12/05/2014

À la poursuite du vent (11, à suivre)

A la poursuite du vent.jpg    Ce soir-là, Jules semblait satisfait de sa journée. Il avait vu du monde et à travers lui il avait senti bien des choses... Il s’était endormi dans son fauteuil comme un vieux marin au retour d’une longue pêche. Le rêve avait envahi l’homme au travers de ses paysages déformés, ses monstres aux visages pleins de contradictions et ses morales extraordinaires.
    Jules marchait dans un désert, le visage bien rasé. Il se dirigeait vers une montagne blanche mais ne pouvait s’en approcher. Il avait l’impression de faire du surplace. Brusquement, un homme portant une barbe blanche, vêtu d’une longue robe noire, apparut et lui dit:
    - Débarrasse-toi de tout ce que tu as en trop. Débarrasse-toi bien et tu pourras ainsi atteindre la montagne.
    - Je me suis débarrassé de tout, s’écria Jules. Même de ma barbe, ajouta-t-il.
    - De trop, de trop, répéta l’homme. Le chemin est long et seul celui qui est né à nouveau peut l’atteindre. Débarrasse-toi de tout ce que tu as de trop.
    Puis d’un seul coup Jules se retrouva dans la rue abasourdi par le bruit des klaxons. On sonnait à la porte.
    Jules se réveilla et aussitôt toucha son visage.
    Elle est bien là, se dit-il en se grattant la barbe, encore peu garnie et qui lui démangeait par moment.
    On sonna de nouveau. Jules se leva, alla ouvrir la porte.
    - Bien le bonjour, fit Frank, le jeune peintre, tout souriant.
    Jules resta perplexe.
    - Me reconnaissez-vous? demanda Frank.
    - Mais entrez, entrez je vous en prie, fit Jules.
    Frank regarda autour de lui, tout était vieux jeu ici.
    - Asseyez-vous, fit Jules, en montrant un fauteuil.
    - Ça a été difficile, dit Frank en s’asseyant.
    - Mais comment m’avez-vous trouvé?
    - C’était facile.
    - Difficile ou facile?
    - L’un et l’autre. Vous comprenez?
    - Non, franchement non.
    - Alors asseyez-vous et écoutez-moi bien.
    - Tout d’abord, qu’est-ce que vous buvez?
    - N’importe.
    - Du beaujolais, ça va?
    - Ça va.
    Jules alla chercher deux verres à la cuisine .
    - Vous êtes bien ici? demanda Frank.
    - Assez bien, répondit Jules, qui prit une bouteille de beaujolais dans la commode qui se trouvait à côté de Frank.
    - Vous aimez le rouge? demanda Frank.
    - Oui, parfois, répondit Jules.
    Jules ouvrit la bouteille et remplit les deux verres .
    - Bonne année, fit Jules, en levant le verre comme pour dire santé.
    - Très bonne année, fit à son tour Frank, en souriant.
    - Alors, c’était facile ou difficile?
    - Le hasard est-il facile?
    - Je n’en sais rien.
    - Moi non plus... Je vous ai vu entrer chez madame Scarlett l’autre jour. Je passais en voiture mais je n’ai pas pu m’arrêter. Alors, je me suis renseigné auprès de la vieille ce matin, et voilà.
    - Vous connaissez madame Scarlett?
    - Plus ou moins... J’y vais de temps en temps.
    - Alors, pourquoi avez-vous dit que c’était difficile?
    - Bouf! de venir sonner chez vous. Vous comprenez, j’ai de l’éducation, de l’éducation américaine, reprit-il d’un air moqueur.
    - Je comprends, fit Jules en souriant.
    Frank regarda Jules comme s’il examinait une statue sculptée par le temps.
    Qu’est-ce qu’il a à me regarder ainsi? pensa Jules. Que me veut-il? J’espère que je n’ai pas affaire à un de ces farfelus qui commencent par pleurer leur misère et qui finissent par profiter de la pitié des bonnes gens.
    - À quoi pensez-vous? demanda Frank.
    - À rien, répondit Jules, franchement, à rien.
    - Je vous crois, n’ayez crainte, je vous crois.
    - Vous me comprenez? A quoi auriez-vous pensé à ma place?
    - À rien, franchement à rien... Nous avons tous de petites arrière-pensées qui tournent dans notre tête. N’est-ce pas?
    - Peut-être.
    - Comme vous dites! Peut-être et sûrement. C’est un peu ça l’homme, une petite machine à amasser des intérêts. Je sais, vous me diriez: pas forcément, tout le monde est ainsi. Malheureusement, c’est rare de rencontrer quelqu’un de bien.
    Les yeux de Jules se fixèrent sur un vase en cristal posé sur la commode. Frank but une gorgée de vin, puis regarda sa montre.
    - Venez, dit-il en se levant brusquement.
    - Où ça?
    - Levez-vous et venez!... à suivre

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

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