31/10/2013

Panique à Sexbierum (2, à suivre)

3
 A Sexbierum, je suis célèbre. Au Japon sûrement aussi. Les Italiens, les Milanais spécialement m’applaudissent. Les Britanniques regrettent que je ne sois pas des leurs. Les Suisses m’ignorent. Les Américains aimeraient bien que je construise un moulin en Californie. Ou à Disneyland. J’ai toujours refusé. Et puis  les vents égarés américains sont incontrôlables et trop égocentriques. Donc inutilisables pour mon système de fabrication. Stop! Un mot de plus et je dévoile tout. Et c’est la faillite pour moi. Et je n’ai pas envie de donner la chance aux salauds de s’emparer du monopole de la fabrication des vents nouveaux. L’univers de la photographie est un bel exemple de... Stop! Un mot de plus et on me colle un procès sur le dos.

4
 Ô les beaux jours! Ô les belles nuits! Ô que notre mémoire est envahie par nos doux moments de béatitude! Tout coule de source. Tout glisse à merveille. Tout roule. Tout fonctionne. Le vent souffle. Les vents égarés, bien entendu. Mes vents donnent un souffle nouveau aux plaisirs du grand air. Donnent un coup de pouce aux vents qui débutent, aux vents timides et aux vents qui se meurent. C’est le paradis sur terre. Jusqu’à ce que... à suivre

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30/10/2013

Panique à Sexbierum (1, à suivre)

Panique à Sexbierum.jpg

1
 Voici une histoire qui va se compliquer au fil des jours. Au fil des pages. Au fil des mots. Voici, mesdames et messieurs, la véritable histoire qui ébranla la Frise et ses Frisons, femmes et enfants compris, en l’an de grâce... Trou de mémoire. Mille excuses!  Il était donc une fois... Spot! Changement de tactique. Changement de style. Je préfère le présent de l’indicatif aux passés de ce même indicatif. Et la première personne du singulier.

2
 Mon nom est Pier Bergsma. Je suis marchand de vent. En gros. Et au détail. Je vends du vent du matin au soir grâce à un moulin que j’ai fabriqué. De mes propres mains. Grâce à ma tête. Bourrée de cellules hors norme. Ma femme est marchande de silence. Elle gagne moins que moi parce que le silence qu’elle met en boîte n’est pas encore à la mode. Ça viendra. Ça viendra le jour où les gourmands de bruit seront atteints de bruitophobie. Patience. Mes affaires marchent bien. Très bien. Parfois trop bien. L’été surtout quand les plages sont bondées. Quand on étouffe faute d’espace. Quand les gens sont pressés de retrouver, dans leur imagination, les grands espaces. De vivre en plein air. A l'abri des plafonds bas. Et des chambres étroites. Je vends du vent du nord aux touristes qui viennent du sud. Et du vent du sud à ceux qui viennent du nord. C’est logique. Pour des raisons pratiques, vu mon éducation scientifique, j’ai numéroté les vents, que je fabrique, de un à vingt. De un à dix: les vents traditionnels.  Et de onze à vingt: les vents sophistiqués. Très demandés par les compliqués, les insatisfaits et les snobs. Engagé dans un parti écologiste, par correspondance, je refuse de colorier mes vents. Sur demande spéciale, j’accepte cependant de parfumer certains vents. Les vents légers. Les vents forts s’apprêtent mal à ce genre d’exercice. Parmi mes habitués, il y a une jeune veuve, ex femme d’ambassadeur, qui m’achète régulièrement quelques courants d’air. Ça lui rappelle le temps où elle voyageait avec  son mari, paraît-il. Il y a aussi un navigateur à la retraite qui me commande, au moins une fois par semaine, un petite tempête. Il y a aussi les vantards et les voyous qui s’annoncent au guichet en ventant, qui me réclament à toute pompe une pseudo-tempête pour effrayer leurs proches, leurs collègues de travail, leurs voisins ou une vieille grand-mère de passage. A Sexbierum, où j’habite, mon moulin (hand made made in Sexbierum, pour les anglophiles) fabrique du vent à gogo. Mon moulin fonctionne, il faut le dire, grâce aux vents qui s’égarent dans la région tout au long de l’année. Sans ces vents égarés, mon moulin à vent ne serait qu’un misérable moulin à prières. Et je serais obligé de travailler, comme la plupart de mes congénères, à l’abri du vent, de la pluie et des orages... à suivre


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29/10/2013

L'éléphant mauve (20, fin)

20
 Je téléphone au professeur femme. Sa fille me répond que sa mère est partie pour quelques jours. Je téléphone à Christine. Son mari me répond que sa femme est partie pour quelques jours. Je téléphone à Gertrude. Sa mère me répond que sa fille est partie pour quelques jours. Le téléphone au Bon Dieu. Saint Pierre me répond que le Père Céleste est partie pour quelques jours. J’écris une lettre d’amour au professeur femme. Je ressens un grand besoin d’aimer et d’être aimé. Ma thèse est trop lourde et trop belle pour moi tout seul. J’ai soif, j'ai faim. Le frigo est un peu plus vide. Les plats un peu moins chauds. Mon lit est toujours aussi tiède. Plus longtemps tiède. Car je le fréquente plus souvent. Faute d'occupation. Faute de distraction. J’ai l’impression que ma thèse est inscrite sur mon visage. On me fuit. J’aurais dû me taire. Je me suis mis nu et ma nudité a effrayé les enfants du village encore trop avides de sucreries.

Épilogue
 Étrangement, après des jours et des siècles d’indifférence et d’égoïsme collectifs, une alliance des rouges, des roses et des verts propulse le pays dans des sphères quasi paradisiaques. Et ma philosophie de l’éléphant mauve adulte est reconnue publiquement sous les projecteurs de la télévision, de la police, des pompiers et de la presse. On me décore de la croix de chevalier de l'ordre du courage et de la folie acceptable. Et on me nomme directeur de la bibliothèque des archives de la faculté de métaphysique. Je me réconcilie avec mon parti, à qui j’avais fait voir des vertes et des pas mûres. Je m’achète une paire de lunettes mauves et je pars aux Bahamas avec la plus jeune des secrétaires du recteur de l’université. C’est le miracle!

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28/10/2013

L'éléphant mauve (19, à suivre)

19
 Au Boulevard, où les bourgeois échangent leurs cadeaux reçus à Noël, faute d’attention ou de précision, je rencontre par hasard Germaine, une ancienne élève qui fut déjà mon élève avant même que j’enseigne à l’université. Une élève en sexologie appliquée.

 - Et ta thèse? me demande-t-elle.

 - Elle a failli déplacer des montagnes, je réponds. Elle n’a finalement déplacé que des cailloux. Courtes trajectoires verticales puis horizontales. Du sol au visage. De l’asphalte à la chair fraîche.

 - On t’a lancé des pierres?

 - Pire! On m’a chassé de l’université.

 - Je sais. Et à part ça?

 - On m’a ignoré.

 Nous faisons quelques pas ensemble.

 - Et tes amours? je lui demande.

 - Ce n’est pas terrible, me répond-t-elle. Je préfère me consacrer à mes études... J’ai beaucoup apprécié le premier chapitre de ta thèse, tu sais.

 - Vraiment?

 - Oui, c’est vrai. C’est dommage que le recteur soit un imbécile.

 - Et qu’il soit instruit.

 - Un imbécile instruit, c’est pire que tout.

 - La plupart des sociétés sont dirigées par ce genre d’individu. C’est ce qui explique le désordre dans lequel nous vivons.

 - Et que font les poètes?

 - Ils crachent des mots. Ils crachent autant qu’ils peuvent. Ils crachent du matin au soir. Malheureusement, un crachat ne met pas les choses en place... Parfois, ils crachent trop vite et ils s’en foncent davantage  dans ce désordre infernal, à mi-chemin entre le drame et la comédie...

 - Excuse-moi, on m’attend chez moi, me dit-elle subitement.

 Adieu petite élève. Elle va de son côté. Moi du mien. Chacun pour soi et Dieu pour tous. Le vent, quasi inexistant, mon seul ami, siffle légèrement dans mes oreilles. Le brouillard, un timide brouillard, caresse mes cheveux gras. Je n’ai ni envie de rire, ni envie de pleurer. La foule se charge de réagir à ma place. Dans l’indifférence. L’indifférence la plus totale... à suivre

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27/10/2013

L'éléphant mauve (18, à suivre)

18

 27 décembre. Journée de brouillard. Journée sans queue ni tête. Journée d’ombres. J’aimerais être un oiseau pour survoler l’incertain, l’inquiétant. Trop prisonnier de mon passé, je récris ma thèse. Je la brûle à nouveau, page après page. Je change de cartouche d’encre. Je m’achète une pipe. Et avec un esprit neuf, j’écris ma thèse pour la troisième fois. Et à la vitesse de la lumière, j’étale tout sur mon papier. Un papier gris fabriqué par des écologistes économes. Résultat: ma thèse est d’une pureté à crever les yeux, à crever le papier. Fatigué, je pose mon stylo. Je pense pour la ixième fois au professeur femme. A sa fragilité. a sa noblesse d’âme. J’ai comme une envie de l'épouser. De devenir son berger et sa brebis. Sa porte d’entrée et sa porte de sortie. J’ai envie de connaître l’amour. Le véritable amour. Je relie ma thèse. J’ouvre une boîte de sardines. J’avale un océan mis en boîte. La digestion est difficile. On sonne à la porte. J’ouvre. Gertrude est là. Elle entre. Elle s’assied par terre comme une bédouine. Je reste debout  comme une statue grecque. Elle m’invite à faire l’amour. Je refuse, je préfère les cents pas. Elle ne comprends pas. moi, je comprends, je pense au professeur femme. C’est elle ou personne d’autre.

 - Tu te souviens de moi au moins? me demande Gertrude.

 - De ton corps seulement, je réponds.

 - Et du reste?

 - Les restes, ça ne m’intéresse plus. Je refuse de jouer au chien.

 - Et les sentiments alors?

 - Quels sentiments?

 - Autrefois, nous étions amants. Tu as oublié? Nous nous sommes beaucoup aimés. Il doit bien rester quelque chose. Un vague sentiment amoureux. Non?

 - C’est trop vague. Et les vagues vont et viennent et finissent par mourir sur le sable chaud de l’existence.

 - Tu n’es plus le même depuis que tu as écrit ta thèse.

 - Tu es au courant?

 - Une amie m’en a parlé. L’épouse de mon amant. Elle s’appelle Christine.

 - Christine, la femme de l’agent double?

 - Tu la connais?

 - Tu parles que je la connais! Elle fut ma maîtresse avant que j’écrive ma thèse. Mais comment se fait-il qu’elle soit au courant de cela?

 - Par son mari. Ses yeux sont partout. Ses oreilles sont partout. Et sa bouche est nulle part. Il ne parle jamais, il murmure toujours.

 - Et que murmure-t-il?

 -Il murmure ce que les autres ont murmuré.

 - Par exemple?

 - Il murmure des noms propres.

 - C’est tout?

 - Non, il murmure aussi des noms communs, des adjectifs, des verbes, des adverbes, des articles...

 - Avant ou après le verbe?

 - Avant et après.

 - C’est inquiétant.

 - Vraiment?

 - Si je me réfère à la philosophie de l’éléphant mauve, c’est même très inquiétant. Cet homme ne ne doit pas être heureux.

 - Tu as peut-être raison.

 - Si je ne me réfère pas à la philosophie de l’éléphant mauve, c’est relativement inquiétant. Je dirais même normal. Pour un agent double, murmurer est une façon d’agir verbalement avec prudence. Il murmure pour ne pas dévoiler entièrement ses secrets. Par respect envers celui qui l’écoute.

 - Mais parfois souvent ça me casse les oreilles, ses murmures.

 - Parfois ou souvent?

 - C’est souvent parfois. Et parfois souvent.

 - Et que dit ta mère?

 - Ma mère?

 - Oui, ta maman.

 - Ma mère aimerait bien que j’épouse un homme qui ne murmure pas trop souvent. Un philosophe dans ton genre.

 - Riche?

 - Juste ce qu’il faut.

 - Avec une bonne situation?

 - Une assez bonne situation.

 - Vierge?

 - Pas trop.

 - Chauve?

 - Normalement.

 - Avec une barbe?

 - Non, avec une moustache.

 - Avec des lunettes.

 - Non, un binocle.

 - Fumeur?

 - Non fumeur.

 - En somme, tout le contraire de moi.

 - Si l’on veut.

 Je chasse gentiment Gertrude. Elle ne proteste pas. Je suis un animal peu intéressant en ce moment. Avec une tête trop axée vers les étoiles. Je reste donc seul. Donc avec mes ombres et mes rêves... à suivre

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26/10/2013

L'éléphant mauve (17, à suivre)

16
 Ma rencontre avec le vieil explorateur fut une bénédiction du ciel. J’ai compris beaucoup de chose. Je sors de mon ignorance, tel un prisonnier injustement condamné qui s’échappe de sa cage et qui découvre le monde libre. La Roumanie, elle, sort des ténèbres. Vive la démocratie! La vraie. La vraie vraie démocratie qui frise presque l’utopie. Un immense travail reste à faire. Je brûle ma thèse: elle est nulle pour mon prochain. Je la garde dans mon coeur: elle m’est encore utile. Je la garde jusqu’à l’arrivée de mon antithèse. L’âme humaine vagabonde. Tel un oiseau, elle s’accroche ou elle se pose sur la branche d’un arbre, le temps d’une respiration, le temps d’une réflexion. Dans deux jours, c’est la veille de Noël. Mon sapin parfume déjà mon salon. Je retombe en enfance. Heureux les simples d’esprit. Les cons se prennent au sérieux. Seul le sage, en souriant, embrasse la terre, la vie.

17
 26 décembre 1989. Le vingt-quatre, je me suis réconcilié avec ma soeur et le père Noël m’a offert une cravate verte, une cravate en soie. Les Roumains ont exécuté leur dictateur. Je suis sans travail et personne ne se soucie de mon avenir. Ma thèse, bien que brûlée, me ronge l’âme. Pour ceux qui ne sont pas au courant ou qui ont déjà oublié, il s’agit d’un travail cérébral sur la philosophie de l’éléphant mauve adulte. Je refuse de ressusciter de vieux esprits. Morts, il y a quelques jours ou il y a quelques siècles. Je n’ai plus la notion du temps. Je fume un cigare. Je pense au professeur femme qui enseigne la psychologie du bébé éléphant mauve. A sa carte d’encouragement qu’elle m’a envoyée après que l’on me chassa de l’université où j'enseignais. Points de suspension. Points de suture. Si seulement, on pouvait opérer l’erreur humaine! Effacer le passé et reconstruire, non construire véritablement le neuf. Illusion! Utopie!... à suivre

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25/10/2013

L'éléphant mauve (16, à suivre)

15
 Et ce qui devait arriver arriva. Je suis chassé de l’université. Que voulez-vous, un doctorat sincère est toujours incompatible avec un rectorat hypocrite. Je suis au chômage pour la deuxième fois. Les verts et les bleus refusent de m’aider: le mauve fait partie de la catégorie des rouges. Les roses refusent aussi: mon mauve est teinté de rouge. Les rouges refusent également: le mauve n’est pas assez rouge. Que faire? Que faire? Un pour tous, tous pour un. Du vent, du vent! Les évangiles fabriqués par l’homme, ce ne sont que des paroles. De vulgaires paroles. Des paroles qui s’envolent à la moindre décision. J’ai honte d’être un homme. J’ai honte d’être un humain. J’ai honte d’avoir honte, moi le père spirituel de la philosophie de l’éléphant mauve adulte. Personne n’est à l’abri du désespoir. Les dieux sont ailleurs. Pas sur terre. Je reçois une carte d’encouragement du professeur femme qui enseigne la psychologie du bébé éléphant mauve. un brin d’espoir pointe à l’horizon. Je me sens un peu moins seul. Moins isolé. Chez le marchand de papier vierge, j’achète une caisse de cartouches d’encre bordeaux. J’entre dans un café. Je commande ma traditionnelle boisson ressemblante à cet antiseptique bientôt hors commerce, le mercuribromfluorescéine de potassium with Wasser. On me sert comme un roi nègre. C’est-à-dire: le coeur à l’est et le regard à l’ouest. C’est-à-dire: sans sourire, ni soupir. Un vieil explorateur de l’inconscient humain, que je connais de vieille date, s’assied en face de moi sur une vieille chaise.

 - Il n’y a rien de nouveau sous le soleil, me dit-il.

 - Pourquoi me dites-vous ça? je lui demande.

 - Parce que vos yeux brillent.

 - Je ne comprends pas.

 - Votre thèse n’est ni la première, ni la dernière à avoir fait sourire les imbéciles de la planète. Quand j’étais jeune, sincère et plein d’enthousiasme, j’avais écrit moi aussi, oui j'avais écrit, car c’est si loin, une thèse semblable à la vôtre. C’était sur le rhinocéros carmin. On avait crié au scandale...

 - Lequel? Celui à deux cornes ou le monocorne?

 - Le bicorne.

 - Et vous avez été cocu?

 - Bien entendu! Si j’avais choisi le monocorne, j’aurais peut-être eu du succès. Que voulez-vous, j’étais jeune donc ambitieux, donc une corne ne me suffisait pas.

 - Courir deux lièvres à la fois, ce n’est pas donné à tout le monde.

 - Pourtant, ma thèse était une parfaite foutaise. Crédible, convaincante mais dangereuse.

 - Dangereuse pour qui?

 - Mais pour les imbéciles bien entendu! Ce sont toujours eux qui arrivent à faire interdire tout ce qui peut améliorer l’homme.

 - Et maintenant?

 - Les vieux imbéciles me sourient moins comme des imbéciles... et certains commencent d’admettre, en cachette, ma théorie. Mais ma théorie est vieille, elle n’était bonne qu’en son temps. Il faut vivre avec son époque. La vie est mouvement, bon sang! Vivre dans le passé, ce n’est pas vivre c’est survivre...  à suivre

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24/10/2013

L'éléphant mauve (15, à suivre)

14
 En quelques jours, j’ai fait pas mal de miracles. J’ai écrit une thèse en une nuit qui a déclenché une guerre pour plusieurs siècles et bien d’autres sottises sans grande importance. Dans cinq jours, c'est Noël. Aurai-je ma cravate bleue ou verte, ou verte et bleue? Le secret est dans la hotte du Père Noël. Ce véritable rouge qui est très aimé des antirouges et qui aime le rouge, le champagne, le saumon fumé et la dinde aux châtaignes. Christine est introuvable. C’est peut-être mieux ainsi. En tant qu’écrivain, plusieurs fondations ont répondu négativement à mon appel, à ma demande d’aide. En tant que philosophe, tout baigne dans l’huile: la photocopieuse fonctionne à merveille. En tant qu’homme,  étant le père spirituel de la philosophie de l’éléphant mauve adulte, je me laisse vivre. C’est-à-dire: j’accepte la vie telle qu’elle est. C’est-à-dire: j’accepte sans vergogne le  fait d’accepter la vie telle qu’elle est. C’est-à-dire: faute de partenaire, je pratique la masturbation éléphantine. C’est-à-dire: je vide ma cervelle du poids de mes désirs... à suivre

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23/10/2013

L'éléphant mauve (14, à suivre)

- ... L’homosexualité masculine fait des ravages, pollue mortellement la planète et que faisons-nous? Nous attendons que la fièvre passe. Il fut un temps où elle était applaudie. Il fut un temps où elle était condamnée. Il fut un temps où elle était soignée. Il fut un temps où elle était inexistante. Il fut... des temps où le temps existait. Aujourd’hui, le temps est hors course. Et l’homosexualité est entrée dans nos moeurs d’une façon étrange, par des voies peu orthodoxes. On l’accepte plus ou moins malgré ses dégâts et vous cherchez à tout prix à me faire croire que ma thèse est plus dangereuse que la bombe atomique. La philosophie de l’éléphant mauve est une philosophie simple donc saine. A la portée de tous. Que l’on peut pratiquer, si l’on veut, en public ou en cachette.

 - Et comment? me demande le recteur.

 - Toute thèse est prothèse, dis-je. Toute thèse contient des parenthèses. Toute thèse est l’antithèse d’une autre thèse. Toute thèse est foutaise. Tout dépend de vous. De vos désirs. De vos craintes. De votre éducation. De votre conditionnement.

 - La nuit porte conseil, comme on dit. Demain sera un jour nouveau. Et après demain, je discuterai de votre cas avec les recteurs des autres universités. La séance est close!... à suivre

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22/10/2013

L'éléphant mauve (13, à suivre)

 - Malheureusement, je suis le recteur de cette université et non un philosophe. J’ai des comptes à rendre aux professeurs, au étudiants, aux dirigeants de ce pays, à la population toute entière...

 - Et à vous-même?

 - Que voulez-vous dire par là?

 - Où est-il ce bon berger qui part à la recherche de la brebis égarée? Où est-il?

 - J’ai des comptes à rendre, monsieur.

 - Je sais, je sais mais tout de même! Un peu d’humanité!

 - Enfin! Le mot, je l’attendais.

 - Où voulez- vous en venir?

 - A vous. A votre conscience. Avez-vous pensé à l’humanité avant d’écrire votre thèse? Aux conséquences graves qu’elle engendrerait?

 - On admet et on enseigne la philosophie du bébé éléphant mauve et on refuse d’admettre celle de l’éléphant mauve adulte. Ne trouvez-pas qu’il y ait comme une lacune au sein de l’esprit humain?

 - Répondez à ma question.

 - Quelle question?

 - Avez-vous pensé à l’humanité avant d’écrire votre thèse?

 - Autant que que Jésus.

 - Blasphème! cri quelqu’un dans la salle.

 - Expliquez- vous! m’ordonne le recteur.

 Et j’explique:

 - L’homme sème, les arbres poussent et les voyous saccagent les dons du ciel. Jésus sema la bonne parole, ses fidèles se partagèrent le même pain et les voyous organisèrent des croisades. Chaque chose, chaque philosophie est pareille au couteau... Un couteau peut aussi bien beurrer une tartine que tuer un être vivant... à suivre

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21/10/2013

L'éléphant mauve (12, à suivre)

13
 Le recteur, encadré par deux recteurs adjoints encadrés chacun par deux secrétaires de direction encadrées chacune par deux chefs de service encadrés chacun par deux petites secrétaires et cetera jusqu’à la fin des temps, pointe son beau stylo noir, un Mont-Blanc probablement, sur une pile d’accusations dont la plupart sont anonymes.

 - Mon cher ami, à cause de vous, je me trouve dans une situation extrêmement délicate, me dit cet homme au regard d’acier à moitié camouflé par une paire de lunettes teintées en mauve... On vous accuse de pornographie diabolique. On vous accuse d’avoir mis le feu aux poudres là où on commençait à s’endormir sur un passé troublant. On vous accuse de légèreté et de moquerie. On vous accuse de blasphème. On vous accuse de racisme philosophique. On vous accuse d’avoir craché dans la soupe. On vous accuse de faux murmures et de fausses déclarations. On vous accuse d’avoir profané le divin, l’angélique et le démoniaque. On vous accuse...

 - Et vous, de quoi m’accusez-vous? je demande au recteur.

 - Moi, je vous accuse d’avoir été accusé.

 - Vous me décevez, cher monsieur.

 - Une accusation de plus!

 - Vous confondez tout.

 - Et vous m’accusez de confusion.

 - Je vous demande pardon.

 - C’est trop tard, le mal est fait.

  - Ça se soigne.

  - Et comment?

 - En effaçant dans votre esprit toutes ces accusations... à suivre

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20/10/2013

L'éléphant mauve (11, à suivre)

11
 Écrire, c’est arracher quelques larmes et quelques sourires au visage du passé.

 Pour qui et pourquoi? Pour personne et pour rien. Éventuellement pour tout le monde et pour personne à la fois afin qu’apparaisse l’éternel visage de la fraîcheur.

12
 J’ai l’impression que ma thèse va me créer quelques petits ennuis. Je sens que le monde n’est pas prêt à l’accepter d’une façon honorable, telle une théorie conventionnelle, telle une légende ou telle un acte symbolique à la Guillaume Tell. Je regrette d’avoir été un chercheur courageux au service d’une bande d’idiots totalement ingrats... à suivre

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19/10/2013

L'éléphant mauve (10, à suivre)

10
 Je suis face à ma classe. Les étudiants attendent beaucoup de moi. Peut-être un peu trop. Sur le bord d’une fenêtre, un couple de pigeons s’adonne aux jeux de l’amour. Ce sont des pigeons voyageurs. Font-ils exprès de jouer à ce jeu-là? Sont-ils envoyés par le mari de Christine? Tout est possible. Un professeur qui prépare une thèse sur l’éléphant mauve adulte peut intriguer de nombreux gouvernements. Tout ce qui est nouveau ou hors norme inquiète les esprits pantouflards.

 - Mes chers élèves, dis-je vers la fin du cours, j’ai décidé de vous parler aujourd’hui du premier chapitre de mon livre qui traite de la philosophie de l’éléphant mauve adulte. Tout d’abord, revenons quelques instants à notre première leçon sur le bébé éléphant mauve. Le bébé éléphant est mauve quand il a froid. Tout comme nos lèvres. Aussi longtemps que le thermomètre indique une température inférieure à toute ambiance tropicale, sa peau a une couleur mauve. Philosophiquement parlant, l’éléphant n’est pas bien dans sa peau. Et il rêve. Il rêve de son pays natal. De chaleur. D'arbres aux feuilles vertes et tendres. Il rêve d’être avec sa mère et son père. Ses frères et ses soeurs. Ignorant tout de la masturbation, il devient philosophe et se met à compter les étoiles. Il s’invente un paradis, un enfer et un dieu libérateur. Et le doute surgit du fond de sa mémoire ancestrale. Et le pour et le contre surgissent aussi de sa sacrée mémoire. Et la logique. Et l’espoir. Et le désespoir. Et l’amour. Et la haine. Et l’au-delà. Et l’à-côté. Et le lointain proche. Et le proche lointain. Et la confusion. Et la prière. Et la méditation. Et bien d’autres éléments métaphysiques. En résumé: le bébé éléphant mauve n’a pas la vie rose tant qu’il est mauve. Chez l’adulte, contrairement à ce que pourraient confirmer mes confrères pessimistes, la philosophie de l’éléphant mauve s’approche de celle de nos grands initiés au moment de leur puberté. L’adulte est capable de se masturber,  à toute trompe ou en trombe,   jusqu’à rougir de plaisir. Il passe donc du mauve au rouge en passant par le rose. Il atteint parfois le gris. Le gris d’origine. Parfois même le noir. Le noir néant. Le noir après le rose. L’éléphant mauve adulte a finalement une vie multicolore. Sa philosophie est pleine de couleurs. Un vrai arc-en-ciel. Hors de lui, hors de chez lui, l’éléphant mauve adulte est un être affable, donc non destructeur, donc plus écologiste, qui se nourrit de paille et de cannes à sucre et qui se masturbe sans la moindre gêne, sans le moindre discours... et ce afin d’atteindre la béatitude. Oui, la béatitude tout simplement.

 - Et après? me demande une élève.

 - La vie est un éternel recommencement.

 Et je conclus en disant:

 - L’homme est plus proche de l’éléphant mauve que de l'ange. Pensez-y, mes chers élèves... à suivre

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18/10/2013

L'éléphant mauve (9, à suivre)

Le professeur femme entre dans la discussion en déclarant:

 - Les miens sont remarquables. Ils ont le sens de l’analyse et le sens de la synthèse. Ils adorent mes descriptions simplistes. Et ils hurlent quand je suis malade, paraît-il. Je les comprends. Deux professeurs aux idées diamétralement opposées sur un même sujet confus et quasi inexplicable, c’est très agaçant. Si j’avais su, j’aurais choisi l’éléphant mauve adolescent. L’oreille est déjà plus en proportion avec le reste du corps. Et moins fragile. Chez le bébé éléphant, c’est l’oreille qui domine et ça me distrait. On dirait que le mammifère risque à tout moment de s’envoler. Je crains le pire. Je crains la fin du monde. J’ai entendu dire qu’il y aurait une différence entre l’éléphant d’Afrique et celui de l’Inde. Vous êtes au courant?

 - C’est une question d’oreille, dis-je.

 - Lequel des deux est le plus musicien? me demande Pong.

 - Celui qui a l’oreille la plus fine, je réponds.

 - Bonne réponse! s’exclame le professeur femme.

 - C’était un piège, n’est-ce pas? je demande à mes deux confrères.

 - On fait ça  souvent aux nouveaux venus dans la maison, me dit ma consoeur. Surtout quand celui-ci s’annonce comme un futur spécialiste en éléphant adulte.

 - Une thèse peut être un foutaise, j’explique. Une grosse caisse de cartouches d’encre ne suffit pas pour aboutir à un résultat convaincant.

 - Voilà qui est sage, dit Pong.

 - Et puis, vous savez, prendre l’éléphant par les défenses, c’est autre chose que de prendre le taureau par les cornes, dis-je. A la différence du taureau, un éléphant châtré reste éléphant. Il garde toute sa mémoire. Le taureau lui devient boeuf.

 Ma consoeur se frotte les yeux. Pong se gratte la tête puis il me m’avoue:

 - Franchement, nous ignorons tout sur les effets secondaires dus à l’ablation de l’organe de reproduction chez cet animal.

 - Pourtant, j’explique, le sexe a une forte influence sur le cerveau. Et qui dit cerveau dit psychologie, pédagogie et philosophie.

  Entre en scène le recteur en disant:

 - Cessez d'être sérieux, mes cher amis. Laissez les théories de côté pour l’amour du ciel!  A vous entendre discuter, vous allez finir par métamorphoser toute la jungle. C’est un bal ici et non un parlement pour professeurs revendicateurs. Amusez-vous, bon Dieu! Laissons tomber les beaux discours et les belles phrases!

 Et pour ne pas décevoir le recteur, je décide ne répondre à toute question que par un oui ou par un non.

 Et la soirée se termine en queue de poisson. C’est-à-dire: par un oui et non.

07:43 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

17/10/2013

L'éléphant mauve (8, à suivre)

- Vous avez des enfants?

 - Ma soeur en a, pas moi.

 - Et que pense-t-elle?

 - Concernant quoi?

 - Concernant votre projet de thèse.

 - Rien de particulier. C’est une ménagère convaincu qui passe son temps à enlever la poussière sur les objets d’art que mon beau-frère a volés aux musées privés.
 
 - Il est gauchiste?
 
 - Non, c’est fou de l’art payant.

 - Aucune moralité!

 - Je ne vous le fais pas dire.

 - Et vos neveux, approuvent-ils leur père?

 - Ils étudient, ils sont encore incapables de faire la différence entre le bien et le mal, entre le vrai et le faux, entre l’utile et l’inutile... Et vous, vous avez des enfants?

 - Madame Pong n’en a pas. Mais Ping en a  deux de moi.

 - C’est qui Ping?

 - Ma première femme. Elle est très belle, vous savez. Malheureusement, elle aime le  sport et surtout le ping-pong... Vous êtes content de vos élèves?

 - Ce sont des adultes, ils sont très motivés... à suivre

06:51 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

16/10/2013

L'éléphant mauve (7, à suivre)

 Une muraille se dresse entre elle et moi. Un muraille en béton indestructible. Que faire? Rien. Je me sens l’homme le plus impuissant de la terre. L’être le plus ridicule de l’univers. On danse. On va. On vient. On boit. On mange. On rit. On parle de tout et de rien. Certains avec sérieux. Les autres avec désinvolture. Monsieur Pong, qui est l’éminence grise de la faculté de pédagogie et qui a consacré toute sa jeunesse à observer l’éléphant vert, s’approche de moi et me demande:

 - Il est vrai que vous allez vous attaquer à l’éléphant mauve adulte?

 - Le tam-tam est efficace ici, je réponds.

 - La science a de grandes oreilles qui sont à l’écoute du moindre tintamarre.

 - La poésie, elle, n’a qu’une toute petite oreille qui est à l’écoute du moindre murmure de l'au-delà.

 - Vous êtes croyant?

 - Je crois aux anges. Au bruit de leurs ailes et au silence que celles-ci fabriquent. Et je crois que le monde recule en avançant.

 - J’aime votre poésie.

 - C’est le vin.

 - Alors vous avez le vin poétique... Comment vous allez faire pour vous attaquer à l’éléphant mauve adulte?

 - Avec un vieux fusil et une grosse caisse de cartouches d’encre.

 - De quelle couleur?

 - Plaît-il?

 - L’encre, de quelle couleur?

 - Violette ou mauve.

 - Bonne initiative.

 - Je fais ce que je peux. Avec les moyens du bord.

 - Vous avez beaucoup de courage. Je vous envie.

 - C’est plus une question de volonté que de courage... à suivre

07:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

15/10/2013

L'éléphant mauve (6, à suivre)

9
 Ma soeur n’est pas au courant de tout. Elle  ne sait pas que je suis devenu professeur à l’université Xyz après ma période de chômage. J’ai sans doute été déformé par Christine. L’espionnage a un pouvoir infini. Au même titre qu’une religion maladive. Et être l’amant de l’épouse d’un agent double ça demande un sens aigu de la prudence et de la méfiance. L’université donne un bal. Je m’y rends. Je ne danse avec personne. J’ai horreur de cette gymnastique aux origines préhistoriques. Un professeur homme me sert à boire. Plusieurs fois de suite. Un professeur femme s'installe à ma table. Taille: archimince. Cheveux: ébène. Visage: proche de la Joconde. Elle aurait plu à Goya, à Modigliani ou à moi-même quand j’avais la passion du pinceau.

 - Vous êtes nouveau dans la maison? me demande-t-elle.

 - Il n’y pas longtemps que j’ai commencé à enseigner, je réponds.

 - Et vous enseignez?

 - La philosophie du bébé éléphant mauve. Et vous?

 - La psychologie de ce même animal.

 - Nous sommes presque voisin alors!

 - Si vous voulez. Et à part ça?

 - Je prépare une thèse.

 - Sur?

 - L’éléphant mauve?

 - L’adulte?

 - Oui, l’adulte.

 - Vous visez haut. Moi, j’aimerais écrire un livre sur l’éléphant rose.

 - Quel casse-tête!

 - Probablement... Mais ce n’est qu’un rêve.

 - Je peux vous aider, vous savez.

 - A quoi faire?

 - A vous trouver des fonds.

 - C’est impossible.

 - Je connais beaucoup de monde.

 - Le monde ne m’intéresse pas parce qu’il  est pourri.

 - Vous ne voulez pas que je vous aide?

 - C’est impossible. Vous n’y arriverez pas. Ça ne sert à rien... Non, non et non!... à suivre

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14/10/2013

L'éléphant mauve (5, à suivre)

7
 Samedi. Les cloches sonneront demain. Pour le repos de l’âme. Aujourd’hui, c’est le repos du corps. Temple de l’âme. Lieu sacré et dépotoir. Jardin où naissent les beautés éternelles. Cimetière où meurent les laideurs passagères. Je prends soin de mon enveloppe en me lavant de la tête aux pieds, en me rasant et en me parfumant. J’essaye d’avoir une nourriture sobre et aine. Presque pas de viande rouge. Et très rarement de l’alcool. Malheureusement, je fume. Pipe et cigares. Les immeubles poussent comme des champignons. Et les appartements sont de plus en plus rares. les émigrés fuient la solitude. le travailleur devient cadre. Et le cadre s’encadre de cadres aux paysages incertains afin de mieux encadrer sa fortune. Une révolution et tout ne vaut plus rien. La société me fait peur.

8
 Je téléphone à Christine. Elle ne peut pas me recevoir. Elle est indisposée. Adieu séance de trapèze! Adieu petite victoire  de l’homme sur la femme! Je ne t’en veux pas, épouse d’espion. Le jour de ta mort, je ne cracherai pas sur ta tombe, ni ne verserai une larme. Tes fesses ne valent que mon respect présent. Notre relation n’est qu’une affaire d’hygiène. Ensemble, nous sommes pauvres en imagination. Nos murs s’additionnent au lieu de disparaître. Quand l’amour est là le dictionnaire devrait perdre son latin. Et avec nous, c’est tout le contraire. Contrarié par ma maîtresse, je vais chez ma soeur. Je retrouve la femme sans sexe.

 - Où en es-tu avec ton travail? me demande ma soeur.

 - J’ai reçu de l’argent pour écrire, je lui réponds (je mens).

 - D’un éditeur?

 - Non, d’une fondation.

 - Pour un roman?

 - Non, pour une thèse sur l’éléphant mauve.

 - Ça existe?

 - Non, ça n’existe pas et c’est pour cela que j’ai reçu de l’argent.

 - Le monde est fou.

 - Tu ne m’apprends rien.

 - Et que dit ou dira ta thèse?

 - Des foutaises.

 - C’est-à-dire?

 - Tu travailles pour la police, maintenant?

 - Je pense à ton bien.

 - Occupe-toi plutôt de tes enfants!

 - Qu’est-ce que tu essayes d’insinuer?

 - Rien.

 - N’oublie pas que je suis ta grande soeur.

 - Un monstre, ça ne s’oublie pas.

 - Salaud!

 - Salope!

 - Fiche le camp!

 - Va te faire cuire un oeuf!

 - Fous le camp!

 Les portes claquent. Je n’ai pas de chance aujourd’hui. Le fêtes de Noël s’annoncent bien. Je ne recevrai jamais de cravate bleue ou verte... à suivre 

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13/10/2013

Schiberen (19, fin)

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 D’après Google, pour atteindre Schiberen à partir de Martigny, il faut compter trois heures, au maximum, en voiture et une quarantaine d’heures à pieds. Soit: 272 klm en voiture et 196 klm à pieds.

 Les chemins qui mènent droit au but sont  forcément longs à parcourir.

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 En Suisse, les loups sont mieux protégés que les brebis. Nos autorités manquent souvent de logique, de clairvoyance... Elles attendent que la montagne leur tombe sur la tête pour réagir... face aux catastrophes, quelles soient naturelles ou humaines.

 - Tout est plus facile après, n’est-ce pas mesdames et messieurs les politiques?  dirait ma concierge.

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 Secret médical, secret bancaire et secret d’état. On utilise ces termes quand on a peur, quand on se sent coupable ou quand on ne sait rien.
 
 Le reste du temps, on balance tous les secrets aux plus offrants.    

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 Les footballeurs, comme les curés, ne se donnent en spectacle que le dimanche.

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 Si les politiciens n'existaient pas, il y aurait plus de monde au théâtre et tous les comédiens seraient fortunés.

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 On dit souvent qu'un mauvais cinéaste devient photographe, qu'un mauvais artiste peintre devient professeur de dessin, qu'un mauvais écrivain devient professeur de français... La liste est longue.

 Ne pourrait-on pas y ajouter: un mauvais avocat devient politicien?

 Les exemples sont nombreux. Combien d'avocats y a-t-il au Parlement?

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 Si j’étais forcé d'adhérer à une religion, j'adhérerais soit à l’islam soit au bouddhisme. A l’islam: pour son hygiène. Au bouddhisme: pour sa tolérance.

 Mais, heureusement pour moi, personne ne m’a forcé à quoi que ce soit. Ni Dieu, ni mes parents.

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 - A quoi jouez-vous? me demande ma concierge. On dirait que je me trouve toujours face à vous quand rien ne va plus.

 - Rien est un grand mot, dis-je

 - Enfin, vous comprenez ce que je veux dire, n’est-ce pas?

 - Oui, bien entendu.

 - Alors?

 - Alors quoi?

 - Exprimez vous. Dites ce que vous avez à dire.

 - ...

 - C’est à cause de Schiberen?

 - Oui, c’est à cause de Schiberen... Il est entré dans ma vie par une porte inhabituelle.

- Quelle porte?

 - Le rêve... Il est entré et tout est parti en éclats. Le big bang! Le big bang mental. Le passé, le présent et le future ne faisaient plus qu’un. Un, une... l’unique. Le temps d’une fraction de seconde. Mais malheureusement cela ne m’a pas permis de comprendre son message.

 - Le message de qui?

 - De Schiberen, l’officier suisse.

 - Si ma mémoire est bonne, son message était pourtant simple. Vous souvenez-vous de ce qu’il vous a dit?

 - Oui.

 - Que vous a-t-il dit?

 - Il m’a dit: J’avais pour mission de supprimer toute votre famille mais je n’ai pas exécuté les ordres, comme vous pouvez le constater. J’ai simulé le crime.

 - Ça ne vous rappelle rien?

 - ...

 - Pourquoi êtes-vous silencieux?

 - Parce que je pense à...

 - À?

 - À une voix qui nous a sauvés, mon frère et moi.

 - C’était en Egypte?

 - Oui, en Egypte... Ma mère nous avez laissés tout seuls à la maison, mon frère et moi. Nous regardions par la fenêtre de la salle de bain. A un moment donné, nous nous sommes penchés pour attraper quelque chose, je ne sais quoi, quand tout à coup une voix lointaine cria bambini attentio et, aussitôt, nous fûmes projetés... deux ou trois mètres en arrière. Le cul par terre.
 
 - C’est ça votre deuxième messager?

 - ...

 - La voix et Schiberen, c’est sûrement le même messager...

 - C’est peut-être...

 - Continuez.

 - Non, je préfère mettre un terme à cette enquête...

 - Quelle enquête?

 - Pour moi, tout est enquête... Tout récit, tout roman... La conclusion nous permet de passer à autre chose. Schiberen restera ainsi une énigme. C’est mon désir.

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12/10/2013

L'éléphant mauve (4, à suivre)

5
 Christine est toujours à Paris. J’ai rêvé comme un collégien. Le vent souffle. Je me  gave de sucreries. Moscou est sous la neige. Le mur de Berlin attire les collectionneurs. On complote en Chine. La Grande Corée est à l’état de foetus. Certains Américains pensent à une nouvelle Amérique. Avec un K. Le monde bouge. Le racisme fait malheureusement encore pas mal de dégâts. Dans dix jours, c’est Noël. J’ai demandé à ma soeur de m’offrir une cravate. Bleue ou verte. Mais pas rouge. Les rouges m’ont déçu. Ils ne se sont jamais occupés de moi quand j’étais au chômage. Et pourtant j’étais un des leurs. J’ai milité pour des prunes. Je regrette les camarades sympathiques. J’attends de l’aide pour la publication de certains de mes manuscrits. Et de mes prochains ouvrages. Je prie le ciel.  Je prie les anges. Je prie du matin au soir...

6
 Une bonne idée finit toujours par s'alourdir à force de trop y penser... à suivre

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