28/03/2013

L'odyssée d'un rêveur (24, fin)

 Adieu désert, bédouins, chèvres et ruines. La civilisation m'attend pour me redécevoir! Cette étrange pensée me traverse l'esprit, une fois dans l'avion.

 A Genève, James James, faisant escale pour quelques jours, et moi-même sommes accueillis par le commissaire.

 Une voiture discrète nous conduit vers un magnifique restaurant en pleine campagne. L'unique récompense probablement.

 Nous nous installons à table dans une petite arrière-salle, à l'abri du bruit et des oreilles indiscrètes.

 Le commissaire commande trois bons menus et un vieux vin rouge.

 Nous mangeons et buvons comme des rois.

 Au moment des cafés et des digestifs le commissaire me dit:

 - Grâce à vous on a retrouvé l'avion ainsi que la moitié des lingots d'or qu'il transportait. Malheureusement comme vous le savez, en déterrant l'appareil, l'armée jordanienne a découvert une trentaine de cadavres, la totalité des passagers et de l'équipage.

 - Les cadavres étaient de drôles de cadavres, déclare James.

 - Je suis tout-à-fait d'accord avec lui, dis-je. Ils n'étaient pas de race blanche.

 - Aucune importance, dit le commissaire, car pour les familles des présumées disparus et surtout pour l'opinion publique il faut trouver une explication claire et nette.

 - Quel est le pauvre nègre qui va endosser la responsabilité de cette attentat? je demande. Les palestiniens?

 - Si on avait retrouvé tout l'or, on aurait pu parler d'un accident, me répond le commissaire.

 - Je trouve ce procédé immoral, dis-je. Il faut révéler toute la vérité, la vraie vérité.

 Le commissaire sourit, puis il me dit:

 - La vraie vérité risquerait de mettre le feu aux poudres et des poudres il y en a des tas,  hauts comme des montagnes. Et puis vous-même que connaissez-vous exactement de cette histoire?

 - Je peux le savoir, je réponds.

 - Eh bien, cette vérité je vais vous la dire, Delarue, me dit le commissaire.

 Et il explique:

 - Un jour une organisation dite humanitaire, dont le siège est à Genève, prend la décision de transférer une bonne partie de son colossal capital en Angleterre pour échapper à des esprits avides de richesse appartenant à un comité d’honneur irréprochable et  soucieux de l'avenir de l'humanité. Elle fait alors appel à une maison de transport de fonds sûre, sans faille. Dans le plus grand secret les deux sociétés, si je peux les nommer ainsi, décident de transporter l'or en deux étapes. Et ce pour détourner l'attention... Première étape: par train de Genève à Amsterdam. Seconde étape: par avion d’Amsterdam à Londres. Malheureusement même parmi les irréprochables, il y a des esprits avides. Et qui dit avide, dit capable de tout... Par chance, dû à un retard de la maison de transport, l’or se trouvait dans un autre train. Mais les esprits cupides ne ratèrent pas l'avion. Ils détournèrent l'avion et atterrirent en plein désert où ils découpèrent et enterrèrent l’avion. Ces cupides, on les connaît. C'est tout un monde. Deux ministres, trois policiers, trois sujets de sa Majesté, deux Allemands, quatre Italiens, deux Juifs, deux Palestiniens et quatre Suisses dont le père d'Iris...

 - Le père d'Iris?

 - Oui, le père d'Iris.

 - Et où sont-ils tous ces braves gens?

 - Morts selon les autorités jordaniennes, mais en réalité disparus dans la nature. En Amérique du Sud sans doute. Avec une bonne partie de l'or.

 - Et Iris dans toute cette histoire?

 - Elle a sûrement dû retrouver son père. C'était son plus grand désir, non? Le reste ne compte pas. Vous savez, si nous avons retrouvé l'or, c'est un peu grâce à elle.

 - Comment ça?

 - Elle était suivie par la police.

 - Elle?

 - Nous recherchions son père. Il avait déjà détourner des fonds de la même organisation...

 - En somme si Iris était suivie par la Police, je l’étais aussi?

 - En Suisse comme ailleurs. Même en pleine mer, me dit le commissaire avec humour.

 Et je revois dans mon esprit le visage de l’astrologue.

 - Mais il y a une chose qui me tracasse,  dis-je au commissaire. Pourquoi ces cadavres dans l'avion?

 Le commissaire me sourit et dit:

 - Ils avaient tout prévu, les salauds. Bref, on tue, on enterre, on laisse passer un certain temps, puis on déterre en cachette et par hasard un imbécile découvre l'avion disparu. Et tout entre tout dans l'ordre.

 - Et maintenant, selon vous, que va annoncer la presse? dis-je.

 - Vous voulez dire: que doit-elle annoncer? Eh bien, rien n'a encore été décidé. Nous allons procédé avec ruse. La chasse aux sorcières n’est terminée.

 - Un autre détail commissaire, dit James James, tous les passagers étaient de cette fameuse organisation?

 - Tous sauf peut-être Mademoiselle Iris.

 - Même l'équipage de l'avion?

 - Les avides ont tout organisé minutieusement. Et n'oubliez pas avec de l'argent on  achète n'importe qui.

 - Mais pourquoi alors prirent-ils le risque de faire sauter un train? Puisqu'ils avaient si bien préparé le coup de l'avion, qu'ils ont réussi d'ailleurs.

 - L'or attire les avides comme la merde attire les mouches, dit le commissaire. Sans doute un autre groupe rêvait de s'approprier les lingots d'or. Il y a tant de choses loches qui se passent en ce monde. Et de plus en plus au sein d’une organisation internationale dite humanitaire.

 - On ne peut plus avoir confiance en personne, dis-je.

 - En personne, répète le commissaire.

 - Comment se fait-il qu’Iris ait choisi et pu prendre cet avion? je lui demande.

 - Mystère ou hasard. Et pour le savoir, il ne vous reste qu'à le rêver, mon cher ami, me dit le commissaire avec un sourire au bout des lèvres.

 En rentrant chez moi, je trouve une lettre que l’on a glissée sous ma porte en mon absence.

 J’ouvre la lettre et je lis: “Si vous voulez revoir Iris, faites le 48.22.64 et dites Osiris demande Isis, entre 23 et 24 heures.”

 Et je me dis:

 Le monde dans lequel je vis est aussi brumeux et énigmatique que le monde de mes rêves.

09:47 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

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