31/03/2013

Mise au point-virgule (3, à suivre)

 Au départ, car il y a toujours un départ, je suis parti avec l'idée d'écrire un conte à rebours. Mais ma fidélité à ma souffrance ontogénétique, révélée par ma passion pour l'écriture, m'a poussé à me conduire en infidèle vis-à-vis de cette idée première. Ce qui (m') explique que tout départ n'est pas forcément un départ certain. Chargé d'interrogations cachées, il se faufile, tel un intrus silencieux et malicieux, dans la pensée humaine pour arriver à la tête d'un discours dont la représentation formelle est loin d'être la sienne. Pourquoi ce dérapage? Le matin la rose brille par les larmes de la rosée. Son parfum sublime mon attachement. L'après-midi le vent arrive et me décoiffe. Et je ne suis plus cet homme à la chevelure parfaite. J'oublie la fleur et je pars à la recherche d'un peigne. Subitement, je me rends compte de ma stupidité... En observant le végétal, j'étais poète ou botaniste. En observant l'animal, j'étais psychanalyste ou zoologiste... Et le voyage continue. Sans cesse. Au fil des secondes... S'accrocher à une idée première et la considérer comme base pour un voyage dans l'imaginaire, c'est empêcher l'esprit de se détacher des zones morbides de ses lamentations. Toute base sécurise, certainement, mais ramène le créateur aux sources de ses éternelles illusions, de ses idées fixes, aux fantômes du passé. L'évolution spirituelle n'est-elle pas un voyage vers un ailleurs sans repère et sans possibilité de retour? Car revenir, c'est regretter, c'est souffrir et non pas découvrir. Et se préoccuper de sa base ne ralentit-il pas le processus de vie et déforme le présent? Donc il est sain afin que puisse naître une image nouvelle, immaculée, de ne pas considérer le départ comme une base mais comme un accident inévitable et prometteur. Un départ qu'il faut oublier au premier virage, du premier dérapage, avant qu'il ne se transforme en une base d'une solidité aliénante;...

 Style! Quel style! Humeur, courage, intention participent au cortège. Forgé par l'affect et le culturel de l'auteur, le style conduit le message de celui-ci à bon port. Il est ce grand guignol (ou ce diplomate) qui, par son professionnalisme, arrive à faire avaler la pilule au lecteur. Et quelle pilule!... Je n'ai point envie d'aller plus loin. De creuser davantage dans le terrain psychique de l'écrivain afin de décrypter les éventuels trésors langagiers;...

 Saturation? Il y a des moments où il faut savoir s'arrêter. Où le silence est plus important que le bouillonnement littéraire. Où la création a besoin d'une récréation. Où les traces du passé préfèrent se faire ignorer qu'à se faire mettre en valeur. Où les où, les pourquoi et les comment n'ont plus d'emprise sur le chercheur. Il y a donc des moments où il faut savoir s'arrêter, se taire pour repartir ensuite en flèche vers ce vide qui nous attend;...

 «- Ô Dieu que ton ciel est sombre et ma misère si peu éclairée!» Le guerrier, las de se battre, posa sa lance et son bouclier. Le poète, lui, posa sa plume et rangea son cahier dans un tiroir. Jusqu'à sa prochaine envie irréfléchie de se battre, de risquer sa vie.

 Saturation cette fois-ci? Le stylo obéit aux ordres de la main. Et la main obéit aux ordres de son dictateur. Quand celui-ci est en pleine excitation, elle ne vit que pour lui, en se dirigeant sans cesse de la gauche vers la droite avec de rapides sauts de droite à gauche. Ce n'est que quand le dictateur est épuisé, physiquement, que l'outil essentiel de l'homme agit normalement, est utile à autre chose, est capable de s'égarer, là où le plaisir est plus humain, là où il n'y a point de place pour l'imaginaire. Est-ce clair? Non? Tant mieux! Ce qui a de plus intéressant dans un discours, c'est son métadiscours. C'est ce qui déclenche chez l'auditeur ou le lecteur. La clarté textuelle n'engendre aucun métadiscours. Ce qui est bien est avalé, digéré puis éliminé telle une sucrerie que l'on apprécie momentanément. Par contre, l'ambiguïté, voire même l'absurdité textuelle, engendre un métadiscours susceptible de remuer les couches éloignées de la mémoire humaine. Il est vrai que le degré de clarté ou d'ambiguïté varie d'un individu à l'autre... selon sa culture et son état psychique. Mais mettons de côté cette problématique psychologique et engageons-nous sur un terrain neutre (c'est-à-dire excluant toute différence culturelle et éducative) afin de sentir et non de comprendre la nécessité du phénomène métadiscursif. Tout texte ordinaire n'a aucun pouvoir métadiscursif. Car il est rédigé dans un but bien précis: être compris. À l'inverse, un texte poétique possède un pouvoir métadiscursif certain car il est écrit pour le plaisir et sa visé est nullement didactique;... à suivre

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30/03/2013

Mise au point-virgule (2, à suivre)

 Plongée dans les eaux tièdes et sulfureuses de la politique. La problématique est colossale. Les étiquettes idéologiques, teintées au goût du jour, camouflent une faune étrange d'individus qui ont pour principal objectif posséder le pouvoir ou le maintenir. Le reste vient après. L'essentiel est secondaire. D'après eux! Êtres qui savourent les applaudissements de leurs admirateurs en gonflant à fond leurs poumons. Êtres qui ignorent totalement l'antique esprit chevaleresque. Êtres aux discours pleins de promesses. Des promesses qui s'évanouissent au premier contact de la réalité. Où est-il ce héros qui après avoir réalisé son oeuvre, s'est éloigné discrètement de la scène sans tambours ni trompettes? Où est-il ce véritable héros dont le coeur bouillonne de sincérité? En pleine brousse, en plein désert, en plein «je-ne-sais-quoi-encore»? Cette perle rare est introuvable. La société politisée n'en veut pas. Elle préfère le fou que l'on peut manipuler au sage que l'on ne peut pas palper. Elle préfère le désordre qui rapporte à l'ordre qui ne rapporte pas. La misère spéculable au bien-être sans faille. Le scandale au silence. La matière à l'esprit. Elle préfère multiplier des lois que de promouvoir le bon sens, le respect de l'autre, l'amour. La société politisée est un échec. Les guerres en sont la fâcheuse résultante;...

 Petite remontée en surface. Le ciel offre un espace infini au voyageur qui souhaite se détacher des misères terrestres. Il y a sûrement un ailleurs paradisiaque. Il y a sûrement une société idéale quelque part dans les airs, quelque part dans notre âme. Découvre celui qui s'adonne à fond à la recherche. A mon humble avis, le point de départ pour ce nouvel état social doit être d'ordre philosophique. Au sens singulier du terme. Sans garnitures ni singeries intellectuelles. L'éducation a son rôle à jouer. Nous devons donc effacer de notre conscience toute idée préfabriquée, conditionnée par la peur, cette vieille peur ancrée dans nos cellules depuis notre époque préhistorique, si nous voulons bâtir un merveilleux incomparable. Et nous le voulons tous. En tout cas tous ceux qui ont pris conscience du danger qui nous attend. Car le danger est bien réel et bien proche. Ne souriez pas. Et puis non, souriez, criez, chantez et oubliez toute prophétie gravée, imprimée sur le papier. Écoutez le chant de votre âme. Lui seul vous apportera la bonne réponse. Si question il y a, bien entendu;...

 Je redescends de mon nuage rose. Le solide a une composition et une allure trop rigides, trop fades pour que l'on puisse y découvrir les essences primaires de la vie. Alors, je replonge dans le fluide. Je remonte donc dans le temps. L'erreur première est que je suis un poète à cheval entre l'art et la science. Mes textes ont ainsi un double parfum qui désoriente peut-être le lecteur spécialisé (soit dans le domaine artistico-littéraire, soit dans le domaine scientifico-didactique). Je vous demande pardon. Bien sûr, je pourrais faire un effort. C'est fort possible mais ma démarche serait alors maladroite, non spontanée. De ce fait contraire à ma philosophie. Et je risquerais de passer à côté de ma propre vérité. Vous comprenez? Oui? Je préfère le non au oui;...

 A défaut de tubes de couleur et de spatules (car j'aime la peinture qui a du relief), je peins avec des mots et leur musicalité. Je fabrique ainsi un poème. Le premier élément audiovisuel. La poésie est née par l'homme mais disparaîtra après lui. Car elle est l'unique et véritable témoin de sa folie et de sa sagesse. Implicitement fidèle. C'est-à-dire: un témoin rusé, discret, qui dévoile (à celui qui insiste) le crime par la rime. Elle est également le miroir parfait de sa médiocrité ou de sa subtilité (aussi bien celle du lecteur que celle de l'auteur). On aime les poèmes qui nous ressemblent (le naïf aimera les poèmes naïfs, le tordu les poèmes tordus, le grossier les poèmes grossiers etc.). Ô poésie! Ô poésies! Remède, elle cicatrise temporairement les blessures du poète amoureux. Drogue, elle enflamme les coeurs sensibles. Personnalisée, elle finit par pâlir au soleil. Au même titre que le papier. Reconnue, elle est scolarisée et finit par devenir folklorique. Son accouchement est poétique. Sa structure est politique. Sa lecture est poétique. Poétiquement poétique, la poésie ne réclame que des poètes;...

 Le mot a une origine sémantique esthétique née d'un barbarisme sémiotique. Le premier homme parlant a (dû) craché ses premières pensées avec sang et violence. Puis de ce sang et de cette violence, il a essayé de reproduire avec des gestes et des sons le déjà-vécu. La pensée naviguait déjà dans le passé. Et le présent était en pleine gestation. Pour «expliquer» sa douleur, l'homme s'est imaginé dans le passé. Ce qui devait être à l'image du vrai était imitation... donc tricherie. Ce désir d'explication était un désir d'harmonisation. Un désir de faire revivre une situation vécue à ses semblables tout en les protégeant d'un éventuel danger. Car c'est la peur qui a engendré la pensée. La pensée est toujours craintive. Elle cherche toujours refuge dans l'explication, c'est-à-dire dans le terminé, le non-actif, le non-troublant. L'homme parlant en voie à la parole avait un choix à faire et il a choisi donc la voie de la tricherie, pour sa survie dans le groupe. Il a ainsi gommé l'information. Il lui a donné un relief moins violent. Ce qui vient à dire plus harmonieux. Il a ainsi agi en esthéticien malgré lui;... à suivre

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29/03/2013

Mise au point-virgule (1, à suivre)

 Quatre. Trois. Deux. Un. Prêt? Feu!... C’était ça. Ou à peu près ça. Je ne m'en souviens pas très exactement. C'était un jeu. Un jeu pour enfant. Qui se transforma au fil du temps à l'insu de ma conscience, et je dirais volontiers de la nôtre, en un ordre de conduite quotidien. Exemple: avalez, enregistrez, examens, résultat nul ou excellent puis partez en guerre à la guerre. Oui, c'était un jeu qui cachait une vérité profonde: la folie du monde, une folie phylogénétique qui a pour objectif d'effacer de notre mémoire tout projet de liberté. Moralité: l'être humain a été piégé depuis bien longtemps;...

 Remontons le temps. Je remonte. Des arabesques temporaires et linguistiques seront de la fête. Des erreurs se glisseront entre deux moments douteux. Sûrement. La perfection n'est pas de ce monde. Au regret des sérialistes extrémistes et pointilleux. Je remonte donc... en reculant. Les yeux braqués sur un passé poussiéreux et pâli par l'indifférence au vieux et le goût de l'éternel nouveau, j'essaie d'apercevoir ces images que j'ai (ou avais) bien voulu figer à jamais dans un coin sombre de ma mémoire. Un coin à l'abri de tout vent social. Et je découvre un monument chargé d'ignorances colorées par trop d'éducations contradictoires. Le vécu ne revendique aucune hiérarchie. Avant-hier est parfois plus proche du présent que hier. Parfois plus présent que le présent. La mémoire accepte sans la moindre révolte l'organisation anarchique de la pensée;...

 Je remonte. Je me souviens. La tricherie est tantôt involontaire tantôt nécessaire. Le camouflage participe à la survie de l'état mental. L'artiste, l'écrivain, le créateur (dans un sens pas trop noble), en s'adonnant au jeu graphique des déclarations intimes vraies, sait pertinemment qu'une fois publié il risque gros face à ce public qui adore coller des étiquettes scandaleuses à tout individu dont le courage dépasse les limites autorisées par la morale locale ou institutionnelle. C'est pour cette raison-là que le faiseur de phrases met en sourdine ses désirs hors normes en les substituant par des désirs acceptables, c'est-à-dire acceptés par la collectivité. Question de peur? Question de protection, de malice. Mais cette gymnastique cérébrale ne fait en réalité que protéger son image extérieur (je veux parler de l'image du créateur bien entendu) et sa révolte contre les interdits ne cesse de grandir. Je dirais même: ne cesse de grossir;...

 Je remonte. Trahissant le premier devoir du créateur: ignorer les contraintes, les murs aux inscriptions imbéciles canonisés par la religion et l'État. Décevant!

 Où suis-je? Dans un brouillard total. L'envie de cracher à la figure de mes bourreaux ne me manque pas. Ce qui me manque, c'est cette sagesse débile qui autorise le viol psychologique de l'Autre, cet autre glorifié par l'hypocrisie sociale et politique. Sagesse qui conduit le bétail à l'abattoir au profit des bien installés. Avec cette sage voix faussement céleste, je me serais contenté d'écrire comme ma concierge (qui adore les petites fleurs et les fêtes nationales) et ainsi je n'aurais pas eu l'idée de me masturber l'esprit afin de jouir dans des sphères littéraires autres que les sphères scolaires ou académiques. Malheureusement pour les amis de ma concierge, je suis né avec un grain en moins ou en plus. Ce n'est pas à moi d'en juger. D'ailleurs je m'en moque éperdument. L'essentiel est d'être logique avec soi-même, bien dans sa peau, bien dans sa coquille. Et ma coquille est une citadelle de laquelle je m'efforce d'apercevoir la brillance des horizons. Et ils sont nombreux ces horizons qui m'intriguent. Parfois trop nombreux;...

 Je plonge dans le cercle infernal de l'éducation. Pour être plus précis de l'enseignement. Il y a quelque temps de cela, je publiai l'article suivant:

 Pourquoi pour une méthode «sans méthode»

 Enseigner est-ce un art? Ou y a-t-il un art pour enseigner? Les réponses sont nombreuses quand la machine cérébrale se met en branle. Cette machine qui est capable de fabriquer avec quelques poussières littéraires des cathédrales de théories savantes qui mènent l'homme au doute ou à la confusion spirituels, voire même au néant. Partant de ce principe, je me sens forcé de vous répondre par la négative. Mais mon esprit de révolutionnaire, adepte du possible et du merveilleux, m'oblige à faire marche arrière (ce qui est peut-être contraire à toute logique révolutionnaire) et de me poser la question autrement.

 Donc: «L'art est-ce enseigner»

 Et voilà que ma vision du monde change, que mes horizons s'additionnent, que ma conscience de primate éduqué s'ouvre à une conscience plus universelle, la conscience des sans limites, de la liberté, de l'amour.

 Et voilà que je me rends compte que tout ce que j'avais transmis à l'autre, à cet autre qui attend tout de moi et qui me considère comme une divinité chargée de parfaites connaissances, n'était que bourrage de crâne, conditionnement...

 En ce siècle où les psychologies ne cessent de se multiplier et où les sciences humaines frisent l'abstrait, et négligent de ce fait le côté vivant, mouvant de l'homme, il serait réconfortant que les têtes pensantes (et dirigeantes) mettent de côté leur raisonnement, dit logique ou rationnel, axé sur des buts précis (donc la mort), et fassent en sorte qu'un raisonnement nouveau parfumé de compréhension, de simplicité, surgisse des nobles profondeurs de l'homme et apporte ainsi à la Terre sa récompense tant espérée: l'harmonie.

 C'est sur ces bases (je n'aime pas ce mot, bref) quelque peu philosophiques que j'ai décidé de me lancer à l'aventure avec une «méthode sans méthode», avec un groupe d'étudiants en français moyen, dont je ne puis rien dire pour l'instant. Car prédire, prévoir serait mettre des embûches à la spontanéité personnelle et du groupe. Le sage respecte l'avenir en se taisant. Seul le fou, l'idiot croit tout savoir en crachant des mots qui meurent avant même de vibrer.

 Je regrette que quelques enseignants, adeptes sans doute du pragmatisme, ne se soient pas donné la peine de lire ou d'essayer de lire à travers les lignes avant de maltraiter ce malheureux texte qui n'a pour véritable ambition ou vocation que d'apporter un peu plus d'eau au moulin, à ce moulin de l'enseignement qui remue les eaux troubles des probabilités éducatives.

 Enfin, quoi que l'on fasse sur cette terre, on est toujours critiqué. Une bonne chose en soi mais qui, malheureusement, est trop souvent paralysante, étouffante lorsqu'une étincelle miraculeuse se présente pour propulser le connu barbant vers l'inconnu aux attirances stimulantes;...

 La langue est un incroyable potentiel d'images d'une multitude de vécus historiques. Images simplifiées et corrigées au goût du temps et enterrées dans une sorte de cimetière (où tout curieux est autorisé, à sa guise, à déterrer leurs cadavres), appelé dictionnaire. Images également flottantes flottant dans les airs et véhiculées par la parole et le texte. Images que l'étranger se forcera de coller à d'autres images, les siennes, dont la première relation avec celles-là est une relation de similitude, de ressemblance où l'identicité est de loin absolue. Imposer donc des images de tout azimut à un individu en pleine crise d'acquisition, c'est risquer de «créer» chez ce dernier un état de confusion, de surcharge émotionnelle qui, au bout du compte, le conduira à se désintéresser de cet enseignement imposé, c'est-à-dire un enseignement non présélectionné, non autodirigé par l'apprenant lui-même. Car, comme tout le monde sait: excelle là où l'adoration règne. Je veux parler du savoir-faire. Il y va de même avec ce que l'on souhaite savoir et savoir-faire. La parcelle des images que l'on désire s'approprier;... à suivre

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28/03/2013

L'odyssée d'un rêveur (24, fin)

 Adieu désert, bédouins, chèvres et ruines. La civilisation m'attend pour me redécevoir! Cette étrange pensée me traverse l'esprit, une fois dans l'avion.

 A Genève, James James, faisant escale pour quelques jours, et moi-même sommes accueillis par le commissaire.

 Une voiture discrète nous conduit vers un magnifique restaurant en pleine campagne. L'unique récompense probablement.

 Nous nous installons à table dans une petite arrière-salle, à l'abri du bruit et des oreilles indiscrètes.

 Le commissaire commande trois bons menus et un vieux vin rouge.

 Nous mangeons et buvons comme des rois.

 Au moment des cafés et des digestifs le commissaire me dit:

 - Grâce à vous on a retrouvé l'avion ainsi que la moitié des lingots d'or qu'il transportait. Malheureusement comme vous le savez, en déterrant l'appareil, l'armée jordanienne a découvert une trentaine de cadavres, la totalité des passagers et de l'équipage.

 - Les cadavres étaient de drôles de cadavres, déclare James.

 - Je suis tout-à-fait d'accord avec lui, dis-je. Ils n'étaient pas de race blanche.

 - Aucune importance, dit le commissaire, car pour les familles des présumées disparus et surtout pour l'opinion publique il faut trouver une explication claire et nette.

 - Quel est le pauvre nègre qui va endosser la responsabilité de cette attentat? je demande. Les palestiniens?

 - Si on avait retrouvé tout l'or, on aurait pu parler d'un accident, me répond le commissaire.

 - Je trouve ce procédé immoral, dis-je. Il faut révéler toute la vérité, la vraie vérité.

 Le commissaire sourit, puis il me dit:

 - La vraie vérité risquerait de mettre le feu aux poudres et des poudres il y en a des tas,  hauts comme des montagnes. Et puis vous-même que connaissez-vous exactement de cette histoire?

 - Je peux le savoir, je réponds.

 - Eh bien, cette vérité je vais vous la dire, Delarue, me dit le commissaire.

 Et il explique:

 - Un jour une organisation dite humanitaire, dont le siège est à Genève, prend la décision de transférer une bonne partie de son colossal capital en Angleterre pour échapper à des esprits avides de richesse appartenant à un comité d’honneur irréprochable et  soucieux de l'avenir de l'humanité. Elle fait alors appel à une maison de transport de fonds sûre, sans faille. Dans le plus grand secret les deux sociétés, si je peux les nommer ainsi, décident de transporter l'or en deux étapes. Et ce pour détourner l'attention... Première étape: par train de Genève à Amsterdam. Seconde étape: par avion d’Amsterdam à Londres. Malheureusement même parmi les irréprochables, il y a des esprits avides. Et qui dit avide, dit capable de tout... Par chance, dû à un retard de la maison de transport, l’or se trouvait dans un autre train. Mais les esprits cupides ne ratèrent pas l'avion. Ils détournèrent l'avion et atterrirent en plein désert où ils découpèrent et enterrèrent l’avion. Ces cupides, on les connaît. C'est tout un monde. Deux ministres, trois policiers, trois sujets de sa Majesté, deux Allemands, quatre Italiens, deux Juifs, deux Palestiniens et quatre Suisses dont le père d'Iris...

 - Le père d'Iris?

 - Oui, le père d'Iris.

 - Et où sont-ils tous ces braves gens?

 - Morts selon les autorités jordaniennes, mais en réalité disparus dans la nature. En Amérique du Sud sans doute. Avec une bonne partie de l'or.

 - Et Iris dans toute cette histoire?

 - Elle a sûrement dû retrouver son père. C'était son plus grand désir, non? Le reste ne compte pas. Vous savez, si nous avons retrouvé l'or, c'est un peu grâce à elle.

 - Comment ça?

 - Elle était suivie par la police.

 - Elle?

 - Nous recherchions son père. Il avait déjà détourner des fonds de la même organisation...

 - En somme si Iris était suivie par la Police, je l’étais aussi?

 - En Suisse comme ailleurs. Même en pleine mer, me dit le commissaire avec humour.

 Et je revois dans mon esprit le visage de l’astrologue.

 - Mais il y a une chose qui me tracasse,  dis-je au commissaire. Pourquoi ces cadavres dans l'avion?

 Le commissaire me sourit et dit:

 - Ils avaient tout prévu, les salauds. Bref, on tue, on enterre, on laisse passer un certain temps, puis on déterre en cachette et par hasard un imbécile découvre l'avion disparu. Et tout entre tout dans l'ordre.

 - Et maintenant, selon vous, que va annoncer la presse? dis-je.

 - Vous voulez dire: que doit-elle annoncer? Eh bien, rien n'a encore été décidé. Nous allons procédé avec ruse. La chasse aux sorcières n’est terminée.

 - Un autre détail commissaire, dit James James, tous les passagers étaient de cette fameuse organisation?

 - Tous sauf peut-être Mademoiselle Iris.

 - Même l'équipage de l'avion?

 - Les avides ont tout organisé minutieusement. Et n'oubliez pas avec de l'argent on  achète n'importe qui.

 - Mais pourquoi alors prirent-ils le risque de faire sauter un train? Puisqu'ils avaient si bien préparé le coup de l'avion, qu'ils ont réussi d'ailleurs.

 - L'or attire les avides comme la merde attire les mouches, dit le commissaire. Sans doute un autre groupe rêvait de s'approprier les lingots d'or. Il y a tant de choses loches qui se passent en ce monde. Et de plus en plus au sein d’une organisation internationale dite humanitaire.

 - On ne peut plus avoir confiance en personne, dis-je.

 - En personne, répète le commissaire.

 - Comment se fait-il qu’Iris ait choisi et pu prendre cet avion? je lui demande.

 - Mystère ou hasard. Et pour le savoir, il ne vous reste qu'à le rêver, mon cher ami, me dit le commissaire avec un sourire au bout des lèvres.

 En rentrant chez moi, je trouve une lettre que l’on a glissée sous ma porte en mon absence.

 J’ouvre la lettre et je lis: “Si vous voulez revoir Iris, faites le 48.22.64 et dites Osiris demande Isis, entre 23 et 24 heures.”

 Et je me dis:

 Le monde dans lequel je vis est aussi brumeux et énigmatique que le monde de mes rêves.

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27/03/2013

L'odyssée d'un rêveur (23, à suivre)

 Le lendemain matin, après un petit déjeuner à la britannique en compagnie de James James, c’est ce qui explique la nature du petit déjeuner, je monte dans la voiture de mon nouvel associé de voyage, un véhicule de location.

 - Si nous trouvons l'avion, vous aurez droit à la Victoria Cross, me dit James en mettant la voiture en marche.

 - Je ne saurai pas où la mettre, je lui réponds.

 -Ça s'épingle au costume les soirées de gala.

 - Si ce n'est que ça, je dois encore avoir une vieille veste...

 Arabes, Palestiniens, Kurdes, Arméniens peut-être et prophètes inconnus, se croisent, se suivent, entrent et sortent des maisons dont certaines, pas forcément les moins blanches, sont imprégnées de préjugés et de murmures, de ces murmures qui font éclater une révolution.

 Mais bien vite nous voilà en plein désert: océan de sable et de chaleur aimé des mystiques et des solitaires.

 Je regarde ce tableau naturel avec méfiance par crainte de voir surgir de derrière une dune un monstre légendaire crachant du feu et des cadavres.

 - Quel effet ça vous fait d'être dans cet enfer? me demande James James, le visage en sueur.

 - Je suis surpris.

 - Surpris?

 - Oui, surpris.

 - En bien ou en mal?

 - Ni l'un, ni l'autre. Je suis surpris, surpris tout simplement.

 - Une autre réponse de votre part m'aurait  étonné, me déclare James James.

 Puis il me dit:

 - Je me demande comment vous faites pour supporter une chaleur pareille.

 - Je suis insensible aux températures, je lui réponds.

 James James s'essuie le front avec la manche de sa chemise.

 - Vous en avez de la chance, me dit-il. Mais finalement à quoi êtes-vous sensible? D'après le rapport du service de contre-espionnage londonien, vous êtes également insensible à la douleur mentale?

 - Qu'est-ce que vous voulez dire par là?

 - Il faut me pardonner pour mon français, je veux dire par là que si on insulte votre pays ou votre président vos réactions sont nulles.

 - Heureusement.

 - Mais il y a tout de même un domaine pour lequel vous êtes particulièrement sensible.

 - La femme.

 - Un homme normalement constitué l’est forcément. Et à part ça?

 -Mes rêves.

 - James James sourit.

 - Un esprit matérialiste ne se plie qu’aux lois de la physique, lui dis-je.

 - Vos rêves ont fait sourire bien des personnes de mon service, me dit James James.
 
 - N’empêche que c'est grâce à eux que nous sommes ici, n'est-ce pas camarade?

 James James ne répond pas.

 Au bout de deux heures, James James arrête la voiture.

 - Le voyage se termine là, me dit-il.

 - C’est ça Pétra? je lui demande ne voyant autour de moi que désert et immenses rochers.

 - Le reste on le doit faire à pied, me dit-il en retirant de la boite à gants de la voiture un petit appareil.

 - Quel bizarre appareil de photo, dis-je pour en savoir plus.

 - C’est un compteur Geiger, me corrige l’envoyé de la reine.

 - Un compteur Geiger pour l’or?

 - C’est une invention purement japonaise.
 
 Nous marchons, nous marchons...

 Puis nous traversons une gigantesque faille séparant deux immenses morceaux de roches et c’est le spectacle, un spectacle de beauté et de mystères: des façades de maisons creusées dans le roc, un roc d'une couleur rose et des colonnes debout et couchées, temples et maisons en ruine, dégagent une atmosphère étrange.

 Un bédouin, sorti de je ne sais où, s’approche de nous.

 Lorsque l’homme se trouve à cinq mètres de moi, je dis à James James:

 - L’homme doit tout savoir. Il faut le questionner. Vous parlez l'arabe?

 - Forcément, la reine n'a pas envoyé n'importe qui, dit-il avec humour. Mais pourquoi ce bédouin?

 - Parce que j'ai rêvé de lui.

 - N'importe quoi! dit James en haussant les épaules.
 
 - Demandez-lui où se trouve le mur près duquel il a enterré une brebis noire née mal formée, dis-je à James avec insistance.

 - C’est de la folie.

 - Demandez-lui. Qu'est-ce qu'on risque?

 James James hésite quelques secondes puis fait tout un discours en arabe.

 Le visage du bédouin se met subitement à rayonner de joie.

 Le bédouin s'approche de moi, me frappe amicalement sur l'épaule, se débarrasse de son sabre et me le tend en disant quelques mots en arabes.

 - Prenez-le, c’est un cadeau, m'explique James James. Vous êtes un homme remarquable. Un envoyé de l'ange Gabriel.

 Je prends le sabre et remercie l'homme d'une chaleureuse poignée de main.
 
 Puis l'homme nous fait signe de le suivre.
 
 Nous le suivons pendant un bon quart d’heure à travers les ruines et finalement nous arrivons devant un mur isolé entouré de plusieurs tas de sable.

 James James met son petit appareil en fonctionnement et aussitôt on entend un bruit sonore suivi de très rapides tic tac.

 James James me regarde et me dit avec un sourire jusqu’aux oreilles:

 - Vous avez la Victoria Cross. Également l’inventeur de ce nouveau petit appareil... à suivre

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26/03/2013

L'odyssée d'un rêveur (22, à suivre)

 Et me voilà en plein ciel via la Terre Sainte, en partie.
 
 Dans mes poches: mon passeport, un carnet de chèques, une petite carte typographique de la Jordanie, un mouchoir et mes clés avec une toute petite boussole au cas où je me perdrais dans le désert.

 Mon bagage est celui du parfait touriste attiré par le monde biblique. C’est à dire: sac à dos avec sac de couchage. Et pour tromper l'ennemi: une bible et un guide bleu dépassant de mon sac. Le commissaire voulait que je porte un croix autour de mon cou. J'ai refusé par pudeur et par respect car je ne suis pas un pratiquant.

 À la tombée du jour, j'arrive à Amman. Tout se passe bien, on m'a pris pour celui que je ne suis pas. Un taxi me conduit à mon hôtel, pas trop chic, bien entendu, vu mes convictions de bon chrétien. Je me rase, prends une douche, me rhabille rapidement et je descends au restaurant de l'hôtel.

 Je m'installe dans un coin et commande en deux mots et trois gestes: un steak, des pommes frites, une salade de tomates et une eau minérale.

 Un quart d'heure après, le tout est sur ma table...

 J’appelle le garçon et avec des arabesques linguistiques lui commande en guise de digestif un café et des cigarettes.

 Le garçon me fait comprendre que l'hôtel ne vend pas cet article mais que lui, il est tout disposé à m'offrir une cigarette.

 J'accepte avec un mouvement de tête.

 L'homme se retire au pas de course et quelques secondes après il revient avec le café et une boite de cigarettes, une boite métallique.

 Il dépose la tasse et la boite devant moi et il s’enfuit comme une étoile filante.

 Je prends la boîte dans mes mains et je me mets à la scruter de mes yeux comme un ethnologue ou un archéologue face à un objet provenant d'une curieuse civilisation.

 Puis je l'ouvre et je hume l'odeur du tabac qui aussitôt me chatouille le nez et me fait éternuer. Heureusement que j’ai toujours un mouchoir dans ma poche.

 Et pendant que je me mouche, une main tenant un briquet allumé me fait sursauter. 

 Je me retourne et je découvre un homme qui ressemble étonnamment à l'horloger de mon dernier rêve.
 
 - Quelle manie vous avez tous à me faire sursauter, dis-je.

 Je prends une cigarette et je l'allume.

 L'homme range son briquet dans sa poche et s'assied en face de moi.

 Je me sens mal à l'aise.

 Puis après quelques interminables secondes, l'homme me dit en français avec un fort accent britannique:

 -Je suis ici pour votre sécurité et surtout pour la même raison que vous, Monsieur Delarue.

 Le salaud! Il m'a trahi, il n'a pas eu confiance en moi, me dis-je en pensant au commissaire.

 - À qui ai-je l'honneur? je demande à l'homme.

 L'homme sourit et me dit:

 - Vous pouvez m'appeler James.

 - James tout simplement?

 - Oui, James tout simplement ou James James si vous préférez.

 - Je vois.

 - Question de sécurité.

 - Laquelle? La vôtre ou la mienne?

 - Les deux.

 Poussé par ma curiosité, je demande à mon futur compagnon de route, il y a bien des chances:

 - Vous travaillez pour qu'elle assurance? Assurance ou banque? Ce sont les lingots d'or qui vous intéressent, n’est-ce pas? Ou les passagers?

 L'homme sort une carte de son veston, me la montre à distance et me dit:

 - Je travaille pour la reine d'Angleterre.

 L'image de White me vient à l'esprit.

 - Vous connaissez White alors? je demande naïvement.

 L'envoyé de la reine se mord la lèvre inférieure et me répond:

 -Mon pays est un grand pays.

 - Mais White travaille aussi pour votre reine, lui dis-je avec un sourire au bout des lèvres.

 - Nous sommes plusieurs à travailler pour elle. Dans quel service est-il?

 - Le même que le vôtre.

 - Vous vous faites de fausses idées, Delarue.

 - Et vous, vous avez tendance à prendre tous les gens pour des imbéciles.

 - Certainement pas.

 - Alors comment se fait-il que vous soyez au courant de mes faits et gestes?
 
 James James se frotte l'oreille gauche et me dit:

 - Je ne connais pas votre ami White mais je connais personnellement celui qui a organisé votre voyage.

 - Le salaud!

 - Ce n'est pas un salaud, c'est un vieil ami à moi. Et il a jugé bon que je vienne vous donner un coup de main.

 Il s'approche de moi et me dit à voix basse:

 - L'affaire est de haute importance. Ce n'est pas une banale affaire locale mais une affaire internationale très, très compliquée.

 - En somme vous êtes au courant de tout.

 - Pas du tout. Le commissaire m'a seulement dit où vous étiez.

 - Il vous l'a dit ou on l'a forcé à vous le dire?

 - Il y a un peu de ça. Que voulez-vous, on ne peut pas garder pour soi un secret dont plusieurs gouvernements...

 Il s’arrête net.

 Je souris.

 - Pourquoi souriez-vous? me demande James James d'un air très étonné.

- Parce que vous croyez que je ne suis pas courant de toute l'histoire, je lui réponds.

 Je précise:

 - De toute l'histoire.

 James James se frotte maintenant l'oreille droite.

 - Dites ce que vous savez, dit-il.

 - Très subtil!

 - Je ne crois pas à la puissance de vos rêves.

 - Je constate que vous savez sur moi plus de choses que vous prétendez.

 - Vos rêves c’est de la blague, n'est-ce pas?

 - Pas du tout.

 - Je ne vous crois pas.

 - C’est vous ou votre reine qui ne me croit pas?

 - Elle et moi.

 - Eh bien, sa majesté et son fidèle serviteur se foutent majestueusement le doigt dans l'oeil.

 - Et vos histoires font sourire toute l’Angleterre.

 - Ça m'étonnerait car elles ne font pas la une de vos journaux, pour une raison bien précise.

 - Laquelle?

 - Vous avez peur de couvrira de merde votre drapeau britannique.

 James James est outré.

 - Et puis, je m'en fiche, dis-je. Après tout je n'ai rien à gagner dans cette histoire. Je vais vous dire tout ce que je sais. L'avion se trouve à Pétra.

 Un sourire discret se dessine sur le visage de James James.

 - Vous connaissez? dis-je.

 - J’y étais il y a deux jours, me répond-t-il sèchement. Suite à une de vos déclarations à votre commissaire.

 - Le salaud, le salaud, le salaud! C'est sûrement lui le traître.

 - Calmez-vous Delarue. Votre commissaire est un parfait gentleman. Mais un parfait menteur. Et vous, vous n'êtes qu'un pitre. Un faux ou un vrai pitre. L'avion ne se trouve ni à Pétra, ni ailleurs dans ce pays. Un avion touristique muni d’un appareil sophistiqué a survolé la région. Du sable,  rien que du sable.

 Le doute commence à me vaincre.

 - Ça m’étonne.

 Subitement une image d'un rêve éclate dans ma cervelle. Celle d’un avion en flamme.

 - Et si l'avion a été découpé au chalumeau, dis-je, mis en pièces dans des grottes. Car je crois qu’il y a d'étranges grottes à Pétra. On l’a enterré dans le sable.

 James James est tout pensif.

 - Un appareil photographique aussi puissant soit-il n’aurait servi à rien. Qu’en pensez-vous?

 James James se lève d'un bond et me dit avec un humour:

 - Delarue, ce petit détail de grande importance a échappé au service de sa majesté. Je crois qu’ensemble nous allons découvrir les mines du roi Salomon... à suivre

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25/03/2013

L'odyssée d'un rêveur (21, à suivre)

 - Une odeur de mort plane au-dessus de l'avion.

 - Vous avez rêvé ça?

 - Non, d’horloges et d’horloger. Il est temps que je parte pour la Jordanie, commissaire. Avant qu'il ne soit trop tard pour Iris. Il faut m'obtenir un visa et un billet d’avion.

 - Pour le visa, je me suis déjà renseigné, on vous le donnera à l’arrivée à condition que votre passeport ne soit pas échu. Pour le billet d'avion, c'est plus compliqué.

 - Je comprends, on ne me prends pas au sérieux.

 - Vous vous trompez, j’ai totalement confiance en vous.

 - Vous peut-être, mais pas les autres.

 - Il y a peu peu de ça. Et puis si le temps presse,  je préfère vous rembourser vos frais à votre retour. Question d'administration.

 - Et dans un cas très très urgent, comment faites-vous?

 Le commissaire sort son portefeuille de son veston, l’ouvre et en sort cinq billets de cent francs.

 - Tenez, me dit-il, c’est une avance, de ma propre poche.

 - Non merci, dis-je, on fera les comptes à mon retour.

 - C’est tout ce que je peux faire pour l'instant, me déclare-t-il, car l'administration est une affaire qui ne fonctionne bien que lorsque toutes les têtes grises ont les mêmes idées. Vous voyez ce que je veux dire?

 - Parfaitement. Mais qu'est-ce que vous auriez fait si je n’avais pas un centime?

 Le commissaire ne sait quoi répondre.

 - Aucune importance, dis-je en souriant. Toute société a ses faiblesses. Même si des milliers d’hommes comme vous luttaient pour le bien-être de tous.

 Puis je demande au commissaire:

 - Vous n'avez pas rédigé de rapport sur nos dernières conversations?

 - Un très vague rapport. Sans aucune précision, aucune décision.

 - Personne ne doit être au courant de mon voyage pour la Jordanie, dis-je fermement. Je vous le dis pour la deuxième fois, il y a peut-être un traître parmi les têtes grises ou au sein même de la police.

 Le commissaire paraît pensif.

 - Vous me prenez pour un fou, dis-je, n’est-ce pas?

 - Pas du tout. Je pense à quelqu'un. Un jour vous le saurez, peut-être. Pour l'instant occupons nous de votre voyage, me dit-il en se levant énergiquement... à suivre

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24/03/2013

L'odyssée d'un rêveur (20, à suivre)

 J’entre dans une horlogerie.

 Un vieil horloger, penché sur une montre à pendule, un immense tournevis à la main, se redresse et me déclare:

 - La ponctualité est signe de sagesse, car il est question de respect de l'autre. Cela vous concerne tout particulièrement. Une erreur de votre part et c'est la catastrophe. Une fraction de seconde de retard risquerait de vous donner des maux de tête jusqu'à la fin de vos jours et je ne parle pas des maux de coeur.

 Il me montre son immense tournevis et me dit:

 - Ceci n'est qu'un outil mais mille fois plus utile que tout bon conseil. À chacun son propre outil. Le vôtre, je ne connais pas. D'ailleurs, ça ne m'intéresse pas de le savoir. Mais il serait nécessaire que vous vous le sachiez.

 Subitement un corbeau à moitié déplumé survole le magasin et va se poser sur une armoire qui se trouve dans un angle de celui-ci.

 - N’ayez crainte, me dit l'horloger. C'est mon oiseau de malheur, mon juge, mon critique d'art. Il est né pour semer le doute, le trouble. Incapable de découvrir l'essentiel, il se contente de juger l'homme ou l'artiste en se basant sur la propreté et la qualité de ses chaussures.

 - Et il vient souvent vous rendre visite? je lui demande en désignant de la tête cette bête curieuse.

 - Trop souvent, me répond l’horloger avec rage. Il me rend parfois malade. Surtout le jeudi.

 - Le jeudi?

 - Pourquoi le jeudi?

 - Oui, pourquoi le jeudi?

 - Parce que c'est le jour où je peux rester plus longtemps au lit le matin.

 - Et alors?

 - Alors, il vient me réveiller et il me dit que ce n'est pas parce que les écoles sont fermés ce jour-là, qu'il ne faut pas remonter les horloges. Je sais qu'il n'a pas tout à fait tort, mais ce n'est pas une raison suffisante pour jouer au gendarme et me réveiller comme on réveille un vagabond de grand chemin.

 Tout d'un coup toutes les horloges du magasin se mettent à sonner.

 Et l'horloger me dit avec calme:

 - Camarade, nous en avons pour un sacré bout de temps à faire cesser cette symphonie infernale. Commencez par choisir la montre qui vous paraît la plus familière et, une fois convaincu de votre choix, prenez-la dans vos mains et essayez de l'écraser de toutes vos forces.

 Je porte donc mon choix sur une montre-bracelet en or qui se trouve sur une chaise, oubliée sans doute par un client, mais celle-ci me glisse entre les doigts...

 Je me lève. Je cherche mon réveil qui sonne. Je le trouve sous mon lit... à suivre

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23/03/2013

L'odyssée d'un rêveur (19, à suivre)

 Pierra: Pétra. Helvète: hellénique. Un mur en plein désert, un bédouin...

 L’avion ne peut se trouver que dans ce coin d'enfer, me dis-je.

 J'attends, comme prévu, le commissaire dans un café où les étudiants et les étudiantes dévorent autant les théorèmes et les axiomes qu'ils se dévorent des yeux.

 L'ami des justes arrive avec vingt minutes de retard.

 - Mille excuses, me dit-il en s'asseyant, j'ai été retenu pour une question administrative.

 Je suis étonné de ses mille excuses. Et de son retard aussi. Pour un homme qui aime la perfection du comportement humain, la non-ponctualité doit être synonyme de crime. Enfin, on se pardonne toujours ce que l'on ne veut jamais pardonner aux autres.

- Alors? Quoi de neuf? Toujours rien? Quelles sont vos intentions? Préférez-vous que nous organisions ensemble votre programme ? Avez-vous fait d'autres rêves intéressants? me demande le commissaire avec rapidité et méthode.

 Je déteste les hommes pressés autant que les vent violents. Car aussi bien les uns que les autres sont des agents perturbateurs et destructeurs.

 - Je n'ai rien rêvé, je réponds au commissaire après cette réflexion.

 - Vous semblez avoir des soucis, me dit-il.

 - L'avion est aux mains des Palestiniens, je lui réponds.

 - C’est impossible, me déclare-t-il. Il y a longtemps qu'ils auraient revendiqué cette attentat.

 - On murît avec l’âge,  je 1ui réponds. Au début on parle puis, avec les années, on finit par se taire. Pourquoi chercheraient-ils à négocier un tel butin?

 - Un tel butin?

 - Vous n'êtes qu'un commissaire, Monsieur le commissaire.

 - Que voulez-vous dire par là?

 - À chaque grade son pouvoir.

 - Mais c'est une insulte!

 - Non, mais dans cette histoire vous n’êtes qu’un pion. Et vos supérieurs vous considèrent comme tel. La confiance ne règne pas au sein de la police comme vous le croyez. On se méfie autant de vous que vous vous méfiez de moi.
 
 Un air de tristesse plane autour du commissaire.

 - Vous avez rêvé ça? me demande-t-il.

 - Peut-être, dis-je.

 Puis, presque avec naïveté, il me demande:

 - Croyez-vous que je ne suis pas à la hauteur pour mener à bien cette mission?

 Mon coeur est plus fort que mon sens de jugement.

 - À mon avis, vous êtes l'homme qu'il faut, je lui réponds.

 Un air d'espérance flotte maintenant autour du commissaire. Un sourire de roi se dessine sur son visage. L’aigle blessé est prêt à s’envoler pour son habituelle altitude.

 - Nous allons faire du bon bouleau ensemble, me déclare-t-il avec enthousiasme.
 
 Puis il me dit:

 - Je me demande finalement pourquoi on a mis la presse à l'écart. Votre idée du butin en est peut-être la raison. De l'or et de l'argent sale...

 - Appartenant à plusieurs gouvernements.

 - De quoi monter toute une armée.

 - De quoi anéantir bien des villages.

 - Et les passagers?

 - Un révolutionnaire n'est pas forcément un assassin.

 - Vous êtes pro-palestinien?

 - Je ne suis pour personne mais j'estime que tout le monde mérite un chez soi. Chacun mérite de se sentir chez soi.

 - Le problème est bien complexe.

 - Avec de la mauvaise volonté, on prolonge n'importe quel cauchemar.

 - Vous avez une solution?

 - Si l'Égypte, Israël, la Jordanie et l'Arabie  saoudite acceptaient de céder un petit coin de leur territoire, situé au bord de la mer Rouge, on pourrait créer un pays pour les Palestiniens. Un pays que je baptiserais l’Akabie.

 Ma solution fait sourire le commissaire.

 Je devais m’y attendre car l’optimisme fait sourire le pessimiste.

 - Au fait, dis-je pour changer de conversation, vous n'avez rien commandé.

 - C’est vrai, dit-il, où ai-je la tête? Il faut que ça change! Je vais vous montrer comment on met de l’ordre dans un établissement public.

 Il se lève et déclare à haute voix:

 - Cet établissement mérite d'être sanctionne. Car le personnel néglige la clientèle par son absence.

 Des consommateurs nous regardent en souriant.

 Un homme, dont le ventre est aussi gros que celui d'une femme enceinte prête à accoucher, s’approche de nous et dit sèchement au commissaire:

 - Si mon établissement ne vous plaît pas, Monsieur, vous n'avez qu'à traverser la rue et faire vos singeries en face. Des illuminés comme vous, on n'en a pas besoin ici.

 Le commissaire d'un geste brusque sort  sa carte de policier, la colle presque sous le nez de l’homme et lui dit:

 - Qui juge trop vite risque de payer les frais d'un mauvais jugement. Je suis un représentant de l'ordre, commissaire de police. Et vous me devez respect et assistance dans le cas où je vous le demande. Avez vous compris?

 L'homme repousse le bras du commissaire et lui répond:

 - Même si vous étiez Dieu sur terre, vous ne feriez peur qu'à une mouche. Nous vous payons pour nous servir et non pour jouer au petit dictateur, Monsieur le commissaire de police!

 J’interviens en disant:

 - Le monde va déjà de travers, vous n'allez pas le faire basculer? S'il vous plaît, Messieurs, soyez nobles dans vos gestes et dans vos coeurs.

 Le commissaire et le patron du café, tous deux surpris de mes paroles, me regardent plein d'admiration.

 C’est le miracle sur terre! Et je propose:

 - Une bonne bouteille de vin avec de la viande séchée effacera cet incident ridicule.  Qu’en dites-vous?

 Personne ne dit non. Le contraire m'aurait étonné... à suivre

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22/03/2013

L'odyssée d'un rêveur (18, à suivre)

 Intrigué dès mon réveil, vers huit heures, par le nom de Pierra, je vais à la bibliothèque municipale et je me mets à enquêter sur cette mystérieuse personne.

 Et c’est au bout de plusieurs heures, après avoir fouillé dans une vingtaine d’ouvrages historiques et de dictionnaires, que je tombe sur un nom qui pourrait être la clé de mon énigme.

 Je lis et relis:

 Pétra: ville de l'Arabie ancienne, capitale des Nabatéens... Vestiges de monuments taillés dans le rocher... Nabatéens: peuple de l'Arabie septentrionale qui constitua un état puissant à l'époque hellénistique...

 Je décide alors d'approfondir ma connaissance.

 Je feuillette un livre d'archéologie parlant de Pétra quand subitement une main sur mon épaule me fait sursauter. C’est le commissaire!

 - Vous vous intéressez aux vieilles pierres? me demande-t-il avec humour.

 - La réponse est là, dis-je.
 
 Le commissaire sourit.

 - Dans ce livre? dit-il.

 -Tant de choses échappent aux yeux des lecteurs, je réponds.

 - Je ne savais pas qu'un avion pouvait se transformer en un objet antique.

 - Vous le savez maintenant.

 Le commissaire me demande en changeant de ton:

 - Est-ce qu'on a essayé de vous contacter?

 J’hésite puis je réponds avec fermeté:

 - Oui, j'ai reçu une lettre anonyme.

 - Ce matin?

 -Non, le jour-même où vos gendarmes sont venus me chercher.

 Le commissaire est un peu étonné.

 - Pourquoi ne me l'aviez-vous pas dit tout de suite? me demande-t-il

 - Question d'envie.

 - Et lors de notre réunion, en présence de la haute autorité, c’était aussi une question d'envie?

 - Non, de méfiance.

 - De méfiance?

 - Oui, une question de méfiance.

 - De qui vous vous méfiez?

 - De tout le monde.

 - Non, il y a une raison.

 - Même plusieurs.

 - Citez-en une.

 - Un traître n'est pas à exclure.

 - Tout de même!

 - Je fais confiance à mes rêves, Monsieur le commissaire.

 - Vous exagérez.

 - La vie ne pardonne pas, le rêve encore moins.

 - Vous n'êtes pas sérieux.

 - Je suis très sérieux. Oui, un traître n'est pas à exclure. Car l'argent pourrit l'homme. Et puis, il y a le problème des sympathies politiques et religieuses...

 - Bref, bref! Que disait cette lettre?

 - Je devais téléphoner...

 - A qui?
 
 - Inconnu.

 - L'avez-vous fait?

 - Non.

 - Pourquoi?

 - Parce que j'étais en prison chez vous à ce moment.

 - Nom de Dieu! Mais pourquoi ce silence? Nous serions maintenant sur une piste.

 - Pas forcément. Le silence est notre meilleur allié.

 - Et depuis, avez-vous essayé de téléphoner?

 - Je viens de vous le dire, le silence est notre meilleur allié.

 Le commissaire se gratte la tête puis il me dit sèchement:

 - Quel est ce numéro?

 - Pas question.

 - Je vous ordonne de me le donner.

 Je serre les poings et lui dit:

 - Une lettre scellée se trouve chez mon avocat. Remettez-moi en prison et toute la presse sera au courant de cette histoire.

 Un léger grincement de dents et l'ennemi du désordre me déclare avec humour:

 - Si toutes les sorcières avaient votre ruse à la place de leur balai, je me serais déjà converti à l'occultisme.

 Et il ajoute avec sérieux:

 - N’oubliez pas que nous devons nous voir cet après-midi.

 - J’ai une mémoire d'éléphant, je lui réponds avec un sourire au bout des lèvres. Surtout lorsque je n'ai rien à gagner... à suivre

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21/03/2013

L'odyssée d'un rêveur (17, à suivre)

 Une entrecôte tendre comme du beurre, de croustillantes frites, quelques haricots pour garniture et un vieux bourgogne pas trop cher suffisent pour créer un climat de détente et de confiance.

 Ce qui prouve que l'amitié passe par le ventre avant de séjourner dans les sphères nébuleuses de l'esprit.

 Trois heures plus tard, je suis chez moi. Le seul coin auquel je suis attaché. C'est mon paradis à moi, ma prison bien aimée, mon sanctuaire, mon tombeau...

 Il est tard. C'est donc le moment de tirer le rideau sur une journée trop chargé en promesses.

 Je me retrouve face à un mur. En plein désert. Le sable est rouge. Le mur ne m'est pas totalement inconnu. Il a quelque chose de familier.

 Un bédouin surgit de derrière le mur et me dit:

 - Pierra va accoucher d'un mouton noir. Il ne faudra pas laisser en vie un tel monstre. Ça permettrait aux légions helvètes de surgir des temples.

 - Quelle idée! dis-je.

 - Les idées ne manquent pas ici, me répond le bédouin avec tristesse. C'est l'argent qui manque.

 - Comme partout, j'ajoute.

 - Sans doute, me dit-il, mais Pierra ne doit pas accoucher.

 - Comment est-ce possible? Comment une femme peut-elle accoucher d'un mouton noir?

 - Le feu engendre le feu. La folie engendre la folie. Un grain de sable dans l'engrenage et c'est la catastrophe. Le vent de la haine est un élément à craindre. À votre place, j'aurais déjà essayé de mettre fin au fonctionnement de cette machine débile. Voulez-vous essayer?

 - Que dois-je faire?

 - Avorter Pierra.

 - Comment? Je ne suis pas médecin et je n'ai pas la moindre connaissance dans ce domaine.

 Le bédouin se met à rire. Puis il me dit avec le sourire:

- Vous êtes plus jeune que moi. En meilleure forme. Un coup de votre sabre dans son bras et le tour est joué. Pierra est une assoiffée, comme on dit chez nous. Elle a soif de jeunesse et d'espérance. Vous n’avez pas perdu votre sabre pendant le voyage?

 - Je ne crois pas.
 
 - Où est-il?

 - À sa place.

 - Où ça?
 
 - Derrière mon dos.

 - Vous voulez rire?

 - Non.

 - Je ne vous crois pas.

 - Vous n'avez qu'à constater par vous-même.

 Le bédouin tourne autour de moi et tout d’un coup il se met à me frapper...

 Je me réveille avec une forte douleur dans les reins.

 L'alcool probablement, me dis-je.

 Je me masse le bas du dos avec une pommade à l'essence d’eucalyptus, pommade miracle qu’un ami m’avait apporté de la Thaïlande.

 Je vais à la cuisine où je me prépare une tisane miracle qu’un autre ami m'avait apporté de la Birmanie.

 Et, miracle après miracle, je replonge dans mon lit car il n'est que quatre heures du matin... à suivre

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20/03/2013

L'odyssée d'un rêveur (16, à suivre)

 Toute expérience est enrichissante. Même celle de la prison, à condition qu'elle soit de courte durée. Elle est surtout enrichissante pour ceux qui aiment réfléchir mais abrutissante pour ceux qui n'ont rien à réfléchir. Je remercie le Seigneur pour m'avoir créé avec une cervelle capable d'encaisser bien des injustices et des insultes. Un cerveau guère plus développé que celui de n'importe quel autre idiot de mon espèce mais dont quelques cellules ont germé avec quelques siècles d’avance. Sans doute par un pur hasard de circonstance. Ou par caprice. Un génie n'est-il pas quelques fois capricieux?
Que dire du Créateur?

 La porte de ma prison provisoire s'ouvre pour un nouveau face-à-face avec le commissaire, je pense.

 Et encadré par deux monstre de chair et de muscles, tel un richissime marchand de canons respecté et haï de tous, je me laisse conduire vers un ailleurs plus étrange que le plus étrange labyrinthe de mes rêves.

 De couloir en couloir, de porte en porte, je me retrouve dans une pièce digne d'un salon royal.

 On me demande de m'asseoir au bout d'un table ovale. J'obéis avec plaisir. Les deux gendarmes se retirent. Le temps de regarder autour de moi la beauté du décor et voilà qu'arrive le commissaire accompagné de deux femmes et de quatre hommes. Je me lève plus par timidité que par politesse. Le commissaire me fait gentiment signe de m'asseoir. Tout le monde s'assied.

 On me regarde avec curiosité, bien qu'avec le sourire. Je dois être à leurs yeux une bête curieuse tombée du ciel.

 Le commissaire ouvre un dossier et me dit d'un ton solennel:

 - Monsieur Jean Delarue, la vérité n'est pas toujours bonne à dire car chose faite risquerait d'engendrer des réactions en masse sans précédent. Et mon métier consiste principalement à empêcher toute avalanche d'injures et d'accusations. Mais parfois, il est sain de mettre les points sur 1es “i” afin de donner espoir aux désespérés et courage aux découragés. Malheureusement, lorsqu' il s'agit d'un cas particulier, il m'est déconseillé de prendre une décision sans la présence de la haute autorité. C'est pourquoi j'ai fait appel, si je puis m'exprimer ainsi, aux têtes grises du canton. Ces personnes sont présentes ici. Monsieur Delarue, bien que vous soyez soupçonné d'appartenir à une armée secrète de terroristes déterminés à faire exploser la planète, nous avons décidé, fautes de preuves, de vous libérer.

 - Le contraire serait une absurdité, dis-je.

 - Comment ça une absurdité? s'exclame le commissaire, étonné et vexé à la fois.

 - Faut-il vous remercier, vous et le président de la confédération pour être dans mes droits?

 - N'oubliez pas Delarue que la police à tout pouvoir lorsqu'il s'agit d'un cas particulier et vous êtes un tel cas.

 - Je comprends, dis-je, la police comme toute institution créée par des hommes en colère est capable de beaucoup d'imagination. Elle peut aussi bien épingler une médaille au revers de mon veston que m'agrafer un sachet d'héroïne à la poche de celui-ci. Tous les moyens sont bons lorsqu'il s'agit d'un cas dit particulier, n'est-ce pas commissaire?

 Le commissaire ne répond pas.

 Et j' ajoute:

 - De toute façon, quelque soit ma moralité, vous avez besoin de moi. Car je suis le seul à pouvoir retrouver l’avion disparu. Par des méthodes toutes autres que les vôtres. Des méthodes qui vous intriguent pourtant mais pour lesquelles vous restez sceptique, faute d’éducation. Un esprit préoccupé par le temps ne peut explorer le temps. Oseriez-vous dire le contraire?

 Le commissaire se gratte la tête, regarde ses complices, aux têtes plus chauves que grises à part les deux dames, et me répond:

 - Je ne crois ni aux pouvoirs parapsychologiques, ni à ceux des sorciers et je m'efforce de croire aux miracles du Christ. Je ne crois qu'au pouvoir de la raison et de la logique. Cependant votre rêve sur mon fils m'a donné beaucoup à réfléchir. Car il a permis à mon enfant d’éviter le pire. J'ai conclu que pour une fois dans l'histoire de notre police, il serait intéressant de confier une mission à un citoyen hors du commun. Acceptez-vous de collaborer avec nous?

 Mes yeux brillent de joie. Plonger officiellement dans une histoire d'espionnage, c'est le désir de tout aventurier qui a conservé une âme d'enfant. Pourtant un petit ange-gardien me conseille de garder mes pieds sur terre.

 - Acceptez-vous de collaborer avec nous? me redemande le commissaire.

 - Je ne dis pas non, je réponds.

 - C'est-à-dire?

 - J’accepte mais à la condition que je puisse me retirer quand je le voudrais.

 Les têtes grises se regardent les unes les autres, se font de drôles de sourires puis le commissaire déclare:

 - L'appétit vient en mangeant...

 - A-t-on essayé de vous contacter? me demande-t-il subitement.

 Le silence est d’or et la parole d’argent. Mais les conseils d’un rêve valent beaucoup plus.

 - Non, je réponds, personne n'a essayé de me contacter

 - Ça viendra, sûrement ces prochains jours, me dit le commissaire.

 - En somme, il a suffit d'un rêve pour que tout soupçon à mon égard parte en fumée.

 Tout le monde sourit.

 - Tournons la page et passons à table pour une plus appétissante conversation! dit le commissaire... à suivre

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19/03/2013

L'odyssée d'un rêveur (15, à suivre)

 Je m'allonge sur le banc en béton de mon nouvel habitat: cellule d’un à deux mètres carrés destinée à étouffer aussi bien le désespoir que tout espoir.

 Il faut que je tienne bon, me dis-je. De toute façon, ils n'oseront pas me torturer.

 De petites inscriptions et de minuscules dessins obscènes contre les murs me font sourire.

 Je ferme les yeux. Je préfère le noir de l'aveugle au gris beige du prisonnier.

 Je me trouve au bord d'une rivière. Assis, les pieds dans l'eau.

 Sur l'autre rive, un garçon d'une dizaine d'années est en train de pêcher.

 - Ça mord? je lui demande.

 - Je ne sais pas, me répond-t-il d'une voix fragile et mélancolique.

 - Il faut regarder le bouchon, lui dis-je. Quand il disparaît de la surface de l'eau, c'est que ça mord. Et puis on sent les vibrations... Tu sens quelque chose?

 - Je ne sens rien.

 - Ça fait longtemps que tu es là?

 - Depuis ce matin. C'est peut-être l'effet du médicament.

 - Quel médicament?

 - Le médecin m'a fait avaler une dragée  noire. Au début, je ne voulais pas la prendre mais comme elle était amusante je l’ai prise.

 - Pourquoi tu dis qu’ elle était amusante.

 - Parce qu’elle ressemblait au drapeau de s pirates. Noir avec un tête de mort.

 - Mais c’était du poison! je crie.

 - Du poison pour poisson? me demande le gamin d'un air naïf.

 - Mets les doigts au fond de ta gorge, je conseille au gamin avec affolement. Il faut que tu vomisses, tu as avalé du poison.

 Le gamin m'obéit aussitôt.

 Il met deux doigts au fond de sa gorge et un serpent noir sort de sa bouche.

 Puis il se met à cracher du sang et de la boue...

 Je me réveille en toussant. À cause d'un cathare bloqué au fond de ma gorge.

 L'air conditionné, cette invention pleine de fraîcheur n'est bonne que pour les esprits surchauffés et la prolifération des virus.

 Le lendemain matin, après un bol de café au lait et un morceau de pain, on m'amène au bureau du commissaire.

 - Alors Delarue, me dit le représentant de l'ordre, vous avez mis vos idées en place?

 - Mes idées ont toujours été en place, je lui réponds sèchement. C’est sans doute pour cela qu'elles dérangent certaines personnes. Malheureusement pour elles et malheureusement pour moi.

 - Dans la vie, il faut savoir mettre de l'eau dans son vin si l'on veut se faire des amis, me dit le commissaire.

 - Un vrai ami vous accepte tel que vous êtes.

 - C’est a vérifier.

 - Qui se ressemblent s’assemblent.

 - Tout est possible dans votre univers impossible...
 
 - Mais un jour vous vous retrouverez dans le lit d'un hôpital psychiatrique et l'on vous forcera avaler des potions magiques.

 - Pourquoi dites vous ça?
 
 - Parce que vous cherchez l'erreur là où tout est parfait et la perfection dans le trou noir de l'absurdité.

 - Vous croyez vraiment ce que vous dites?

 - Je préfère ne pas vous répondre.

 - Vous avez peur?

 - Un bourreau est toujours à craindre. Car son métier est de tuer sans juger. Il condamne sans jugement. Et à force de jouer ce jeu imbécile, il risque même de vouloir un jour condamner sa propre image en se regardant dans une glace. Je plains vos proches et surtout actuellement votre fils.

 A ces mots, le visage du commissaire devient d'une blancheur incroyable.

 - Vous connaissez mon fils? me demande-t-il tout affolé.

 - Dans mon dernier rêve seulement.

 - Qu'avez-vous rêvé?

 - On l'a forcé à prendre un médicament.

 - C’est tout?
 
 - Non.

 - Continuez.

 - Il péchait...

 - Parlez-moi plutôt du médicament. Quel sorte de médicament c'était?

 - Un médicament qui avait une allure de poison.

 - C'était mortel pour lui?

 - Oui.

 - Et il l'a avalé?

 - Oui, mais suite à mes conseils, il l'a craché.

 Le commissaire se lève d'un bond et comme une furie quitte son bureau.

 Trois minutes plus tard, deux gendarmes me ramènent dans ma cellule... à suivre

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18/03/2013

L'odyssée d'un rêveur (14, à suivre)

 - De Londres? Mais alors il s'agit d'un cas international!

 - Parlez-moi de vos rêves.

 - A quoi bon? Puisque vous n'êtes point un adepte de l'irrationnel, dis-je d'un ton amusé.

 - Cessez de faire le pitre, Delarue! me dit le commissaire un peu énervé. Nous vivons des temps difficiles. La troisième guerre mondiale est à deux doigts d'éclater et je ne tiens pas à ce que cette catastrophe arrive. Personne d'ailleurs. Sauf quelques fous avides de destructions. Delarue vous êtes soupçonné de faire partie d'une bande de terroristes impliqués dans une sale affaire,  l'affaire de l'avion disparu.

 - De nos jours plus rien ne m'étonne. Le boucher non syndiqué est soupçonné de crime de guerre. Le médecin antimilitariste est soupçonné d'avortements illégaux. Le clochard d'espionnage. Et le faiseur de rêves prémonitoires d'actes de terrorisme. Les temps sont difficiles parce que nous les rendons difficiles. Intoxiqué par un avalanche de conseils et d'informations contradictoires et douteuses, l'homme d'aujourd'hui est incapable de voir la réalité des choses. Et pourtant tout est si simple lorsqu'on se contente d'être ce que l'on est. C'est dans le silence de l'âme que jaillit la vérité de chaque moment. Si ça vous fait plaisir de me soupçonner de faire partie d'une bande de je ne sais quoi, c'est votre droit. Mais vous aurez du mal à me persuader d'être ce que je ne suis pas. A moins que vous ayez des méthodes diaboliques.

 Le commissaire s'allume une cigarette.

 En offrir une à un éventuel ennemi de la nation serait contraire à toute logique politico-policière?

 - Vous avez dû lire trop de livres policiers, me dit le commissaire, d'un air narquois.

 - Aucun, je lui réponds.

 - Alors trop de films.

 - J'ai horreur de ce genre de cinéma. Je sais pourtant que la violence sommeille dans le coeur de tout homme. Une petite blessure, une petite étincelle et voilà que le feu s'anime. L'homme depuis qu'il est homme n'a fait que de changer de costume et de décors.

 - Vous êtes un drôle de type, Delarue, me dit le commissaire.

 Je souris.

 - Car j'ai de la peine à vous saisir, continue-t-il. Tantôt je vous crois, tantôt je ne vous crois pas. Sans doute parce que j'ai une vague intuition que vous me cachez quelque chose.

 - Concernant l'affaire de l'avion disparu ou concernant mes rêves?

 - Cela prouve que j'ai raison.

 - Je n'ai jamais dit le contraire.

 Le commissaire éteint nerveusement sa cigarette.

 - Et dans quel but agissez-vous ainsi? me demande-t-il.

 Je ne réponds pas .
 
 - Dans quel but? me demande-t-il en haussant la voix. L'affaire est de toute importance. Nous risquons l'explosion finale, dans les plus brefs délais si nous ne mettons pas la main sur ce commando mystérieux.

 - L'explosion finale, commando mystérieux, dis-je calmement. Vous vous foutez de moi ou quoi? Vous n'avez pas honte de me raconter des salades dans l'espoir de me faire peur afin...

 - Afin?

 - Afin que je tombe dans le panneau.

 - Vous allez mal finir, crie-t-il. Vous allez être condamné pour non assistance à des personnes en danger de mort.

 J'éclate de rire.
 
 Le commissaire reste bouche bée

 Puis le fou rire passé, je lui dis:
 
 - Je ne risque strictement rien. Pour la simple raison qu'il existe un pouvoir au-delà du pouvoir des hommes. Mettez-moi en prison, torturez-moi, utilisez vos drogues et vos sérums, de toute façon ça m'est égal, et vous vous enfoncerez dans une mare d'erreurs et d'absurdités de laquelle vous ne pourrez plus vous en sortir.

 - Ce n'est pas la première fois que l'on me tiens ce discours. Bref, puisque vous refusez de nous dire ce que vous savez, nous nous trouvons dans l'obligation de vous garder quelques jours parmi nous... à suivre

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17/03/2013

L'odyssée d'un rêveur (13, à suivre)

 Et pour la deuxième fois de ma vie, me voici face au pouvoir policier en personne. Avare en explications mais avide de renseignements.

 Sec, fier et froid comme le marbre, le commissaire, le nez plongé dans un dossier, le mien sûrement, me dit d'un ton sévère:

 - Nos méthodes sont parfois peu orthodoxe, je le sais, mais nécessaires pour résoudre rapidement et avec efficacité tout problème mettant en danger toute une population. Monsieur Delarue, dit le pitre...

 - Dit le pitre? Depuis quand?

 Le commissaire relève la tête et me dit:

 - Monsieur Delarue, je ne vous ai pas fait venir ici pour philosopher sur votre surnom mais pour avoir des renseignements sur Mademoiselle Iris...

 -Je croyais pourtant que c'était pour m'en donner.

 - Question de méthode.

 - Belle méthode!

 - Efficacité et rapidité avant tout.

 - Malheureusement pour vous, Monsieur le commissaire, aucune méthode, aussi géniale soit-elle, n’est parvenue à percer le mystère du néant.

 - Que voulez-vous dire?

 - Je n'ai plus de nouvelle d'Iris depuis le moment où nous nous sommes quittés sur le quai de Hoek van Holland, aux Pays-Bas.

 - Êtes-vous certain?

 - Aussi certain que vous.
 Le commissaire se ronge ses ongles. Mauvais signe.

 - Pour qui travaillez-vous, Delarue? me demande-t-il.

 Ça recommence. Il faut que je sois sur mes gardes. Et si je brouillais les pistes? Conseil de sommeil, conseil de merveille!

 J'hésite puis je plonge dans l'océan agité du mensonge:

 - Pour Monsieur Bergmann, bijoutier à Amsterdam.

 - En qualité de quoi?

 - En qualité de représentant en pierres précieuses.

 Le commissaire tourne quelques pages du dossier...

 - C'est pire qu'un roman d'espionnage, lui dis-je d'un ton amusé.

 Le commissaire redresse alors sa tête et me foudroie de ses yeux.

 Puis il me dit avec ce regard d'aigle affamé:

 - La police fait du contre-espionnage. Ma police en tout cas. Mais cela est toute une autre question. Revenons à nos moutons. Vous avez dit Bergmann...

 Et il pointe son doigt sur une liste de noms.

 - Malheureusement pour vous, me dit-il, il n’y a aucune personne de ce nom sur ma liste... aucune personne avec laquelle vous ayez eu un contact aux Pays-Bas.

 - Je travaille pour qui alors? Pour un fantôme? je lui demande en prenant un air étonné.

 Le commissaire se lève d'un bond de son grand fauteuil en cuire et me dit à haute voix:

 - Monsieur, le jour où les poules auront des dents, je glisserai comme un escargot entre les trous de votre imagination. Delarue, vous mentez. Vous mentez, soit parce que vous avez peur, soit parce que vous vous êtes mis dans la tête des idées sur la police, des idées totalement erronées.
 - Je n'aime pas vos méthodes, Monsieur le commissaire, je lui réponds à voix haute également.

 - Calmez-vous, calmez-vous! dit-il et il se rassied.

 Puis tout en jouant avec un coupe papier, il m'explique:

 - Au sommet de la pyramide, il y a le grand patron, puis il y a les directeurs de différents services, puis le commissaire, puis les inspecteurs, puis les petits gendarmes. Les petits gendarmes peuvent devenir de grands gendarmes. Car cette race d'hommes est limitée quand il s'agit d'avoir de l'imagination. Et dans ce métier où on a plus affaire à des inconnus qu'à des êtres très connus, il faut savoir romancer. Tous les jours, dans ce bureau même, la réalité dépasse la fiction. Malheureusement et heureusement puisque nous sommes-là. Si je vous dis tout ça, mon cher Monsieur, c'est pour essayer de vous faire comprendre que la police n’est pas une vague et douteuse institution d'hommes décidés à vouloir imposer aux autres hommes, vivant sous le même ciel, une quelconque idéologie mais au contraire une organisation d'hommes et de femmes engagés, au risque de leur vie, pour faire régner l'ordre dans cette société et par la même occasion à permettre à chaque citoyen de vivre en paix, c'est-à-dire à 1’abri de tout acte agressif... Qu'en pensez-vous? D’accord ou pas d'accord?

 - Au départ tout idée humanitaire est bonne, mais après? je lui réponds.

 - Je vois ce que vous voulez dire. La vie n'est pas toujours une question de chance mais souvent une question de choix.

 - Chance ou choix... c'est blanc bonnet et bonnet blanc. Le vent souffle sur notre tête et emporte au loin nos joies et nos peines, malgré nous. Et personne n’y peut rien. Car la mécanique établie par le Seigneur est incontrôlable.

 - À ce tarif-là, il n’a plus qu’à s'asseoir au bord d'un trottoir et attendre que la nourriture vienne s'introduire dans votre gueule. Vous êtes un drôle de philosophe!

- Philosophe est un peu fort pour un individu de mon espèce. Mais si, toutefois, vous tenez à me coller une étiquette, je dirai que je suis un adapte de l'irrationnel ou de l'impalpable. J’émets et je capte des informations émises par l'univers tout entier.

 - Et que captez-vous sur votre petite amie?

 - Je l'attendais celle-là!

 - C'est le but de votre visite...
 
 - De mon arrestation.

 - Si vous préférez... Alors?

 - C'est le brouillard. Le néant même... Mais, au fait,  pourquoi vous intéresse-t-elle autant?

 Le commissaire hésite quelques secondes puis me déclare:

 - Parce qu'elle est recherchée par son père.

 Je me gratte la tête et lui dit:

 - Vous renversez les rôles, Monsieur le commissaire. Il doit y avoir une grande lacune dan votre dossier. A moins que...

 - A moins que?

 - Que vous prêchez le faux pour connaître le vrai.

 - Je n'y avais pas pensé, me dit-il en souriant.

 Puis il se lève, fait quelques pas, comme un lion dans une cage, s'arrête et me demande:

 - C'est quoi cette histoire de rêve? Est-il vrai que vous faites des rêves prémonitoires?

 - D’où tenez-vous ces informations?

 - De Londres... à suivre

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16/03/2013

L'odyssée d'un rêveur (12, à suivre)

 À dix heures du soir, je quitte la patronne du café après avoir procédé à quelques échanges para-culturels provoqués par l’indomptable Baccus et mes déclarations intimes...

 Chez moi, je prends une douche bouillante pour expulser de mes pores la sueur étrangère qui s’y est introduite lors de ces échanges.

 Frais et libéré de toute toxine, je m'allonge sur mon lit.
 

 Il ne faut pas que j'oublie de téléphoner,  me dis-je en pensant à Iris. Drôle d’histoire. Un avion n'arrive pas à destination et pour une fois aucune presse en parle. Est-ce si gravé? Plusieurs gouvernements sont-ils impliqués? M'a-t-on raconté des balivernes? Pourtant cette lettre...

 Fatigué pour avoir, ce jour-là, trop réagi face à tant d'absurdités, les muscles de mes paupières abandonnent toute résistance...

 Un camion chargé de sable s'arrête à quelques mètres de moi.

 Le chauffeur, grand et musclé comme un eunuque des mille et une nuits, sort de son véhicule et, tout en vérifiant les pneus avant de celui-ci, dit à haute voix:

 - C’est pire qu'au cinéma. La police tire sur n'importe qui maintenant. On se croirait à Chicago au temps de la prohibition. Seuls les filiformes peuvent traverser cette jungle sans la moindre égratignure. A croire que les muscles leur donnent des boutons au cerveau. Heureusement que mon camion encaisse bien, même un obus ne le décourage pas.

 - Pour quelle raison font-ils ça? je lui demande.

 L'homme ne répond pas à ma question mais poursuit avec calme:

 - Un filiforme en cache un autre. C'est une race maudite. Maudite mais appréciée.

 Il s'approche de son réservoir d'essence et l'examine.

 - C'est son seul point faible, dit-il. Une étincelle et c'est l'explosion. Un petit trou et c'est la mort dans le désert.

 Puis il me regarde d'un air sévère et  me demande:

 - Vous habitez la région?

 Au fait où suis-je?

 Je jette un coup d'oeil autour de moi et je constate, à ma stupéfaction, que je me trouve en plein désert.

 - Alors, mon gars, me dit l'homme, vous avez avalé votre langue?

- Je crois que je me suis perdu, je lui réponds. Où sommes-nous finalement?

 - C’est plus grave que je pensais, dit-il avec le sourire.

 - Où sommes-nous? je redemande complètement paniqué.

 - Calmez-vous, calmez-vous! me conseille-t-il. Il faut toujours garder son sourire dans un endroit pareil. Car les vautours nous guettent. Et à la première faiblesse, ces oiseaux de malheur profitent pour nous attaquer.

 Je cherche les vautours dans le ciel.

 - Oh non, ce n'est pas là qu'il faut chercher, me dit l'homme. Ils sont plus malins que vous et moi. Ils chassent en secret.
 

 - Mais pourquoi me dîtes-vous tout ça? je lui demande.

 - Seul Dieu le sait! me répond l'homme en levant le bras au ciel. Toute explication ne serait qu'une vague et douteuse approche d'une éventuelle réalité. Les sentiments trahissent la mémoire et vice-versa. Vous devez le savoir mieux que personne. N'est-ce pas?

 - Qu'est-ce qui vous fait dire ça?

 - Vos rêves. Ne rêvez-vous pas des moments à venir? En principe, bien que je n'aime pas cette théorie, nos rêves sont les déchets inexpliqués du passé car la cervelle de l'homme est une machine à fabriquer des sensations et comme toute machine, elle possède une soupape de sécurité ou un réservoir pour les vieilles huiles. Et votre machine à vous semble fonctionner d'une façon toute particulière. Sans doute due à une question de connections. Un rien peut parfois bouleverser un tout... Et malheureusement pour vous, cette particularité a tendance à vous écarter du chemin de la réalité.

- Je comprends maintenant. Quelqu’un vous a sans doute demandé de me mettre la puce à l'oreille. Quelqu'un qui m'aime. Mais qui m’aime? Ce mot amour est un mot si compliqué pour moi.

 - Dieu seul le sait! Lui et ses anges qui rodent dans les airs et les eaux.

 - Que dois-je faire selon vous?
 
 - Être sur vos gardes. Ne vous laissez jamais emporter par le premier vent de sympathie. Résister à toute influence, à toute proposition, à toute demande...

 Subitement, le klaxon se met à hurler.

 L'homme remonte, comme une bête affolée, dans son camion afin de faire cesser ce bruit infernal. Coups de poings et coup de pieds ne servent à rien.

 - C’est un signe des dieux, me dit-il. Si seulement je pouvais savoir tout ce que cela veut dire. En tout cas, il serait préférable que vous vous éloigniez d'ici. Partez à toute vitesse! Partez bon sang! Avant qu'il ne soit trop tard...

 On sonne à ma porte.

 Je me lève, enfile un pantalon et vais ouvrir.

 Deux policiers en uniforme, deux colosses sont là. Un gros et un moustachu.

 Le gros me dit après avoir fait un vague salut militaire:

 - Il n'y a aucune raison de vous affoler. Nous sommes venus en amis, pour vous protéger.

 - Suis-je en danger? je demande, encore sous l'influence de mon rêve. Vous êtes sûrs que vous ne vous êtes pas trompé de porte? Qui voulez-vous protéger?

 Le moustachu me répond:

 - Mais vous, Monsieur. Vous êtes bien Jean Delarue, l’ami d’Iris Feller?

- Zut! Est-il plus tard que minuit? je demande en pensant subitement au coup de téléphone que je me suis promis de faire.

 -Sans doute, puisque nous avons reçu l'ordre de venir vous chercher vers minuit et quart, me dit le gros.

 - Vous êtes venus me chercher? C'est une arrestation alors? Vous avez un mandat? je demande avec énervement.

 Le moustachu me répond avec une froideur presque d'outre-tombe.

 - Le commissaire a des choses a vous communiquer concernant votre fiancée.

 - Il fallait me le dire tout de suite!

 Sans perdre la moindre seconde, je finis de m’habiller et suis les deux colosses au commissariat... à suivre

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15/03/2013

L'odyssée d'un rêveur (11, à suivre)

 Arrivé à Genève, plus personne ne s'occupe de moi. Ni regards, ni policiers, ni inspecteurs...

 Suis-je suivi à distance? Qu'importe! Qui vivra verra.

 Je monte dans un taxi qui m'amène, sans trop prolonger le parcours, en bas de chez moi.

 J'ouvre la boîte aux lettres et une montagne de prospectus tombe à mes pieds.

 Je ramasse toutes ces réclames et je les glisse automatiquement dans la boîte à papiers.

 Pas de lettre. Ni de lettre officielle. On dirait que le monde entier m'a oublié. Sauf bien entendu les marchands qui sèment à tout vent leurs éternels slogans publicitaires.

 La concierge sort de son guettoir et me dit avec son aimable voix de chien de garde:

 - Vous voilà, vous! Depuis votre départ, la maison est un boulevard. On n'a pas cessé de vous réclamer. D'ailleurs, on m'a remis ce matin une lettre pour vous. Attendez-moi, je vais vous la chercher.

 Bien sûr que je vais t'attendre, vieille emmerdeuse, me dis-je. Pour une fois que tu auras servi à quelque chose.

 Le temps de quelques traînées de pantoufles et la voilà devant moi, une lettre à la main.

 Elle me tend cette mystérieuse missive en me disant:

 - C'est un drôle de moustachu qui me la remise.

 Et elle ajoute:

 - J'espère que votre fiancée n'est pas en danger.

 - En danger? Mais qui donc vous a raconté ces âneries? je lui demande.

 - Mais le moustachu!

 - Le moustachu ou la lettre? Une enveloppe, ça se décolle, vous savez.

 A ces mots, tel un crapaud mythologique, ma concierge se met à enfler du visage et, ni une ni deux, elle me claque sa porte au nez.

 J'entre chez moi, où rien n’a vieilli d’une seconde.

 Je pose mes bagages et plonge sur mon lit la lettre entre mes dents. Quelle idée bizarre! Ça m'arrive de temps en temps.

 J’ouvre la lettre et je lis: “Si vous voulez revoir Iris, faites le 48.22.64 et dites Osiris demande Isis, entre 23 et 24 heures.”

 Quelle joie! Je suis en plein roman d’espionnage.

 ***

 - Vous étiez en vacances?

 - En voyage d'affaire.

 - Représentant?

 - Non, chercheur d'homme.

 - C'est quoi pour un métier?

 - Un métier comme un autre.

 - Ça fait partie de la police?

 - Heureusement pas!

 - Alors, ça fait partie de quoi?

 - De rien. Vraiment de rien.

 - Vous êtes en train de vous payer de ma tête.

 - Pas du tout, je suis au service de quelqu'un afin de trouver quelqu'un d'autre.

 - Et c'est passionnant?

 - Pas moins passionnant que d'être dentiste ou médecin généraliste.

 - Pourtant ce sont des métiers passionnants.

 - Pas pour moi. Soigner à longueur d'année des dents pourries ou des grippes ne vous enrichit pas, ni intellectuellement, ni spirituellement.

 - Mais ça vous permet d'avoir beaucoup d'argent. Et qui dit argent dit plus de temps libre...

 - Et qui dit temps libre ne dit pas forcément esprit libre... L’argent, je m'en fous totalement!

 - Si votre argent vous dérange à ce point-là, je suis prête à le dépenser, me dit la patronne du café avec un sourire au bout des lèvres.

- Voilà une bonne idée, dis-je d'un ton amusé. Du champagne pour commencer?

 La patronne me regarde d'un air interrogatif.

 Elle doit sûrement se demander si c'est du lard ou du cochon.

 - Alors! Qu'attendez-vous pour aller chercher une bouteille? dis-je.

 - Vous êtes sérieux? me demande-t-elle.

 - Et avec ça, je suis sérieux? dis-je en sortant de ma poche un billet de cent francs.
 

 La première gorgée de champagne me chatouille le  bout du nez, la deuxième le fond de mon estomac et la troisième la totalité de mon esprit...

 - Vive la nouvelle république! dis-je en levant mon quatrième verre.

 - Pourquoi la nouvelle? me demande la patronne, étonnée par ma déclaration inattendue.

 - Parce que je trouve que le monde est à refaire.

 - On a pourtant essayer à plusieurs reprises de le refaire.

 - Je ne le vous fais pas dire!

 - Alors?

 - Alors, il faudrait essayer encore une fois ... mais autrement. Sans feu, ni sang. Avec des actes et non des mots. Avec du bon sens et non des profits.

 - C’est le champagne qui vous met dans cet état?

 - Heureusement!

 - Ce qui veut dire que vous avez une mauvaise opinion sur l'homme d'aujourd'hui.

 - De hier et d'aujourd'hui.

 - Et sur l'homme de demain?

 - Il n'est pas encore né.

 - Mais vous avez une idée.

- Comment peut-on juger une chose qui n'existe pas... pas encore?

 - On peut tout de même prévoir. On sait bien qu'un pommier est destiné à donner des pommes et non des poires.

 - D’un pommier peuvent naître de belles pommes, de vilaines pommes ou rien du tout.

 - Mais un arbre soigné...

 - Non, non et non! D'avance, je ne suis pas d'accord car, d'une terre merdeuse, peuvent fleurir de belle roses roses... L'éducation et le milieu social ne sont que les deux maigres mamelles pour l'évolution de l'enfant...

 La patronne éclate de rire. Quant à moi, par jeu, je préfère garder mon sérieux.

 - Vous êtes toujours comme ça? me demande la patronne, une fois calmée.

 - C’est-à-dire?

 - Sérieux même face  au ridicule?

 Je lève mon verre et je déclare, bien entendu avec sérieux:

 - Je suis froid et lucide comme un philosophe face à une équation métaphysique. J'adore autant me perdre dans le creux d'une paire de mamelles que dans la voie lactée. Car dans les deux situations, je finis par m'interroger sur l'existence des trous noirs.

 La patronne s'approche de moi et me dit à l'oreille:

 - Moi, je suis une étoile filante. Si ça vous tente, je suis prête à me faire observer par votre télescope.

 Et de mot en mot, de verre en verre, de gros mot en gros mot, je me retrouve dans de beaux draps... à suivre

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14/03/2013

L'odyssée d'un rêveur (10, à suivre)

 Quelques heures plus tard, je quitte l’Angleterre dans un avion à destination mon pays natal.

 Enfin la liberté, me dis-je. En Suisse, on n’aurait  jamais agi avec tant de violence envers une personne soupçonnée de sabotage.
 
 Mais bien vite le doute m’encourage à penser autrement.

 La folie des hommes se propage à la vitesse de la lumière, me dis-je alors. Il suffit d'une faiblesse au sein d'un mouvement menant le bal et nous voilà propulsés dans les gouffres de l'inconscient humain. Nulle société n'est à l'abri d'une révolution.

 Une stewardess penche sa tête vers moi et me dit à voix basse:

 -Vous désirez du champagne? C'est offert par la compagnie.

 - Comment se fait-il que l'on soit si gentil? je lui demande.

 Elle est tout gênée.

 - Vous avez reçu des ordres? C'est le dernier verre du condamné?

- Je ne sais pas de quoi vous parlez, me répond-t-elle, le visage rouge tomate.

 C'est vrai j'avais oublié, l’homme a toujours eu de la sympathie pour les bandits de grands chemins. À se demander s’il préfère le diable au bon Dieu.

 - Tant pis pour la civilisation de demain, j'accepte le champagne.

 Et on m’apporte un quart de champagne bien frais.

 Iris aurait aimé ça, me dis-je en regardant pétiller ce vin mousseux dont la renommée a fait plusieurs fois le tour de la terre. Oui, Iris aurait aimé se voir servir du champagne allongée dans un fauteuil d'avion. Mais elle doit être dans un avion! Morte ou vivante? Vivante, le contraire je l'aurais déjà rêvé. Mais où? D'après mon rêve, elle est prisonnière dans un avion en plein désert. Quel désert? Un désert avec un grand mur. Ou un pays avec un grand désert et un grand mur.

 Une main se pose à ce moment sur mon épaule. Je sursaute.

 - Excusez-moi, me dit le pilote ou le co-pilote, je ne savais pas que vous étiez en train de dormir.

 - Non, pas du tout, je pensais.

 - Excusez-moi quand même.

 Il s'approche de mon oreille et me dit:

 - S'il vous faut quelque chose, n'hésitez pas à nous le demander, nous sommes là pour ça. Nous sommes toujours fier lorsque nous pouvons être agréable à un homme de
marque.

 - Il ne faut tout de même pas exagérer...

 - Si, si...

 - Le monde m'inquiète de plus en plus. J'ai parfois honte d'être un être humain.

 - Je vous comprends.

 - Vous dites ça par politesse.

 - Non, non, je suis sincère.

 - Probablement... mais il est fort possible que nous soyons à des milliers de kilomètres l’un de l’autre.

 - Expliquez-vous.

 - On a sûrement dû vous raconter des salades à mon sujet. Par besoin de sécurité. Le besoin de sécurité est une des grandes faiblesses des sociétés dites civilisées... Que vous ont-ils dit sur moi, exactement?

 - Que vous êtes le plus jeune savant du monde, un futur prix Nobel.

 Je souris.

 - Vous devez être très modeste, me dit l'aviateur suite à mon sourire.

 - Peut-être, dis-je.
 
 Nous sommes vraiment à des milliers de kilomètres l’un de l’autre. Mais vais-je lui dire la vérité? Et puis me croirait-il? Sûrement pas. Car, à ses yeux, l'auteur de ce mensonge est indigne d'une telle bassesse. Le service de sécurité britannique est un élément sacré.

 Et grâce aux mystérieuses révélations de White et de ses complices, le restant de mon voyage se déroule sous les regards admirateurs des stewardess et de quelques passagers informés par celles-ci... à suivre

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13/03/2013

L'odyssée d'un rêveur (9, à suivre)

 À ce moment, j’ouvre un oeil: tout est vert. J'ouvre le second et je constate que je suis couché dans un lit et que la chambre est celle d'un hôpital.

 Ça me démange de partout. Je me mets à me gratter comme un fou. Et je hurle:

 - Un calmant pour l'amour de Dieu!

 White, accompagné d'une infirmière, arrive à grands pas.

 - Vous en avez mis du temps à vous réveiller, me dit-il.

 - Que m'est-il arrivé? je lui demande. C'est à cause du coup de poing?

 - Entre autres.

 - C'est le sérum de vérité? Ça me démange de partout. Qu'est-ce qu'on m'a fait?

 - Rien qui puisse nuire à votre santé.

 - C’est illégal.
 
 - Qu’est-ce qui n'est pas illégal? On vous a seulement injecté une dose de calmant, dans votre intérêt.

 - Il me faudrait un antidote. Pour que cesse cette démangeaison. Un antidote...

- On veut bien vous être agréable mais ...

 - Mais?

 - Il faudrait que vous fassiez un effort.

 - C’est du chantage.

 - On a rien sans rien dans la vie.

 - Je ne suis pas de cet avis. Il y a des gens qui ne font rien et reçoivent tout.

 - Je n'en connais pas. Qui par exemple?

 - Le Prince Charles.

 - Vous avez de la chance d'être dans un lit d'hôpital.

 - La vérité vous irrite à ce point-là? Au fait quelle heure est-il?

 White regarde sa montre et dit:

 - Vous avez dormi exactement quarante-huit heures et dix minutes.

 - Quoi? dis-je tout affolé. J'ai dormi deux jours? Et Iris où est-elle?

 - Iris? Quelle Iris?

 - Mais, Iris mon amie, je devais l'accueillir à l'aéroport.

 White se gratte la tempe.

 - Il lui est arrivé quelque chose? je lui demande, commençant à avoir peur.

 - Il y a deux jours, m'explique Withe un peu embarrassé, un avion de la K... qui devait atterrir à Londres a disparu de la circulation, si je puis m’exprimer ainsi.

 - Des pirates?

 - En tout cas pas des enfants de coeur.

 - Que demandaient-ils?

 - Rien.

 - Rien... Mon rêve ne s'est donc pas réalisé ...

 - Cessez de dire des bêtises...

 - A-t-on fait des recherches?

 - Aucune trace... Mais vous devez sûrement être au courant de quelque chose. Pour quelle organisation travaillez-vous?

 Je souris.

 - Et votre sérum de vérité, alors? je lui demande.

 - Résultat nul.

 - Et les expertises de Miss Johns?

 - Plus que nulles.

 - Alors pourquoi persistez-vous à me soupçonner... à croire que je suis mêlé à des histoires de sabotage? Vos sérums et vos experts sont si inefficaces?

 White baisse la tête.

 - Va-t-on me laisser dans cet état encore longtemps? je lui dit.

 White fait un signe de la tête à l'infirmière et celle-ci quitte la chambre.

 - On va faire le nécessaire, me dit-il. Et une fois rétabli, on vous mettra dans un avion  à destination de la Suisse... à suivre

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12/03/2013

L'odyssée d'un rêveur (8, à suivre)

 Un grand portail s'ouvre devant moi. Et je me trouve face à une foule silencieuse, brandissant des pancartes sur lesquelles sont inscrits des slogans tels que “Liberté d'abord” ou “À mort les bourreaux” ou encore “La justice doit être la même pour tout le monde”.

 Un homme se détache de celle-là et me dit:

 - L'honnêteté et la franchise mènent de nos jours l'homme de la rue à sa perte.

 - Et vos pancartes alors? dis-je.

 - Le peuple est avec vous.

 - Mais les pancartes?

 - Ne cherchez pas à comprendre. Pour l'instant, si vous voulez vous en sortir, brouillez les pistes.

 - Quelles pistes?

 - N'importe lesquelles.

 - Mais qui me garantit votre sincérité?

 - Tout de même! Ils vous ont déjà déformé à ce point-là?

 - J’ignore de qui et de quoi vous voulez parler.

 - De ceux qui font la pluie et le beau temps. Cachés derrière les murailles de la politique et soutenus par un cercle d’amis malgré eux car liés par des secrets pouvant mettre leur propre vie en danger, ils guettent vos faits et gestes dans l’espoir de trouver un parfait bouc-émissaire... j'ai l'impression que ça ne vous intéresse pas.

 - Au contraire, continuez, je vous en prie.

 - Soit! Pour blanchir un drapeau souvent souillé par celui qui le porte, une fois pris au piège, ils n'hésitent pas à vous coller une étiquette disant...

 - Disant?

 - Disant que vous êtes l'auteur de la souillure.

 - Mais pourquoi?

 - Un moyen radical pour se laver les mains. Une des grandes méthodes des ingrats.

 - Mais c'est injuste!

 - Je n'ai jamais dit le contraire. C'est pourquoi, mon cher ami, soyez prudent car chacun de vos mérites pourrait se retourner contre vous.

 Puis tout d'un coup, je me retrouve nu dans une pièce semblable à celle où White m’a interrogé. Porte blindée et pas de fenêtre.

 La porte s'ouvre et Miss Johns entre en costume de bain.

 Je cache aussitôt mon sexe.

 Elle s'approche de moi et me dit:

 - Si je me donne à vous, vous me direz toute la vérité?

 - Vous parlez le français maintenant? je lui demande tout surpris.

 - Ma mère est Française.

 - Alors pourquoi cette comédie devant White?

 - Répondez-moi. L'amour ou la mort?

 Je ne réponds pas.

 Alors Miss Johns me saute au cou et me dévore de baisers... à suivre

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