29/03/2013

Mise au point-virgule (1, à suivre)

 Quatre. Trois. Deux. Un. Prêt? Feu!... C’était ça. Ou à peu près ça. Je ne m'en souviens pas très exactement. C'était un jeu. Un jeu pour enfant. Qui se transforma au fil du temps à l'insu de ma conscience, et je dirais volontiers de la nôtre, en un ordre de conduite quotidien. Exemple: avalez, enregistrez, examens, résultat nul ou excellent puis partez en guerre à la guerre. Oui, c'était un jeu qui cachait une vérité profonde: la folie du monde, une folie phylogénétique qui a pour objectif d'effacer de notre mémoire tout projet de liberté. Moralité: l'être humain a été piégé depuis bien longtemps;...

 Remontons le temps. Je remonte. Des arabesques temporaires et linguistiques seront de la fête. Des erreurs se glisseront entre deux moments douteux. Sûrement. La perfection n'est pas de ce monde. Au regret des sérialistes extrémistes et pointilleux. Je remonte donc... en reculant. Les yeux braqués sur un passé poussiéreux et pâli par l'indifférence au vieux et le goût de l'éternel nouveau, j'essaie d'apercevoir ces images que j'ai (ou avais) bien voulu figer à jamais dans un coin sombre de ma mémoire. Un coin à l'abri de tout vent social. Et je découvre un monument chargé d'ignorances colorées par trop d'éducations contradictoires. Le vécu ne revendique aucune hiérarchie. Avant-hier est parfois plus proche du présent que hier. Parfois plus présent que le présent. La mémoire accepte sans la moindre révolte l'organisation anarchique de la pensée;...

 Je remonte. Je me souviens. La tricherie est tantôt involontaire tantôt nécessaire. Le camouflage participe à la survie de l'état mental. L'artiste, l'écrivain, le créateur (dans un sens pas trop noble), en s'adonnant au jeu graphique des déclarations intimes vraies, sait pertinemment qu'une fois publié il risque gros face à ce public qui adore coller des étiquettes scandaleuses à tout individu dont le courage dépasse les limites autorisées par la morale locale ou institutionnelle. C'est pour cette raison-là que le faiseur de phrases met en sourdine ses désirs hors normes en les substituant par des désirs acceptables, c'est-à-dire acceptés par la collectivité. Question de peur? Question de protection, de malice. Mais cette gymnastique cérébrale ne fait en réalité que protéger son image extérieur (je veux parler de l'image du créateur bien entendu) et sa révolte contre les interdits ne cesse de grandir. Je dirais même: ne cesse de grossir;...

 Je remonte. Trahissant le premier devoir du créateur: ignorer les contraintes, les murs aux inscriptions imbéciles canonisés par la religion et l'État. Décevant!

 Où suis-je? Dans un brouillard total. L'envie de cracher à la figure de mes bourreaux ne me manque pas. Ce qui me manque, c'est cette sagesse débile qui autorise le viol psychologique de l'Autre, cet autre glorifié par l'hypocrisie sociale et politique. Sagesse qui conduit le bétail à l'abattoir au profit des bien installés. Avec cette sage voix faussement céleste, je me serais contenté d'écrire comme ma concierge (qui adore les petites fleurs et les fêtes nationales) et ainsi je n'aurais pas eu l'idée de me masturber l'esprit afin de jouir dans des sphères littéraires autres que les sphères scolaires ou académiques. Malheureusement pour les amis de ma concierge, je suis né avec un grain en moins ou en plus. Ce n'est pas à moi d'en juger. D'ailleurs je m'en moque éperdument. L'essentiel est d'être logique avec soi-même, bien dans sa peau, bien dans sa coquille. Et ma coquille est une citadelle de laquelle je m'efforce d'apercevoir la brillance des horizons. Et ils sont nombreux ces horizons qui m'intriguent. Parfois trop nombreux;...

 Je plonge dans le cercle infernal de l'éducation. Pour être plus précis de l'enseignement. Il y a quelque temps de cela, je publiai l'article suivant:

 Pourquoi pour une méthode «sans méthode»

 Enseigner est-ce un art? Ou y a-t-il un art pour enseigner? Les réponses sont nombreuses quand la machine cérébrale se met en branle. Cette machine qui est capable de fabriquer avec quelques poussières littéraires des cathédrales de théories savantes qui mènent l'homme au doute ou à la confusion spirituels, voire même au néant. Partant de ce principe, je me sens forcé de vous répondre par la négative. Mais mon esprit de révolutionnaire, adepte du possible et du merveilleux, m'oblige à faire marche arrière (ce qui est peut-être contraire à toute logique révolutionnaire) et de me poser la question autrement.

 Donc: «L'art est-ce enseigner»

 Et voilà que ma vision du monde change, que mes horizons s'additionnent, que ma conscience de primate éduqué s'ouvre à une conscience plus universelle, la conscience des sans limites, de la liberté, de l'amour.

 Et voilà que je me rends compte que tout ce que j'avais transmis à l'autre, à cet autre qui attend tout de moi et qui me considère comme une divinité chargée de parfaites connaissances, n'était que bourrage de crâne, conditionnement...

 En ce siècle où les psychologies ne cessent de se multiplier et où les sciences humaines frisent l'abstrait, et négligent de ce fait le côté vivant, mouvant de l'homme, il serait réconfortant que les têtes pensantes (et dirigeantes) mettent de côté leur raisonnement, dit logique ou rationnel, axé sur des buts précis (donc la mort), et fassent en sorte qu'un raisonnement nouveau parfumé de compréhension, de simplicité, surgisse des nobles profondeurs de l'homme et apporte ainsi à la Terre sa récompense tant espérée: l'harmonie.

 C'est sur ces bases (je n'aime pas ce mot, bref) quelque peu philosophiques que j'ai décidé de me lancer à l'aventure avec une «méthode sans méthode», avec un groupe d'étudiants en français moyen, dont je ne puis rien dire pour l'instant. Car prédire, prévoir serait mettre des embûches à la spontanéité personnelle et du groupe. Le sage respecte l'avenir en se taisant. Seul le fou, l'idiot croit tout savoir en crachant des mots qui meurent avant même de vibrer.

 Je regrette que quelques enseignants, adeptes sans doute du pragmatisme, ne se soient pas donné la peine de lire ou d'essayer de lire à travers les lignes avant de maltraiter ce malheureux texte qui n'a pour véritable ambition ou vocation que d'apporter un peu plus d'eau au moulin, à ce moulin de l'enseignement qui remue les eaux troubles des probabilités éducatives.

 Enfin, quoi que l'on fasse sur cette terre, on est toujours critiqué. Une bonne chose en soi mais qui, malheureusement, est trop souvent paralysante, étouffante lorsqu'une étincelle miraculeuse se présente pour propulser le connu barbant vers l'inconnu aux attirances stimulantes;...

 La langue est un incroyable potentiel d'images d'une multitude de vécus historiques. Images simplifiées et corrigées au goût du temps et enterrées dans une sorte de cimetière (où tout curieux est autorisé, à sa guise, à déterrer leurs cadavres), appelé dictionnaire. Images également flottantes flottant dans les airs et véhiculées par la parole et le texte. Images que l'étranger se forcera de coller à d'autres images, les siennes, dont la première relation avec celles-là est une relation de similitude, de ressemblance où l'identicité est de loin absolue. Imposer donc des images de tout azimut à un individu en pleine crise d'acquisition, c'est risquer de «créer» chez ce dernier un état de confusion, de surcharge émotionnelle qui, au bout du compte, le conduira à se désintéresser de cet enseignement imposé, c'est-à-dire un enseignement non présélectionné, non autodirigé par l'apprenant lui-même. Car, comme tout le monde sait: excelle là où l'adoration règne. Je veux parler du savoir-faire. Il y va de même avec ce que l'on souhaite savoir et savoir-faire. La parcelle des images que l'on désire s'approprier;... à suivre

08:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

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