L'odyssée d'un rêveur (17, à suivre)

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 Une entrecôte tendre comme du beurre, de croustillantes frites, quelques haricots pour garniture et un vieux bourgogne pas trop cher suffisent pour créer un climat de détente et de confiance.

 Ce qui prouve que l'amitié passe par le ventre avant de séjourner dans les sphères nébuleuses de l'esprit.

 Trois heures plus tard, je suis chez moi. Le seul coin auquel je suis attaché. C'est mon paradis à moi, ma prison bien aimée, mon sanctuaire, mon tombeau...

 Il est tard. C'est donc le moment de tirer le rideau sur une journée trop chargé en promesses.

 Je me retrouve face à un mur. En plein désert. Le sable est rouge. Le mur ne m'est pas totalement inconnu. Il a quelque chose de familier.

 Un bédouin surgit de derrière le mur et me dit:

 - Pierra va accoucher d'un mouton noir. Il ne faudra pas laisser en vie un tel monstre. Ça permettrait aux légions helvètes de surgir des temples.

 - Quelle idée! dis-je.

 - Les idées ne manquent pas ici, me répond le bédouin avec tristesse. C'est l'argent qui manque.

 - Comme partout, j'ajoute.

 - Sans doute, me dit-il, mais Pierra ne doit pas accoucher.

 - Comment est-ce possible? Comment une femme peut-elle accoucher d'un mouton noir?

 - Le feu engendre le feu. La folie engendre la folie. Un grain de sable dans l'engrenage et c'est la catastrophe. Le vent de la haine est un élément à craindre. À votre place, j'aurais déjà essayé de mettre fin au fonctionnement de cette machine débile. Voulez-vous essayer?

 - Que dois-je faire?

 - Avorter Pierra.

 - Comment? Je ne suis pas médecin et je n'ai pas la moindre connaissance dans ce domaine.

 Le bédouin se met à rire. Puis il me dit avec le sourire:

- Vous êtes plus jeune que moi. En meilleure forme. Un coup de votre sabre dans son bras et le tour est joué. Pierra est une assoiffée, comme on dit chez nous. Elle a soif de jeunesse et d'espérance. Vous n’avez pas perdu votre sabre pendant le voyage?

 - Je ne crois pas.
 
 - Où est-il?

 - À sa place.

 - Où ça?
 
 - Derrière mon dos.

 - Vous voulez rire?

 - Non.

 - Je ne vous crois pas.

 - Vous n'avez qu'à constater par vous-même.

 Le bédouin tourne autour de moi et tout d’un coup il se met à me frapper...

 Je me réveille avec une forte douleur dans les reins.

 L'alcool probablement, me dis-je.

 Je me masse le bas du dos avec une pommade à l'essence d’eucalyptus, pommade miracle qu’un ami m’avait apporté de la Thaïlande.

 Je vais à la cuisine où je me prépare une tisane miracle qu’un autre ami m'avait apporté de la Birmanie.

 Et, miracle après miracle, je replonge dans mon lit car il n'est que quatre heures du matin... à suivre

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