Mise au point-virgule (4, fin)

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 J'aime philosopher sur tout et sur rien (et parfois sur la philosophie elle-même) quand j'ai une plume et de l'encre à disposition. Je me suis souvent demandé si cette attitude ne cachait pas un profond désir de jouissance sublimé par l'écriture. Essayons de voir clair ou plutôt essayons d'éclairer les différentes facettes de cette attitude bizarre. Commençons par le commencement. Tout d'abord, il n'y a jamais d'attitude gratuite ni d'acte gratuit. On n'écrit jamais pour personne et pour rien. Même si l'on croit que l'on n'écrit que pour soi, uniquement pour le plaisir. Tout acte nécessite un objectif. Cet objectif à atteindre est variable et multiple, précis ou vague. On écrit pour plaire, convaincre, se convaincre, mettre fin à un conflit... on cherche à séduire l'autre (ou soi-même) afin d'atteindre l'état suprême de la jouissance littéraire, c'est-à-dire la satisfaction par la mise à mort d'une nébuleuse faite de rêves et d'interrogations que l'on traîne derrière soi. Malheureusement (et heureusement) cet état de béatitude, où il n'y a plus rien à dire, à écrire, est limité dans le temps, car bien vite cette nébuleuse, tel un monstre légendaire aux pouvoirs surnaturels, renaît de ses cendres et nous pousse à poursuivre un autre but à la fois différent et semblable au premier (au tout premier). Ensuite... Ensuite? Le mouvement est perpétuel et le cercle vicieux. La jouissance a besoin d'un objet pour se réaliser (naître et mourir). Cet objet qui peut aussi bien s'appeler écriture, peinture, sculpture, théâtre, danse ou cinéma, a une double fonction. Une fonction pulsatrice et une fonction terminatrice ou explosive. Elle suit une trajectoire destinée à s'éclater dans le labyrinthe de la compréhension (objective ou subjective). Car il ne faut pas oublier que le scripteur est aussi un lecteur, le premier lecteur de sa propre oeuvre avant même que celle-ci ne soit achevée. Son engagement n'est jamais innocent. Le poseur de mot souhaite faire mouche à tous les coups. Et pour cela, il soupèse son idée (ou image qu'il décide de décomposer et de transcoder en mot) avant de l'étaler sur le papier comme une marchandise consommable. Ce n'est qu'une fois l'oeuvre (quelle que soit sa dimension) arrachée à la conscience, que la jouissance s'enflamme... qu'elle a sa raison d'être, qu'elle vit sa propre existence;...

 Enfin, c'est la fin. Ce qui est compris ne réclame point d'autres explications. Hélas! J'ai donc compris. Bien que... Jusqu'à la prochaine interrogation, jusqu'à la prochaine nébuleuse faite de fragments de vécus incompris ou mal digérés. L'exercice était nécessaire et annonciateur. Nécessaire pour l'auteur. Annonciateur pour le lecteur. Je l'espère. Mais quelle est cette mystérieuse annonce? Une mise au point est une mise à mort. L'après sommeille dans la non-existence. Par contre, une mise au point-virgule est une mise à l'épreuve, à la connaissance, à la vie. L'après s'agite dans le refus, la négation ou la correction. Et plus loin encore. J'ai agi avec sincérité et spontanéité. J'ai agi sans doute pour plaire aux êtres que j'admire (bien que chez moi, l'admiration ne dure qu'une fraction de seconde, alors aux êtres que je respecte pour leurs travaux et leurs efforts). J'ai finalement agi parce qu'il fallait que j'agisse. Par révolte probablement. Ou par et... pour provoquer. L'univers est si vaste et si multiple. Et l'homme si petit et si divisé. Et encore plus petit quand il se rend compte de tout cela. Alors, je n'ai plus rien à vous dire d'autre. Si, encore juste une chose: au nom du texte, merci de m'avoir consommé;...

 P.S. Page blanche. Ou grise (papier recyclé). Lieu propulseur. Désir caché. Une image veut (ou doit) naître. Une image chargée de nombreuses autres images. Le scripteur se lance à la conquête de l'inconnu avec des mots connus, des mots d'emprunt, des mots créés par tant de discours avalés, crachés et avortés. Il se laisse aller...  ou il se donne un mal de chien à cristalliser sa pensée. Il ou je. Ne suis-je pas moi aussi en train de flirter avec l'imaginaire? À essayer de donner à ma pensée un visage, une forme, une allure ou une apparence afin qu'elle puisse être un produit consommable visuellement et verbalement (d'une musicalité silencieuse) pour le lecteur? Écrire sur l'écriture, c'est chercher à tout prix à établir des lois d'ordre sémantique et philosophique. C'est d'essayer de construire une charpente dans un univers allergique à toute stabilité. Il ne faut pas confondre écrit et écrire. Le capté et le fugitif. Le déterminé et le en-voie-d'accouchement. Sur l'écrit tout décryptage, toute analyse est possible car en amont comme en aval les repères transpirent de renseignements. Par contre sur l'écrire, il n'y a que des hypothèses, des hypothèses basées sur ce qui a été dit; les renseignements en amont sont inexistants. L'écrit dévoile en filigrane les craintes et les désirs camouflés du scripteur. L'écrire ne présume aucune autorité langagière. A tout moment, une négation peut abolir une prise de position. A tout moment aussi, une intention maîtresse peut céder son trône à une nouvelle intention plus dominatrice. L'écrivain qui préannonce la clôture de son récit empêche la nouveauté à se réaliser... Bien que tout mot véhicule tout un passé historique, associé à un autre mot, il peut engendrer accidentellement un concept nouveau que le lecteur reconnaîtra, c'est-à-dire en le substituant à un autre concept inscrit au registre de son propre savoir. Il y a donc une problématique certaine entre la chose proposée et la chose reçue... A cheval entre le ciel et le formulé, le scientifique élabore des solutions limitées dans le temps. L'horizon de ses espérances s'éloigne au fur et à mesure de ses recherches. Trop rationaliste, il finit par s'égarer dans le labyrinthe obscur de sa propre logique où il n'y a plus de place à la découverte. Seul l'homme de science sensible à l'extraordinaire, libéré de toute croyance scientifico-philosophique et de toute contrainte socio-politique, peut apporter à l'humanité un brin de merveilleux... De nos jours les chances sont minces. Les gouvernements se dépêchent de nationaliser toute tentative naissante susceptible de bouleverser (dans un sens positif) leurs structures sociales et politiques et ce afin de l'étouffer. L'étouffement politique est une réalité aliénante... Lamentations nécessaires? Toute observation n'est vraiment objectif (plus ou moins) que si elle s'opère sans aucune pression partisane (idéologique ou affective);...

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Commentaires

  • @Hank Vogel ,je rejoins vos questions sur ce besoin tellement pressant qui peut parfois prendre l'allure d'un train tellement les mots compressés dans le cerveau se doivent d'être exprimés quitte à passer pour farfelu !
    C'est sans doute une forme de channeling dont vous et d'autrs n'être pas conscients.Ce besoin d'écrire se fait souvent après la perte d'un être cher,ou en complète solitude ou simplement parcequ'on veut dire quelque chose à quelqu'un qui refuse d'écouter et en cherchant bien arriver peut-être à se convaicre soi peut-être qu'en lisant ce qui est écrit ailleurs dépasse de très loin la forme et l'entendement surtout dans un monde qui dépense des millairds en fumée pour squatter Mars et qui pleur ,on a pas d'argent c'est la crise
    Il existe des livres sur le channeling cependant à défaut de gardien spirituel pour traiter le texte afin qu'il soit cohérent pour les autres,la plume ,le crayon,le pavé s'embrasent sous nos doigts nous transportant presque au 7me ciel ,une fois l'écrit terminé comme un bachelier on quitte la feuille ou l'ordinateur en pensant ,mission accomplie .C'est du moins ressenti ainsi par d'autres.
    Notre génération est entrain de s'éteindre,déjà qu'elle était pas très en forme aussi ,une certaine prescience se manifeste t'elle à travers nous afin de ne pas les laisser s'envoler trop seuls?
    Personnellement ,j'aime bien le terme de* messagers de l'aube*
    Bon mardi de Paques et surtout prenez soin de vous,beaucoup trop nous ont déjà quitté ce mois ci!

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