L'odyssée d'un rêveur (19, à suivre)

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 Pierra: Pétra. Helvète: hellénique. Un mur en plein désert, un bédouin...

 L’avion ne peut se trouver que dans ce coin d'enfer, me dis-je.

 J'attends, comme prévu, le commissaire dans un café où les étudiants et les étudiantes dévorent autant les théorèmes et les axiomes qu'ils se dévorent des yeux.

 L'ami des justes arrive avec vingt minutes de retard.

 - Mille excuses, me dit-il en s'asseyant, j'ai été retenu pour une question administrative.

 Je suis étonné de ses mille excuses. Et de son retard aussi. Pour un homme qui aime la perfection du comportement humain, la non-ponctualité doit être synonyme de crime. Enfin, on se pardonne toujours ce que l'on ne veut jamais pardonner aux autres.

- Alors? Quoi de neuf? Toujours rien? Quelles sont vos intentions? Préférez-vous que nous organisions ensemble votre programme ? Avez-vous fait d'autres rêves intéressants? me demande le commissaire avec rapidité et méthode.

 Je déteste les hommes pressés autant que les vent violents. Car aussi bien les uns que les autres sont des agents perturbateurs et destructeurs.

 - Je n'ai rien rêvé, je réponds au commissaire après cette réflexion.

 - Vous semblez avoir des soucis, me dit-il.

 - L'avion est aux mains des Palestiniens, je lui réponds.

 - C’est impossible, me déclare-t-il. Il y a longtemps qu'ils auraient revendiqué cette attentat.

 - On murît avec l’âge,  je 1ui réponds. Au début on parle puis, avec les années, on finit par se taire. Pourquoi chercheraient-ils à négocier un tel butin?

 - Un tel butin?

 - Vous n'êtes qu'un commissaire, Monsieur le commissaire.

 - Que voulez-vous dire par là?

 - À chaque grade son pouvoir.

 - Mais c'est une insulte!

 - Non, mais dans cette histoire vous n’êtes qu’un pion. Et vos supérieurs vous considèrent comme tel. La confiance ne règne pas au sein de la police comme vous le croyez. On se méfie autant de vous que vous vous méfiez de moi.
 
 Un air de tristesse plane autour du commissaire.

 - Vous avez rêvé ça? me demande-t-il.

 - Peut-être, dis-je.

 Puis, presque avec naïveté, il me demande:

 - Croyez-vous que je ne suis pas à la hauteur pour mener à bien cette mission?

 Mon coeur est plus fort que mon sens de jugement.

 - À mon avis, vous êtes l'homme qu'il faut, je lui réponds.

 Un air d'espérance flotte maintenant autour du commissaire. Un sourire de roi se dessine sur son visage. L’aigle blessé est prêt à s’envoler pour son habituelle altitude.

 - Nous allons faire du bon bouleau ensemble, me déclare-t-il avec enthousiasme.
 
 Puis il me dit:

 - Je me demande finalement pourquoi on a mis la presse à l'écart. Votre idée du butin en est peut-être la raison. De l'or et de l'argent sale...

 - Appartenant à plusieurs gouvernements.

 - De quoi monter toute une armée.

 - De quoi anéantir bien des villages.

 - Et les passagers?

 - Un révolutionnaire n'est pas forcément un assassin.

 - Vous êtes pro-palestinien?

 - Je ne suis pour personne mais j'estime que tout le monde mérite un chez soi. Chacun mérite de se sentir chez soi.

 - Le problème est bien complexe.

 - Avec de la mauvaise volonté, on prolonge n'importe quel cauchemar.

 - Vous avez une solution?

 - Si l'Égypte, Israël, la Jordanie et l'Arabie  saoudite acceptaient de céder un petit coin de leur territoire, situé au bord de la mer Rouge, on pourrait créer un pays pour les Palestiniens. Un pays que je baptiserais l’Akabie.

 Ma solution fait sourire le commissaire.

 Je devais m’y attendre car l’optimisme fait sourire le pessimiste.

 - Au fait, dis-je pour changer de conversation, vous n'avez rien commandé.

 - C’est vrai, dit-il, où ai-je la tête? Il faut que ça change! Je vais vous montrer comment on met de l’ordre dans un établissement public.

 Il se lève et déclare à haute voix:

 - Cet établissement mérite d'être sanctionne. Car le personnel néglige la clientèle par son absence.

 Des consommateurs nous regardent en souriant.

 Un homme, dont le ventre est aussi gros que celui d'une femme enceinte prête à accoucher, s’approche de nous et dit sèchement au commissaire:

 - Si mon établissement ne vous plaît pas, Monsieur, vous n'avez qu'à traverser la rue et faire vos singeries en face. Des illuminés comme vous, on n'en a pas besoin ici.

 Le commissaire d'un geste brusque sort  sa carte de policier, la colle presque sous le nez de l’homme et lui dit:

 - Qui juge trop vite risque de payer les frais d'un mauvais jugement. Je suis un représentant de l'ordre, commissaire de police. Et vous me devez respect et assistance dans le cas où je vous le demande. Avez vous compris?

 L'homme repousse le bras du commissaire et lui répond:

 - Même si vous étiez Dieu sur terre, vous ne feriez peur qu'à une mouche. Nous vous payons pour nous servir et non pour jouer au petit dictateur, Monsieur le commissaire de police!

 J’interviens en disant:

 - Le monde va déjà de travers, vous n'allez pas le faire basculer? S'il vous plaît, Messieurs, soyez nobles dans vos gestes et dans vos coeurs.

 Le commissaire et le patron du café, tous deux surpris de mes paroles, me regardent plein d'admiration.

 C’est le miracle sur terre! Et je propose:

 - Une bonne bouteille de vin avec de la viande séchée effacera cet incident ridicule.  Qu’en dites-vous?

 Personne ne dit non. Le contraire m'aurait étonné... à suivre

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