensé que vous auriez mal interprété le but de ma visite. Et puis, c’est vous qui êtes venu chez moi. Je crois finalement que l’homme est un ange du diable. Il ne regarde la vie et les autres hommes que négativement.
    - Disons plutôt souvent négativement. Il pense au mal parce qu’au fond de lui-même il a peur. Peur de souffrir, peur de mourir, peur de se perdre... La plupart des hommes sont encore des enfants. Des enfants qui ont grandi physiquement, qui ont perdu leur sincérité et leur spontanéité  et qui ont amplifié leur égoïsme et leur agressivité. Ils se méfient même de leurs propres frères. Ça, c’est la plupart des hommes.
    On sonna à la porte.
    - Quelle heure est-il ? demanda Frank d’un air étonné.
    - Midi, répondit Jules.
    - Déjà! fit Frank en se dirigeant vers la porte d’entrée. C’est la surprise, dit-il, en levant son doigt... à suivre

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14/05/2014

À la poursuite du vent (13, à suivre)

   La chambre de travail de l’artiste était claire et sur les murs des toiles attendaient d’être encadrées. Jules s’assit dans une sorte de «fauteuil-pouf»; il respirait à grande haleine. Frank se pencha sur sa table de travail et se mit à gribouiller une feuille de papier.
    - C’est haut, dit-il.
    - Qu’est-ce qui est haut? demanda Jules.
    - Les étages, ça essouffle!
    - Oui, en effet.
    - À tout âge ça essouffle.
    - Au mien encore davantage.
    - On ne vous a jamais coupé le souffle?
    - Pourquoi ça? Je ne comprends pas.
    - On ne vous a jamais, par exemple, montré quelque chose de très beau, de très très beau, à vous couper le souffle?
    - Ah!... Non..., non...
    - Alors je vais le faire.
    - Et comment?
    - Je vais vous montrer une de mes toiles.
    Jules sourit.
    - Oui, oui, une de mes toiles, continua Frank, puis il sourit à son tour... à suivre

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13/05/2014

À la poursuite du vent (12, à suivre)

    Le ciel était rempli d’étoiles et les rues étaient calmes. Jules et Frank marchaient comme deux êtres à la recherche d’un même but. Ils marchaient et l’un comme l’autre ne savaient où ils allaient.
    - J’avais envie de prendre l’air, dit Frank.
    - Vous aimez vous promenez? fit Jules.
    - J’aime voir les étoiles et la couleur du ciel lorsqu’il est obscur. Ça fait rêver... On se souvient de son enfance. Souvent, je me promenais avec mon oncle. Et chaque fois qu’il y avait nouvelle lune, il sortait de sa poche une pièce d’un shilling et essayait de la faire briller. «Ça porte chance», disait-il.
    On se ressemble, pensa Jules. Peut-être bien.
    - Regardez, fit Frank, regardez comme l’univers est immense..., et ne cesse de bouger. Les hommes se tuent, les enfants grandissent aveuglés par la sévérité, la discipline et la colère des grands. Ils grandissent sans mûrir comme des cactus qui ne bourgeonnent jamais. Oui, c’est un peu ça. Pourtant, c’est beau de voir au printemps les arbres en fleurs.
    - J'ai failli venir, murmura Jules.
    - C’est beau un ciel plein d’étoiles... Qu’est-ce que vous avez dit?
    - Rien.
    - Vous avez pourtant dit: j’ai failli venir.
    - Moi?
    - Oui, vous.
    - Peut-être.
    - Je crois que derrière vos yeux se cache un monde plein de désirs, comme ce ciel. Il se cache mais pour moi il n’est pas caché.
    - Qu’est-ce que vous voulez dire par là?
    - Vous le savez aussi bien que moi.
    Jules s’arrêta.
    - Continuons, dit Frank en tirant Jules par le bras. Cela ne sert à rien de se justifier.
    - Bon, bien. Je vais vous dire pourquoi, dit Jules.
    Puis il sembla hésiter.
    - Alors! fit Frank. C’est si dramatique?
    - Mais non, mais non... C’est la pensée de l’homme qui me fait peur.
    - Il faut s’en foutre. Pourquoi avoir peur? Peur de qui? Dieu ne vous demande pas d’avoir peur de lui. Ce que les hommes disent, c’est comme la mode, c’est de la pure imagination, du folklore.
    - J’ai failli venir vous rendre visite. Vous comprenez, on peut penser au mal.
    - Pourquoi penser au mal? Il faut chasser les mauvaises pensées de soi. Il faut être simple et la vie parait simple. Vous n’êtes pas d’accord?
    - Oui, mais ce n’était pas pour moi.
    - Qu’est-ce que vous savez des pensées des autres? Si vous êtes honnête, c’est pour vous que vous l’êtes. L’homme qui est honnête pour les autres, c’est tout simplement un malhonnête qui joue à l’honnête. Et puis, vous savez, nous ne sommes pas seulement faits d’actions, mais aussi de pensées...
    - C’est là, fit Frank qui s’arrêta en montrant du bras le numéro vingt-six... à suivre

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (3) |  Imprimer |  Facebook | | | |

12/05/2014

À la poursuite du vent (11, à suivre)

A la poursuite du vent.jpg    Ce soir-là, Jules semblait satisfait de sa journée. Il avait vu du monde et à travers lui il avait senti bien des choses... Il s’était endormi dans son fauteuil comme un vieux marin au retour d’une longue pêche. Le rêve avait envahi l’homme au travers de ses paysages déformés, ses monstres aux visages pleins de contradictions et ses morales extraordinaires.
    Jules marchait dans un désert, le visage bien rasé. Il se dirigeait vers une montagne blanche mais ne pouvait s’en approcher. Il avait l’impression de faire du surplace. Brusquement, un homme portant une barbe blanche, vêtu d’une longue robe noire, apparut et lui dit:
    - Débarrasse-toi de tout ce que tu as en trop. Débarrasse-toi bien et tu pourras ainsi atteindre la montagne.
    - Je me suis débarrassé de tout, s’écria Jules. Même de ma barbe, ajouta-t-il.
    - De trop, de trop, répéta l’homme. Le chemin est long et seul celui qui est né à nouveau peut l’atteindre. Débarrasse-toi de tout ce que tu as de trop.
    Puis d’un seul coup Jules se retrouva dans la rue abasourdi par le bruit des klaxons. On sonnait à la porte.
    Jules se réveilla et aussitôt toucha son visage.
    Elle est bien là, se dit-il en se grattant la barbe, encore peu garnie et qui lui démangeait par moment.
    On sonna de nouveau. Jules se leva, alla ouvrir la porte.
    - Bien le bonjour, fit Frank, le jeune peintre, tout souriant.
    Jules resta perplexe.
    - Me reconnaissez-vous? demanda Frank.
    - Mais entrez, entrez je vous en prie, fit Jules.
    Frank regarda autour de lui, tout était vieux jeu ici.
    - Asseyez-vous, fit Jules, en montrant un fauteuil.
    - Ça a été difficile, dit Frank en s’asseyant.
    - Mais comment m’avez-vous trouvé?
    - C’était facile.
    - Difficile ou facile?
    - L’un et l’autre. Vous comprenez?
    - Non, franchement non.
    - Alors asseyez-vous et écoutez-moi bien.
    - Tout d’abord, qu’est-ce que vous buvez?
    - N’importe.
    - Du beaujolais, ça va?
    - Ça va.
    Jules alla chercher deux verres à la cuisine .
    - Vous êtes bien ici? demanda Frank.
    - Assez bien, répondit Jules, qui prit une bouteille de beaujolais dans la commode qui se trouvait à côté de Frank.
    - Vous aimez le rouge? demanda Frank.
    - Oui, parfois, répondit Jules.
    Jules ouvrit la bouteille et remplit les deux verres .
    - Bonne année, fit Jules, en levant le verre comme pour dire santé.
    - Très bonne année, fit à son tour Frank, en souriant.
    - Alors, c’était facile ou difficile?
    - Le hasard est-il facile?
    - Je n’en sais rien.
    - Moi non plus... Je vous ai vu entrer chez madame Scarlett l’autre jour. Je passais en voiture mais je n’ai pas pu m’arrêter. Alors, je me suis renseigné auprès de la vieille ce matin, et voilà.
    - Vous connaissez madame Scarlett?
    - Plus ou moins... J’y vais de temps en temps.
    - Alors, pourquoi avez-vous dit que c’était difficile?
    - Bouf! de venir sonner chez vous. Vous comprenez, j’ai de l’éducation, de l’éducation américaine, reprit-il d’un air moqueur.
    - Je comprends, fit Jules en souriant.
    Frank regarda Jules comme s’il examinait une statue sculptée par le temps.
    Qu’est-ce qu’il a à me regarder ainsi? pensa Jules. Que me veut-il? J’espère que je n’ai pas affaire à un de ces farfelus qui commencent par pleurer leur misère et qui finissent par profiter de la pitié des bonnes gens.
    - À quoi pensez-vous? demanda Frank.
    - À rien, répondit Jules, franchement, à rien.
    - Je vous crois, n’ayez crainte, je vous crois.
    - Vous me comprenez? A quoi auriez-vous pensé à ma place?
    - À rien, franchement à rien... Nous avons tous de petites arrière-pensées qui tournent dans notre tête. N’est-ce pas?
    - Peut-être.
    - Comme vous dites! Peut-être et sûrement. C’est un peu ça l’homme, une petite machine à amasser des intérêts. Je sais, vous me diriez: pas forcément, tout le monde est ainsi. Malheureusement, c’est rare de rencontrer quelqu’un de bien.
    Les yeux de Jules se fixèrent sur un vase en cristal posé sur la commode. Frank but une gorgée de vin, puis regarda sa montre.
    - Venez, dit-il en se levant brusquement.
    - Où ça?
    - Levez-vous et venez!... à suivre

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |