27/05/2014

À la poursuite du vent (23, à suivre)

   Le tic-tac de l’horloge régnait dans le calme de la pièce. Jules s’était endormi dans son fauteuil. Il rêvait. Il était en train de voler dans un espace illuminé de violet.
Brusquement il posa pied sur une planète plus grande que la Terre. Il s’approcha d’une maisonnette et entra. Deux hommes, vêtus d’une chemise à carreaux, étaient en train de jouer aux cartes.
    - Où est le poste de police? demanda Jules aux deux hommes.
    - Ici, répondit l’un d’eux.
    - Ici? demanda-t-il, d’un air surpris.
    - C’est le poste de police de la planète, dit le second. Et nous sommes les policiers.
    - Vous n’êtes que deux?
    - Que voulez-vous, répondit le premier, nous sommes si sages et si évolués...
    Lorsqu’il se réveilla, il déboutonna le col de sa chemise puis bourra tranquillement sa pipe.
    Drôle de rêve, pensa-t-il. Pourquoi les gens mentent-ils si souvent? se demanda-t-il. Pourquoi inventent-ils des histoires? Par peur ou pour paraître. Peur de faire du mal à autrui ou à eux-mêmes. Paraître à l’image de leur personnage idéal. L’instinct, l’intellect et l’affectif sont les trois éléments constituant la personnalité de l’homme. Ces trois forces métaphysiques peuvent se développer positivement ou négativement. Le mensonge utilisé pour paraître est le reflet d’une âme qui souffre. Avec ses propres expériences et le temps, l’homme peut s’enrichir. À lui de ne pas rester sourd et aveugle aux lumières de la vie. En ouvrant les yeux au fond de soi-même, on apaise la souffrance, on chasse le désordre. La peur, la haine, le pessimisme, la jalousie, la mélancolie, la cupidité, l’avarice, la manie, l’obsession sexuelle, etc., sont des états de souffrance, de déséquilibre, de désordre... L’âme de l’homme est une sorte de longueur d’onde comparable à un morceau de musique. Être en paix avec soi-même, c’est avoir une âme qui vibre harmonieusement. Connaître le fond de ses pensées, la nature de ses désirs, la limite de ses capacités, c’est commencer de s’accepter..., et celui qui s’accepte, qui reconnaît sa juste valeur, a choisi le chemin de la sagesse, de l’harmonie. Tous ces mots impalpables ressemblent à des couteaux et un couteau peut aussi bien blesser un enfant que beurrer une tartine.
    Jules alluma sa pipe et aspira quelques bouffées. Puis il posa celle-ci dans le cendrier.
    Ça ne sert à rien d’insister, se dit-il. Pourquoi fumer lorsqu’on n’a pas envie de fumer? Ça fait plaisir de se sentir libéré du tabac... Ai-je été esclave du tabac? Je ne le pense pas. Ce serait beau de rayonner par sa propre liberté: le monde ne paraîtrait plus un lourd fardeau fatigant et angoissant, il serait un jardin tranquille et parfumé d’amour. Je suis fatigué d’ avoir toute ma vie travaillé comme un nègre au profit des autres... Celui qui en faisait le moins gagnait le plus. Mon coeur s’est mis à battre plus fort que normalement pour enrichir des hommes amoraux. J’ai vu des tas d’imbéciles devenir des personnalités respectées. J’ai vu aussi des êtres sensibles et honnêtes devenir des dépotoirs de la société. Le soleil m’a souvent soutenu dans mon désespoir car il se couchait souvent en même temps que moi et le vent m’a aidé bien des fois à oublier les paroles blessantes des ingrats. Les dimanches m’ont permis de récupérer mon sommeil en retard et de redonner des couleurs à mon visage troublé. Les vacances ont fait de moi un voyageur, un touriste, un fuyard. J’ai traversé bien des régions sans en admirer les merveilles car j’étais enchaîné par des soucis de travail. Bien des fois, on m’a proposé de vivre la bonne aventure et j’ai toujours refusé par peur de perdre ma place. J’étais un employé modèle..., j’étais travailleur et honnête. J’ai donné le maximum de moi-même au profit d’individus point respectueux. Mon coeur a pleuré à chaque injustice et nul être n’a pris conscience de ma douleur. J’ai connu intimement bien des femmes. Beaucoup d’entre elles m’ont parlé de mariage tandis que mes yeux ne voyaient que la sexualité. J’étais aveugle aux beautés du moment. Je raisonnais financièrement et pratiquement. J’étais celui qui pensait à embellir le futur et je gâchais le présent. Les oiseaux dans le ciel ne se soucient guère du lendemain et Dieu leur donne toujours de quoi se nourrir. C’est vrai, il aurait eu raison celui qui disait ça. J’aurais dû me laisser aller, ne rien attendre de la vie..., car celui qui est humble récolte sans effort les fruit s sucrés de sa destinée. Le figuier donne des figues et le pommier des pommes. L’homme libre apporte à la terre l’offrande pure de son âme. Et la terre se met à briller à ses yeux, à chanter des chants joyeux... à suivre

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

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