L'odyssée d'un rêveur (14, à suivre)

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 - De Londres? Mais alors il s'agit d'un cas international!

 - Parlez-moi de vos rêves.

 - A quoi bon? Puisque vous n'êtes point un adepte de l'irrationnel, dis-je d'un ton amusé.

 - Cessez de faire le pitre, Delarue! me dit le commissaire un peu énervé. Nous vivons des temps difficiles. La troisième guerre mondiale est à deux doigts d'éclater et je ne tiens pas à ce que cette catastrophe arrive. Personne d'ailleurs. Sauf quelques fous avides de destructions. Delarue vous êtes soupçonné de faire partie d'une bande de terroristes impliqués dans une sale affaire,  l'affaire de l'avion disparu.

 - De nos jours plus rien ne m'étonne. Le boucher non syndiqué est soupçonné de crime de guerre. Le médecin antimilitariste est soupçonné d'avortements illégaux. Le clochard d'espionnage. Et le faiseur de rêves prémonitoires d'actes de terrorisme. Les temps sont difficiles parce que nous les rendons difficiles. Intoxiqué par un avalanche de conseils et d'informations contradictoires et douteuses, l'homme d'aujourd'hui est incapable de voir la réalité des choses. Et pourtant tout est si simple lorsqu'on se contente d'être ce que l'on est. C'est dans le silence de l'âme que jaillit la vérité de chaque moment. Si ça vous fait plaisir de me soupçonner de faire partie d'une bande de je ne sais quoi, c'est votre droit. Mais vous aurez du mal à me persuader d'être ce que je ne suis pas. A moins que vous ayez des méthodes diaboliques.

 Le commissaire s'allume une cigarette.

 En offrir une à un éventuel ennemi de la nation serait contraire à toute logique politico-policière?

 - Vous avez dû lire trop de livres policiers, me dit le commissaire, d'un air narquois.

 - Aucun, je lui réponds.

 - Alors trop de films.

 - J'ai horreur de ce genre de cinéma. Je sais pourtant que la violence sommeille dans le coeur de tout homme. Une petite blessure, une petite étincelle et voilà que le feu s'anime. L'homme depuis qu'il est homme n'a fait que de changer de costume et de décors.

 - Vous êtes un drôle de type, Delarue, me dit le commissaire.

 Je souris.

 - Car j'ai de la peine à vous saisir, continue-t-il. Tantôt je vous crois, tantôt je ne vous crois pas. Sans doute parce que j'ai une vague intuition que vous me cachez quelque chose.

 - Concernant l'affaire de l'avion disparu ou concernant mes rêves?

 - Cela prouve que j'ai raison.

 - Je n'ai jamais dit le contraire.

 Le commissaire éteint nerveusement sa cigarette.

 - Et dans quel but agissez-vous ainsi? me demande-t-il.

 Je ne réponds pas .
 
 - Dans quel but? me demande-t-il en haussant la voix. L'affaire est de toute importance. Nous risquons l'explosion finale, dans les plus brefs délais si nous ne mettons pas la main sur ce commando mystérieux.

 - L'explosion finale, commando mystérieux, dis-je calmement. Vous vous foutez de moi ou quoi? Vous n'avez pas honte de me raconter des salades dans l'espoir de me faire peur afin...

 - Afin?

 - Afin que je tombe dans le panneau.

 - Vous allez mal finir, crie-t-il. Vous allez être condamné pour non assistance à des personnes en danger de mort.

 J'éclate de rire.
 
 Le commissaire reste bouche bée

 Puis le fou rire passé, je lui dis:
 
 - Je ne risque strictement rien. Pour la simple raison qu'il existe un pouvoir au-delà du pouvoir des hommes. Mettez-moi en prison, torturez-moi, utilisez vos drogues et vos sérums, de toute façon ça m'est égal, et vous vous enfoncerez dans une mare d'erreurs et d'absurdités de laquelle vous ne pourrez plus vous en sortir.

 - Ce n'est pas la première fois que l'on me tiens ce discours. Bref, puisque vous refusez de nous dire ce que vous savez, nous nous trouvons dans l'obligation de vous garder quelques jours parmi nous... à suivre

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