L'odyssée d'un rêveur (13, à suivre)

Imprimer

 Et pour la deuxième fois de ma vie, me voici face au pouvoir policier en personne. Avare en explications mais avide de renseignements.

 Sec, fier et froid comme le marbre, le commissaire, le nez plongé dans un dossier, le mien sûrement, me dit d'un ton sévère:

 - Nos méthodes sont parfois peu orthodoxe, je le sais, mais nécessaires pour résoudre rapidement et avec efficacité tout problème mettant en danger toute une population. Monsieur Delarue, dit le pitre...

 - Dit le pitre? Depuis quand?

 Le commissaire relève la tête et me dit:

 - Monsieur Delarue, je ne vous ai pas fait venir ici pour philosopher sur votre surnom mais pour avoir des renseignements sur Mademoiselle Iris...

 -Je croyais pourtant que c'était pour m'en donner.

 - Question de méthode.

 - Belle méthode!

 - Efficacité et rapidité avant tout.

 - Malheureusement pour vous, Monsieur le commissaire, aucune méthode, aussi géniale soit-elle, n’est parvenue à percer le mystère du néant.

 - Que voulez-vous dire?

 - Je n'ai plus de nouvelle d'Iris depuis le moment où nous nous sommes quittés sur le quai de Hoek van Holland, aux Pays-Bas.

 - Êtes-vous certain?

 - Aussi certain que vous.
 Le commissaire se ronge ses ongles. Mauvais signe.

 - Pour qui travaillez-vous, Delarue? me demande-t-il.

 Ça recommence. Il faut que je sois sur mes gardes. Et si je brouillais les pistes? Conseil de sommeil, conseil de merveille!

 J'hésite puis je plonge dans l'océan agité du mensonge:

 - Pour Monsieur Bergmann, bijoutier à Amsterdam.

 - En qualité de quoi?

 - En qualité de représentant en pierres précieuses.

 Le commissaire tourne quelques pages du dossier...

 - C'est pire qu'un roman d'espionnage, lui dis-je d'un ton amusé.

 Le commissaire redresse alors sa tête et me foudroie de ses yeux.

 Puis il me dit avec ce regard d'aigle affamé:

 - La police fait du contre-espionnage. Ma police en tout cas. Mais cela est toute une autre question. Revenons à nos moutons. Vous avez dit Bergmann...

 Et il pointe son doigt sur une liste de noms.

 - Malheureusement pour vous, me dit-il, il n’y a aucune personne de ce nom sur ma liste... aucune personne avec laquelle vous ayez eu un contact aux Pays-Bas.

 - Je travaille pour qui alors? Pour un fantôme? je lui demande en prenant un air étonné.

 Le commissaire se lève d'un bond de son grand fauteuil en cuire et me dit à haute voix:

 - Monsieur, le jour où les poules auront des dents, je glisserai comme un escargot entre les trous de votre imagination. Delarue, vous mentez. Vous mentez, soit parce que vous avez peur, soit parce que vous vous êtes mis dans la tête des idées sur la police, des idées totalement erronées.
 - Je n'aime pas vos méthodes, Monsieur le commissaire, je lui réponds à voix haute également.

 - Calmez-vous, calmez-vous! dit-il et il se rassied.

 Puis tout en jouant avec un coupe papier, il m'explique:

 - Au sommet de la pyramide, il y a le grand patron, puis il y a les directeurs de différents services, puis le commissaire, puis les inspecteurs, puis les petits gendarmes. Les petits gendarmes peuvent devenir de grands gendarmes. Car cette race d'hommes est limitée quand il s'agit d'avoir de l'imagination. Et dans ce métier où on a plus affaire à des inconnus qu'à des êtres très connus, il faut savoir romancer. Tous les jours, dans ce bureau même, la réalité dépasse la fiction. Malheureusement et heureusement puisque nous sommes-là. Si je vous dis tout ça, mon cher Monsieur, c'est pour essayer de vous faire comprendre que la police n’est pas une vague et douteuse institution d'hommes décidés à vouloir imposer aux autres hommes, vivant sous le même ciel, une quelconque idéologie mais au contraire une organisation d'hommes et de femmes engagés, au risque de leur vie, pour faire régner l'ordre dans cette société et par la même occasion à permettre à chaque citoyen de vivre en paix, c'est-à-dire à 1’abri de tout acte agressif... Qu'en pensez-vous? D’accord ou pas d'accord?

 - Au départ tout idée humanitaire est bonne, mais après? je lui réponds.

 - Je vois ce que vous voulez dire. La vie n'est pas toujours une question de chance mais souvent une question de choix.

 - Chance ou choix... c'est blanc bonnet et bonnet blanc. Le vent souffle sur notre tête et emporte au loin nos joies et nos peines, malgré nous. Et personne n’y peut rien. Car la mécanique établie par le Seigneur est incontrôlable.

 - À ce tarif-là, il n’a plus qu’à s'asseoir au bord d'un trottoir et attendre que la nourriture vienne s'introduire dans votre gueule. Vous êtes un drôle de philosophe!

- Philosophe est un peu fort pour un individu de mon espèce. Mais si, toutefois, vous tenez à me coller une étiquette, je dirai que je suis un adapte de l'irrationnel ou de l'impalpable. J’émets et je capte des informations émises par l'univers tout entier.

 - Et que captez-vous sur votre petite amie?

 - Je l'attendais celle-là!

 - C'est le but de votre visite...
 
 - De mon arrestation.

 - Si vous préférez... Alors?

 - C'est le brouillard. Le néant même... Mais, au fait,  pourquoi vous intéresse-t-elle autant?

 Le commissaire hésite quelques secondes puis me déclare:

 - Parce qu'elle est recherchée par son père.

 Je me gratte la tête et lui dit:

 - Vous renversez les rôles, Monsieur le commissaire. Il doit y avoir une grande lacune dan votre dossier. A moins que...

 - A moins que?

 - Que vous prêchez le faux pour connaître le vrai.

 - Je n'y avais pas pensé, me dit-il en souriant.

 Puis il se lève, fait quelques pas, comme un lion dans une cage, s'arrête et me demande:

 - C'est quoi cette histoire de rêve? Est-il vrai que vous faites des rêves prémonitoires?

 - D’où tenez-vous ces informations?

 - De Londres... à suivre

Lien permanent 0 commentaire

Les commentaires sont fermés.