01/05/2014

À la poursuite du vent (1, à suivre)

A la poursuite.jpg     Le réveil sonna; il était sept heures.
    Le vieux Jules, soixante-dix ans, se leva, s’habilla puis se dirigea vers la salle de bain...
    Et pourquoi pas, se dit-il, pourquoi n’aurais-je pas le droit? Même à mon âge, ça peut faire pas mal. Et puis, non, c’est idiot. Après tout, je peux la garder.
    Il se regarda encore un moment dans la glace, frotta sa barbe d’un jour en pensant à Dieu sait quoi, à n’importe quoi, à cette idée folle peut-être...
    Au coin de la rue, une vieille femme tenait un vieux kiosque en bois. Tout était vieux dans le quartier. Jules y achetait tous les matins son journal, depuis le premier jour de sa retraite; avant il ne lisait jamais les nouvelles.
    - Qu’y a-t-il de nouveau? fit Jules à la vieille femme.
   - Oh! Rien, rien, vraiment rien, répondit-elle. Que voulez-vous qu’il y ait de nouveau? Les gens se tuent tous les jours et tous les jours ils parlent de paix et ils n’agissent jamais.
   - Vous avez raison, dit Jules. Totalement raison. Les temps sont tristes. D’ailleurs, ils ont toujours été tristes depuis le jour où Ève offrit la pomme à Adam. Au fait, pourquoi vous ai-je posé cette question?
    - Par habitude. On fait tout par habitude. On parle par habitude, on se tue par habitude, on se rase par habitude, bref on fait tout par habitude.
    - En somme, on s’habitue aux habitudes.
    - Plus que ça, on en devient esclave.
    - Donc, j’ai eu raison .
    - Oui.
    - Non. C’est pour autre chose.
    - Quelle autre chose?
    - Quelque chose d’idiot. Je ne me suis pas rasé ce matin.
    - Vous avez oublié ou vous voulez...
    - ... non, non, je n’avais plus de lames.
    - Je le pensais bien. Vous n’êtes pas un homme à vouloir prendre de mauvaises habitudes. Ce n’est pas beau, les hommes à barbe. Il y a des gens qui se laissent pousser la barbe uniquement pour se donner un genre. Surtout les jeunes, mais ce n’est pas beau. Enfin, que voulez-vous, c’est la vie.
    Jules regarda la vieille d’un drôle d’air.
    Ça commence bien, se dit-il. J’ai tout de même le droit de faire ce que je veux. Qu’est-ce que ça peut lui faire si quelqu’un porte une barbe ou non? Je m’en moque. Ce n’est pas à cause d’une vieille que je la couperai. D’ailleurs, quelque chose en moi me dit qu’il faut que je la garde. C’est bizarre, c’est vraiment bizarre...
    Jules plia son journal, le mit dans sa poche, sortit sa pipe de sa poche de chemise et l’alluma. Il avait l’habitude de la bourrer tous les soirs avant de se coucher. Souvent, il aimait changer de tabac mais il en revenait toujours à sa marque préférée: du «Half and Half». Parce qu’il était facile à fumer, disait-il. Il alluma à nouveau sa pipe. Ce jour-là, il y avait un peu de vent.
    Ce sacré vent, pensa-t-il. Combien de fois m’a-t-il empêché d’allumer ma pipe? Combien de fois? Et pourtant, je fume toujours la pipe. Je sais que ce n’est pas grand-chose, mais c’est tout de même quelque chose. Ça ne veut rien dire du tout ce que je dis mais j’avais envie de le dire. Et pourquoi pas? Je me demande si tout le monde ne se pose que des questions sérieuses? Je ne le crois pas; il y a longtemps que la terre aurait dû être un paradis, oui, un paradis comme on le décrit dans les contes arabes. Ces sacrés Arabes, ils ont raison de vivre à la douce. Je dirais plutôt: certains ont encore raison. Les temps ont changé et des cinglés se trouvent maintenant partout. Quelle idée de vouloir accélérer le train de la vie.
    La circulation devenait de plus en plus dense; on s’approchait des huit heures. Jules ne se souciait guère du bruit des klaxons; il continua tranquillement son chemin, ce chemin qui le conduisait tous les matins à sa collation. Il marchait, les mains dans les poches, décontracté, l’air un peu perdu dans le monde de l’imaginaire. Il aimait rêver les yeux ouverts. Certaines personnes l’appelaient «le poète» parce qu’il leur disait souvent qu’il était aussi changeant que le vent. Il s’en fichait des dit-on et des qualificatifs, oui, il s’en fichait comme du vent...
    Jules s’arrêta devant le café «Chez la Mère Scarlett».
    Il ne faudrait pas que l’on me fasse une remarque, se dit-il. Je sens que je vais m’énerver. Je n’irai pas. Oui, je n’irai pas. Pour une fois, j’irai boire mon café ailleurs. Pourquoi pas ailleurs? Elle me fera la gueule et puis, pour une fois, elle pourrait ne pas me la faire. C’est idiot de faire la gueule à quelqu’un pour un misérable café. Il y a des gens comme ça. De toute façon, je m’en fous. C’est pour son bien, puisque je sens que je vais m’énerver... à suivre

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer |  Facebook | | | |

Commentaires

Comme quoi ,il faut toujours suivre son intuition et Monsieur Jules a eut tout a fait raison de réagir de la sorte
Bon Premier Mai Monsieur Hank

Écrit par : lovsmeralda | 01/05/2014

Bon Premier Mai, chère Madame.

Écrit par : Hank Vogel | 01/05/2014

Les commentaires sont fermés.