30/09/2013

Mon voisin (20, à suivre)

 Que dirait le pachyderme s’il apprenait tout ça? me demandai-je.

 Je me grattai la tête.

 Le nom de mon voisin serait aussitôt ajouté à la liste, pensai-je. Cette fameuse liste, dite liste noire, où figurent les noms de tous traîtres à la patrie, de tous les indésirables de la nation et de tous les artistes bannis à jamais des aides de l'état.

 Il dirait:

 - Vous ne voulez tout de même pas que je lui donne de l’argent pour qu’il le gaspille avec des putes ou quoi?

 Et je lui répondrais, toujours dans ma tête:

 - Vous avez tort de raisonner ainsi, monsieur le chargé de la culture. Car il ne s’agit pas de gaspillage et ce ne sont pas des putes. Ce sont d’honorables femmes qui permettent aux artistes de toute discipline et de toute catégorie de se libérer  de leur surcharge créative... Sans ce soi-disant  gaspillage l’art serait trop sombre et trop abstrait. Et puis, sachez aussi, comme la pluie, l’argent qui tombe du ciel retourne au ciel.

 Mais il ne m’écouterait pas et il ajouterait:

 - Vos renseignements nous ont été très utiles. Passons à un autre candidat, voulez-vous?

 Alors, je décidai de me taire et de transmettre mes observations au pachyderme le pus tard possible.

 Je craignais...

 La vie de mon voisin était un trop beau spectacle, aussi bien à mes oreilles qu’à mes yeux, pour qu’il fût interrompu par l’arrivée de la traditionnelle lettre de refus... Lettre chargée de fausses justifications et d’adjectifs méprisants, destructeurs dont les auteurs se sont fait un plaisir fou de trouver dans le dictionnaire.

 Je connais les artistes, j’en suis un. Ils sont capables de tout lorsqu’ils reçoivent une telle lettre. C’est comme un crachat en pleine figure. A vous d’imaginer le reste... à suivre

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29/09/2013

Mon voisin (19, à suivre)

 Au bout de ce long silence, qui me sembla interminable, j’entendis le coeur de mon voisin. Comme jamais je n’entendis battre un coeur.

 Normalement, vite, très vite, de nouveau normalement, très très vite, moins vite, renormalement... C’était une symphonie tambouresque. C’était fabuleux à entendre.

 Mais cela ne dura qu’une minute. Car le micro de la caméra cachée qui se trouvait dans le téléviseur de mon voisin rabaissait toujours le niveau du son quand celui-ci était élevé. Cette caméra, créée à l’image de l’homme par l’homme, était incapable d’admettre la réalité des faits. Elle filtrait tout sur son passage. Elle rendait rapidement normal tout ce qui était exceptionnel.

 Puis j’entendis:

 - Tu aimes?

 - Il faudrait être fou pour ne pas aimer ça... Mais plus en douceur... moins vite...

 - Comme ça?

 - C’est parfait.

 - Tu penses à quoi quand je te fais ça?

 - A la soeur de Dieu.

 - A la soeur de Dieu? Ça existe ça?

 - Elle existe dans ma tête.

 - Elle est comment?

 - C’est la plus grande salope que... Aïe!

 - Oh, pardon!

 - Mais retire cette grosse bague...

 - Tu n’aimes pas quand  je te fais mal de temps en temps?

 - Pas du tout, ça me coupe...

 - Excuse-moi...

 - Et si je...
 
 - C’est...

 - ... (?)

 - Non, non, continue comme ça.

 - ... (?)

 - Pas encore.

 - J’av...?

 - Si tu veux... Attention! Ça vient...

 Et un cri bestial me fit sauter au plafond.

 Puis j’entendis:

 - Et si tu te lavais les pieds maintenant?

 - Pourquoi, ils ne sentent pas bon?

 - Si.

 - Alors?
 
 - C’est une question de religion.

 - De religion?

 - Oui, de religion.

 - Mais de quelle religion?

 - La mienne. Celle que je pratique.

 - ...

 - Il faut que tu te laves les pieds, si tu veux que je te fasse jouir.

 - Quel rapport avec ta religion?

 - Peut-être aucun.

 - Tu te moques de moi, n’est-ce pas?

 - Non, je suis très sérieux.

 - Mais je n’ai pas besoin d’avoir les pieds ultra propres pour jouir.

 - Certainement pas. Mais quand je m’occupe d’une femme, je commence toujours par  ses pieds.

 - Pourquoi pas par sa main droite par exemple?

 - Parce que moi, j’adore les femmes des pieds à la tête et non pas de la tête aux pieds. Donc je commence toujours par...

 - C’est, c’est bon! J'ai compris... Elle est où  la salle de bain?... à suivre

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28/09/2013

Mon voisin (18, à suivre)

 - Spectacle, massage, à la va-vite ou la totale?

 - La totale, pendant que nous y sommes...

 - Alors ça fera cinq cents...

 - Cinq cents? Mais c’est trop!

 - Pour vous peut-être mais pas pour moi. Car sur les cinq cents, l’administration fiscale me pique les trois quarts. Je paye trop d’impôts... que je travaille ou que je ne travaille pas. Les personnes de mon genre sont taxées selon des critères très particuliers.

 - Par exemple?

 - Par exemple, tu es belle donc tu rapporte. Tu as l’air d’une sacrée cochonne donc tu rapportes, aussi. Tu es belle et cochonne donc tu rapportes doublement...

 - Mais qui sont les décideurs?

 - Vous voulez dire qui sont ceux qui décident ces injustices?

 - Si vous voulez... qui sont-ils?

 - La police.

 - La police?

 - Les gendarmes, les inspecteurs, les commissaires... toute cette bande de voyous.

 - Vous ne les aimez pas.

 - Non, parce qu’ à cause de leurs critères imbéciles, j’ai une montagne d’impôts en retard... On dit que le cul mène le monde, il   serait plus juste de dire que le cul est une économie dont tous les gouvernements, sans aucune exception, sont friands... On taxe notre cul puis on distribue les fruits du dure labeur de celui-ci aux assistés de notre société... les députés, les fonctionnaires et surtout les artistes. Tous des proxénètes!

 Mon voisin parut inquiet, je pense.

 - Qu’avez-vous? Vous paraissez bien sombre.

 - Je suis un artiste et j’attends une aide financière du gouvernement.

 - Alors vous êtes un proxénète comme les autres.

 Puis ce fut un long silence... à suivre

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27/09/2013

Mon voisin (17, à suivre)

 Deuxième avertissement! Certains passages de ce récit risquent de heurter la sensibilité de certaines personnes. C’est pourquoi, je conseille fortement aux âmes sensibles de ne pas se lancer dans la lecture de cette ouvrage...

 En pissant, mon cher voisin se rendit compte que son meilleur ami souffrait de dépression.

 Que faut-il que je fasse pour que cet imbécile redresse ses épaules, ne serait-ce qu’un  bref instant? se demanda-t-il?... Lui servir une bonne tisane au goût exotique? Lui masser le dos avec un baume poivré ou camphré, ou les deux à la fois? Lui offrir une revue chargée d’images de belles femmes nues? Ou lui offrir tout simplement, la solution la plus coûteuse mais également la plus efficace, l’une de ces belles qui se chargerait de tout? C’est-à-dire de lui servir une bonne tisane, de lui masser le dos et de lui offrir, en cas de réussite, une revue où figureraient les cordonnées d’autres belles femmes prêtes à secourir les déprimés.

 Mon voisin hésita un long moment... Il fouilla et refouilla ses poches, compta et recompta ses sous et, finalement, il se décida pour la solution la plus coûteuse.

 Très vite, une jeune et belle femme, mi-blonde mi-rousse, sonna à sa porte.

 Mon voisin la fit entrer dans son humble demeure, l’aida à se débarrasser de son pardessus et l’invita à s'asseoir sur son unique fauteuil. Lui, il s'assit sur une chaise...

 Tout à coup panne visuelle! Plus d’image sur l'écran de mon téléviseur espion, que du son.

 Et j’entendis la conversation suivant:... à suivre                 

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26/09/2013

Mon voisin (16, à suivre)

  Malgré cette malchance, mon voisin avait une vie riche en découvertes et en émotions. Il écrivait, il filmait et il enseignait l’art d’écrire et de filmer à tous ceux qui voulaient bien l’écouter.

 Et on l’écoutait beaucoup. Et on l’appréciait beaucoup! A un tel point que l’on venait même parfois l’écouter chez lui, dans son petit studio. Surtout les femmes. Car souvent, tout en enseignant, il filmait ceux qui l’appréciaient.

 Pour lui, l’art d’écrire et de filmer, c’était les deux faces d’une même pièce de monnaie...  C’était la déclaration. La déclaration réfléchie et justifiée. Le crachat sublime et sublimé que le poète révolté envoie à la face des tortionnaires de l’humanité.

 Un jour, mon voisin filma une belle blonde, une de ses admiratrices, une jeune femme qui écrivait, et lui demanda:

 - Qu’est-ce que c’est pour vous écrire?

 Et la belle blonde répondit en récitant un beau poème dont j’ai oublié les paroles.

 Puis il lui demanda:

 - Et un livre, c’est quoi pour vous?

 Et la belle blonde répondit, les yeux brillants de joie:

 - C’est un voyage.

 Alors le soir, mon voisin se mit à voyager. Dans sa tête un train se mit à rouler...

 Puis un autre jour, il filma une autre de ses admiratrices, une rousse, une jeune femme qui écrivait également, et lui demanda:

 - Pourquoi tu écris?

 Et la rousse lui répondit:

 - Pour ne pas mourir.

  Puis il lui demanda:

 - Pour toi, c’est quoi le plus beau livre?

 Et elle répondit, en regardant le plafond:

 - La Bible.

 Alors le soir, mon voisin alluma une bougie, mit un morceau de musique religieuse et il se mit à prier.

 Après la prière, il versa du vin dans une coupe en cristal, admira le pétillement de ce breuvage, l’avala et finalement alla pisser... à suivre

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25/09/2013

Mon voisin (15, à suivre)

 Mon voisin était un drôle d’artiste. Multiculturel, libre penseur, polyvalent et à tendance polygame. C’est sans doute cela qui irritait les autorités, d’après certaines confidences échappées de la la bouche du pachyderme lors d’un apéritif culturel.

 Impossible de vous dire lequel, quand et où, car ils étaient trop nombreux ces foutus apéritifs.

 Les artistes, aux yeux des SSONA, étaient divisés en deux catégories: les soutenables ou les premiers et les derniers.

 Je pense que les politiques préféraient soutenir les soutenables, c’est-à-dire les artistes reconnus à l’étranger et les artistes catalogués ou issus d’une famille enregistrée à jamais dans la mémoire collective de la bourgeoisie, que les derniers, ceux aux pouvoirs et aux racines multiples, mais considérés souvent comme malchanceux par l'opinion public, qui leur donnaient beaucoup de fil à retordre.

 C’est pourquoi, les derniers étaient observés avant d’être catalogués et aidés.

 Et, malheureusement, mon voisin faisait partie des derniers... à suivre

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24/09/2013

Mon voisin (14, à suivre)

 Puis ces rayons de soleil, comme toute jeune visite, tout enfant pressé de partir mais contraint à rester, se mirent à colorier les vitres de la fenêtre de ma chambre... puis des fenêtres d’en face. C’était vraiment magnifique à voir.

 Et, étrangement, tout à coup, je vis contre le mur de ma chambre l’ombre d’une main en train de faire des signes d’adieu.

 Ces signes, me sont-ils adressés? me demandai-je... Sont-ils uniquement des signes d’adieu ou sont-ils des signes qui veulent dire autre chose? D’où vient cette ombre? De qui est cette main?

 Comme j’étais épuisé et mou comme un mollusque (Vous le saviez déjà.), je conclus:

 C’est Dieu qui me salue, tout simplement.

 La nuit, je repensai à cette ombre et je reconclus:

 Si Dieu m’a salué, c’est qu’il m’a pardonné. Et s’il m’a pardonné, c’est que ce que j’ai fait n’est pas aussi grave que ça. Et si ce n’est pas aussi grave que ça, c’est que je peux recommencer.

 Quatre jours plus tard, mon caméscope était de nouveau en pleine action et la nudité était devenue mon principal objectif.

 Trois semaines plus tard, ma femme me demanda le divorce.

 Deux mois plus tard, j’étais seul avec  mon caméscope, les batteries vides, les poches encore plus vides, sans amis, déprimé et, comme un rat pris dans une souricière, entre les quatre murs d’un vieux studio crasseux.

 Et une année plus tard, j’espionnais mon voisin pour le compte des Services secrets de l’Office national de la culture (SSONC)... à suivre

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23/09/2013

Mon voisin (13, à suivre)

 Je me réveillai dans un lit d’hôpital.

 Une infirmière à ma gauche. Une bible à ma droite. Un crucifix au-dessus de ma tête. Une fenêtre en face de moi.

 - Insolation, m’expliqua l’infirmière.

 Le lendemain. Quand j’étais seul, ne sachant que faire de mes heures, j’occupais  mon temps à observer ce qui se passait dehors. Par la fenêtre de ma chambre.

 Grâce à elle, je pouvais observer d’autres fenêtres.

 Sur un échafaudage, un peintre en bâtiment repeignait le cadre de l’une d’elles. Et derrière celle-ci, un vieil homme, tout en faisant semblant de nettoyer les stores, m’observait.

 On m’espionne, me dis-je à un moment donné... Qui et pourquoi? Qui et pour qui?

 Mais épuisé et mou, tel un mollusque, je renonçai vite à trouver des réponses  à mes questions floues.

 Vers la fin de l’après-midi de ce même jour, des rayons de soleil vinrent me rendre visite.

 C’était magnifique. C’était fabuleux. J’avais l’impression que Dieu et ses anges étaient là. Qu’ils étaient là pour me laver de tous mes péchés. Et, en particulier, du dernier, de ce crime que je venais de commettre sur la plage avec la complicité de mon caméscope. Le redressement instinctif et brutal de son objectif!... Oui, c’était un crime pour moi. Car, pendant que je perdis  connaissance, je ne perdis pas forcément le contrôle de tous mes sens (Cela peut paraître absurde.), je fus conscient, le temps d’une fraction de seconde, que j’avais commis un acte de voyeurisme, de viol visuel, acte condamnable par les prêtres et les notables de bien des sociétés... à suivre

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22/09/2013

Mon voisin (12, à suivre)

 Et, comme chaque année, je partis avec ma femme et mes enfants loin de chez moi. C’est-à-dire: loin de ma maison, mon unique et véritable royaume, et loin de mon pays, ce pays aux frontières garnies de saucisses à griller et de fromages troués.

 Et me voici, un matin ensoleillé, sur une plage au nord de la mer du Nord. Avec ma famille, bien entendu, et mon caméscope collé à ma peau et à mon oeil droit une heure sur deux.

 Je filmais quand subitement... (C’est  sûrement ce jour-là que je compris qui j’étais ou ce que j’étais.) Oui, je filmais, en plongée, la pureté de l’eau et la finesse du sable quand brusquement l’objectif de mon caméscope se pointa en direction d’une inconnue. Une femme. Une belle femme. Une nudiste. Elle était nue, forcément. Mais sa nudité était si nue, si unique, si troublante que je perdis connaissance... à suivre

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21/09/2013

Mon voisin (11, à suivre)

 Quand la pauvre dame quitta mon bureau, aussitôt, j’ouvris les fenêtres pour permettre ainsi aux anges chargés de la pureté de l’air de faire le ménage et, comme un adolescent caressant pour la première fois les seins de sa petite amie, je me mis à découvrir, avec lenteur et sensualité, les pouvoirs miraculeux de mon caméscope.

 - Voici l’arme fatale qui fera de moi un héros ou un traître, murmurais-je... Mais qui me révélera à Dieu à juste titre.

 Jésus avait porté sa croix, je portai désormais la mienne: mon caméscope. Les Russes avaient l’oeil de Moscou, mes compatriotes avaient désormais un caméscope sur quoi compter pour dormir les deux yeux bien fermés et sur leurs deux oreilles.

 Un mois plus tard, c’était les vacances.

 Adieu madame la présidente, les lèche-culs de la gosse patate, les étudiants de nulle part et de partout, les mille et une répétitions et pétitions pour un monde meilleur et, surtout, adieu mon réveille matin.

 Car j’étais fatigué d’être réglé comme une horloge.

 Je me dis donc:

 Adieu la régularité! Vive l’irrégularité!

 L’irrégularité des phénomènes, c’est la révolte de Dieu contre lui-même. C’est sa bénédiction... C’est Dieu qui est tellement déçu de ces cons de riches et de pauvres, incapables de s'entraider, par colère lâche un énorme pet qui balaye tout sur son passage.

 Mais l’irrégularité, c’est aussi cet air frais, sans prétention, qui vient de loin et qui nous regonfle un peu... à suivre

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20/09/2013

Mon voisin (10, à suivre)

 Un jour, à mon époque héroïque de parfait petit bourgeois, la présidente de l’université populaire qui m’avait engagé, où j’enseignais le français aux étudiants étrangers, vint me voir dans mon minuscule bureau de  professeur, plein d’enthousiasme et désireux de révolutionner le système éducatif en général et en particulier les méthodes d’apprentissage des langues vivantes et mortes, me tendit un gros paquet, aussi gros que sa poitrine, et me dit:

 - Voici un instrument qui pourrait vous aider à améliorer votre travail.

 La pauvre dame ne pensait qu’à ça. Le travail, le travail, rien que le travail pour se sentir quelqu’un. Je pense donc je suis, pensait-elle. Je pense travail donc je suis travail. Je pense tellement donc je suis tellement... Tellement quoi? Tellement conne que tu passes à côté de la nudité des êtres et des choses, de la beauté du silence et de ce vide qui nous entoure, ma pauvre folle, voulais-je lui dire souvent  en la regardant s'exciter devant son ordinateur.

 Je pris le paquet avec mes deux mains fébriles (Car je mangeais peu vu mon misérable salaire.) et lui demandai avec un petit sourire au bout des lèvres:

 - C’est quoi? C’est une bombe?

 - Mieux que ça, c’est une caméra, me répondit-elle.

 - Une caméra! Une vraie caméra?

 - Non, un caméscope.

 J’étais heureux. Heureux à un tel point que toutes mes pensées négatives à son égard s’éclipsèrent en une fraction de seconde. Mais pas pour longtemps. Car sa puanteur acide de femme délaissée au profit de ses intérêts intellectuels vint rapidement me rappeler que le sens du pardon n’est pas forcément sans limites... à suivre

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19/09/2013

Mon voisin (9, à suivre)

 Heureusement pour moi, la technique était là pour m’aider. Quand ça marchait. L' autorité de surveillance de l’audiovisuel (L’ASA.) avait fait placer une caméra toute particulière derrière l’écran du téléviseur de mon voisin. Cette caméra me transmettait ou, plus exactement, transmettait sur l’écran de mon téléviseur tout ce que mon voisin regardait et tout ce qui se passait dans son salon. L’ASA avait fait placer ce système d’observation par une société anglo-américaine, spécialisée également dans la fabrication des judas, un jour d’été quand mon voisin était en vacances à Cuba. Ces informations me furent données par le pachyderme.

 La technique était donc là pour m’aider à observer. Mais en cas de panne, Dieu soit loué! deux fenêtres étaient également là afin que puisse observer tout autant.

 L’une de ces deux fenêtres donnait tout droit sur son salon. L’autre, légèrement de biais, sur sa salle de bain.

 Mais il faut que je vous dise une vérité. Si je n’étais pas porté sur le voyeurisme, jamais, je ne me serais lancé dans une telle aventure d’espionnage, au service de mon pays. Je me suis rendu compte que j’étais atteint de cette maladie, ou tare héréditaire ou phylogénétique le jour où... C’était... il y a de cela... à suivre

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18/09/2013

Les secrets

 Secret médical, secret bancaire et secret d’état. On utilise ces termes quand on a peur, quand on se sent coupable ou quand on ne sait rien.
 
 Le reste du temps, on balance tous les secrets aux plus offrants.

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Mon voisin (8, à suivre)

 Que voulez-vous! Mon avenir était en jeux. Tout mon art! Toute ma science! Tous mes projets! Tous mes rêves les pus fous! Tout ça était en jeux. Fallait-il que je dise le contraire et qu’un pilier d’église ou de synagogue se trouve maintenant à ma place? Non, merci. Il y en a marre de ces suceurs professionnels qui ne cessent de se  taper les plus belles suceuses de la terre, dirait mon meilleur ami.

 Et, de fil en aiguille, le pachyderme me fit comprendre que j’étais ainsi devenu un agent de renseignement, un serviteur des hauts dirigeants de mon pays, un lèche-cul honorable en quelque sorte, et il me tricota toute une maille de recommandations et de précautions à prendre.

 Mon travail était très simple: je devais espionner un confrère qui habitait en face de chez moi, de l’autre côté de rue. 

 Avait-il lui aussi demandé une aide gouvernementale, municipale ou privée? Je le saurai peut-être un jour.

 Je devais donc observer et transmettre mes observations au pachyderme qui les transmettrait à son chef qui les transmettrait au chef du bureau concerné qui les transmettrait au directeur du cabinet qui les transmettrait au ministre qui les transmettrait au président qui les jugerait intéressantes, inintéressantes ou inutiles et qui, selon un critère secret, les classerait dans une armoire métallique ou les jetterait tout simplement à la poubelle. (Le président a tous les droits. Même le droit de refuser de s’intéresser aux travaux de ses inférieurs. Car sa principale préoccupation, c’est l’avenir.) Finalement: pendant que le président observait l’avenir qui ne pouvait malheureusement transmettre à personne, moi, j’observais mon voisin dans l’intérêt de tous. Sauf peut-être de celui de mon voisin, bien entendu... à suivre

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17/09/2013

Mon voisin (7, à suivre)

 Oui ou non? Accepter ou refuser? Voilà tout le problème dont nous ignorons tous les causes et les effets qui en découleront. Toute notre vie, nous sommes confronté face à ce sacré problème. Même face à une mouche. Dois-je la laisser vivre et accepter qu’elle chie sur mes dessers préférés? Ou dois-je la tuer et me trouver seul dans un immense espace vide , totalement vide sans la moindre âme, le coeur chargé de regrets et de remords? Et après? Que se passera-t-il? Les mouches communiquent-elles entre elles? J’étais dans le pétrin.

 - Alors, vous hésitez? Ce n’est pas bien d’hésiter, me dit le chargé de la culture.

 Et il me sortit la théorie suivante:

 - Celui qui hésite laisse à penser qu’il est plus proche du non que du oui. A moins qu’il hésite par émotion.

 - C’est ça, c’est par émotion que j’hésite, dis-je avec un sourire imbécile.

 - Alors, c’est oui?

 - Oui, monsieur, c’est oui.

 - Très bien!

 Très bien! Je me souviendrai toujours de ce très bien. Quelle douleur! je sentis quand  ces deux petits mots, joints pourtant dans la joie et le bonheur, sortirent de la bouche du pachyderme. C’était pire que de recevoir une gifle, en pleine figure, le jour du sacrement suprême.

 Ce fut le jour le moins beau de toute ma vie. Pourtant... Bien que... de jour en jour, la laideur comme la beauté s'estompe. Nos crimes et nos cadavres entrent dans la banalité. Et l’humanité se lave les mains en pissant et en sifflant un air à la mode.

 - Vous ne semblez pas très convaincu, me dit le pachyderme.

 - Si, si, très convaincu, répondis-je... à suivre

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16/09/2013

Mon voisin (6, à suivre)

 Le pachyderme... excusez-moi de l’appeler ainsi mais il avait une telle paire de fesses qu’en le regardant à peine il m’était impossible de ne pas penser à un hippopotame, à un rhinocéros ou un à éléphant. A mon avis, il eût été préférable que l’on mît à ce poste quelqu’un ou quelqu’une qui fît plutôt penser à une gazelle ou à zèbre: des animaux fragiles constamment en danger. Bref, je disais donc le parasite, pardon, le pachyderme me sourit un lent moment, ce qui m’inquiéta énormément (Est-il homosexuel? pensai-je), puis il me dit:

 - Nous sommes sommes toujours prêts à vous aider. Et vous?

 - Et moi quoi?

 - Êtes-vous prêt à nous aider?

 Je fus bouché bée. Je ne comprenais pas. Les autorités culturelles ont-elles besoin de moi, de mon aide? Moi, un simple artiste, reconnu que par ma concierge.

 Mon âme s’envola. Par une simple phrase, on m’avait subitement propulsé vers une nébuleuse intellectuelle proche des royaumes des anges ou proche d’un traité de psychiatrie.

 Mais cela ne dura pas longtemps car mon présumé sauveur me fit vite revenir sur terre, simplement en prononçant le mot contrat.

 - Contrat! répéta-il. Il s’agit d’un contrat entre vous et nous. Vous nous aidez d’abord et nous vous aiderons par la suite. Acceptez- vous ce marché?... à suivre 

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15/09/2013

Mon voisin (5, à suivre)

 Un jour, en me promenant sur le lac Tonlé Sap (Au Cambodge toujours, bien entendu.) trois énormes oiseaux vinrent se poser, l’un à côté de l’autre, sur la pointe de ma barque. Quel spectacle! Malheureusement, c’étaient de vilains oiseaux. Vraiment, ils n’étaient pas beaux du tout. Et je pensai aussitôt: voilà le père, la mère et l’enfant qui a grandi. Mais, tout de suite après, je repensai: voilà le père, le fils et le saint-esprit. Et comme par hasard (Bien que le hasard n’existe pas selon certains.), l’image d’un ancien voisin, non de mon voisin, car il fut ma première victime et mon premier bourreau, me vint à l’esprit.

 Je m’explique.

 A l’époque, il y a de cela... le temps n’a aucune importance car le mal comme le bien ne cesse de se répéter, j’étais un artiste nécessiteux et minable, disons un peu plus minable qu’aujourd’hui, et pour sortir de cette misère à la fois matérielle et mentale, un matin de printemps, je fis appel aux autorités culturelles de mon pays.

 - J’aimerais réussir, pouvez-vous m’aider, monsieur le chargé de la culture? demandai-je... à suivre

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14/09/2013

Mon voisin (4, à suivre)

 Je me souviens... Un dimanche, pendant que sa femme (Je crois que c’était sa femme, je n’en ai jamais eu la certitude.) était chez ses parents, chez une amie ou ailleurs, mon voisin se mit à me faire de drôles de révélations. Oui, à me faire car j’avais l’impression qu’il s’adressait à moi.

 Donc, grâce à mes oreilles hypersensibles, tel un micro fusil susceptible de capter des conversations à cent mètres à la ronde, et à mes yeux hyperréalistes (A ne pas confondre avec les peintres.), tel un télescope des plus performants, je fus le témoin de la scène suivante:

 Mon voisin, se protégeant derrière un révolver (Jouait-il ou ne jouait-il pas la comédie?), me dit:

 - Je me présente... Je suis le commissaire Fox... On veut  ma peau... On veut ma peau parce que je suis à la recherche de deux arracheurs de livres.

 Il me montra une photographie. Deux colosses qui avaient la tête totalement rasée.

 Il continua:

 - Ce sont des GI. Des brutes... des individus qui détruisent les livres faute d’instruction. Ils entrent dans les librairies et s’acharnent sur les livres. Ils arrachent les pages. Ils arrachent tout sur leur passage. Et, avec certaines pages arrachées, les plus tendres, les plus fines, ils se roulent des cigarettes et se mettent à fumer... Ils ne respectent rien. Ce sont des voyous...

 Stop! Halt! C’est faut! Tout est faux. Archifaux. Ou presque faux. Les choses ne  se sont pas passées réellement comme ça. Je recommence donc depuis le début... à suivre

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13/09/2013

Mon voisin (3, à suivre)

 Ce rituel, dépourvu pourtant de tout message spirituel, propulse parfois certaines personnes dans des sphères métaphysiques voisines de ces royaumes tant vantés par un nombre incalculable d’hommes sages et de saints.

 Puis, comme veut la tradition, mon voisin versa du vin pétillant dans une coupe en cristal, admira religieusement le pétillement de ce fabuleux breuvage, l’avala  et finalement alla pisser.

 En pissant, soudainement, mon voisin se souvint qu’il était marié et qu’il devait remplir ses devoirs conjugaux. Alors, il demanda... non, il ordonna à sa femme de se laver les pieds (Puait-elle des pieds? Certainement mais difficile de le confirmer vu la distance qui nous séparer.), d’enfiler un paire de bas noirs et de pisser le plus qu’elle pouvait. Car, comme il considérait l’acte sexuel comme un acte de guerre, il faut toujours partir au combat la vessie vide... Et sa chère épouse s’exécuta à merveille bien entendu, sous le regard caché mais merveilleusement émerveillé de l’espion que j’étais.

 Puis monsieur et madame ou madame et monsieur, pour ne contrarier personne, se donnèrent l’un à l’autre (Peut-on dire aussi l’une à l’autre sans qu’il y ait ambiguïté?) sous le regard merveilleusement émerveillé non pas de moi mais de Dieu. Car en se donnant, ils plongèrent dans le plus sublime des trous noirs de toute l’histoire de l’humanité: le trou de l’amour. Et dans ce trou noir, même les scientifiques les plus éclairés et les observateurs munis d’une aura multicolore ne voient rien. Donc, je ne voyais rien. J’entendais seulement des gémissements.

 Puis on alluma la télévision et on regarda un film policier. Policier parce que je n’entendais que des pif-paf-pouf... à suivre

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12/09/2013

Mon voisin (2, à suivre)

 Il alluma une bougie, mit un disque de musique religieuse puis ses mains se lancèrent dans un étrange rituel chargé de messages que seul un éclairé en la matière pouvait comprendre... moi, je ne comprenait rien, je voyais seulement. Et je ne voyais que ses mains parce que je ne pouvais voir qu’elles, par la fenêtre.

 Ce jour-là, n'ayant rien d’autre à me mettre sous la dent, ni sous les yeux, j’ai su aussi que j’étais, moi, l’enfant tant considéré de tous, un individu peu considérable... J’étais un voyou, un espion muni d’un esprit imaginatif provocateur et cela m’enchanta énormément.

 Après le rituel de la bougie et des mains, mon voisin se lança... ou plutôt sa main droite se lança dans un autre rituel, d’un genre tout différent, le rituel de l’arme à feu.

 On s’empare d’une arme à feu et, en chantant un chant patriotique ou une chansonnette bourgeoise ou en fredonnant quelques notes d’une musique classique bien connue, on dirige la pointe de son canon en direction de son pire ennemi. C’est-à-dire en direction de l’ombre invisible des ennemis de la patrie et de la religion. Et on attend que le rêve devienne réalité... à suivre

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