Mise au point-virgule (3, à suivre)

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 Au départ, car il y a toujours un départ, je suis parti avec l'idée d'écrire un conte à rebours. Mais ma fidélité à ma souffrance ontogénétique, révélée par ma passion pour l'écriture, m'a poussé à me conduire en infidèle vis-à-vis de cette idée première. Ce qui (m') explique que tout départ n'est pas forcément un départ certain. Chargé d'interrogations cachées, il se faufile, tel un intrus silencieux et malicieux, dans la pensée humaine pour arriver à la tête d'un discours dont la représentation formelle est loin d'être la sienne. Pourquoi ce dérapage? Le matin la rose brille par les larmes de la rosée. Son parfum sublime mon attachement. L'après-midi le vent arrive et me décoiffe. Et je ne suis plus cet homme à la chevelure parfaite. J'oublie la fleur et je pars à la recherche d'un peigne. Subitement, je me rends compte de ma stupidité... En observant le végétal, j'étais poète ou botaniste. En observant l'animal, j'étais psychanalyste ou zoologiste... Et le voyage continue. Sans cesse. Au fil des secondes... S'accrocher à une idée première et la considérer comme base pour un voyage dans l'imaginaire, c'est empêcher l'esprit de se détacher des zones morbides de ses lamentations. Toute base sécurise, certainement, mais ramène le créateur aux sources de ses éternelles illusions, de ses idées fixes, aux fantômes du passé. L'évolution spirituelle n'est-elle pas un voyage vers un ailleurs sans repère et sans possibilité de retour? Car revenir, c'est regretter, c'est souffrir et non pas découvrir. Et se préoccuper de sa base ne ralentit-il pas le processus de vie et déforme le présent? Donc il est sain afin que puisse naître une image nouvelle, immaculée, de ne pas considérer le départ comme une base mais comme un accident inévitable et prometteur. Un départ qu'il faut oublier au premier virage, du premier dérapage, avant qu'il ne se transforme en une base d'une solidité aliénante;...

 Style! Quel style! Humeur, courage, intention participent au cortège. Forgé par l'affect et le culturel de l'auteur, le style conduit le message de celui-ci à bon port. Il est ce grand guignol (ou ce diplomate) qui, par son professionnalisme, arrive à faire avaler la pilule au lecteur. Et quelle pilule!... Je n'ai point envie d'aller plus loin. De creuser davantage dans le terrain psychique de l'écrivain afin de décrypter les éventuels trésors langagiers;...

 Saturation? Il y a des moments où il faut savoir s'arrêter. Où le silence est plus important que le bouillonnement littéraire. Où la création a besoin d'une récréation. Où les traces du passé préfèrent se faire ignorer qu'à se faire mettre en valeur. Où les où, les pourquoi et les comment n'ont plus d'emprise sur le chercheur. Il y a donc des moments où il faut savoir s'arrêter, se taire pour repartir ensuite en flèche vers ce vide qui nous attend;...

 «- Ô Dieu que ton ciel est sombre et ma misère si peu éclairée!» Le guerrier, las de se battre, posa sa lance et son bouclier. Le poète, lui, posa sa plume et rangea son cahier dans un tiroir. Jusqu'à sa prochaine envie irréfléchie de se battre, de risquer sa vie.

 Saturation cette fois-ci? Le stylo obéit aux ordres de la main. Et la main obéit aux ordres de son dictateur. Quand celui-ci est en pleine excitation, elle ne vit que pour lui, en se dirigeant sans cesse de la gauche vers la droite avec de rapides sauts de droite à gauche. Ce n'est que quand le dictateur est épuisé, physiquement, que l'outil essentiel de l'homme agit normalement, est utile à autre chose, est capable de s'égarer, là où le plaisir est plus humain, là où il n'y a point de place pour l'imaginaire. Est-ce clair? Non? Tant mieux! Ce qui a de plus intéressant dans un discours, c'est son métadiscours. C'est ce qui déclenche chez l'auditeur ou le lecteur. La clarté textuelle n'engendre aucun métadiscours. Ce qui est bien est avalé, digéré puis éliminé telle une sucrerie que l'on apprécie momentanément. Par contre, l'ambiguïté, voire même l'absurdité textuelle, engendre un métadiscours susceptible de remuer les couches éloignées de la mémoire humaine. Il est vrai que le degré de clarté ou d'ambiguïté varie d'un individu à l'autre... selon sa culture et son état psychique. Mais mettons de côté cette problématique psychologique et engageons-nous sur un terrain neutre (c'est-à-dire excluant toute différence culturelle et éducative) afin de sentir et non de comprendre la nécessité du phénomène métadiscursif. Tout texte ordinaire n'a aucun pouvoir métadiscursif. Car il est rédigé dans un but bien précis: être compris. À l'inverse, un texte poétique possède un pouvoir métadiscursif certain car il est écrit pour le plaisir et sa visé est nullement didactique;... à suivre

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Commentaires

  • @Hank Vogel,le terme ontogénétique fera merveille à l'esprit ou l'oreille des très nombreux du moins je l'espère qui possèdent un Mercure bien positionné dans leur thème astral de 46.A se demander si le stylo ou la plume n'ont pas été inventés pour cette génération ,beaucoup sont écrivains dès l'aube,comme si une force supérieure s'emparait de leur esprit .Certains comparent cette passion à celle pratiquée par d'autre comme l'écriture automatique.D'autres pensent qu'ils sont reliés malgré eux à 'adorable automate ,l'écrivain du Musée des Beaux Arts dans le canton de Neuchatel
    D'autres plus initiés comme des médiums certifiés affirment pour autant qu'on y croit qu'autrefois ceux qui comme vous pratiquent l'écriture vraie passion mais au sens le plus large du terme auraient été scribes du temps de Jésus.allez savoir mais ontogénétiquement parlant,la recherche du dieu vivant en soi se révèlant par l'écriture offre des messages reflétant en tous cas pour beaucoup le sentiment d'être bien vivants et se sentir utiles dans un monde ou tout n'est que superficiel et très souvent basé sur le mensonge
    Très belle soirée pour Vous Monsieur et encore merci pour votre réponse qui me va droit au coeur

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