• Le chameau et le chamelier (3, à suivre)

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    Le chameau:
    Qui te croira que je parle?

    Le chamelier:
    Mais tu parles!

    Le chameau:
    Maintenant avec toi

    Le chamelier:
    Que veux-tu dire par là?

    Le chameau:
    Je refuse de devenir une bête curieuse
    Pour avoir à mes trousses
    Les sectes trop pieuses
    Et ceux qui toussent
    Non merci!

    Le chamelier:
    On te prendra pour le Messie
    Et tu n’auras plus jamais faim
    Et moi plus d'ampoule à mes mains

    Le chameau:
    J’ai meilleur trésor à t’offrir
    Si tu ne veux plus souffrir
    T’apprendre à réciter des poèmes

    Le chamelier:
    Mais je veux qu’une femme m’aime!

    Le chameau:
    Avec un tel savoir
    Des milliers voudront t’avoir
    Une poésie pleine d’humour
    Vaut un baiser d’amour
    Car un sourire vaut un soupir

    Le chamelier:
    Soit! J’accepte d’être ton élève
    Pendant tout ce voyage
    Me paraîtra ainsi de passage
    Cette sale tempête
    Qui est derrière notre tête
    Et qui des tonnes de sable soulève

    Le chameau:
    Ouvre alors toutes grandes tes oreilles
    Surtout au début
    Où la fin te semblera sans but
    Et pourrait te donner sommeil

    Le chamelier:
    Je t’écoute professeur
    Comme un garçon qui écoute sa grande soeur

    Le chameau:
    Voici la première poésie
    Écrite par un artiste
    Quelque peu humaniste
    A un moment de fantaisie
    Il récite:
    En navigant près de l’île Éléphantine
    J’ai croisé un pharaon
    Sans pantalon
    Qui travaillait pour une compagnie clandestine
    Ennemi numéro un
    Des musées égyptiens
    Cet homme hors du commun
    Qui avait perdu sa foi de politicien
    À force d’avoir adoré Râ
    Et mangé du rat
    Et à cause de la sécheresse
    Et de l’égoïsme ses déesses
    Criait aux touristes navigateurs
    Sur leur barque à moteur
    Venez sur mon île
    J'ai un tas de choses à vous faire voir
    Des amulettes et des statuettes en ivoire
    Et tout cela avec des sourires
    Et des rires
    En navigant près de cette île Éléphantine
    J’ai aussi croisé des ibis
    Et des fumeurs de cannabis
    Qui ne travaillaient pas pour une compagnie clandestine
    Mais ils n’avaient rien d’un pharaon
    Et pourtant ils portaient tous un un pantalon

    Le chamelier:
    Je n’ai rien compris

    Le chameau:
    Bien écouter mérite déjà un prix

    Le chamelier:
    J’ai l’impression
    Que tu te moques de moi

    Le chameau:
    Dans quelques mois
    Tu auras une toute autre opinion
    Car avec un tel bagage
    Comme Abdou
    Couché ou debout
    Tu feras des ravages
    Je termine ce cours
    Après quoi ça sera ton tour
    De me réciter ce que tu auras retenu
    N’oublie pas
    L’essentiel c’est le contenu
    Écoute donc sans faire de bruit
    Le dernier poème pour aujourd’hui
    Il récite:
    Je ne suis ni pur
    Ni mûr
    Ni sûr
    D’être impur
    Mais je suis sûr
    Que pour acquérir un brin de culture
    J’ai dû franchir mille murs
    Gardés par des hommes durs
    Qui ont horreur de notre futur
    Même s’il est garni de fraises et de mûres
    Je ne suis ni pur
    Ni mûr
    Ni sûr
    D’être impur
    Mais je suis sûr
    Que pour atteindre le sommet de la maturité
    Au-delà de toute pureté
    Il me faudra franchir encore quelques milliers de murs
    Et ce n’est pas pour demain
    J’en suis certain

    Le chamelier:
    Mais ces poèmes n’intéressent que les mous
    Les singes et les fous
    Et je crains qu’avec de telles inepties
    Une belle ne me fasse les yeux doux
    Mais plutôt me renvoie sans merci

    Le chameau:
    Aussi étrange que cela puisse te paraître
    Seul les imbéciles ferment leur fenêtre
    À la nouveauté qui vient de naître
    Même destinée à leur apporter le bien-être
    Et si tu épouses une imbécile
    La vie ne te sera pas facile

    Le chamelier:
    Garde pour toi ta science
    Elle ne m’inspire pas confiance
    Je préfère rester ce que je suis
    Et être maître de mes nuits

    Le chameau:
    Fais comme bon te semble
    Nous aurions fait bon voyage ensemble
    Pas forcément avec grande joie
    Mais plus court en tout cas
    Car un esprit qui raisonne
    Ignore le temps qui sonne   à suivre

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  • Le chameau et le chamelier (2, à suivre)

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    Le chamelier (étonné):
    Mais c’est toi c’était toi?

    Le chameau:
    Oui c’était moi

    Le chamelier:
    C’est vraiment incroyable
    Mais depuis quand parles-tu?

    Le chameau:
    Tu me croyais un animal têtu?
    C’est l’homme qui me rend insupportable

    Le chamelier:
    Réponds à ma question

    Le chameau:
    Puis-je te faire une suggestion?

    Le chamelier:
    Réponds à ma question d’abord

    Le chameau:
    Ce que j’ai à te dire vaut de l’or

    Le chamelier:
    Je veux tout savoir

    Le chameau:
    Vouloir c’est pouvoir

    Le chamelier:
    Cesse de parler en paraboles
    Depuis quand possèdes-tu la parole?

    Le chameau:
    Peut-être par besoin de souffrance
    Mais cela n’a aucune importance

    Le chamelier:
    Tu vas me rendre malade

    Le chameau:
    Soit! Elle m’est venue au cours de cette balade

    Le chamelier:
    Vraiment?

    Le chameau:
    Sûrement

    Le chamelier:
    Et pour quelle raison?

    Le chameau:
    Je ne suis pas le maître des saisons
    Il faut demander cela
    A notre seigneur Allah
    Ou à quelqu’un de sa cour

    Le chamelier:
    Ils sont tous devenus sourds
    Paraît-il

    Le chameau:
    Tu es très subtil
    Mais de moi tu n’en sauras pas plus

    Le chamelier:
    Ton secret me donne des puces

    Le chameau:
    Regarder les beautés d’un moment
    Sans chercher à en faire un monument
    C’est vivre pleinement sa vie
    Sans obligation d’en avoir envie

    Le chamelier:
    Je ne comprends rien à tes discours

    Le chameau:
    Il ne fallait pas rêver pendant les cours
    Surtout de philosophie

    Le chamelier:
    L’école je n’y ai jamais mis les pieds
    Ni de gré ni les mains liés
    Cette noble et universelle institution
    N’est réservée qu’à une partie de la population
    A ceux qui nagent dans les piastres
    Et non pas aux déshérités de cet astre

    Le chameau:
    Mais tu es riche!

    Le chamelier:
    Crois-tu vraiment que je triche?
    Mon lit n’est guère plus grand qu’une niche
    Toute ma fortune c’est toi

    Le chameau:
    Et sans jardin et sans toit
    Penses-tu devenir le chef d’une tribu?

    Le chamelier:
    Devenir chef n’est pas mon but
    Mais épouser une fille d’Abdou

    Le chameau:
    Celui qui est né debout?

    Le chamelier:
    Tu veux dire qui est encore debout
    Malgré son grand âge
    Et qui ne cesse de faire des ravages?

    Le chameau:
    C’est ce que j’ai voulu dire
    Au fait sais-tu lire?

    Le chamelier:
    Ni lire ni écrire
    Mais je sais chanter et rire

    Le chameau:
    Ce n’est pas important

    Le chamelier:
    Et toi sais-tu en faire autant?

    Le chameau:
    N’oublie pas que je suis un chameau
    Et un chameau même le plus beau
    Se contente d’herbe et d’eau
    Donc si j’ai bien compris
    On ne t’a jamais rien appris

    Le chamelier:
    Par moi-même j’ai tout découvert
    Et ainsi je sais qu'il ne faut jamais se nourrir de fruits verts
    On risque d'attraper des vers
    Également je sais
    Qu’il ne faut jamais s’exposer au soleil
    Lorsqu’on a sommeil
    Et surtout pas
    Après un grand repas

    Le chameau:
    Et raconter des histoires?

    Le chamelier:
    Je n’ai qu’un mince répertoire

    Le chameau:
    Mais avec un si maigre bagage
    Tu ne pourras épouser qu’une adolescente

    Le chamelier:
    Pourvu qu'elle soit descente
    Et déteste les orages

    Le chameau:
    Mais tu mérites mieux
    Bientôt tu seras vieux
    Et avec une femme qui a de la conversation
    L’ennui perd de position

    Le chamelier:
    Mais tu vaux une mine d’or
    La richesse ne remplace-t-elle pas l’instruction
    Dans bien des situations?   à suivre

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  • Le chameau et le chamelier (1, à suivre)

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    I
    Un jour, dans le désert du Hedjaz...

    Le chamelier:
    Si seulement j'avais un ami
    Pour échanger quelques mots
    Ou tout simplement un ennemi
    Courant derrière mon dos
    La vie serait moins monotone
    Mais d'ici à la Mecque
    Tout est sec
    Pas le moindre fruit
    Pas le moindre bruit
    A en mourir je m'ennuie
    Même dans mes rêves la nuit
    Bref c’est ma destinée
    Puisque bédouin je suis né

    Un silence.

    Mais tout de même!
    Je mérite que l'on m'aime
    Et si j'allais voir ce vieil Abdou
    Qui avec ses cent ans est encore debout
    Et passe son temps à se marier
    Il aurait sûrement une fille à marier
    Même la plus vilaine fille des sables
    Métamorphoserait ma vie en une fable
    Une pierre en un château
    Une larme en une flaque d'eau
    Et cris et soupirs
    Enrichiraient mes sourires
    Et ma cervelle de souvenirs
    Mais pour cela on doit faire don d'un chameau
    Et je n’en ai qu'un et qui n’est guère beau
    Tant pis!
    Pour lui
    Je ne peux plus vivre ainsi
    Seul avec des si

    II
    Le chamelier marche en tirant son chameau...

    Le chamelier:
    Avance grosse bête!
    Sois fort
    Fais un effort
    Pour ton dernier voyage
    Ne vois-tu rien sur mon visage?
    Ne sens-tu pas que mon coeur est en fête?
    Qu'as-tu dans ton cerveau?
    Que de l’herbe et de l’eau?
    Demain j'épouserai une belle
    Charmante et encore pucelle
    Et avec elle
    Je danserai comme un hirondelle
    Dans le ciel du printemps
    Et j'oublierai le temps
    Où je me lamentais sur mon sort
    Et sur les faiblesses de mon corps
    Qui amplifiaient ma fatigue
    Et il y aura des dattes et des figues
    Des boissons et des sucreries
    Même dans les écuries
    On chantera la joie de vivre
    Jusqu’à en être ivre
    Avance plus vite
    Ta paresse m’irrite
    Je suis terriblement pressé
    De rencontrer ma fiancée
    Qui demain sera ma femme
    Et qui dans ce four sans flammes
    Me permettra de supporter
    Cette chaleur infernale
    Éternellement trop matinale

    Le chameau:
    Chez toi l’amour n’est que combine
    Et je plains cette pauvre bédouine

    Le chamelier:
    Ciel! Mais que se passe-t-il?
    Le désir rendrait mon imagination fertile?

    Le chameau:
    Elle te transformera en reptile
    Et tu seras prisonnier de ta propre île

    Le chamelier:
    C’est sans doute la soif
    Ou le soleil sur ma coiffe

    Le chameau:
    Les étroits d’esprit
    Refusent de croire aux esprits
    Et qu’il existe ailleurs
    Un monde meilleur

    Le chamelier:
    C’est sans doute la fatigue
    Ou mon estomac qui réclame des figues

    Le chameau:
    Il est plus facile de mettre la peur
    Sur le compte de la douleur
    Que d’affronter la vérité
    Et de s’avouer sans simplicité

    Le chamelier:
    Le rêve est en train de m 'envahir

    Le chameau:
    Ton entêtement va te punir
    Aie le courage
    De dépasser les âges
    Regarde derrière toi
    Ton rêve c’est moi

    Le chamelier:
    Soit! Je vais au bout de ma folie
    Derrière mon dos le désert ne peut être moins jolie

    Et le chamelier se retourne.

    Le chameau:
    Enfin te voilà face à moi   à suivre

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  • Seul

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    Seul est l'astre dans le ciel
    Seul est le chacal dans le désert
    Seul est celui qui pense
    Seuls sont ceux qui dansent
    Seuls sont ceux qui s'interpellent « frère »
    Seul est l'astre dans le ciel
    Seul est le promeneur solitaire
    Seul est celui qui a pour patrie la Terre
    Seul est celui qui renie politiques et religions
    Seul est celui qui ne s'attache à aucune région
    Seuls sont ceux qui rêvent d'une vie meilleure
    Seuls sont ceux qui surestiment les gars d'ailleurs
    Seul est l'astre dans le ciel
    Seul est l'écrivain, le poète
    Seul est celui qui parle aux mouettes
    Seul est le vieux qui va mourir
    Seul est le soldat blessé en train de gémir
    Seul est le monde dans sa colère
    Seul est le navigateur en pleine mer
    Seul est l'astre dans le ciel
    Seul est l'homme qui lutte seul
    Plus seul encore, celui qui cherche à ne plus être seul.

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  • Mer, notre mère

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    Mer
    Mère des mères
    Mer des frères
    Mer d'hier
    Mère de demain
    Il est grand temps que nous nous donnions la main
    Avant que tout ne soit plus que misère
    Un océan de poussière
    Un cimetière marin
    Mer nourricière
    Aux plages bondées de bambins
    Mer pleine de poissons
    Cessons d'y jeter nos poisons
    Mer des corsaires
    Mère inspiratrice
    Parfois pleine de caprices
    Il est grand temps que nous cessions de la négliger
    Mer qui nous permet de voyager
    En nous berçant comme une mère
    Il est grand temps que nous nous donnions la main
    Afin qu'elle reste la mer
    Notre mère de demain
    La mer, notre mère.

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  • Homme?

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    Juste par là,
    Injuste par ci.
    Moral par ci,
    Amoral par là.
    Héros par là,
    Lâche par ci.
    Mal ou bien:
    Comme ça nous convient.

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  • Les pieds verts

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     Une nuit. Quelque part entre ciel et terre, je me trouvai face à une belle femme d’une cinquantaine d’années qui me proposa de la suivre chez elle.

     - Pourquoi faire? lui demandai-je, trouvant sa proposition inattendue et troublante.

     - Pour planter des choux, me répondit-elle en souriant.
             
     - Des choux...chou comme chou-fleur? 
             
     - C’est exactement ça.
               
     Ne sachant que faire, je suivis cette quinquagénaire... Il faut dire qu’à cette époque de ma vie, j’étais un parfait fonctionnaire qui ne rêvais d’une seule chose: redevenir le cerveau actif que j’étais dans ma jeunesse. Oui, je ne rêvais qu’à ça car je voyais couler le temps sous mes pieds comme un pêcheur dans une rivière voit couler l’eau. Et je me disais souvent: Planté là à attendre je ne sais quoi, je ne connaîtrai jamais les joies de la chasse.      
             
     Je suivis donc cette femme aux désirs sulfureux (ce mot me venait souvent à l’esprit quand un non-fonctionnaire était en action) comme un chien, c’est-à-dire la queue entre les pattes, les miennes bien entendu. Et, après une heure de marche en zigzaguant à travers des ruelles infestées de rats et de blattes à foutre le cafard, nous entrâmes... au saint des saints de son lieu sacré: sa salle de bain.
            
     - Déshabillez-vous, m’ordonna-t-elle.
            
     Je crus entendre la voix de mon maître en train de crier à sa secrétaire: Laissez pisser le mérinos. Mon maître? Oui, mon chef, mon guide spirituel, l’imbattable spécialiste du farniente.          
            
     - Heu...
            
     - J’ai une envie folle de... dormir après ce trajet à pied, m’expliqua-t-elle.
              
     Bien sûr, je m’y attendait à une toute autre explication. Je ne vous saurais dire laquelle.
            
     Elle se regardait dans la glace.
            
     - Et v...? fis-je après ce heu mal placé.
            
     - Et v... quoi? dit-elle, agacée.
            
     - Vous... vous allez rester là... à...?
            
     Elle se retourna brusquement, me foudroyant du regard puis elle déclara:
            
     - Le voyeurisme, il y a longtemps que je l’ai effacé de mon répertoire. Avec la violence, on chope des bleus; avec les abus de sexe, les pieds deviennent verts. Et j’ai horreur de ça. Car on n’ose pas se déchausser. Vous comprenez, j’espère.
             
     - Parfaitement.
               
     - Alors  qu’est-ce que vous attendez pour vous déshabiller?
             
     - Et v...?

     - Et v... quoi?
               
     - Et vous (péniblement), vous ne vous...  déshabillez pas?
             
     - Priorité à l’homme dans ce lieu sacré, dit-elle d’un air désinvolte.
               
     Alors, largement convaincu par ses explications, peut-être, je me mis tout nu.
             
     - Et maintenant... qu’allez-vous faire? demandai-je, fier de ma nudité de parfait fonctionnaire prêt à servir la république, voyant que la charmante quinquagénaire n’était préoccupée qu’à ensevelir quelques traces de son passé à travers le miroir. Quelques légères rides!
             
     - Rien, dit-elle sèchement.
             
     - Comment rien? dis-je, tout étonné.
     
     - Nous allons attendre.
            
     - Attendre? Attendre quoi?
            
     - Attendre. Attendre tout simplement.
             
     Et, sans doute à cause de ma nudité mise à l’épreuve pour rien, je dis à cette femme en serrant les dents:
            
     - A poil ou je te viole!
            
     - ...
            
     - Compris? criai-je, rouge de colère.
            
     - Compris... Mais vous l’aurez voulu...
            
     - Ce sont mes oignons!
            
     - Bon!
            
     Et elle se déshabilla...
              
     Mais quand elle se déchaussa, en dernier par plaisir sadique sans doute, ce fut l’horreur: ses pieds étaient verts. Entièrement verts. Vraiment verts. D’un vert à vous faire vomir. C’était un vrai cauchemar.
            
     Je me réveillai à ce moment-là.

     Et je me souvins que la veille, à un feu rouge non loin d’un bâtiment administratif, une assez belle femme d’une cinquantaine d’années m’avait souri. Elle portait une très très belle paire de chaussures. Vertes.

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  • Avec mon stylo

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    Je fais du vélo
    Avec mon stylo
    Sur la neige
    De mon papier
    Et j'ai tous les sortilèges
    A mes pieds
    Sur la place carrée
    De mon papier
    Je fais du surplace
    Avec mes idées mes pensées
    Je dialogue
    Avec l'absurdité
    Je monologue
    Avec ma surdité
    Tout est noir
    Dans ce ciel blanc
    Tout est blanc
    Tout est noir
    Je gratte je gratte
    Comme une chatte
    Des mots perçants
    Subitement des images du Chah
    Persan
    Viennent troubler mon jeu
    Je vois alors du feu
    Du sang et des morts
    De rage je crève les pneus
    De mon papier qui fait le mort
    Je tombe de mon vélo
    Je tombe sur le dos
    De mon papier
    Et je me retrouve sur les pieds
    Je jette alors mon cahier
    Et je crie « Pas de pitié! »
    Puis par pitié
    Je ramasse mon cahier
    Et je remonte sur mon vélo
    Avec mon stylo
    Et je tourne en rond
    En dessinant des ronds
    Où va ce jeu?
    Fera-t-il long feu?
    Je fais du vélo
    Avec mon stylo
    Sur la neige
    De mon papier
    Et j'ai tous les sortilèges
    A mes pieds.

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  • La dernière goutte (11, fin)

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     Quelques mois plus tard.

     Ali, souriant, sort de l’auberge en se frottant les mains.

     Ali
     - Encore une délégation aujourd'hui... Dans quelques jours, ça sera la retraite à trente ans pour tous les membres de ma famille... (Il cherche quelqu'un) Mais ou est-il allé?... (Il crie) Franz!

     Franz (caché derrière l’auberge)
     - Je fais pipi... J'arrive, j'arrive.

     Arrive Franz.

     Ali
     - Tu fais pipi en plein désert maintenant?

     Franz
     - Et toi, tu me dis tu maintenant?

     Ali
     - Nous sommes associés, non?
     
     Franz
     - Ça va, ça va.

     Ali
     - Une délégation de Japonais va bientôt arriver. Je viens de recevoir un appel téléphone.

     Franz
     - Moitié, moitié?

     Ali
     - Un quart pour toi.

     Franz
     - Alors, je partirai avec eux.

     Ali
     - D'accord. Moitié, moitié.

     Franz
     - Non, un quart pour toi.

     Ali
     - Ah non! Tu ne vas pas recommencer? La dernière goutte se trouvait dans mon sol après tout!

     Franz
     - Mais les idées?

     Ali
     - Les tiennes évidemment.

     Franz
     - Parfaitement!

     Ali.
     - Bon, je n'ai pas envie de recommencer mais sache que...

     Franz
     - Tu ferais mieux d'aller chercher quelque chose à boire.

     Ali
     - Je trouve que tu bois trop. À ta place, je ne boirais pas autant...

     Franz
     - Question de couleur de peau.

     Ali
     - Question de couleur de peau?

     Franz
     - Exactement. Les peaux blanches supportent moins bien le soleil que les peaux brunes, c'est connu. Elles ont donc plus besoin d'eau pour résister au soleil... Le blanc est une couleur pure, tandis que le brun...

     Ali
     - Je connais, je connais...

     Franz
     - Laisse-moi finir au moins.

     Ali
     - Non merci, je sais comment elles finissent tes théories.

     Franz
     - Comment finissent-elles?

     Ali
     - Par des claques et des coups de pied.

     Franz
     - Mais c'est grossier.

     Ali
     - Mais tu es grossier.

     Franz
     -Tu as de la chance que je ne suis pas raciste, autrement...

     Ali
     - Autrement?

     Franz
     - Autrement, je t'aurais balancé une bonne paire de claques.

     Ali
     - Merci.

     Franz
     -Va chercher à boire, si tu tiens vraiment à me remercier.

     Ali entre dans l’auberge. Franz regarde autour de lui.

     Franz (rêveusement)
     -Sacré désert! Cimetière des cimetières. Lieu sacré et maudit. Temple des temples. Nudité des nudités. Champ de bataille des champs de bataille. Puits des puits. Sécheresse des sécheresses. Roi farceur et incompris. Royaume sans roi. Lieu d'insolites rencontres et de mauvaises rencontres... Le silence est à tes pieds. Des pieds qui s' étendent à l’infini... Où serions-nous allés sans toi? Nulle part. Ou en Amérique du sud comme a fait ce sacré voleur de James. Le salaud!... Maudit sois-tu! Chercheur infidèle!

     Arrive à ce moment Ali, deux bouteilles dans les mains.

     Ali
     - Mais à qui parles-tu?

     Franz
     - Je pense.

     Ali
     - A haute voix?

     Franz
     - Je pense toujours tout haut... Je suis un un chercheur moi et non pas un politicien.

     Ali
     - J'ai pourtant connu des politiciens qui pensaient tout haut.

     Franz
     - Et où sont-ils maintenant?

     Ali
     - Ils sont morts.

     Franz
     - Ça ne m'étonne pas.

     Ali
     - Pourquoi tu dis ça?

     Franz
     - Tu me donnes une bouteille ou quoi?

     Ali
     - Oh, pardon.

     Les deux hommes se mettent à boire. Après quelques gorgées, Franz rote.

     Ali
     - Tu n'as pas honte?

     Franz
     - C’est toi qui m’as appris à faire ça.

     Ali
     - Moi?

     Franz
    - Oui, toi.

     Ali
     - Je n'ai jamais fait ça de ma vie.

     Franz
     - Menteur!

     Ali
     -Parfaitement, jamais.

     Franz
     - C'est pourtant une coutume des gens d'ici.

     Ali
     - C’était une coutume... La roue tourne, mon cher ami.

     Franz
     - Es-tu certain?

     Ali
     - Plus que certain.

     Franz
     - C'est dommage. Car je trouve que c'est très pratique.

     Ali
     -Pratique?

     Franz
     - Ça aide, quoi! Ça permet de se sentir mieux. C'est dommage... C'est fou de voir comme...  notre civilisation vous a rendus civilisés.

     Ali
     - C'est-à-dire?

     Franz
     - Pleins de complexes.

     Ali
     - Moi, je ne trouve pas...

     Franz
     -Toi, évidemment!

     Ali (subitement en regardant à droite)
     - Les voilà! Ils arrivent!

     Franz
     - Où ça? Ah, oui... on dirait une fusée.

     Ali
     - On n'arrête jamais le progrès.

     Franz
     - Seul les hommes régressent.

     Ali
     - Mais jamais le progrès.

     Franz
     - La civilisation de la dernière goutte a cédé sa place à la civilisation des carburants agrosolidoliquides.

     Ali
     - Mais comment ont-ils fait pour trouver?

     Franz
     - Les chercheurs?

     Ali
     - Oui, comment ont-ils fait pour trouver?

     Franz
     - Dans la nécessité, l'homme trouve toujours... La civilisation de la dernière goutte n'a duré que le temps d'une évaporation. Je le savais.

     Ali
     - Cela a tout de même permis à James de s"acheter un château en Espagne, un chalet en Suisse et une somptueuse villa aux Bahamas.


     Franz
     - Il n'est pas le seul. Tout le monde en a profité. Surtout toi.

     Ali
     - Et toi alors?

     Franz
     - Moi, c'est normal, j'étais celui qui a eu l’idée.

     Un autocar s'approche.

     Ali
     - Arrange ta chemise.

     Franz arrange sa chemise. Les Japonais descendent de l’autocar.

     Ali
     - Bienvenus au coeur du désert. Je vous présente monsieur Franz.

     Applaudissements. Et on photographie.

     Ali
     - Monsieur Franz est, comme tout le monde le sait, un des rares chercheurs qui ont permis au monde entier de jouir des pouvoirs de la dernière goutte. C'est le symbole même du chercheur désintéressé. Il vit ici en mémoire d'une civilisation qui a été la nôtre... jusqu'à la derrière goutte.

     Applaudissements. Et on photographie.

     Franz (il lève les bras)
     - La dernière goutte, on l'a eu... à la sueur de notre front. Pour l'humanité! Elle a permis aux chercheurs paresseux d'avoir peur  afin qu’ils mettent un bon coup à leurs recherches. Elle nous a surtout permis de vivre comme avant, un certain temps. Car sans elle nous serions tous morts. Et les chercheurs les premiers. La dernière goutte est sacrée. Elle doit représenter pour nous l'image d'une crise qui a failli se transformer en une catastrophe. Nous étions tous au bord du précipice. Heureusement, nous avons réagi à temps. Car le temps, il faut s'en méfier. Il agit silencieusement quand tout va bien... jusqu'à la dernière seconde, jusqu'à la dernière goutte!

     Applaudissements. Et on photographie.

     Franz
     - Venez maintenant, mes amis. Je vais vous faire visiter l'intérieur de ce qui a été pour nous un laboratoire indispensable à nos recherches. Venez mes amis!

     Applaudissements. Puis les Japonais suivent Franz et Ali qui entrent dans l’auberge.

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  • La dernière goutte (10, à suivre)

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     C’est l’après-midi.

     Franz
     - Tu vois, avec un peu de volonté, on peut tout.

     Ali
     - Question d'intérêt.

     Franz
     - Et d'instruction.

     Ali
     - Peut-être aussi.

     Franz
     - Enfin, cela n'a plus d'importance. L'essentiel est que l'endroit cité se trouve a quelques kilomètres derrière la dune que l'on aperçoit d'ici.

     Ali
     - Comme c'est ridicule, je ne savais pas que l'on avait divisé ce désert en plusieurs petits déserts et que chaque petit désert porte son propre nom.

     Franz
     - C'est scientifique. Pour mieux se repérer. Mieux se situer. Mieux discuter. Mieux échanger...

     Ali
     - Mieux se disputer.

     Franz
     - Aussi.

     Un silence.

     Franz
     - J'espère qu'il arrivera le premier.

      Ali
     - Je l'espère pour lui.

     Franz
     - Pour nous!

     Ali
     - Moi, à votre place, je me méfierais.

     Franz
     - Et pourquoi donc?

     Ali
     - Face aux richesses, l’homme oublie tous ses amis.

     Franz
     - Non, James ne ferait jamais une chose pareille.

     Ali
     - Votre ami James n'est pas différent des autres hommes.

     Franz
     - James est un scientifique. Et un scientifique est un homme d’honneur.

     Ali
     - Vous lisez trop de livres romantiques.

     Franz
     - C'est la vérité, James est plus qu'un ami pour moi, c'est un frère.

     Ali
     - Vous savez, moi je me méfie plus de mes frères que de mes amis.

     Franz
     - C'est parce que ton père a plusieurs épouses.

     Ali
     - Quel rapport?

     Franz
     - Eh bien, parmi tes frères, il doit y avoir aussi beaucoup de demi-frères et de faux frères.

     Ali
     - Je ne crois pas que c'est à cause de ça.

     Franz
     - Alors, à cause de quoi?

     Ali
    - C'est à cause... à cause... de rien! L'homme est ainsi fait. Il ne changera jamais.

     Franz
     - Chez vous peut-être. Mais chez nous, un frère est un frère. Et un ami fidèle, un ami fidèle. Le divorce n'existe que dans le mariage, chez nous.

     Ali
     - Vous en avez de la chance. Chez nous, la fidélité n'existe que dans les légendes. Un rêve de poète. Le rêve de tout poète.

     Franz
     -Chez nous, la fidélité est une chose concrète. Je dirais même scientifique. Par exemple, James et moi, nous nous sommes toujours tout dit. Même les plus grosses insultes... Chez nous, la fidélité est synonyme de mort. On est fidèle jusqu'à la mort. Et, très souvent, même au-delà de la mort.

     Ali
     - Quelle philosophie!

     Franz
     - Simple réalité, mon cher Ali.

     Un silence.

     Franz (il regarde sa montre)
     - Ma montre doit fonctionner trop vite.

     Ali
     - Elle est suisse?

     Franz
     - Il n' y a pas de montre plus suisse que la  mienne. Le cadran a été fabriqué à Hong-Kong. Les aiguilles aux Philippines. Le bracelet en Inde.

     Ali
     - Alors James ne viendra plus.

     Franz
     - Quel rapport avec ma montre?

     Ali
     - Aucun. Après tout si.

     Franz
    - Explique-toi.

     Ali
     - C'est une simple théorie. Une montre suisse fabriquée à l’étranger, dont les fabriquants prétendent que c’est une montre suisse de Suisse, est une montre qui cache quelque chose.

     Franz
     - Elle cache quoi?

     Ali
     - Question de temps... Laissez-moi un peu de temps et je découvrirai ce qui cloche dans cette montre, soi-disant suisse.

     Franz
     -Et James entre temps?

     Ali
     - James?... Ah oui, James entre temps a pris la fuite.

     Franz (affolé)
     - La fuite, James?

     Ali
     - Pourquoi pas?

     Franz
     - Parce que James ne ferait jamais une chose pareille. Question d’honneur!

     Ali
     - D'honneur ou de fidélité?

     Franz
     - C’est la même chose... Non, James ne ferait jamais une chose pareille. James est un homme aussi correcte que moi.

     Ali
     - Et vous, êtes-vous vraiment correct?

     Franz
     - Que veux-tu insinuer par là?

     Ali
     - Mais rien, mais rien! C'est une simple constatation. Non, une théorie de plus.

     Franz
     - Explique-toi.

     Ali
     - Voilà, une goutte divisée en deux pour être multiplier ensuite risque de moins produire qu'une goutte entière.

     Franz (il se frappe le front)
     - Zut! Je n'y avait pas pensé. C'est très juste tout ça.

     Ali
     - Vous auriez fait comme lui.

     Franz
     - Evi... bien sûr que non!

     Ali
     - Un homme est un homme. Il est trop tard maintenant. Trop tard. Il est parti avec la dernière goutte pour sauver l'humanité. Car c'est bien ça que vous vouliez, sauver l’humanité, non?

     Franz (en regardant autour de lui)
     - Le salaud! Le salaud! Les salauds... à suivre

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  • La dernière goutte (9, à suivre)

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    James
     - Par exemple?

     Franz
     - La multiplication de le dernière goutte. Ou la division.


     James
     - Elles ne valent pas un sous.

     Franz
     - Et pourquoi?

     James
     - Parce que sans la dernière goutte, on ne peut rien faire, rien prouver. Il faut agir et non pas nous endormir sur nos lauriers.

     Franz
     - Ça c'est la meilleure! Tu oses me dire ça à moi? Qui a failli crever en plein désert sous un soleil ardent, pendant que toi tu attendais à l'ombre en buvant des gazeuses, toi ou moi ?

     James
     -Toi, évidemment, mais d'après une idée de moi.

     Franz
     - Voleur!
     
     Arrive en ce moment Ali en courant, un fusil dans les mains.

     Ali
     - Où ça? Où ça?
     
     Franz (en montrant James)
     - C'est lui.

     Ali
     - Lui? Et qu'a-t-il volé?

     Franz
     - Une de mes idées.

     Ali (en baissant son fusil)
     - Vous allez me rendre fou avec vos théories.

     Franz
     - C'est tout de même un voleur.

     Ali (à Franz)
     - Et vous, vous venez de troubler mon repos. C'est plus qu'un vol, c'est un viol.

     Et il entre dans l’auberge.

     James
     -Tu es content? Il est fâché maintenant. C'est fichu, il ne voudra plus essayer de se rappeler de quoi que ce soit. Je suis certain. Ali est comme ça. Un chameau, tout Ali qu'il est.

     Franz
     -Je suis vraiment désolé.
     
     James
     - À quoi ça sert de s'excuser maintenant? Le mal est fait.

     Franz
     - Et si on lui raconte quelques petites histoires comme il les aime?

     James
     - Tu veux dire des histoires osées?

     Franz
     - Oui.

     James
     - Et tu crois que ça va marcher?

     Franz
     - J’en suis sûr.

     James
     - Oui, mais comment faire?

     Franz se met à réfléchir. Puis subitement:

     Franz
     - Mets-toi à rire.

     James
     - A rire?

     Franz
     - Oui, mets-toi à rire.

     James se met à rire.
     
     Franz
     - Plus fort.

     James se met à rire plus fort. Arrive Ali.

     Ali
     - Que se passe-t-il?
     
     Franz
     -Je viens de lui raconter une histoire osée.

     Ali ( souriant)
     - Non?

     Franz
    - Une très salée. Et je n'ai pas fini.

     Ali
     - Continuez, ça m’intéresse... Racontez, racontez... à suivre

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  • La dernière goutte (8, à suivre)

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     James
     - C'est une question de mémoire.

     Ali
     - Une question de mémoire?

     James
     - L'alcool fait perdre la mémoire.

     Ali
     - Je ne comprends pas.

     James
     - La télévision.

     Ali
     - La télévision?

     James
     - Parce que tu ne te souviens pas de ce qu'ils ont dit à la télévision.

     Ali
     - Ah! C'est donc pour ça?

     James
     - Mais bien sûr.

     Ali
     - Je trouve que c’est déplacé.

     James
     - Lorsque tout va de travers, tout est permis. L'essentiel c'est de sauver la situation.

     Al i
     - Ça ne me regarde pas.

     Franz
     - Tout le monde en a profité. Même toi.

     Ali
     - Mais de quoi parlez-vous?

     Franz
     - De notre civilisation. C'est grâce à qui que tu as pu te construire une petite auberge et en plein désert?
     
     Ali
     - Grâce à la sueur de mon front.

     Franz
     - Peut-être. Mais sans nous, tu n'aurais rien. Strictement rien. Et tu aurais la peau de tes fesses toute durcie par la chaleur et la dureté de ce sol.

     Ali
     - Et sans moi, vous auriez crevé de soif en plein désert.

     James
     - Ça c'est vrai.

     Ali
     - Alors?

     Franz
     - Alors, on s'excuse. N'est-ce pas que nous nous excusons, James?

     James
     - Bien sûr... nous excusons du fond de notre coeur, Ali.

     Ali
     - Ça va, ça va! Effaçons tout. Imitons pour une fois le désert. Oui, effaçons tout et allons nous coucher.

     Franz et James
     - C'est une très bonne idée.
     
     Et les trois hommes entrent dans l’auberge.

     C’est le matin de bonne heure, le ciel est rouge. Sur la terrasse de l’auberge, James fait les cent pas...

     James
     - Où irons-nous?... Pas une seule goutte!...  Quel est donc ce désert? Encore une histoire politique sans doute pour éloigner l’ennemi... Nous sommes tous l'ennemi de quelqu’un. Le fort est l'ennemi du faible. Et le faible l'ennemi du plus faible... Où irons-nous ces prochains jours, ces prochaines années années? Les pronucléaires ont dû cesser leurs travaux faute de moyens. Et les adeptes du soleil leurs travaux sur l'énergie solaire. Faute de moyens aussi... Notre civilisation avait pour base une base bien liquide, un océan noirâtre... Tout est à sec maintenant. Tout est silencieux aussi. Les rues désertes. Les appartements obscures. Les habitats plus petits et moins chauffés. Les habits moyen élégants. Car le coton, ça se détend, ça se détend...  Les produits cosmétiques plus gras . Car fabriqués avec des graisses animales ou végétales. Quelle cruauté! Quelle civilisation dégradante!... Tout était si beau avant. Les femmes étaient toutes blanches. De la tête au pieds. Maintenant, elles ont repris leur couleur primitive. Avant 1’homme et femme se ressemblaient comme deux gouttes d’eau. Maintenant, la femme et l’homme sont redevenus des êtres à part. La femme est femme et l' homme est homme. Quelle discrimination!... Avant le soleil brillait à travers un magnifique rideau atmosphérique de gaz... Où irons-nous dans quelques années?...  Plus de guerres! Plus rien! Tout est trop calme...

     Arrive à ce moment Franz.

     Franz
     - À qui parles-tu?

     James
     - À ma conscience.

     Franz
     - Tu en a une maintenant?

     James
     -Tu sais bien que lorsque tout ne va plus, l' homme a une conscience.

     Franz
    - C’est vrai ça.

     James
     - Tu as trouvé quelque chose?

     Franz
     - Comment peut-on trouver quelque chose dans cette auberge d'occasion? Moitié auberge, moitié café... J'ai mal dormi.

     James
     - La pleine lune sûrement.

     Franz
     - C’était la pleine lune hier soir? Je ne m'en suis pas aperçu.

     James
     -Tu étais sans doute trop préoccupé par le problème de la dernière goutte... Au fait, c’est vrai, c’était la pleine lune hier soir?

     Franz
     - Je n'en sais rien, c'est toi qui viens de  me le dire.

     James
     - Je disais ça comme ça.

     Franz
     - Comme tout le reste d'ailleurs.

     James
     - Tu es méchant.

     Franz
     - Mais non! Je disais ça comme ça.

     James
     - Comme tout le reste d'ailleurs.

     Franz
     - Tu as un sacré culot!

     James
     - Moi?

     Franz
     - Oui, toi ... Toi, parfaitement.

     James
     - Et pourquoi donc?

     Franz
     - Parce que tu me piques toujours mes idées.

     James
     - Tes idées! Mais quelles idées?

     Franz
     - Surtout mes bonnes idées... à suivre

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  • La dernière goutte (7, à suivre)

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      Ali
     - Pas convaincu.

     James
     - Aide-nous. Si tu sais quelque chose, dis-le nous.

     Franz
     - Que sais-tu?

     Ali
     - Mais je ne sais rien! Je plaisantais.

     James
     - Une plaisanterie cache toujours une vérité.

     Ali
     - C'est une simple hypothèse.

     Franz
     - Raconte alors!

     Ali
     - J’ai vaguement entendu parler...

     James
     - Par qui?

     Franz
     - Quand ça? Où ça?

     Ali
     - Allez-vous me laisser parler tranquillement?

     Franz
     - D'accord, d'accord! Nous t'écoutons.

     Ali
     - Je disais, j’ai vaguement entendu dire qu'il y aurait quelque part un puits où l'on pourrait encore extraire une dernière goutte.

     James
     - Où ça?

     Ali
     - Mais je ne sais pas! Quelque part dans une autre désert.

     Franz
     - Quel désert?

     Ali
     - Un désert.

     James
     - Comment s'appelle-t-il?

     Ali
     - Je n'ai pas bien entendu son nom.

     Franz
     - Mais qui te l'a dit?

     Ali
     - J'ai vaguement entendu...

     James
     - Mais où ça?

     Ali
     - À la télévision.

     James et Franz
     - À la télévision?

     Ali
     - Oui, à la télévision.

     James et Franz
     - Mais quelle télévision?

     Ali
     - Mais à la mienne!

     James et Franz
     - Tu as une télévision maintenant?

     Ali
     - Oui, mais elle ne marche plus.

     Franz
     -Et quand as-tu entendu cette nouvelle?

     Ali
     - Cet après-midi, quand vous dormiez.

     James
     -Mais tu aurais dû nous réveiller.

     Ali
     -Jamais! Je pars du principe qu'il ne faut jamais réveiller un homme qui dort car il est en communion avec son âme.

     Franz
     - C'est très bien, mais tu aurais pu tout de même faire une exception. Surtout dans de pareilles circonstances.

     Ali
     - Un principe est un principe. Si l’on fait une fois une exception alors ce n'est plus un principe.

     Un silence.

     James
     - Est-ce que tu bois de l'alcool, Ali?

     Ali
     - Jamais de la vie!

     James
     - Es-tu certain?

     Ali
     - Plus que certain... Mais pourquoi ces questions?

     James
     - C'est juste pour savoir.

     Ali
     - Non, je ne crois pas que c'est juste pour savoir... vous avez une idée derrière la tête.

     James
     - Moi? Et pourquoi j'aurais une idée derrière la tête?

     Ali
     - Parce que vous êtes un scientifique.

     Franz
     - Habituellement, les scientifiques ont une idée devant leur tête.

     Ali
     - Jusqu'au jour où elle passe derrière.

     Franz
     -C'est-à-dire?

     Ali
     - C’est-à-dire, jusqu'au jour où il décide de se l'approprier.

     James
     - Devant, derrière, je trouve ça absurde. Et puis, ça dépend de la position de votre tête. Toutes les têtes n'ont pas la même orientation. Par exemple, celle du religieux vise le ciel, tandis que celle du non-croyant vise la terre.

     Franz
     - Oui, c'est vrai. Celle du futuriste vise l'avenir, tandis que celle du nostalgique vise le passé.

     Ali
     - Jusqu'au jour où elles se croisent.

     James
     - Qui ça?

     Ali
     - Mais les têtes! Tous les jours, il y a des têtes qui se croisent dans les rues, non?

     Franz
     - Et après?

     Ali
     - Eh bien, lorsqu'il y a croisement de têtes, il n'y a pas forcément échange d'idées. Vous êtes d’accord avec moi, non?

     Franz,
     - En effet, tu as raison. Mais quel rapport par rapport aux visées?

     Ali
     - Mais c'est essentiel! Sans échanges d’idées, il ne peut y avoir d'accord possibles. La direction de vos visées, plus exactement le sens de vos visées, doit être décidée en un commun accord. Qui a décidé que le passé se trouve derrière votre épaule? Et l'avenir devant vous? Et puis, il ne faut pas oublier que la terre est ronde. Ceux qui reculent finissent toujours par arriver à la hauteur ou au point de ceux qui avancent, non?

     Franz
     - Certainement.

     James
     - Moi, je trouve ça très confus.

      Ali
      - Je ne vous le fait pas dire.

     Un silence.

     Ali (à James)
     -Vous ne m’avez toujours pas répondu, James

     - À quel sujet?

     Ali
     - Pourquoi m'avez-vous posé d'insultantes questions?

     James
     - Moi?

     Ali
     - Oui, vous... Car tout le monde ici sait qu’Ali n'a jamais bu une goutte d'alcool de sa vie. Et vous, vous vous êtes permis d'en douter... à suivre

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  • La dernière goutte (6, à suivre)

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    Franz
     - Mais bien sûr que non! Je te l'aurais dit. Entre chercheurs, on ne cache jamais rien.

     Ali
     - C'est nouveau ça.

     Franz
     - Ce n'est pas vrai. Nous nous sommes toujours tout dit entre nous, n'est-ce pas James?

     James
     - Parfaitement.

     Ali
     - Alors, pas depuis longtemps.

     Franz
     - En tout cas depuis que nous sommes ici.

     Ali
     - Les hommes s'unissent toujours dans le malheur. Jamais dans le bonheur.

     Franz
     - Encore une de tes constatations?


     Ali
     - Forcément.

     Un silence.

     Ali
     -Et si nous parlions de sexe?

     James.
     - Ici?

     Ali
     - Pourquoi pas?

     Franz
     - Jamais sans la présence d'une femme. Ça serait de la pornographie.

     Ali
     - Moi, j'aime ça.

     Franz
     - Je n'en doute pas ... Non, nous sommes ici pour travailler et non pas pour nous perdre dans des rêves absurdes.


     Ali
     - Mais qui parle de rêves absurdes?

     Franz
     - Parler de sexe sans femme, c’est comme jouer du violon sans violon. A moi, il me faut de la musique...

     James
     - Et si nous parlions d'autre chose?

     Franz
     - Bonne idée!

     James
     - Et si nous parlions de notre avenir?

     Ali
     - Il n'y a plus d'avenir. Votre avenir s'arrête ici, dans le désert, cimetière de votre civilisation.

    James
     - Notre avenir dépend de nous. De nos recherches. Du résultat de nos recherches.


     Franz
     - Bien parlé.

     Ali
     - Oh! Je sais bien, vous avez une dent contre moi. Parce que je ne crois pas à vos théories insensées, à vos rêves d’enfant gâté.

     Franz
     - Nous, des enfants gâtés?

     Ali
     - Oui, vous. Gâtés par une civilisation matérialiste. Gâtés par la machine. Gâtés par le confort. Gâtés et esclaves. Vous êtes des esclaves encore enchaînés à votre passé confortable... La dernière goutte vous obsède jour et nuit car, pour vous, elle est votre dernier espoir de faire revivre ce passé qui vous a gâtés.

     Franz
     - Mais tu nous insultes!

     James
     - Tu n'as rien compris. C'est l'avenir qui nous préoccupe, n’est-ce pas, Franz?

     Franz
     - Parfaitement!
     
     James
     - Notre passé avait un grand avenir. Seulement l’homme a fait un mauvais calcul. Il n'a pas prévu qu’un jour les puits seraient à sec.

     Ali
     - Pour des gens qui ne pensent qu'à l'avenir, je trouve que c'est lamentable.

     Franz
     - Simple erreur de calcul.

     James
     - Et puis, nous ne sommes pas les seuls responsables. Nous nous sommes trop fiés à la nature.

     Ali
     - À la nature!... La nature fait bien les choses. C’est aux hommes de se mettre au rythme de la nature, et non pas à la nature
    de se mettre au rythme des hommes. C'est la danseuse qui suit l'orchestre et non pas l'orchestre qui suit la danseuse.

     James
     - Pas forcément. C'est une question de vedettariat.

     Ali
     - Chez vous peut-être, pas chez nous.

     Franz
     - Nous le savons, nous le savons! La femme ne compte rien pour vous. Simple objet pour amuser la galerie.

     Ali
     - Et chez vous? Le plus grand nombre de boîtes de nuit, où l'on pratique le streap-tease, ne se trouve-t-il pas chez vous?

     Franz
     - Chez vous, ce sont les hommes qui se mettent à danser tout nus.

     Ali
     - Tiens! C’est nouveau. Je n'en ai jamais entendu parler.

     James
     - Car toi, dans ton désert, tu ne sais pas tout. Il y a des choses qui t’échappent.

     Franz
     - Sans télévision, sans radio, sans téléphone, comment peux-tu te mettre au courant de tout?

     Ali
    - Sachez mes amis, que le tam-tam est une invention africaine et non pas européenne.

     James
     - Tu te trompes de siècle, Ali.

     Ali
     - Et vous de désert.

     James et Franz se regardent.

     James
     - Qu'est-ce que tu veux dire par là?


     Franz
     - Oui, qu'est-ce que tu veux dire par là?
     
     Ali (avec un sourire)
      - Ça vous inquiète, hein?

     Franz
     - Ça nous intrigue.

     James
     - Car nous avons une mission à accomplir... à suivre

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  • La dernière goutte (5, à suivre)

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     Franz
     - Quel rapport?

     Ali
     - Les gens qui parlent trop n'ont souvent pas de goût et encore moins d'odorat. Le goût et l'odorat sont étroitement liés... comme deux frères qui ont pour mère les bonnes choses.

     James
     - Mais qui donc t’a appris toutes ces choses?

     Franz
     - Oui, c'est vrai, qui donc t'a appris tout ça?

     Ali
     - L'observation. J'observe. J'observe comme un enfant tout ce qui se passe autour de moi.

     Franz
     - En somme, tu es resté un enfant.

     Ali
     - Si vous voulez. Mais ça ne me gêne pas. Ce qui me gêne dans la vie, c'est de constater que les autres ne sont pas comme moi. Ils visent toujours trop loin. Et tombent vite au milieu de leur trajectoire.

     James
     - Je ne comprends pas.
     
     Ali
     - C'est très simple, imaginez la trajectoire d'une balle. Vous avez bien beau viser le plus loin possible, mais si la puissance de votre balle et la qualité de votre fusil ne sont pas à la hauteur, votre tir est limité.

     Franz
     - C'est clair.

     James
     - Si l'on veut.

     Un silence.

     Franz (subitement)
     - J'ai trouvé!

     James
     - Où ça?

     Franz
     - Où ça, où ça! Mais dans ma cervelle, James!

     James
     - Raconte alors.

     Franz.
     - Voilà, si on chercherait à diviser cette goutter au lieu de la multiplier.

     James
     -A la diviser?

     Franz
     - Oui, à la diviser. A la diviser infiniment en petites gouttes.

     Ali
     - On aurait alors du gaz.

     James
     - En effet, on aurait un gaz.

     Franz
     - C'est scientifique?

     James
     - Certainement.

     Ali
     - Et après?

     Franz
     - Après? Mais le début de tout!

     Ali
     - Mais il a un os.

     Franz
     - Un os?

     Ali
     -Un grand os. A la fin de la division, il y a  aura une dernière goutte... et puis plus rien. Tandis que votre théorie de la multiplication...

     Franz (vexé)
     - Ça va, ça va! J'ai compris.

     James
     - Ne te vexes pas! Nous sommes là pour chercher. Nous sommes payés pour ça.

     Ali ,
     - Et très bien payés.

     Franz (à Ali)
     - Toi, ne te plains pas.

     Ali
     - Je me plains pas, je constate seulement.

     James
     - Eh bien, garde tes constatations pour toi.

     Ali
     - Si vous voulez.

     Un silence.

     Ali
     - Regardez comme les étoiles sont belles. Elles sont là et elles sont à des années-lumière de nous. Comme nos désirs. Le temps, les distances nous séparent d'eux. Il faudrait pouvoir affranchir le temps, les dis tances pour atteindre en une fraction de seconde la réalité. Mais nous sommes trop... trop... Les femmes ont plus de chance que nous. Car elles sont limitées...

     Franz
     - Les femmes? Au contraire, elles ont le pouvoir d'engendrer plus de choses que nous. L’humanité n’est-elle pas engendrée par elles?

     Ali
     - Il ne s'agit pas de ça.
     
     James
     - De quoi alors?

     Ali
     - Du reste. La poésie par exemple.

     Franz
     -Dans ton pays peut-être pas chez nous.

     Ali
     - Chez vous, elles sont la cause de bien des troubles.

     James
     - Je reconnais là tes origines.

     Ali
     - Question de constatation.

     Franz
     - Avec les constatations, on ne fait pas tout. Il faut aussi voir plus loin pour aboutir à un résultat.

     Ali
     - Moi, je trouve que vous perdez votre temps. Au fait, ça fait combien de temps que vous êtes ici?

     James
     - Oui, c'est vrai, ça fait combien de temps? Des semaines? Des mois? Des années?

     Ali
     - Des siècles.

     Franz
     - Le temps n'existe pas pour un chercheur.

     Ali
     - Et pourtant, il faut que ça aille très vite.

     James
     - En effet, il faut que ça aille très vite... autrement ça sera la fin de tout... de notre civilisation. Les atomistes ont dû cesser leurs travaux faute de moyens. Et les moyens dépendaient de ce que nous avions dans nos puits. Au fait, as-tu trouvé quelque chose quelque part?... à suivre

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  • La dernière goutte (4, à suivre)

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     James
     - Ton slip.

     Franz
     - Eh bien, qu'est-ce qu'il a? Ce ne sont pas des questions que l’on pose. Mais je vais tout de même te répondre pour satisfaire ta curiosité primitive. Mon slip a un élastique comme tous les autres slip et porte...

     James
     - Mais non, mais non, ce n'est pas ça que je voulais te demander. Ton slip, pourquoi es-tu venu en slip?

     Franz
     - Tu veux dire pourquoi je suis venu en slip?

     James
     - Revenu ou venu! C'est la même chose lorsqu'on tourne en rond dans le désert.

     Franz
     - Je ne suis pas de ton avis. Bref, on ne va pas commencer à se disputer pour des choses sans importance. Tu veux vraiment savoir pourquoi je suis en slip?

     James
     - Oui, j'aimerais le savoir.

     
     Franz
     - C'est très simple, on m'a volé tout le reste. Et tu sais pourquoi?... Tu ne vois pas pourquoi?

     James
     - Parce que tu avais de beaux habits.

     Franz
     - Aussi. Mais c'est surtout parce que mes habits étaient matière synthétiques... issues du...

     James
     - Pas possible! En est-on arrivé là?

     Franz
     - Eh oui, on en est arrivé là... Tout ce qui est rare, c'est du luxe. Et le luxe a toujours rendu l'homme voleur.

     James
     - C'est vraiment la fin.

     Franz
     - Pas encore. Ou jamais car nous sommes là au sein même du désert, le coeur de notre civilisation... On trouvera quelque chose, James. On trouvera.

     James
     - J'aimerais bien. Surtout pour les femmes. Pour leur confort. Pour leurs habits. Synthétiques... Et pour les voitures,
    les camions, les avions et le chauffage central...

     Franz
     - Et pour nos enfants.

     James
     - Et pour nos petits enfants.

     Franz
     - Il le faut.

     James
     - Oui, mais comment faire? Comment extraire des carottes avec des machines dont les moteurs ne peuvent plus fonctionner?

     Franz
     - Avec notre cervelle.
     James
     - Ma cervelle est trop fatiguée. Elle est comme ces milliers de puits qui sont à sec.

     Franz
     - La guerre n'est pas perdu. Il y a sûrement quelque part dans notre cervelle un petit coin qui n'a jamais été exploité. Une étincelle et voilà... et voilà...

     James
     - Et voilà?

     Franz
     - Et c'est le miracle.

     James
     - C'est trop facile.

     Franz
     - Rien n'est plus facile que l'impossible. Seul les idées possibles deviennent impossibles. Et dans ce monde impossible tout est possible. Surtout les miracles. C'est pourquoi, il ne faut pas désespérer.

     James
     -C'est très confus tout ça.

     Franz
     - Je le pense aussi.

     James
     - Alors, tu aurais dû te taire.

     Franz
     - Jamais! Seul les philosophes se taisent. Mais jamais un scientifique. Et encore moins un scientifique qui est à la recherche de la dernière goutte.

     James
     -Pourtant, j'ai l'impression, ces temps, que plus personne n'ose ouvrir sa bouche.

     Franz
     - C'est une question de pudeur. La misère rend l’homme prude. Et nous nous trouvons dans une situation misérable.

     James
     - Jusqu'à quand?

     Franz
     - Jusqu'à notre prochaine découverte.

     James
     - Laquelle? La découverte de la dernière goutte? Ou la multiplication de celle-ci?

     Franz
     - La découverte... La multiplication, c’est de la rigolade, une question de quelques heures. Quelques heures de concentration et le tour est joué.

     James
     - Que le ciel t'écoute!

     Franz
     - Il m’écoute, il m’écoute!   Et si allions nous reposer un peu avant de reprendre nos recherches?

     James
     - Très bonne idée.

     Et les deux homme entrent dans l’auberge.

     C’est la nuit. Les étoiles brillent. Quelques bougies sur les tables. Franz, James et Ali,  éclairés par la lune, sont en train de fumer et de boire du thé.

     Ali
     - C’est dans le silence de la nuit que les rêves de la journée s'estompent. Seul l’incompréhension demeure et cherche, comme une folle, une porte de sortie dans les labyrinthes de notre conscience. C’est pourquoi, j'ai toujours dit à ma femme: mieux vaut être un incompris, le jour et des hommes, qu'un homme compris qui ne comprend pas les autres et passe des nuits sombres à voir clair. La blancheur d'une étoile, on ne peut la voir que la nuit lorsqu'on a les pieds sur terre.

     Franz
     - Quelle philosophie!

     Ali
     - Simple constatation.

     Un silence.
     
     James
     - Ça sent drôlement.

     Ali
     - Ça sent la bougie... Des bougies faites à la main et avec de la vraie cire d'abeille.

     James
     -Ça sentait meilleur lorsqu'elles étaient fabriquées en usine et avec de la paraffine.

     Franz
     - C’est une question d'odorat. Moi, je ne sens rien.

     Ali
     - C’est parce que vous parlez parfois trop... à suivre

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  • La dernière goutte (3, à suivre)

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     Un silence.

     James
     - Si je raisonne juste... s’il est à pied, c’est qu’il n'est pas avec son cheval.

     Ali
     - Pas forcément.

     James
     - Comment ça?

     Ali
     - On peut dire aussi: s’il est à pied, c'est qu’il n'est pas avec son chameau.

     James
     - En effet... Allons à son secours.

     Ali
     - Non.

     James
     - Mais il risque de mourir!

     Ali
     - Impossible... S’il est à pied, c’est qu'il n'est pas avec son cheval, ni avec son chameau. Il peut donc faire le dernier kilomètre sans son cheval ou son chameau et, encore mieux, sans l’aide d'un homme... Et puis, si nous allons l’aider à venir ici, il n'y aura plus personne pour l'accueillir.

     James
     - Tu as raison.

     Ali
     - Attendons-le dignement. Avec le sourire. Comme dans le bon vieux temps où tout le monde venait avec sa voiture.

     James
     - Tu as raison, avec le sourire.

     Franz tombe d'épuisement en arrivant. James et Ali l’installent sur une chaise.

     Franz
     - J'ai soif.

     Ali court chercher un verre d'eau.

     Franz (après avoir bu le verre d'eau)
     - Vous aurez pu venir à mon secours.

     James
     - C’est que... c’est que... On ne savait pas que c'était toi.

     Franz
     - Qui d’autre alors?

     James
     - Il n’y a plus que des fous qui viennent ici.

     Franz
     - Peut-être. Mais tu aurais pu faire un effort.

     James
     - Je ne fais que ça.

     Un silence.

     James
     - Alors, quelles nouvelles?

     Franz
     - Le néant.

     James
     - Rien?

     Franz
     - Strictement rien... J'ai tourné en rond pour rien. Pour du sable et du vent.

     Ali
     - C'est déjà pas mal.

     Franz
     - Moi, je trouve que ce n'est pas assez.
     Ali
     - C'est une question d'ambition.

     James
     - C'est vrai, c'est une question d'ambition.

     Franz
     - Je trouve tout de même que ce n'est pas assez. La situation est catastrophique.

     James
     - Plus que ça... moi, je dirais que nous sommes au bord du précipice.

     Ali
     -Moi, je trouve que vous vous cassez la tête pour rien. Il n'y a plus d'espoir.

     Franz
     - On s'en fout de l'espoir. Ce qui compte, c'est le résultat. Et nous devons coûte que coûte arriver à un résultat. L’humanité compte.

     Ali
     - Ça doit être très lourd à supporter.

     James
     - Quoi donc?

     Ali
     - Votre humanité.

     Franz,
     - Aucune importance... Nous devons trouver quelque chose, il le faut.

     Ali
     - Moi, je ne vous comprends pas très bien. Que cherchez-vous exactement? La dernière goutte? Ou un moyen extraordinaire pour multiplier cette goutte?

     James
     - Les deux.

     Ali
     - Je me disais bien, vous êtes trop ambitieux et trop conditionnés par votre culture.

     James
     - Quel rapport?


     Ali
     - Rapport, rapport! Il n’y a que ça qui compte?... Parfaitement, vous êtes trop conditionnés. La multiplication, ça ne vous dit rien?

     Franz
     - Pas plus que la division.
     
     Ali
     - Et la multiplication des petits pains?

     James
    - Tu es ridicule.

     Ali
     -Évidemment!... Mais en réfléchissant bien, je ne suis pas loin de la vérité.

     Franz
     - Tout ça c'est bien joli, mais ça ne nous mènera nulle part.

     Ali
    - Peut-être bien... Bon! Je vous confie mes tables, mes chaises, le désert et tout le reste. J’ai du travail à l'intérieur.

     Et il entre dans l’auberge.

     James
     - J’aimerais te poser une question, puis-je?

     Franz
     - Mais qu'est-ce qu'il te prend? Ne sais-tu pas que l’on peut toujours me poser n’importe quoi?

     James
     - Je ne le savais pas.

     Franz
     - Eh bien, tu le sais maintenant.

     Un silence.

     Franz
     - Alors! Tu accouches ou quoi

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  • La dernière goutte (2, à suivre)

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     Ali
     - Fausse alerte. C'est le vent. Un tourbillon.

     James (il se rassied)
     - Dommage... Un de ces jours, tu vas me faire claquer.

     Ali
     - C'est impossible, vous êtes un dur à cuire.

     James
     - Pourquoi dis-tu ça?

     Ali
     - Parce que vous êtes ainsi.

     James
     - C'est vrai?

     Ali
     - Parfaitement vrai.

     James
     - Puisque tu le dis.
     
     Ali
     - Ce sont les steaks en pilules qui vous ont rendu ainsi.


     James
     - Vous croyez?

     Ali
     - Puisque je vous le dis.

     James
     - En effet.

     Ali
     - Et les boissons gazeuses... J'ai toujours dit à ma femme que les boissons gazeuses rendaient l'homme impuissant. La preuve.

     James
     - La preuve?

     Ali
     - C’est vous-même qui me l'avez dit, non?

     James
     - Peut-être, mais je ne crois pas que c'est à cause de ça.

     Ali
     - Alors, à cause de quoi?

     James
     - C’est le soleil.

     Ali
     - Le soleil? Mais vous divaguez! Au contraire, le soleil est un aphrodisiaque.

     James
     - Pas pour tout le monde.

     Ali
     - Pour tout le monde.

     James
     - Pas pour les Européens.

     Ali
     - Les Européens? Encore plus que les autres.

     James
     - C'est une race à part.

     Ali
     - De dégénérés.


     James
     - Je t'en prie!

     Ali
     - C'est pourtant la vérité.

     James
     - Je ne te croyais pas aussi raciste.

     Ali
     - Mais non, mais non! Je plaisante.

     James
     - Vraiment?

     Ali
     - Puisque je vous le dit.

     James
     - En effet.

     Un silence.

     James
     - J’ai soif, Ali.

     Ali
     - Je trouve que vous avez assez bu pour aujourd’hui. En une heure de temps vous avez descendu cinq gazeuses, ne trouvez-vous pas que c’est assez?

     James
     - Ce n'est pas de ma faute si l'alcool est interdit dans ton pays.

     Ali
    - Heureusement.

     James
     - Pas pour moi.

     Ali
     - Oh, je sais! Vous, vous ne pensez qu'à vous.

     James
     - Quel rapport?

     Ali
     - Pour les rapports.
     
     James
     - Quels rapports?

     Ali
     - Les rapports intimes... Le soleil n'est-il pas déjà un aphrodisiaque? Et en plus, vous voulez rendre les gens fous avec votre alcool. Vraiment, vous ne pensez qu’à vous.

     James
     - Ce n'est pas vrai. Si je suis ici... c’est bien pour les autres que je suis ici.

     Ali
     - Non, ce n'est pas pour les autres mais uniquement pour vous.

     James
     - Je proteste! Je suis ici pour... pour...

     Ali
     - Au fait, pourquoi êtes-vous ici?

     James
     - Tu as raison, pourquoi suis-je ici?

     Ali
     - Je vous le demande.

     James
     - Franchement, je ne le sais pas.
     
     Ali
     - Eh bien, moi je vais vous le dire...

     James
     - Non, non, je sais... Non, je ne le sais pas.

     Ali
     - C'est pour votre conscience.

     James
     - Ma conscience?

     Ali
     - Oui, pour votre conscience.

     James
     - Qu’est-ce que j'ai encore fait?

     Ali
     - Justement rien.

     James
     - Rien?

     Ali
     -Vous aimeriez faire quelque chose.

     James
     - Par exemple?

     Ali
     - La goutte.

     James
     - La goutte?

     Ali
     - La dernière goutte. Vous êtes à la recherche de la dernière goutte de ce dieu noir qui vous a rendu esclave de bien des choses.

     James
     - Je vois. En somme, tu m'accuses.

     Ali
     - Je n’accuse personne, je constate seulement.

     James
     - Tu m'en veux, n'est-ce pas?
     Ali
     - Non.

     James (il s'énerve)
     - Alors qu'est-ce tu cherches donc?

     Ali
     - A te guider sur le bon chemin.

     James
     - Le bon chemin! Il n'y a plus de chemin, nous sommes tous au bord de précipice.

     Ali
     - C'est du rêve.

     James
     - Non, c'est la réalité.

     Ali
     - Fausse illusion... (Subitement) Un homme à l'horizon.

    James (il se lève, tout affolé)
     - Où ça, où ça?


     Ali (il montre du bras)
     - Là... Entre la troisième et la septième dune à partir de la quatrième dune qui se trouve à gauche de la deuxième dune.

     James (il compte)
     - Trois... sept... deux... Parfait!... Mais il est à pied!

     Ali
     - En effet.

     James
     - C'est sûrement Franz... à suivre

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  • La dernière goutte (1, à suivre)

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     Sur la terrasse d’une petite auberge, assis sous un parasol aux couleurs défraîchies, deux hommes sont en train de contempler le désert.

     C’est le début de l’après-midi.

     James
     - C'est le début de la fin... Oui, c'est bientôt la fin.

     Ali
     - Fin: f, i, n ou f, a, i, m?
     
     James
     - Les deux.

     Ali
     - Moi, si j'étais à votre place, je ne serais pas aussi pessimiste.

     James
     - Évidemment, toi! Mais le problème n'est pas le même pour nous autres Européens.


     Ali
     - Qu’en savez-vous?
     
     James
     - Je sais... Je sais parce que j'ai sérieusement étudié le problème.

     Ali
     - Je comprends... Mais en réfléchissant bien, vous ne trouvez pas que tout ce vous avez étudié n’a servi à rien? À quoi ça sert maintenant?

     James
     - Ali, il y a des moments... (Subitement) Bon sang! C’est vrai, tu as raison, l'affaire a raté à cause de la dernière hypothèse. (Il réfléchit) C'est une question de carbone. Si les molécules d'hydrogène avaient la possibilité de se transformer en molécules de carbone... Non, non, ce n'est pas possible.  Il faudrait pour cela un grand pouvoir...

     Ali
     - Ça ne sert à rien, monsieur James. Vous vous fatiguez pour rien. C'est trop tard. Tout est trop tard. Vous autres scientifiques, vous auriez dû y réfléchir avant. Maintenant, c'est trop tard. Maintenant, il ne reste plus une seule goutte.
     
    James
     - Je ne sais pas... Bon Dieu! Où pourrait-on trouver une goutte?

     Ali
     - Nulle part, monsieur James.

     James
     - C'est impossible. Une goutte doit bien se trouver quelque part.

     Ali
     - Je vous dis que tous les puits sont à sec. Les déserts sont redevenus des déserts. Et les mers des océans d'eau coagulée.

     James
    - Qu'est-ce que tu me chantes là?

     Ali
     - La vérité, monsieur James. Tout Ali que je suis, je suis réaliste.

     James
     - Tu dis n’importe quoi.

     Ali
     - Vous dites ça lorsque ça vous arrange.

     James (il regarde sa montre)
     - Viendra-t-il ou ne viendra-t-il pas?

     Ali
     - Il viendra. Mais il viendra normalement.

     James
     - Qu'est-ce que tu veux dire par normalement?

     Ali
     - Un chamelier ne peut pas courir plus vite que son cheval.

     James
     - Que son cheval?

     Ali
     - Oui, pas plus vite que son cheval.

     
    James
     - Mais un chamelier monte un chameau et non pas un cheval.

     Ali
     - Je sais.

     James
     - Et alors?

     Ali
     - Alors... si son chameau meurt en cours de route et il décide de prendre un cheval, est-ce que le trajet change?

     James
     - Non, évidemment.

     Ali
     - Vous voyez, c'est clair et net.

     Un silence.

     James
     - Et si son cheval meurt aussi?

     
    Ali
     - Il ne viendra plus.

     James
     - En effet... (Il réfléchit) Mais il peut aussi venir à pied.

     Ali
     - Possible.

     James
     - Donc, j'ai de l'espoir.

     Ali
     - Non.

     James
     - Et pourquoi donc?

     Ali
     - Parce que son cheval risquerait de venir sans lui.

     James
     - Je ne comprends pas.

     
    Ali
     - C'est simple. S'il tombe de son cheval et que celui-là prend la fuite, il y a de forte chance que l’animal arrivera avant lui.

     James
     - C’est aussi possible.

     Ali
     - C’est même certain.

     James
     - Pourquoi certain?

     Ali
     - Parce qu'un chameau n'est pas un cheval.

     James
     - Alors?

     Ali
     - Alors, il y a de forte change qu’un chamelier ne soit pas habitué à courir avec un cheval. Question de bosse.

     James
     - Question de bosse?

     Ali
     - Chacun sa bosse. Vous, vous avez bien la bosse pour le travail, les hypothèses... le chamelier, lui, n'a que la bosse de son chameau. Et un cheval ça va trop vite.

     James
     - Je comprends... Mais je vais tout de même attendre Franz.

     Ali
     - Bien entendu. D’ailleurs, ce  serait impoli de ne pas attendre votre ami.

     James
     - Bien entendu.

     Ali
     - Bien entendu.

     James
     - Bien entendu.

     Un silence.

     James
     - Et dire que nous étions les plus forts.

     Ali
     - La roue tourne.

     James
     - Nous n'avions qu'à appuyer sur un bouton et tout nous était servi sur la table, au lit, à nos pieds, devant nous comme des miracles. Tous les matins des miracles se présentaient à nos yeux. Mais nous étions aveugles. Aveugles parce que trop habitués... Et les routes, comme elles étaient belles! Toutes noires, toutes grises, pleines de tâches d'huile... Et les habits! Et les casseroles! Et tout le reste!

     Ali
     - La roue tourne.

     James
     - Quelle richesse!... L'air des champs sentait bon le gaz des voitures. C'était du plomb. C'était lourd. Pas comme maintenant où l'air ne reste pas parce qu’il est tellement léger.

     Ali
     -La roue tourne, monsieur James.

     James
     - Les oiseaux mouraient en plein ciel. Et les poissons en pleine mer. C’était la vie.

     Ali
     - C'est une question d'habitude.

     James
     - Non, nous ne nous habituerons pas. Nous mourrons les uns après les autres de désespoir... Et les steaks, comme ils étaient bons! En pilules! Pas besoin d'utiliser un couteau. Ni une fourchette. C'était vraiment le bon vieux temps. Le temps du moindre effort. Le temps où tout nous tombait dans la gueule sans avoir...

     Ali (subitement)
     - Un homme à l'horizon!

     James (tout affolé, il se lève)
     - Où ça, où ça?... à suivre

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  • Nuit blanche

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      La vie est une succession d’évènements. D’arrangements. D’actions... Dans un bar, à  cinquante  mètres de la Neva, une belle rousse aux yeux bleus s’assied à côté de toi. Elle commande un verre de champagne. Puis un deuxième... Are  you tourist? te demande-t-elle. Elle a donc deviné que tu n’es pas russe. Bien entendu, tu ne peux pas prétendre le contraire, autre chose. Oui,  tu es bien cette chose qu’elle attendait, qu’elle attend, qu’elle attendra... pour vivre, survivre ou vivre dans la facilité. Ne serait-ce que pour... Au bout de quelques minutes de conversation, grâce au champagne, ce sacré champagne russe qui te rappelle la clairette de Die, ses lèvres se collent aux tiennes et te voilà pris au piège... dans un jeu où il te semble absurde de ne pas aller plus loin. Tu as tout compris, tout son manège, mais pour te rassurer tu demandes à cette généreuse personne quel est son métier. Et avec un naturel digne de quelqu’un qui n’a strictement rien à se reprocher, qui n’a rien à foutre de l’opinion public, elle te répond  Sexe-dollars, dollars-sexe. Les hommes sont faibles, n’est-ce pas? Et tu en es un. Sensible au moindre mouvement de hanche. Aux belles fesses. A ces belles fesses qui aspirent au salut éternel. Un sourire, un baiser sur la joue ou une caresse accidentelle et te voilà déjà parti pour un long voyage au pays des rêves les plus insensés... Mais la réalité est-elle moins irréelle que le rêve? Tu adores ces moments qui flirtent avec l’incroyable. Vous prenez un taxi. Léna et toi. Léna? Oui, elle s’appelle Léna, cette belle rousse qui a osé te déclarer ce qu’elle était et ce qu’elle attendait de toi. Des hommes. Ou de n’importe qui, à vrai dire... La nuit est claire. Blanche. D’une blancheur pâle. Léna est joyeuse. Tantôt elle chante, tantôt elle t’embrasse. Comme si elle venait de retrouver son plus bel amour. Non, elle est joyeuse parce qu’elle sait qu’au bout de la nuit, ou une fois chez toi, un billet de cent dollars  lui sera  remis en main propre par une main sale, la tienne, qui aura caressé son sexe et son cul. Le taxi s’arrête. Tu  payes la  course quatre fois son prix. Vous prenez  l’ascenseur comme deux vieux amoureux, collés  l’un contre l’autre  ou  l’un à l’autre plus par l’alcool que par les sentiments. Une odeur d’urine te chatouille le nez... Tu ouvres la porte avec une clé qui te fait penser, chaque fois que tu l’as dans les mains, à une clé de coffre-fort. Vous entrez. Prêts à vous engager dans un spectacle de courte durée où les gestes et les mots sont sans lendemain. Tu plonges sur ton lit. Léna inspecte les lieux. Avant de s’enfermer dans les toilettes, elle te dit en anglais d’une voix quasi théâtrale Chéri, peux-tu poser les cent dollars sur la table du salon? Elle sort des toilettes. A moitié nue. Elle voit le billet vert. Ses yeux grossissent. Merci, mon amour, dit-elle et elle glisse le billet dans son sac... Elle s’allonge à coté de toi. Tu t’approche d’elle pour l’embrasser, elle s’éloigne... en te déclarant qu’elle n’aime pas beaucoup ça. Un petit silence. Tu aimerais dormir peut-être? te demande-t-elle. Non, je suis en pleine forme, tu lui répond.  Es-tu certain? Tout-à-fait certain... Maintenant  qu’elle a obtenu ce  qu’ elle voulait obtenir,  elle s’en fout totalement du reste, tu te dis. Il fallait s’y attendre. Mais voilà tu espérais plus. Tu es vraiment naïf. Un grand rêveur. Un poète. Quelqu’un qui croit aux miracles. A ces petits miracles de la vie quotidienne où subitement le mal se transforme en bien. Mais sache que l’eau  ne s’est  jamais transformée en vin. Cesse de croire aux légendes. Reste sur terre. Sur cette terrible terre où les misérables sont de plus en plus nombreux. Malgré des siècles et des siècles de belles paroles...
             
     Et trois jours plus tard, après tout ce que j’ai pu te raconter... comme si de rien n’était, tu entres dans ce bar (Le Tribunal, pour être plus précis) et tu décides de jouer au chat et à la souris, au gendarme et au voleur et à papa et à maman... Serais-tu victime de mes conseils... victime d’une nuit blanche?...    
            
     A Saint-Pétersbourg, ex Leningrad, ex Petrograd, les nuits sont blanches le mois de juin... Ceux qui ont peur du noir dorment en paix, le peu qu’ils puissent dormir, en cette période de l’année. Ceux qui n’ont peur de rien vivent leurs rêves. Un rêve au moins. Une nuit blanche.   

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