03/05/2013

Entre l'aube et l'aurore (19, à suivre)

 Le lendemain matin, au petit-déjeuner, après avoir mangé deux tartines à la confiture de gingembre et bu deux tasses de thé, Jan prit une pêche du plat de fruits et il se mit à la peler.

 - Qu’est-ce qu’il t’arrive? fit sa femme avec étonnement.

 - On n’a plus le droit de bouffer ce que l’on veut? répondit-il sèchement.

 - Ce n'est pas un reproche.

 - Oui, tu dis ça .
 
 - Je ne connais pas le moustique qui t’a piqué mais je sais que depuis un certain temps tu es de plus en plus agressif... Non, ce n’est pas un reproche, c’est que d’habitude tu...

 - Je quoi? coupa Jan, en haussant la voix. Je ne mange jamais de fruit,  jamais de fruit, je ne fais pas ceci, pas cela, d’habitude, d’habitude, merde aux habitudes, merde aussi à tout ce tu crois!

 - Faut pas t’énerver pour ça.

 Jan poussa brusquement son assiette, il se leva comme un fou et il quitta la maison.

 La mer était calme et la plage déserte.

 Jan se déchaussa, il enleva ses chaussettes, remonta ses pantalons jusqu'aux genoux et trompa ses pieds dans l'eau.

 Elle est glaciale mais ça fait du bien, se dit-il.

 Jan aimait cela. En quel que sorte, c'était pour lui une moyen d'entrer intimement en contacte avec le monde qu’il adorait.

 Faut-il accepter? Faut-il refuser? Que faut-il faire? se demanda-t-il, en pensant à la proposition d’Ackermann.

 Jan marchait sur le sable mouillé là où venaient mourir les vagues. De temps en temps, il jetait un coup d'oeil en arrière et voyait la mer effacer les empruntes qu’il avait laissées derrière lui.

 Faut-il que j’oublie tout ce que j'ai étudié? se dit-il. Pourquoi Dieu m’a-t-il poussé à étudier, puis à devenir capitaine, pour qu’ ensuite on m’interdise de naviguer librement à travers les océans?

 - Pour quelle raison, bon Dieu, as-tu fait ça? murmura Jan. J'aimerais bien le savoir.

  Puis il quitta la plage et alla s'asseoir sur un banc dans les dunes. Là, il bourra sa pipe.
 
  Amsterdam, les îles Canaries,  la Manche, la côte portugaise, l’Atlantique, l'Afrique... ce n'est pas rien, pensa-t-il. Cela me ferait beaucoup de bien. Je changerais. Mes nerfs ont grand besoin de changement. Ici, je tourne en rond.  Et je suis fatigué de tourner en rond comme un boeuf... Tout m’énerve ici... Il faut donc que j'accepte.  Au diable l’honnêteté et tous les que-dira-t-on!... Je peux me tromper, l’affaire n'est peut-être pas du tout louche. Oui, mais pourquoi aussi ce salaud d’Ackermann a-t-il pensé à moi qui n’ai pas le droit de naviguer? Oui, pourquoi? Comme tout cela peut me tracasser!... à suivre

08:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

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