24/03/2013

L'odyssée d'un rêveur (20, à suivre)

 J’entre dans une horlogerie.

 Un vieil horloger, penché sur une montre à pendule, un immense tournevis à la main, se redresse et me déclare:

 - La ponctualité est signe de sagesse, car il est question de respect de l'autre. Cela vous concerne tout particulièrement. Une erreur de votre part et c'est la catastrophe. Une fraction de seconde de retard risquerait de vous donner des maux de tête jusqu'à la fin de vos jours et je ne parle pas des maux de coeur.

 Il me montre son immense tournevis et me dit:

 - Ceci n'est qu'un outil mais mille fois plus utile que tout bon conseil. À chacun son propre outil. Le vôtre, je ne connais pas. D'ailleurs, ça ne m'intéresse pas de le savoir. Mais il serait nécessaire que vous vous le sachiez.

 Subitement un corbeau à moitié déplumé survole le magasin et va se poser sur une armoire qui se trouve dans un angle de celui-ci.

 - N’ayez crainte, me dit l'horloger. C'est mon oiseau de malheur, mon juge, mon critique d'art. Il est né pour semer le doute, le trouble. Incapable de découvrir l'essentiel, il se contente de juger l'homme ou l'artiste en se basant sur la propreté et la qualité de ses chaussures.

 - Et il vient souvent vous rendre visite? je lui demande en désignant de la tête cette bête curieuse.

 - Trop souvent, me répond l’horloger avec rage. Il me rend parfois malade. Surtout le jeudi.

 - Le jeudi?

 - Pourquoi le jeudi?

 - Oui, pourquoi le jeudi?

 - Parce que c'est le jour où je peux rester plus longtemps au lit le matin.

 - Et alors?

 - Alors, il vient me réveiller et il me dit que ce n'est pas parce que les écoles sont fermés ce jour-là, qu'il ne faut pas remonter les horloges. Je sais qu'il n'a pas tout à fait tort, mais ce n'est pas une raison suffisante pour jouer au gendarme et me réveiller comme on réveille un vagabond de grand chemin.

 Tout d'un coup toutes les horloges du magasin se mettent à sonner.

 Et l'horloger me dit avec calme:

 - Camarade, nous en avons pour un sacré bout de temps à faire cesser cette symphonie infernale. Commencez par choisir la montre qui vous paraît la plus familière et, une fois convaincu de votre choix, prenez-la dans vos mains et essayez de l'écraser de toutes vos forces.

 Je porte donc mon choix sur une montre-bracelet en or qui se trouve sur une chaise, oubliée sans doute par un client, mais celle-ci me glisse entre les doigts...

 Je me lève. Je cherche mon réveil qui sonne. Je le trouve sous mon lit... à suivre

08:00 Écrit par Hank Vogel | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

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