30/11/2013

L'étrange aventure de Chocolat Olé (15, à suivre)

 Aspirine descend de son vélo jaune et rose, appuie celui-là contre la chaire du vieil homme, qui est en train de chercher Dieu sait quelle théorie dans ses papiers, et exécute quelques mouvements de gymnastique. Puis elle s’approche d’Olé et lui dit:

 - Si j’ai bien compris, nos métiers se complètent.

 Et le vieil homme, qui à l’instant même vient de découvrir ce qu’il avait déjà découvert mais visiblement perdu ou reperdu, déclare en hurlant:

 - Dans des cas langagiers très particuliers, il arrive que l’homonymie coïncide avec la synonymie... Il évident que ce phénomène est plus évident dans un discours phonologiquement observable que dans un discours graphiquement décryptable...

 Et à ce moment précis, que j’estime le clou de l’histoire, entre comme une fusée à la B 106, c’est-à-dire l’aula, c’est-à-dire aussi la salle dans laquelle nous nous trouvons tous, personnages comme lecteur, un homme totalement nu ou presque. Ce presque signifie qu’un mini slip ou un slip ficelle cache les parties génitales de cet étrange visiteur de l’extrême. Cet horrible personnage, car en plus  il n’est pas beau, il faut le dire, lève son bras droit au ciel ou en direction des vitraux, serrant dans sa main un objet métallique ressemblant à une arme de guerre, et dit, avec une violence digne des plus grands dictateurs que la terre ait connus et engendrés:

 - Thèses, antithèses et prothèses sont toutes des foutaises. Jamais homme ne s’est masturbé l’esprit en ce siècle de lacunes et d’enflures.

 Et Olé, le vieil homme et Aspirine, la bouche ouverte mais silencieuse, écoutent, avec une attention passionnée, la suite du discours de ce démon des ténèbres parachuté par les dieux de l’écriture:... à suivre

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

29/11/2013

L'étrange aventure de Chocolat Olé (14, à suivre)

 La pauvre Aspirine! Si elle savait dans quel labyrinthe elle s’est fourrée! Elle fait du surplace. Avec son vélo. Le vieil homme applaudit et dit:

 - Un corps sain dans un esprit sain.

 Subitement, il réalise, mais ne corrige pas, et poursuit:

 - Tout lapsus cache une vérité profonde. Toute erreur est le fruit d’une inattention inattendue. Un fruit qui a germé et qui s’est développé dans un environnement hostile à tout caprice de la nature, des arts ou  des lettres.

 Olé intervient:

 - Trop d’erreurs ont germé en ce bas siècle empêchant ainsi aux vérités d’éclore dignement. Mort donc à toute fausse vérité qui paralyse la marche existentielle!

 Le vieil homme approuve en disant:

 - Voilà une excellente initiative. Claire et nette. Inacceptable dans les milieux bourgeois. Mais naturellement acceptable dans les milieux naturels.

 Et Aspirine, telle une bonne soeur au chevet d’un malade incurable, redemande:

 - Quelqu’un a besoin de mes services... Je soigne comme personne. Il suffit pour cela de me croire. A faible comme à forte dose, les boulets s’éclipsent avant même que les chaînes se déchaînent. Car je suis une effaceuse de maux hors norme.

 - Vous aussi? s’exclame Olé.

 - Vous êtes docteur? demande Aspirine à Olé.

 Olé sourit. Un sourire large jusqu’aux oreilles. Et répond:

 - Ma science ne requiert aucun doctorat pour l’exercer. Elle est à la portée de tout homme et de toute femme de bonne volonté. Et de simplicité. C’est une science qui se veut obligatoirement exacte, qui ne réclame pourtant aucun justificatif ou comparatif... De l’eau, si possible pas trop sale, une bonne éponge, un effaceur ou un racleur, et de la force aux bras. Au bras droit surtout si vous êtes droitier. Et au bras gauche si vous êtes gaucher... à suivre

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

28/11/2013

L'étrange aventure de Chocolat Olé (13, à suivre)

 Et l'Amérikain repart comme il est venu, c’est-à-dire  comme une flèche.

 Le vieil homme soupire puis il s’exclame:

 - Enfin l’équilibre!

 Et il avoue à Olé:

 - J’ai horreur de ces héritiers à faible hérédité qui se déclarent implicitement ou explicitement, mais toujours avec ton agressif, les gendarmes du mode. J’ai aussi horreur, puisque nous sommes aux confidences, de ces fouteurs de merde qui, au nom d’un nouveau drapeau sans drapeau, mais un drapeau tout de même, balancent toute une population à la mer. J’ai également horreur, pour en finir avec l’horreur, de l’intelligence mal utilisée et de l’ignorance bien utilisée.

 Petite pause. Pour le lecteur. Et surtout pour moi-même, auteur, qui suis toujours à la hauteur de mes libertés créatrices libérées de tout objectif de création. Sauf peut-être quand je suis sous la menace débile d’un stylo, hostile à toute oeuvre littéraire, manipulé par un Pape en chute libre ou quand ma chère épouse me suggère de parfumer mon récit en gestation d’une intrigue  puant la curiosité et qui mérite l’air pur d’une autre campagne imaginaire... Ceci dit, ceci fait! Et après? Non, j’aurais tort d’abandonner Chocolat Olé pour une confiserie trop vite fondante.

 Et voici qu’entre dans l’aula, comme on entre dans un récit ou comme on entre sur scène, c’est-à-dire avec un trac fou, ma toute dernière découverte que j’ai surnommée Aspirine. Terme qui en principe aurait tendance à soulager bien des douleurs et à apaiser bien des crises. Qui lira, verra!

 Aspirine entre donc dans le cercle interminable des interactions verbales avec un magnifique vélo jaune et rose, en demandant tout haut et sans pour cela mettre un pied à terre:

 - Qui a besoin de mes services? Je suis capable d’anéantir tout mal physique ou psychique en trois claques et deux caresses. Et faire disparaître de n’importe quelle mémoire les traces d’un vécu indigeste... à suivre

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

27/11/2013

L'étrange aventure de Chocolat Olé (12, à suivre)

  Tout à coup, un homme vêtu d’un manteau beige, en laine de bison sans doute, et d’une longue écharpe, en laine de mouton ou synthétique sans doute, et chaussé de sandales, entre dans la salle comme une flèche et hurle en s’adressant à Olé, avec un accent américain:

 - Un micro pour la B 002! Un micro, nous sommes pressés.

 - Les micros, ce n’est pas mon domaine, explique Olé... Moi, je m'occupe des tableaux et des rétroprojecteurs. Je les vide de toute substance devenue inutile ou d’aucun sens faute de contexte.

 - Il nous faut un micro, insiste l’Amérikain. K parce que, d’après le huissier, l’homme en question est un Américain qui a renoncé à sa nationalité mais que cela ne prouve pas qu’il a renoncé aussi à son éducation.

 - Je n’ai pas de micro et je n’en ai jamais eu, déclare Olé.

 Agressif, l’Amérikain dit:

 - C’est impossible, il y a trois mois, vous avez installé un micro à la B 002.

 Olé sourit. Pour lui, l’Amérikain a un petit grain.
 
  Le vieil homme s’adresse à l’Amérikain:

 - Monsieur Chocolat Olé est chargé des effacements et non pas des enregistrements ou des transmissions.

 Et l’Amérikain lui répond:

 - Je sais mais l’un n'empêche pas l’autre. A force de se spécialiser, on finit par ignorer le reste.

 - Ou l’inverse, dit Olé.

 - En somme, vous refusez d’installer quoi que ce soit dans la B 002? demande l’Amerloque, vu l’état de ses vêtements que  je n’ai pas osé décrire davantage, de peur que l’on me traite d’anti-américain. Aujourd’hui, cela ne me ferait ni chaud ni froid.

 - Il ne faut pas confondre pouvoir et vouloir, lui répond Olé.

 - Nous sommes en plein colloque , messieurs, coupe le vieil homme. Vous allez finir par faire fuir mes auditeurs.

 - Quels auditeurs? murmure l’Amérikain, en constatant qu’il n’y a personne dans la salle à part eux trois... à suivre

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

26/11/2013

L'étrange aventure de Chocolat Olé (11, à suivre)

  - Quel étrange effaceur de tableaux! s’exclame le vieil homme... Mais nous n’allons pas pour autant en retirer une problématique. Au contraire, grâce aux différences logico-langagières qui résident dans ce discours bipolaire à interprétations multiples, nous allons peut-être trouver la voie la plus directe qui conduit aux sources des erreurs.  Ces erreurs qui furent sans doute inévitables au temps de ma glorieuse gloire pleine de gloire. Si je charge ce substantif d’un  adjectif sémantiquement si proche et d’un autre substantif morphologiquement identique et si proche sémantiquement, c’est afin que l’image virtuelle d’un tel concept parvienne à mieux sensibiliser votre univers cognitif. Bref, après cette parenthèse qui aurait pu être l’oeuvre d’un psycholinguiste et non pas celle d’un chercheur de mon style, tâchons de plonger dans le trou noir des sources des fausses vérités. Durant des siècles et des siècles, l’homme croyait que la terre était plate. Et ce n’est que grâce à la ténacité des savants que l’on est parvenu à sortir de l’ignorance...

 - Si je comprends bien, dit Olé, selon vous il y a deux sortes d’individus. Les savants et les hommes de la rue. Les soi-disant extrêmement intelligents et les crétins.

 - Là n’est pas la question, dit le vieil homme. Nous sommes en train de tourner en rond. Le boeuf est derrière la charrue. Avec toutes ses cornes. Mettons-le devant. Et ne jouons plus au jeu des parenthèses et des antithèses. Bien que personne n’ait encore contredit ma vision des choses... à suivre 

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

25/11/2013

L'étrange aventure de Chocolat Olé (10, à suivre)

 Et le vieil homme, le sourire jusqu’aux oreilles, répond:

 - Ils n’ont sans doute aucune raison de plonger dans l’univers obscur de l’autre. Mais cela relève de la compétence du philosophe et non pas du biologiste et du psychologue que je suis... Bon! Après cette intervention fort remarquée, poursuivons notre colloque. Passons donc, si vous voulez bien, mes chers confrères, à la deuxième phase, à la phase corrective pour être précis, afin de mieux expliciter les erreurs enregistrées... Monsieur Chocolat Olé, votre présence nous serait très précieuse. Pouvez-vous rester avec nous ou faut-il que  j'en fasse la demande à l’administration?

 Olé regarde sa montre, secoue son poignet, reregarde son bijou électronique made in Switzerland puis demande au vieil homme:

 - Pouvez-vous me donner l’heure exacte? Ma montre me semble avoir un problème de blocage.

 Et le vieil homme répond:

 - Ce n’est pas votre montre qui s’est bloquée, c’est le temps qui s’est arrêté. Une nuance qui justifie ma présence ici. Vous comprenez?

 Olé dit non avec la tête. Et le vieil homme déclare quasi avec colère:

 - L’homme de la rue devrait de temps en temps prendre l’autoroute et cesser de se gaver de sucreries colorées.

 - Quelle heure est-il? reformule Olé, calmement.

 Et le vieil homme, tout étonné, demande à Olé:

 - Ne vous a-t-on pas informé du pouvoir professoral?

 - On m’en a chuchoté quelques paradigmes, répond Olé.

 - Des paradigmes? demande le vieil homme.

 - Oui, des paradigmes, dit Olé. C’est-à-dire des... Non, je refuse de me justifier pour le choix de ce mot. Car expliquer, c’est se justifier. Oui, je suis catégorique, je refuse de jouer au jeu du chat et de la souris si cher aux violeurs psychologiques et aux enseignants frustrés... à suivre

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

24/11/2013

L'étrange aventure de Chocolat Olé (9, à suivre)

 Le vieil homme change de ton. Il dit calmement à Olé:

 - Chocolat, vous avez de la chance de pouvoir éliminer de l’existence tant de mots qui alourdissent inutilement notre cervelle. Ou cerveau. Ou psyché. Ou mémoire. Ou Dieu sait quoi encore! Continuez, Olé, d’effacer ces déclencheurs cérébraux. Si vous n’y voyez pas d’inconvénient, bien entendu.

 Et Olé répond:

 - Sans problème, mon cher monsieur. Car les mots inscrits à la craie, que j’efface de la surface noire ou verdâtre des tableaux noirs, ne sont pour moi que des graphies ou des graphèmes d’aucune valeur picturale... Dommage!

 - Dommage? répète le vieil homme.

 Et Olé, rêveur, dit:

 - J’ai toujours rêvé de découvrir dans un endroit comme celui-ci, par exemple, l’emprunte d’un génie. Un génie comme Léonard de Vinci, par exemple. Quelqu’un qui serait capable de me propulser dans les sphères de la béatitude, par exemple. Par exemple...

 - Laissez tomber les exemples, propose le vieil homme... Je commence à être allergique au système argumentatif. Ou procédé argumentatif. Ou processus argumentatif. Ou mécanisme. Ou démarche. Ou tentative. Quelle guigne! Excusez-moi, poursuivez votre exposé.

 - Mon rêve, corrige Olé.

 Et il poursuit:

 - Oui, j’ai toujours rêvé de découvrir dans un endroit comme celui-ci l’emprunte d’un génie. Quelqu’un aux activités multiples et à l’aise dans de nombreuses disciplines. Un cérébral technique. Ou un manuel cérébral. Et simple surtout dans sa façon d’être. Dans ses actions comme dans ses ses réactions. Quelqu’un avec une voix, une gestuelle et des sourires pédagogiques.  Un tel homme laisse toujours derrière lui une emprunte. Le parfum de son âme. Une âme parfumée d’éternité.

 Le vieil homme intervient en disant:

 - Votre discours plairait à notre très sympathique doyen des lettres.

 Puis il se gratte la tête et demande à Olé:

 - Êtes-vous certain que vous nous cachez rien?

 - Cacher! s’exclame Olé, tout étonné.

 Le vieil homme s’explique par des interrogatives:

 - Oui, avez-vous étudié ou vous êtes-vous enrichi sur le tas?

 - Je me suis étudié, répond Olé... A travers les autres. A travers la glace. A travers le temps. Vous n’êtes jamais deux fois le même homme dans deux situations identiques. Et votre figure n’a pas toujours la même face. Tout dépend du face à face. Tout dépend aussi des rôle que l’on est en train d’interpréter. Des responsabilités que l’on est en train d’assumer. En résumé, on pourrait dire que l’homme n’est qu’un livre riche en images. Un livre que l’on n’ouvre pas forcément à la première page. Les autorités étatiques ne s’intéressent qu’au résumé de la quatrième page de couverture. Les autorités universitaires, elles, au sommaire et aux pages bibliographiques. Les psychanalystes feuillettent le livre en déclarant tout haut qu’il s’agit d’une chose bourrée de pages chargées de vécus historiques que l’on ne peut pas décrypter au premier coup d’oeil. Certains même ne lisent que l’avant-propos. Ou que la première page de couverture... Les pauvres d’esprit osent à peine ouvrir le livre. Ont-ils peut-être raison?... à suivre

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

23/11/2013

L'étrange aventure de Chocolat Olé (8, à suivre)

 Après ce numéro de cirque parfaitement réussi, le vieil homme ouvre son livre, tourne quelques pages, caresse la dernière, la bonne sûrement, et déclare tout haut:

 - Dans cet ouvrage, rédigé par moi-même au temps de ma triste gloire, se trouvent de nombreuses erreurs. De trop nombreuses erreurs. Erreurs. J’insiste. C’est ce qui explique l’urgence de ce colloque dont le principal objectif à atteindre est la correction de ces fausses vérités. Tout d’abord, j’en suis sincèrement et profondément désolé. Je sais, j’aurais dû réfléchir sept fois avant de développer le moindre concept. Mais que voulez-vous, les pièges du désir fourmillent dans le monde des humains. Bref! Après ces brèves nouvelles, concentrons-nous sur l’idée maîtresse qui déclencha la guerre entre les partisans pour une science du savoir et les partisans pour une science de la connaissance. Et cette faible minorité, qui rêvait d’épistémologie épistémologique, qui ne cessait d’ajouter du feu sur le gaz. Oui, du feu sur le gaz et non pas de l’huile sur le feu. Soyons clairs dès le départ! Dès les premiers instants. Dès nos premières hésitations aussi... Mais pourquoi ne serait-il pas plus intéressant de faire marche arrière? Ce qui nous assurerait peut-être nos arrières. Essayons. Posons-nous la question suivante: la science est-ce l’héritage de l’homme ou l’homme un mauvais héritage pour la science? Bien entendu, l’hérédité est incluse dans le domaine sulfureux de l’héritage. Eh bien, je vais essayer d’y répondre d’une façon concrète ou exemplaire. Afin que notre  ami Chocolat puisse lui aussi y retirer du plaisir.

 Olé bondit de son fauteuil et dit:

 - Ne transformez pas toute votre science pour moi! Je ne suis qu’un effaceur de tableaux noirs sales.

  Le vieil homme, ou le professeur, ou le vieux professeur, réagit en criant presque:

 - Vous n’y êtes pour rien. C’est une simple histoire d’éducation ou d’instruction. Je dirais même de conditionnement... Nous autres scientifiques, nous avons un grand défaut: nous utilisons trop de mots savants pour exprimer la moindre chose. Mais les mots ne sont jamais la chose. Et c’est la chose qui compte et non pas les mots. C’est pourquoi, il serait temps que notre langage ou que nos langages se libèrent du poids absurde du conditionnement scientifique. Dire simplement les choses. Ou dire les choses simplement. Ou dire simplement. Ou dire sans trop dire... Ach! Quel pot de colle ce conditionnement langagier... à suivre

https://ch.research.net/s/parlons-bien-etre-au-travail-pe...

07:04 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

22/11/2013

L'étrange aventure de Chocolat Olé (7, à suivre)

- Le recteur connaît tout le monde, tous ses subordonnés, affirme le vieil homme... Ainsi que leurs faits et gestes. C’est un globaliste pointilleux qui calcule tout jusqu’au millième. De la seconde comme du millimètre. Il ne laisse rien au hasard. Même le hasard. Ordonné dans le désordre et désordonné dans l’ordre, il organise des éventualités probables et des probabilités éventuelles avec un sens sémantique très profond. Cette réalité sémantique...

 - Excusez-moi monsieur, coupe Olé, le colloque a déjà commencé?

 Le vieil homme ôte son béret et le lance à travers la salle. La coiffe se met à planer telle une soucoupe volante traçant dans l’espace un arc de cercle, sans la moindre trace bien entendu, puis atterrit en douceur sur un fauteuil proche de la sortie ou de l’entrée, tout dépend où l’on se trouve.

 Cela mérite des applaudissements, se dit Olé... Mais on me prendra pour un spectateur et non pas pour un auditeur. Et il faut que les choses soient à leur place. Bien à leur place. Un geste ou un acte déplacé de ma part et voilà la rue qui m’attend.  Une rue grise dont l'asphalte est tout tacheté d’huile et de crachats. Et blessé par tant de mégots abandonnés. Quelle frustration! L’homme est loup pour l’homme, dit-on. Et j’ajouterais, si vous le permettez... ou je dirais plutôt: la chèvre est un éléphant pour l’homme. J’ai dû entendre ce dicton, mal construit, quelque part en Afrique. Lors d’un safari. En pleine jungle. Sûrement. Pendant que certains, les plus violents, vidaient leurs cartouches de guerre et les autres vidaient leurs cartouches de cigarettes. Et pendant que moi, mais à l'écart de cette civilisation destructrice, je vidais mes cartouches d’encre, de chine et de peinture. Oui, c’est certainement à cette époque-là que j’ai dû entendre ce fameux dicton sauvagement construit... à suivre      

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (2) |  Imprimer |  Facebook | | | |

21/11/2013

L'étrange aventure de Chocolat Olé (6, à suivre)

 Olé pointe son index sur le dix. C’est mercredi. Premier objectif de la journée: rien à effacer mais à contrôler. Contrôler si le rétroprojecteur de la sale B 106, c’est-à-dire l’aula du bâtiment central, est en ordre. Est prêt à fonctionner. Est prêt à accepter vérités et mensonges. consciencieux de nature, Olé court aussitôt dans cette salle, garnie d’un magnifique vitrail en trois parties qui laisse religieusement passer la lumière du soleil, et contrôle l’outil didactique en question. Un ouf sort de sa bouche. l'engin de transmission communicative est en ordre. Parfaitement en ordre. Fatigué pour s’être laissé emporter par son souci de perfectionnisme, Olé s'installe dans un fauteuil. Et il se met à contempler le vitrail. Subitement, un vieil homme coiffé d’un béret basque surgit de derrière la chair, pose un vieux livre et quelques documents sur celle-ci, jette un coup d’oeil examinateur autour de lui et déclare d’une voix émue:

 - Merci mes chers amis d’être venus nombreux pour cet ultime colloque.

 Olé se lève brusquement de son fauteuil. Mais à qui parle-t-il? La salle est vide. Il n’y a pas un chat, pas un étudiant. C’est sûrement un prof qui doit aimer répéter ses cours.

 - Excusez-moi, je pense que vous souhaitez rester seul pour mieux vous exercer, n’est-ce pas? dit-il au vieil homme.

 - Non, non, vous pouvez participer à ce colloque monsieur Chocolat Olé, répond le vieil homme.

 Mais il me connaît! remarque Olé.

 - N’est-ce pas mes chers amis? ajoute le vieil homme, en s’adressant à des auditeurs invisibles.

 Silence.

 - Ils sont d’accord avec moi. Comme toujours.

 - Mais il n’y a personne, cher monsieur. La salle est vide. Et les cours ne commencent qu’à huit heures et quart, explique Olé.

 - Olé, asseyez-vous, je connais parfaitement les horaires de la maison. Depuis le temps que j’y enseigne! Asseyez-vous...

 Olé s’assied.

 - ... et soyez attentif à ma ou à mes déclarations. Vous vous manifesterez ensuite. Par une contre-déclaration si tel est ou sera votre désir. Car je sais que votre cerveau bouillonne de nouvelles connaissances. On ne cesse d’en parler dans les hautes sphères. Et je crois que le recteur a un faible pour vous.

 - Il doit y avoir une erreur quelque part, je suis nouveau dans la maison et le recteur doit sûrement m’ignorer totalement, explique Olé... à suivre 

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

20/11/2013

L'étrange aventure de Chocolat Olé (5, à suivre)

6
 Après ce petit déjeuner tiède et timide. C’est-à-dire sans confiture. Ni beurre. Ni croissant. Olé se rend à son travail. Oui, parfaitement à son travail et non pas à son atelier. Car, au pays des milles et une circonstances, des milles et une conférences, des milles et une institutions et des mille et une banques, l’artiste doit travailler comme tout le monde. Philosophiquement parlant,  il n’a pas le droit de se comporter comme un curé ou un prêtre d’une religion autorisée par les hautes sphères gouvernementales. L’artiste doit donc suer pour exprimer sa sueur. Non, c’est faux! Non, c’est vrai! Vrai ou faux, la situation artistique au pays des pommes est de loin claire. On pourrait même parler de clarté obscure. Ou d’obscurité peu claire. Bref, le pauvre Olé, faute de soutien, se rend à son travail. Petite parenthèse: engagé à l’université de sa ville par un grand admirateur des peintres de la Renaissance, Olé efface du matin au soir les graphèmes et les graphies que les professeurs ont oubliés ou voulu oublier sur les tableaux noirs. Des vérités ou des mensonges, pour celui qui va au-delà des signes. Je ferme la parenthèse. Olé s'installe dans son bureau. Pourquoi pas. Un bureau avec téléphone et télévision. Il feuillette son agenda. Tout y est inscrit. Tout son travail. L’horaire hebdomadaire de ses effacements. Aujourd’hui, jour d’anniversaire d’Olé, comme par hasard, plusieurs professeurs s’abstiendront déjà de transmettre leur connaissance. Cause: nous sommes à la veille de la fin du semestre d’hiver. Et, comme toutes les veilles, la veille de la fin du semestre se fête par un absentéisme sans équivoque. De part et d’autre des étudiants et des enseignants... à suivre 

10:13 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

19/11/2013

L'étrange aventure de Chocolat Olé (4, à suivre)

5
 Olé a toujours rêvé de devenir un grand peintre. Reconnu par ses concitoyens. Les sensibles aux oeuvres picturales, au moins. Et surtout au-delà des frontières de son pays. Où, heureusement, l’art n’est pas considéré comme quelque chose de secondaire, de paranormal, de non nécessaire comme en Helvétie. Malheureusement, quand il s’agit de soutien financier, le monde est monde partout. Et la peinture coûte chère. Coûte les yeux de la tête. Surtout la peinture oléienne qui nécessite toute une architecture pour le support de la toile. Un toile gigantesque de plusieurs mètres d’envergure. Et recouverte d’une épaisse couche de peinture. A pâte molle pendant l’accouchement sémantique ou les accouchements sémiotiques. Et à pâte dure au moment de l’exposition. Alors, faute de moyens, Olé s’est contenté jusqu’à aujourd’hui de produire de minuscules tableaux. Non, excusez-moi, ce n’est pas vrai, il y a une dizaine d’années de cela, Olé avait réalisé une gigantesque toile de plusieurs mètres d’envergure et recouverte d’une épaisse couche de peinture à pâte molle puis à pâte dure. Mais l’oeuvre en question s’est désintégrée dans l’esprit du public. Alors... Oui, Olé se contente aujourd’hui d’étendre son art sur de minuscules surfaces toilées. Mais jusqu’à quand? Va-t-il un jour exploser? Se révolter contre cette injustice sociale? Car il s’agit bien d’une injustice sociale. Il fallait s’y attendre. Au pays de Guillaume Tell les pommes sont très nombreuses mais rarement très juteuses. Olé se révoltera sûrement. Peut-être même dans ce récit. Ou par. Ou à travers. Je laisse la voie libre à toute éventualité... à suivre

07:32 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

18/11/2013

L'étrange aventure de Chocolat Olé (3, à suivre)

4
 10 mars 1993. Le soleil brille dans un ciel glacial. Les anges des plénitudes harmonieuses planent, nagent dans les airs. Il ne manque plus qu’un tapis volant pour que tout soit parfait, pour que l’on se croirait  en plein dans le royaume des mille et une nuits. C’est l’anniversaire d’Olé. Né le même jour que l’auteur de ce récit. Donc moi-même, conteur irraisonnable. Ce n’est qu’un pur hasard de circonstance. Qui se ressemblent, s’assemblent. Il n’y a que les Helvètes aux étiquettes identiques qui se détestent. Faute d’éclairage. Ils ont constamment les yeux braqués sur un avenir qui refuse de se présenter à eux avant terme. Et cela les empêche de dormir éloignés de leur canif. Arme magnifique contre les difficultés ménagères en temps de guerre, de révolte animale ou de crise économique. Mais revenons à Olé et laissons de côté les gâtés des milles et une circonstances. Olé, travailleur de l’aube, entre dans un café. Et commande un café crème. On lui apporte un verre d’eau en plus. D’habitude, c’est l’inverse. Allez savoir! Il sucre son breuvage matinal. Avec du faux sucre. Il craint le vrai. Car le vrai, comme toute vérité, n’est pas bon pour la santé. Et il avale son premier purgatif de la journée. Le soleil n’a  pas bougé d’une semelle. Olé croise le regard d’un collègue de travail. Deux maigres saluts s’évaporent dans les airs. Et il se met à rêver... à suivre

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

17/11/2013

L'étrange aventure de Chocolat Olé (2, à suivre)

3
 Olé a tout fait. Sauf le pire. C’est-à-dire... Il ne faut pas que j’utilise ce terme-là! Car il pue légèrement l’enseignement. Ce côté morbide, obsessionnel de l’enseignant. Race inquiète et maladroitement protectionniste. Oui, Olé a tout fait sauf le pire des métiers. Qui consiste à baisser son pantalon pour arriver au sommet de ses désirs. Devenir l’image de ses rêves. L’être parfait de ses propres légendes. Non, Olé, masochiste malgré lui, a préféré vivre sagement sa jeunesse au lieu de perdre sa santé au nom d’un idéal. Le sien. Quelle ambiguïté! Cela ne m’étonne pas. Connaissant parfaitement Olé. Que le destin, l’hérédité, ses parents ont eu l’idée géniale de prénommer Chocolat. Mais où ai-je envie d’aller avec cet individu si proche de mes affects? Me perdre dans l’imaginaire, dans l’absurde? Malheureusement, rien n’est totalement absurde, vierge ou venu d’un autre monde. La vérité, qui a toujours envie d’éclater, se faufile partout où elle peut. Absolument partout. Alors attention! Attention à ce déclencheur de micro-aubes. Il me semble que j’en ai trop dit concernant le caractère de mon ami de toujours... à suivre

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

16/11/2013

L'étrange aventure de Chocolat Olé (1, à suivre)

1458621_10200505027982887_1527392230_n.jpg1
 Il était une fois... Et voilà que ça recommence! Un récit est en gestation. Une histoire. Et quelle histoire! Celle d’un homme et d’une femme? Ne soyons pas pressés. Tout dévoiler au début  supprime l’effet de surprise. Et la surprise, c’est ce qu’il y a de plus palpitant en ce bas monde. Alors patience, patience, il faut que je trouve les mots-qu’il-faut  pour entrer dans le jeu du récit avec noblesse et élégance. Et pour cela, je dois faire appel à ma mémoire. Qui n’a pas du tout envie de dire ce qu’elle a déjà dit. Alors, pour la seconde fois, patience, patience...

2
 Nom: Olé. Prénom: Chocolat. Âge: âge de l’auteur. Cela évitera de commettre des erreurs psychologiques, peut-être. Profession: mal à son poste. Mais bien dans sa peau. Cela évitera la banalité. Je l’espère. Ou de décrire des états d’âme fort appréciables pour les bien installés et inacceptables pour les en voie d’une situation, les chômeurs et les sans-abri. S’agit-il d’une littérature sociale? Du type évangéliste? Non, il s’agit de percer les mystères de la négligence humaine au sein de nos empires matérialistes et faussement bienfaiteurs. Situation sociale d’Olé: chef de famille. Son unique titre, son unique pouvoir. Qui, finalement, n’est qu’une obligation via-à-vis des états généraux de la finance et des autorités militaires sans vergogne. Justement, cela tombe bien, Olé avait (vu son âge) refusé de servir. C’est-à-dire d’apprendre à obéir aveuglément et de s'identifier à un numéro, ou à un pion, au nom d’une éventuelle guerre déclenchée par quelques vieux obsédés du pouvoir et des salons où l’on discute de tout et de rien sauf de quelque chose de précis et de constructif. Non, ne soyons pas trop méchants. Les critiques s’annonceraient violentes et paralysantes pour la suite du discours... à suivre      

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

15/11/2013

Panique à Sexbierum (14, fin)

15
 Siebe embrassa Pier. Et Pier embrassa Siebe. Le sacrifice de Siebe se métamorphosa en un inoubliable plaisir. Pier fabriqua un vent sublime, subliminal, chargé d’une passion extrême et l’envoya à Siebe. Mais ce vent artificiel était bel et bien, comme l’avait préconisé Pier, un vent à risque. Et les risques étaient nombreux. Alors ce sacré vent mit fin d’abord à cette atmosphère étouffante sans la moindre brise, le moindre petit vent et déclencha ensuite parmi la population toute entière un immense soulagement proche du délire. Puis, de bourg en bourg, de maison en maison, il réveilla parmi les individus mâles des régions les plus éloignées de la Frise des passions amoureuses qui s’étaient endormies au cours des siècles, sous la pression pompeuse de certains religieux qui étaient venus de l’enfer des hommes. Et ces bizarroïdes passions amoureuses, qui n’étaient autres que des élans incontrôlables de désirs incontrôlés et mouvementés, brassèrent tellement d’air qu’un vent nouveau se créa. Et, en s’associant au vent artificiel de Pier, il  donna naissance à un deuxième vent nouveau chargé d’une passion extrême. Et finalement, ce qui était inévitable, une tempête éclata. Dévastatrice, incorrigible, sans pardon... Les Frisons et les Frisonnes en subirent les conséquences. Certains perdirent leur toit ou leur chapeau et les autres leur tête. Et la panique fut à nouveau grande à Sexbierum. L’affolement fut incroyable. Le moulin de Pier fut classé monument hanté et jugé d’engin diabolique extrêmement dangereux. Et Sexbierum lieu maudit. Nienke qui, elle, fabriquait du silence, déçue des résultats bruyants et chaotiques de son mari, chassa sans le moindre bruit celui-là de son univers silencieux. Celui-ci, Pier bien entendu, poussa un cri de guerre et envoya à la face de celle-là, Nienke, sa femme bien entendu, un vent de colère, un vent grotesque et gras. Et la panique s’amplifia à Sexbierum. Puis, comme rien n’est éternel, le calme revint dans le pays. Mais un calme relatif car la Frise avait hérité à jamais la présence constante de quelques vents rebelles nés du hasard et de la maladresse de la nature et des hommes. Un jour, Pier fut porté disparu lors d’un coup de vent ou d’un coup de tête. Et Siebe fut également portée disparue. Avait-elle suivi cet étrange et impardonnable fabriquant de vents artificiels? Certain murmurent parfois qu’ils vivent ensemble aux îles Marquises. Les autres murmurent qu’ils vivent aux antipodes. Mais ce ne sont que des murmures. La vraie vraie réponse, si vous tenez à la connaître, il faudra la chercher dans le vent.  

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

14/11/2013

Panique à Sexbierum (13, à suivre)

Pier
 - Quel hermétisme!

 Siebe
 - L’hermétisme n’est qu’une question de point de vue. Question de longueur d’onde. Question de langage.

 Pier
 - Donnez-moi votre clé.

 Siebe
 - Quelle clé?

 Pier
 - Une de vos clés. La clé de la simplicité par exemple. Celle qui ouvre toutes les portes.

 Siebe
 - Ah non! Pas cette clé. N’importe laquelle mais pas celle-ci.

 Pier
 - Et pourquoi donc?

 Siebe
 - Parce que mon âme risquerait d’être mise à nue. Alors adieu identité! Adieu personnalité! Adieu respect! Adieu la pureté de ma nudité!

 Pier
 - Je comprends. J’accepte.

 Siebe
 - C’est bien. Un bon point pour vous.

 Pier
 - Parlez-moi du bronze.

 Siebe
 - N’en n’avez-vous pas saisi le le sens?

 Pier
 - Non.

 Siebe
 - Non? Vraiment?

 Pier
 - Vraiment... De quoi s’agit-il?

 Siebe
 - Des médailles, des décorations, des distinctions, des trophées, des coupes, des prix, des diplômes, des certificats, des brevets et autres justificatifs justifiant votre compétence ou votre bravoure dans tel ou tel autre domaine. Artistique, littéraire, scientifique ou civique...

 Pier
 - Du vent. La gloire n’est que du vent. Un vent qui essouffle la créativité. Des baisers sans lendemain. Le lauréat se met à planer dans une illusoire béatitude le jour des félicitations et plonge dans le gouffre du doute  quelques jours plus tard. Du vent, du vent, rien que du vent.

 Siebe
 - C’est parce que le vent est votre spécialité que vous parlez ainsi?

 Pier
 - Probablement... Le pathologue ne voit-il pas la maladie partout? Le criminologue ne voit-il pas le crime partout? Et le...

 Siebe
 - Parlez-moi plutôt de vos vents.

 Pier
 - Je m’y attendais! C’était trop beau. Hélas! Les soucis quotidiens et les problèmes sociaux anéantissent en une fraction de seconde le charme des escapades poétiques... Je vous ai tout dit sur mes vents. Qu’est-ce que  vous voulez savoir de plus? Ne dit-on pas que la plus belle fille  de la terre ne peut pas donner ce qu’elle n’a pas?

 Siebe
 - Sans doute. Mais vous n’êtes ni la plus belle fille, ni le plus bel homme de la terre. Vous comprenez?

 Pier
 - Je souhaiterais ne pas comprendre. Ou comprendre davantage.

 Siebe
 - Vous êtes une figure nationale et vous le savez. Notre pays attend un geste de noblesse de votre part.

 Pier
 - Il attendra longtemps.

 Siebe
 - Pourquoi cette indifférence?

 Pier
 - C’est un vieille histoire. Un histoire qui a laissé des cicatrices.

 Siebe
 - Je vous croyais au-dessus de tout.

 Pier
 - C’est-à-dire?

 Siebe
 - Au-dessus du passé. Au-dessus de la rancune. Au-dessus de la haine. Au-dessus du temps...

 Pier (rêveur)
 - Je le croyais aussi.

 Siebe
 - Qu’avez-vous?

 Pier (l’air souffrant)
 - Je suis fatigué. La vie est un lourd fardeau. Qui pèse lourd. Très lourd. D’une lourdeur très lourde. Un lourd fardeau qui pèse lourdement lourd.

 Siebe
 - Voulez-vous que j’appelle un médecin?

 Pier
 - Non merci. Je préfère mourir en bonne santé que mourir en pièces détachées, recollées au profit du hasard et de l’expérimentation.

 Siebe
 - De quoi souffrez vous?

 Pier
 - De ventophobie.

 Siebe
 - Comment est-ce possible? Vous, le grand spécialiste des vents artificiels?

 Pier
 - Oui, moi. Moi, le grand spécialiste des vents artificiels. Oui, je souffre de ventophobie... Le ventophobe fuit le vent quand il est là et l’invente lorsqu’il est ailleurs.

 Siebe
 - Et maintenant?

 Pier
 - Je ne comprend plus rien. Quelque chose d’autre ou quelqu’un a remplacé le vent. Serait-ce vous?

 Siebe
 - Vous plaisantez?

 Pier
 - En ai-je l’air?

 Siebe
 - Je ne sais pas. Vous êtes rouge comme une tomate.

 Pier
 - C’est la timidité.

 Siebe
 - A cause?

 Pier
 - Vous.

 Siebe (surprise)
 - A cause de moi?

 Pier
 - Oui, à cause de vous.

 Siebe
 - Mais il n’y a aucune raison de vous mettre dans un tel état.

 Pier
 - Si, si, il y en a une.

 
 Siebe
 - Laquelle?

 Pier
 - Une déclaration d’amour est en gestation.

 Siebe (étonnée)
 - Vous voulez me faire une déclaration d’amour?

 Pier
 - Oui.

 Siebe
 - Alors, faites-la si ça peut vous soulager.

 Pier
 - Ce n’est aussi facile que ça.

 Siebe
 - Un je t’aime est un jeu d’enfant.

 Pier
 - Pour un enfant peut-être, pas pour fabriquant de vents. (Il ment par modestie:) Si j’étais poète, j’aurais sûrement trouvé les mots nécessaires pour vous déclarer mon amour. Je vous aurais écrit un poème et une lettre.

 Siebe
 - Qu’auriez-vous écrit?

 Pier
 - Je vous aurais écrit ceci par exemple: voici mon dernier poème. J’espère qu’il vous fera passer un agréable moment de lecture. Mais j’espère surtout qu’entre les mots, qu’entre les lignes, qu’entre les strophes, là où le prodigieux silence existe,  naîtra un profond sentiment, au-delà de toute décision et de tout choix, qui nous unira à jamais. Ou plus fort encore: je vous aime et j’ai envie de connaître vos joies, vos souffrances, vos rêves, vos désirs, vos craintes, votre peau, votre bouche, votre corps, vos rires, vos sourires, vos soupirs, le battement de votre coeur face au beau, au merveilleux, et cetera, et cetera...

 Siebe
 - Malheureusement, vous n’êtes pas poète et vous ne m’aimez pas.

 Pier
 - Oh si, oh si!

 Siebe
 - Vous êtes poète?

 Pier
 - Je suis amoureux de vous.

 Siebe
 - Depuis quand?

 Pier
 - Depuis la première fois que je vous ai vue à la mairie.

 Siebe
 - Mais vous l’avez faites!

 Pier
 - Quoi donc?

 Siebe
 - La déclaration d’amour.

 Pier
 - Elle est incomplète.

 Siebe
 - Moi, je trouve qu’elle est suffisante.

 Pier
 - Elle est incomplète.

 Siebe
-Qu’entendez-vous par une déclaration complète?

 Pier
 - Une déclaration accompagnée d’un vent d’espoir, d’amour. Ne suis-je pas fabriquant de vents après tout?

 Siebe
 - Qu’attendez-vous pour réaliser une telle oeuvre?

 Pier
 - Le but m’inquiète. Un vent qui n’atteint pas son but est un vent perdu. C’est un vent en l’air. Un vent errant, misérable, sans ambition, sans destin...

 Siebe
 - Je comprends. Et si j’avais un faible pour vous?

 Pier
 - Je n’hésiterais pas une seconde, je vous enverrais un vent chargé d’une passion extrême. Un vent sublime et subliminal. Mais un vent à risque.

 Siebe
 - A risque vis-à-vis de qui?

 Pier
 - Vis-à-vis des autres et de la planète peut-être.

 Siebe
 - Tant pis pour les autres! Envoyez-le moi ce vent passionnant.

 Pier
 - Le voulez-vous vraiment?

 Siebe
 - Je le veux.

 Pier
 - Alors, embrassez-moi.

 Siebe
 - Maintenant?

 Pier
 - Oui, maintenant.

 Siebe
 - Est-ce vraiment nécessaire maintenant?

 Pier
 - J’ai besoin d’un déclencheur

 Siebe
 - Demain. Pourquoi pas demain?

 Pier
 - Demain, ça sera trop tard.
 
 Siebe
 - Bon! Que le sacrifice se métamorphose en un plaisir immense!... à suivre

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

13/11/2013

Panique à Sexbierum (12, à suivre)

14
 Dialogues entre elle et moi. Entre Siebe et moi. Entre Siebe et Pier. Entre deux êtres  se sexe opposé dont les idées souvent opposées  finissent toujours par converger vers un même but. Excusez-moi d’être trop révélateur mais ce qui compte dans ce qui va suivre n’est pas le but lui-même mais le parfum que dégage et ce qu’engendre une conversation.

 Siebe
 - Ciel! Vous en savez des choses.

 Pier
 - Le cerveau est un muscle.

 Siebe
 - Mais il y a muscle et muscle.

 Pier
 - Non, ce n’est qu’une simple question d'entraînement.

 Siebe
 - Expliquez-vous.

 Pier
 - C’est simple comme bonjour.

 Siebe
 - Expliquez-vous quand même.

 Pier
 - Il n’y a rien à expliquer. Celui qui observe en observant devient observateur. celui qui constate en constatant devient contestateur ou contestataire.

 Siebe
 - Êtes-vous certain?

 Pier
 - Nullement.

 Siebe
 - Alors, où voulez-vous en venir?

 Pier
 - Ciel! Vous en désirez des choses.

 Siebe
 - Étrange personnage.

 Pier
 - Pas plus étrange que n’importe qui. Les solutions vaporeuses dégagent des odeurs inquiétantes qui troublent les atmosphères saines qui sont à la limite du morbide. Les singes se font des grimaces obscènes. Et les hommes se jettent à la figure des qualificatifs dégradants. Au bout du compte, il n’y a Face à l'intrus plus que des mémoires éreintées qui s’évanouiront au moindre balbutiement nouveau. Le temps des cerises et des flocons d’avoine berceront plus personne. Ou, peut-être, que quelques rares nostalgiques atteints d’une psychose d’outre-tombe.

 Siebe
 - Je ne vous suis pas.

 Pier
 - Face à l'intrus, la pierre crache de l’encre. Face aux des ennemis du facile, l’écrivain savant crache des mots chargés d’encre. Face à vous, je crache ma timidité cachée derrière un écran d’encre mis provisoirement sur le papier par l’auteur de ce récit avant d’être définitivement incrusté par l’imprimeur. Un expert en vents artificiels ne peut point se vanter de ses vents extraordinaires, ces agréables petits vents qui cimentent les relations entre deux être de sexe opposé.

 Siebe
 - Je suis prête à jouer franc-jeu.

 Pier
 - Mais la franchise ne dégèle-t-elle pas trop vite ces sentiments qui s’amplifient dans le secret et le silence?

 Siebe
 - Pourquoi dites-vous cela? Avez-vous l’intention de vous attaquer à ma sensibilité?

 Pier
 - Les intentions naissent et meurent au fil des secondes. Ces images floues vagabondent jusqu’au jour où elles deviennent nettes. Elles s'installent alors. Elles s'installent au sous-sol d’un labyrinthe que les psychologues nomment la conscience et que les cryptopathologues prénomment la mémoire ontogénétique.

 Siebe
 - Les crytopathologues? Je n’en ai jamais entendu parler.

 Pier
 - Comment est-ce possible? Je croyais qu’à la mairie on était au courant de tout.

 Siebe
 - Le maire probablement. Pas le personnel.

 Pier
 - Mais vous êtes la secrétaire particulière du maire.

 Siebe
 - Une de ses secrétaires. Ni plus ni moins.

 Pier
 - Quelle armée alors?

 Siebe
 - Comment ça?


 Pier
 - Vous paraissez si dévouée à votre chef.

 Siebe
 - J'exécute les ordres.

 Pier
 - Dans quel but?

 Siebe
 - Dans le but de rendre service à la ville.

 Pier
 - A n’importe quel prix?

 Siebe
 - A n’importe quel prix.

 Pier
 - L’or embellit la femme mais l’argent pourrit l’homme.

 Siebe
 - Et le bronze?

 Pier
 - Le bronze? Le bronze est préhistorique.

 Siebe
 - Le bronze n’est pas préhistorique, il gonfle les poitrines.

 Pier
 - Je ne vous suis pas.

 Siebe
 - A chacun son tour... à suivre

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

12/11/2013

Panique à Sexbierum (11, à suivre)

13
 L’envoyée du maire s’appelle Siebe. Avant de travailler à la mairie, elle était boulangère. Elle vendait le pain chaud à ceux qui voulaient absolument acheter du pain encore tout chaud et le pain froid à ceux qui voulaient absolument acheter du pain frais. Le jour, elle vendait le pain blanc que son mari fabriquait pour la clientèle et le soir, elle mangeait du pain noir. Car son mari buvait. Il buvait pour oublier. Oublier quoi? Il voulait tout oublier sauf cet oubli impardonnable dont il était responsable faute d’avoir trop souvent oublié que sa femme était belle et profondément sentimentale. Suis-je clair? Ai-je peut-être oublié quelque chose? Alors à force de vouloir tout oublier, le chercheur incontesté de l'oubli absolu finit par déclencher chez son épouse un processus psychologique d’effacement tel qu’il se trouva hors du champ de la mémoire de sa compagne, une compagne légitime et légitimement irréprochable. Mais pourquoi anticiper? Voici un moment de prose dialoguée qui évoque bien ce qu’il doit évoquer, à moins que quelques maladresses littéraires se soient glissées au cours de cette inoubliable conversation... à suivre

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

11/11/2013

Panique à Sexbierum (10, à suivre)

11
 A Sexbierum, la panique est grande et le marché noir est en pleine expansion. Ceux qui m’avaient acheté des vents avant la crise, l’arrêt du vent, les revendent à prix d’or. Même ceux qui se disaient souffrants d’une maladie pulmonaire. A croire que l’argent est un remède contre la maladie.

12
 Le maire revient à la charge. Sa philosophie n’a pas changé. La mienne non plus. Il est victime de ses convictions. Je suis victime de mes combats. On ne jette pas facilement aux ordures un objet rudement acquis. seul l’ingrat abandonne la demeure de ses premières tendresses. Le maire joue sur les mots. Il joue également sur ma sensibilité. Il m'envoie la plus séduisante de ses secrétaires. Sa dernière cartouche. La divine enfant a de belles jambes. Des jambes évocatrices et provocatrices. Qui murmurent des messages d’un univers érotico-métaphysique connus des habitués des sectes. Je suis sur mes gardes. Je sais que la chair est faible. Et que  l’esprit est tordu. Seule l’âme échappe aux pièges. Et encore! On sait un tas de choses et on ne met rien en pratique. Sois prudent, me dis-je. Sois prudent jusqu’à l'os, me redis-je. Le charme féminin est arme redoutable. La belle enfant déballe tout mon savoir. Le savoir que j’autorise aux autres d’acquérir. Pourquoi veut-elle tant savoir, tant connaître, tant apprendre?... à suivre

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |